Introduction
L'année 1925 marque un tournant dans la politique sociale italienne avec la création de l'Œuvre Nationale pour la Maternité et l'Enfance (ONMI). Cette institution, activement soutenue par les associations catholiques, libérales et nationalistes, visait officiellement à combattre la mortalité infantile. Cependant, son impact réel dépasse largement cet objectif initial, contribuant à redéfinir le rôle des femmes dans la société fasciste.
Contexte Historique et Social
La politique fasciste envers les femmes
Pour consolider un régime forgé sur l’autoritarisme, Mussolini adopta une politique machiste qui imposa aux femmes l’exclusion totale de la sphère publique, avec l'aide de l'Église, hostile à l’émancipation féminine. Le régime se basait sur un droit de la famille stipulé depuis 1895 dans le Code Pisanelli, forgé sur la suprématie masculine. Sous le fascisme, aux femmes fut réservé en premier lieu le rôle de reproductrices.
La politique démographique du régime
Le régime inaugura une politique démographique, faisant la propagande des familles nombreuses et interdisant les contraceptifs, les pratiques d’avortement ainsi que l’éducation sexuelle. Cela visait à contrecarrer la tendance à la baisse des naissances déjà réelle en Europe. Les mères les plus prolifiques obtenaient des reconnaissances officielles et des privilèges.
Le rôle de la femme dans l'idéologie fasciste
La femme était identifiée avec son utérus : un récipient d’où sortir des enfants à envoyer à la guerre ou à l’usine pour mourir de faim en bâtissant la patrie. La femme était ainsi rendue un individu « naturellement » subordonné à l’homme et voué à le servir, en qualité d’épouse et de mère. Le fascisme voulait promouvoir l’image de la femme comme « ange du foyer », dédiée exclusivement à la maison et à la famille. Mussolini s’efforça d’effacer littéralement toutes les autres figures féminines qui ne concordaient pas avec cet idéal.
La Création et les Objectifs de l'ONMI
Le régime se vantait d’avoir accompli une modernisation de la maternité, poussant le fascisme à créer en 1925 l’ONMI, avec la participation active des associations catholiques, libérales et nationalistes. L’objectif officiel de l’ONMI était de combattre la mortalité infantile.
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L'Impact de l'ONMI sur le Rôle des Femmes
Le seul résultat que l’ONMI obtint fut de contribuer à rabaisser le rôle de la femme à simple porteuse de progéniture au service de la nation et à en faire oublier l’identité en tant que citoyenne. Quant au monde du travail, le régime se mobilisa pour limiter l’accès des femmes à certaines professions.
Le Travail Féminin sous le Fascisme
Restriction de l'accès à l'emploi
En 1919-1922, les syndicats fascistes se trouvèrent confrontés à un monde du travail où les femmes étaient rentrées en masse pour remplacer les hommes. Les syndicats fascistes tranchèrent ce dilemme en se plaçant clairement du côté de la force de travail masculine, prêchant une priorité de l’accès au travail pour les hommes et insinuant un conflit de genres au sein de la classe ouvrière. De ce fait, le fascisme échoua sa percée chez les femmes ouvrières, déterminées à conserver les positions économiques acquises au cours de la guerre.
Mesures discriminatoires
Mussolini s’attaqua de plus en plus violemment au travail féminin : tous les prétextes étaient bons pour renvoyer les femmes dans leurs foyers. Par exemple, la réforme de l’école de 1923 produisit une véritable « déféminisation » du corps enseignant. Ensuite, un Décret-Loi de 1938 imposa une réduction au seuil de 5 % maximum du personnel féminin employé dans l’administration publique. Pour ce qui est du travail industriel, à la fin des années 1920 des secteurs entiers étaient désormais réservés aux seuls hommes, grâce à la discrimination sexuelle opérée par les syndicats fascistes - et en accord avec le patronat - lors des négociations des conditions de travail, des embauches, des contrats.
Rôle limité dans les organisations fascistes
Il n’est alors pas étonnant de constater que très peu de travailleuses s’impliquèrent dans les organisations fascistes (syndicat, parti), et qu’encore moins accédèrent à la hiérarchie du régime.
La Répression de l'Activisme Féministe
L’assujettissement des femmes était tellement invétéré à l’idéologie fasciste que se battre pour l’émancipation féminine était considéré comme un geste subversif vis-à-vis de l’ordre établi. Dès 1926, avec les lois « fascistissimes » et la suppression de tous les partis politiques, le fascisme musela la presse et l’activisme féministe des jeunes militantes du Parti Communiste Italien. Le régime reconnut seulement deux mouvements « féministes », celui catholique et celui fasciste.
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Le Droit de Vote des Femmes : Une Illusion
Aujourd’hui la mythologie néofasciste veut faire croire que ce fut Mussolini à « donner le droit de vote aux femmes ». La réalité est bien différente. Sous le fascisme, une loi de novembre 1925 rendit les femmes électrices (mais bien évidemment non-éligibles) au niveau des administrations locales. Sauf que cette loi fut un simple outil de propagande pour attirer l’opinion féminine vers le fascisme. En effet, le régime était déjà en train de préparer une loi (« réforme podestarile » du 4 février 1926) qui supprimait toute administration locale élue. Les femmes italiennes sous le fascisme eurent un droit de vote - exclusivement actif et exclusivement pour les élections locales - pendant seulement trois mois ! Le suffrage universel féminin et l’éligibilité des femmes rentrèrent en vigueur seulement en 1945.
La Résistance et l'Après-Guerre
La Résistance italienne fut traversée par un engagement majeur des femmes. Mais après la fin de la guerre, la bourgeoisie catholique au pouvoir préféra promouvoir à nouveau le modèle de famille traditionnelle.
Héritage et Résonances Contemporaines
Les résultats de la politique sexiste tant du fascisme que de la bourgeoisie catholique sont percevables encore aujourd’hui. Les discriminations quotidiennes vis-à-vis des femmes dans le monde du travail sont encore présentes aujourd’hui. Il n’y a rien d’étonnant que cette exploitation capitaliste des femmes fournit une légitimité renouvelée aux courants néofascistes. Ceux-ci renforcent le refus de l’émancipation et de l’autodétermination des femmes.
La Politique du Corps sous le Fascisme
La bataille de Caporetto et ses conséquences
L’intérêt des fascistes pour la masculinité et le culte du corps part d’une expérience traumatique, la bataille de Caporetto. C’est une défaite terrible pour l’armée italienne. Dans les milieux nationalistes, cet épisode est perçu comme la défaite morale et physique d’un peuple et d’une nation faibles par rapport à leurs adversaires.
La purification des corps et des esprits
Dans le discours fasciste sur le corps des Italiens, l’idée de purifier les corps pour les reconstruire et les renforcer après la Grande Guerre est omniprésente. La purification doit aussi être intellectuelle et morale : pour les fascistes, chaque Italien doit avoir un "esprit sain dans un corps sain" pour la défense de la nation et du fascisme.
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La "bonifica"
Le régime met en place une politique de "bonifica" des terres, par l’assèchement des marais et des zones où les épidémies sont récurrentes. C’est une réforme agricole, mais aussi hygiénique et sanitaire.
Les contre-modèles
Les contre-modèles, en l’occurrence, sont les Éthiopiens, les Juifs, et les homosexuels. Quand ensuite sont décidées les lois raciales deux ans plus tard, le régime revendique fièrement l’exclusion des Juifs. Le traitement de l’homosexualité par le régime fasciste est très lié à la conception du corps idéal fasciste.
L'échec des politiques sanitaires
Évidemment, les discours sur l’assainissement et la purification des corps et des terres prétendent répondre à un problème très concret : à cause des maladies, de la faiblesse physique des Italiens, le taux de mortalité infantile est très élevé au début des années 1920. Toutefois, ces discours sont des discours de propagande, qui cachent mal l’échec des tentatives du gouvernement fasciste visant à améliorer les conditions hygiéniques de vie du peuple italien.
L'Éducation Physique et Sportive
La création d'une nation guerrière
Dans ce domaine, les objectifs du régime sont clairs : le sport prépare des hommes et des femmes fortes pour construire une Nation guerrière.
Les organisations de masse
L’homme nouveau fasciste doit être prêt à se sacrifier pour la patrie et l’éducation de son corps est confiée aux nombreuses organisations de masse constituées pendant le Ventennio fasciste. En 1925 est créée l’Opera Nazionale Balilla (ONB), structure dédiée aux enfants de 6 à 14 ans, progressivement élargie aux adolescents jusqu’à 17 ans. Le 1er mai 1926, un décret fonde l’Opera Nazionale Dopolavoro (OND) qui organise dans les villes, les usines et les propriétés agricoles, le temps libre des travailleurs.
La politique biologique
Le régime fasciste crée de nombreux instituts qui s’occupent des corps comme l’Opera nazionale maternità ed infanzia (ONMI) qui protège les mères et les enfants en difficulté. Des femmes, le fascisme veut faire des mères : dans cette perspective, les femmes doivent être "sane, robuste, feconde" (Mauri, 2019). Mussolini, expliquent Francesco Cassata et Léa Drouet, choisit la voie d’un "natalismo nazionalista" (Cassata et Drouet, 2016).
Les études eugénistes
S’y ajoutent les études de l’ISTAT (Istituto nazionale di statistica) et du CISP (Comitato italiano per lo Studio dei Problemi della popolazione) sur les populations dites "primitives" dans les colonies, sur les modalités d’assimilation des immigrés à la "razza italica", et sur l’impact des conditions climatiques et météorologiques sur la génétique.
L'Art et la Propagande
La sculpture
L’art et la propagande fascistes créent un modèle du héros moderne, en exploitant en particulier la sculpture. Dans les stades, les statues représentent des hommes nus, dont le corps est un symbole de beauté et de pureté.
Le sport et les athlètes
Le sport est central pour le régime, et derrière Mussolini "primo sportivo d’Italia" (Ferretti, 1933), des athlètes comme le boxeur Primo Carnera ont cette fonction d’exemple pour tous les Italiens.
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