Les enfants, avec leur curiosité insatiable, nous confrontent souvent à des questions profondes et inattendues. "Pourquoi les hommes se font-ils la guerre ?", "Pourquoi ne fabrique-t-on pas plus d'argent pour aider les pauvres ?", "Pourquoi est-on obligé d'aller à l'école ?" Ces interrogations, bien que simples en apparence, touchent à des sujets fondamentaux qui nous dépassent parfois. Pour nous aider à naviguer ces moments de questionnement, Chiara Pastorini, philosophe, animatrice et formatrice en philosophie pour enfants, a publié « 100 questions hautement philosophiques que vous posent vos enfants » aux éditions Solar. Ce livre se présente comme un guide à la fois ludique et utile, offrant des pistes de réflexion pour aborder les grandes questions existentielles des enfants.

L'éveil philosophique dès le plus jeune âge

Les enfants commencent à poser des questions philosophiques très tôt, souvent dès l'âge de 3 ou 4 ans. Ils s'interrogent spontanément sur le sens de la vie, la vérité, la justice, la liberté. Ces questions ne sont pas le fruit du hasard ; elles sont l'expression d'une préoccupation universelle, commune à tous les êtres humains. Simplement, les enfants n'ont pas encore conscience de la nature philosophique de leurs interrogations. C'est à l'adulte de les accompagner dans leur réflexion, en les encourageant à aller plus loin par le biais d'un questionnement approprié.

Face aux questions déroutantes : l'exemple du Paradis

Il arrive que les questions des enfants nous déroutent, nous laissant hésitants quant à la réponse à apporter. L'exemple de la question sur le Paradis est parlant. Faut-il inventer une fable, au risque de mentir, ou avouer notre ignorance ? Ce type de question rejoint souvent celle de la mort, une des premières préoccupations des enfants.

Plutôt que de fournir une réponse toute faite, il est préférable d'encourager l'enfant à penser par lui-même. On peut lui poser des questions, l'inviter à s'interroger sur ses peurs. Derrière la question du Paradis se cache souvent la peur de l'inconnu après la mort, la confrontation à la fin des choses, et un besoin d'être rassuré.

Au lieu d'inventer des histoires, on peut expliquer que certaines personnes croient en Dieu et donc au Paradis, tandis que d'autres n'y croient pas. L'important est de présenter différents points de vue, afin que l'enfant puisse se construire sa propre idée. Plus tôt on propose ce type d'approche, plus tôt l'enfant développera les outils nécessaires pour raisonner par lui-même et développer son esprit critique.

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Apprivoiser la peur de la mort

La mort est un sujet délicat, mais essentiel à aborder avec les enfants. Pour les rassurer, on peut les amener à réfléchir sur le fait que lorsqu'un être cher (ou un animal de compagnie) disparaît, il reste présent dans nos cœurs et nos souvenirs. La relation peut continuer au-delà de l'absence.

On peut également s'inspirer du philosophe Heidegger, qui considère la peur de la mort comme une boussole pour nous orienter dans l'existence. On peut interroger l'enfant : "Est-ce que ça te plairait d'être immortel ? Est-ce que le fait que cette vie ait une fin ne lui donne pas plus de sens et ne rend pas chaque moment plus précieux ?"

Le philosophe Épicure invite quant à lui à considérer la mort comme un faux problème : "Quand on existe, la mort n'est pas là, et quand on meurt, on n'existe pas." Notre propre mort ne devrait donc pas nous angoisser. Pour aborder ces sujets, on peut s'appuyer sur des livres qui aident à prendre du recul, comme l'album Le goût de la vie, de Chiara Pastorini et Annick Masson.

L'école, une contrainte ou une chance ?

Nos enfants nous interrogent souvent sur la nécessité d'aller à l'école, de faire leurs devoirs ou d'apprendre par cœur une poésie. Là encore, il est important d'éviter les réponses toutes faites comme "parce que c'est comme ça". Il faut plutôt les inviter à réfléchir sur le sens de l'école et de l'apprentissage.

On peut proposer des scénarios extrêmes : que se passerait-il si personne dans le monde n'apprenait à lire et à compter ? On peut chercher à leur faire prendre conscience de l'importance de l'école, comme une chance plutôt qu'une contrainte, et surtout, relier l'école à leurs passions. Si un enfant rêve de devenir vétérinaire, il faut lui expliquer qu'il devra connaître les animaux, mais aussi lire des livres de science, savoir calculer des doses de médicaments, etc.

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Une crise de l'éducation est avant tout une crise de sens. Elle survient lorsque les enfants ne perçoivent plus le lien entre l'école et leur vie.

Expliquer la guerre aux enfants

La guerre, malheureusement redevenue un sujet d'actualité, est souvent appréhendée par les enfants de manière binaire : il y a les gentils et les méchants. Pour en parler avec eux, on peut faire le lien avec leur quotidien : les conflits et les disputes dans la cour de récréation, et ce qui arrive quand on fait primer la violence sur le dialogue.

À une autre échelle, entre adultes et entre pays, cette rupture du dialogue conduit à la guerre, pour des raisons diverses : l'envie de posséder plus de territoires, plus de richesses, ou des raisons idéologiques.

L'important est de faire comprendre à l'enfant que le refus d'écouter les autres peut mener au conflit, que la violence engendre la guerre, et que dans ce contexte, il devient difficile de distinguer les gentils des méchants. Les choses sont souvent plus complexes qu'il n'y paraît.

La question à poser est : comment dépasser la violence ? Comment maintenir la paix sinon par le dialogue ? C'est ce que propose la philosophie en posant des questions.

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Le corps et le consentement

Le rapport au corps, au consentement et à l'intimité sont des sujets délicats mais importants. Il faut expliquer aux enfants qu'ils doivent respecter l'intégrité physique de leurs camarades et protéger la leur, sans pour autant les effrayer.

On peut les amener à réfléchir sur la notion de corps : "Qu'est-ce que c'est ton corps ? Est-ce que ton corps t'appartient ?" L'objectif est de leur faire prendre conscience que leur corps leur appartient, et que le corps des autres appartient aux autres. Il faut ensuite aborder ce qui est possible ou non, distinguer les contacts normaux et agréables des contacts qui mettent mal à l'aise ou qui sont imposés.

La philosophie en action : les ateliers pour enfants

Chiara Pastorini anime des ateliers philosophiques en école primaire. Sa méthode est holistique, c'est-à-dire qu'elle prend en compte l'enfant dans sa globalité, en intégrant les dimensions rationnelle, sensorielle et corporelle. Elle utilise le mime, le dessin, le théâtre ou le yoga combinés à la réflexion.

Par le biais d'une activité, on amène l'enfant à réfléchir différemment, on réhabilite le corps dans le processus d'accès au concept. C'est une démarche active et pragmatique inspirée de la pensée de Maria Montessori et de la pédagogie de John Dewey.

Par exemple, pour interroger la notion d'identité, on peut demander à un groupe d'enfants de faire chacun son autoportrait sur des feuilles colorées. Ensuite, on divise le groupe en binômes, et chaque enfant doit dessiner le portrait de son binôme sur un calque transparent. On organise ensuite une exposition temporaire, en affichant les autoportraits sur feuille colorée, et en accrochant par-dessus le calque du portrait que l'autre a réalisé.

Cela permet d'aborder le rôle du regard de l'autre dans la construction de notre identité. On échange ensemble pour se demander ce qui a été plus facile, se dessiner ou dessiner l'autre ? On observe le résultat, les dessins sont-ils pareils, ressemblants ? Les autres nous voient-ils comme nous nous voyons ? Qui suis-je, avec et sans la présence des autres ?

Grâce à une pratique artistique, on parvient à faire réfléchir différemment les enfants, et ce dès la maternelle et sur n'importe quel sujet philosophique.

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