Introduction

Le cerveau humain, un organe d'une complexité fascinante, est au cœur de nos perceptions, émotions et interactions sociales. L'étude de son fonctionnement révèle des mécanismes sophistiqués qui influencent notre comportement et notre capacité à nous adapter au monde qui nous entoure. Cet article explore les concepts de voie rapide, voie lente, voie haute et voie basse en psychologie, en mettant en lumière la plasticité cérébrale, les neurones miroirs et leur rôle dans nos relations interpersonnelles.

La Plasticité Cérébrale : Un Cerveau en Perpétuel Remodelage

Notre cerveau est fabuleux : il est totalement élastique ! Même âgé, handicapé, partiellement amputé, le système nerveux central peut se reconstituer. Nos neurones se remodèlent et se reconnectent jusqu’à la fin de notre vie. Aujourd’hui presque n’importe quelle zone du cerveau est modelable, au prix d’efforts certes puissants mais accessibles. Ainsi, les zones corticales spécialisées dans une fonction sensorielle (toucher, vision, …) ou motrice peuvent se remplacer les unes les autres. L’ensemble de notre cerveau peut entièrement se réorganiser suite à un accident par exemple. On peut garder un esprit élastique jusqu’à notre mort, si nous cultivons 2 aspects : notre gout pour la nouveauté et notre capacité à l’empathie.

Cette capacité d'adaptation, appelée plasticité neuronale, permet au cerveau de se modifier en réponse à de nouvelles expériences, apprentissages et même à des lésions. La plasticité neuronale baisse avec l’âge, mais si un vieux cerveau est bien entraîné, il connaît des raccourcis neuronaux et fonctionne à merveille, voire mieux que chez un plus jeune. Les étudiants apprennent la triple plasticité du système nerveux . En peu de temps, sous l’influence d’émotions, d’images, de pensées, d’actions diverses peuvent se produire plusieurs phénomènes : 1/de nouveaux neurones peuvent naître dans notre cerveau .2/nos neurones peuvent se développer (X10 ! ) et multiplier leurs synapses ou au contraire se ratatiner. 3/nos réseaux de neurones peuvent même remplacer un sens par un autre (la vue par le toucher par ex). Jusque dans les années 70, cette notion de plasticité neuronale était taboue chez les neurologues et psychiatres.

Preuves de la Plasticité

Le concept de résilience dit que donner de l’affection à un enfant abandonné peut lui permettre de « renaître ». Au bout d’un an, placé dans une famille d’accueil affectueuse et attentive, ses synapses repoussent comme primevères au printemps, son néocortex est « regonflé », images à l’appui. Cette atrophie des orphelins mis en isolation sensorielle, comme leur résilience ultérieure, sont des preuves de la plasticité neuronale et corticale. Le plus important n’est pas que des neurones puissent repousser, mais qu’ils s’interconnectent. Un neurone isolé ne sert à rien.

Les Moteurs de la Croissance Dendritique

Un neurone ne devient opérationnel que si des dendrites se mettent à pousser, le reliant par des synapses à d’autres neurones. Les 6 moteurs de croissance dendritique les plus importants sont : le désir, l’affection, l’interrogation, la réflexion, l’action, l’effort volontaire. Ce qui détruit les neurones, là aussi, dans le désordre : le vieillissement, le stress, la pollution, certaines maladies, et surtout la passivité.

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Neurogénèse Adulte

Mais surtout l’espoir le plus formidable réside dans la découverte de la neurogénèse adulte, à savoir que nos neurones peuvent repousser ! Un équipe de chercheurs de l’Institut Pasteur, menée par Pierre-Marie LLEDO, a découvert en 2004 que l’olfactif, notre sens le plus archaïque avec le toucher, joue un rôle essentiel dans la reconstitution de nos neurones ! En voulant comprendre pourquoi les odeurs sont si puissamment articulées à nos réminiscences les plus fortes, ils ont suivi la piste de la Ténascine, et découvert que de nouveaux neurones apparaissent en permanence dans le cortex olfactif, d’où ils migrent ensuite vers toutes les autres aires corticales. La neuroplasticité change donc toute notre vision du cerveau. Ainsi, en lisant ou écoutant cet article, vous modifiez vos neurones.. ! Une mutation autocontrôlée de l’être humain est donc neurologiquement possible. Mais elle doit se dérouler sur les plans individuel ET collectif, car nos cerveaux sont fondamentalement bâtis pour être reliés à d’autres.

L'impact des émotions et de la pleine conscience

La base de tout changement psychique émotionnel durable et autoproduit c’est la neuroplasticité : la survenue de modifications fonctionnelles des voies neuronales. Et la base de la neuroplasticité, c’est la notion d’expériences et d’exercices inlassablement répétés : l’entraînement de l’esprit. L’apprentissage de la pleine conscience traite la phobie du rougissement : la personne rougissant se focalise à 100% sur 2 questions « est-ce que je rougis ou non ? » et « est-ce que les autres ont vu que je suis si mal à l’aise que je deviens plus rouge qu’une tomate ? ». Plus on focalise sur cela, plus on rougit : c’est un cercle vicieux ! On place le patient face à un public qui le regarde en silence. Il devient vite écarlate, et doit élargir son focus attentionnel. Le psy lui dit, « vous êtes rouge, c’est désagréable, c’est comme cela. Prenez conscience des petits bruits, comment vous respirez, la lumière et la décoration de cette pièce, les vêtements et les gestes des gens… Tout cela sans fuir les émotions désagréables ressenties, mais en invitant d’autres éléments à votre conscience ». Ainsi, le flot émotionnel est toujours là, mais peu à peu il va s’écouler de manière différente.

Le Cerveau Neurosocial : L'Importance des Interactions

Notre cerveau est aussi totalement social, il donne sa pleine mesure en entrant en résonnance avec d’autres : nous sommes constitués pour entrer en empathie avec autrui. Nos neurones ont besoin d’autrui pour fonctionner car notre cerveau est neurosocial. Nos circuits neuronaux sont faits pour se mettre en phase avec ceux des autres. Nous n’avons donc pas le même cerveau, et donc pas la même vie, selon les relations que nous entretenons avec autrui. Nos neurones ont absolument besoin de la présence physique des autres et d’une mise en résonnance empathique avec eux. Nos neurones attrapent les émotions des autres. Au moindre sourire, au moindre affrontement, nous sommes en résonnance.

Les Neurones Miroirs : La Base de l'Empathie

Tout cela fonctionne, entre autres, grâce aux neurones miroirs. C’est un mécanisme qui fait que dès la naissance, notre cerveau « mime » les actions qu’il voit accomplir par d’autres, comme si c’était lui qui agissait. En 1996, en Italie, RIZZOLATTI travaille avec des singes, portant des casques à résonnance magnétique. Pause déjeuner, il tend la main droite vers un sandwich : le cerveau du singe qui le regarde fait crépiter le casque. Le chercheur arrête son geste, puis le recommence ; à nouveau crépitement. L’IRM lui montre que le singe, resté immobile, envoie de l’énergie à son cerveau « comme si c’était lui qui levait la main droite pour attraper le sandwich ! Il venait de découvrir le principe des neurones miroirs ! Mais pour cela, il faut que l’objet soit signifiant pour le singe. Une banane, crépitement.

Le rôle des rituels d'interaction

Un enfant a besoin de rituels d’interaction, notamment faits de milliers de mimiques, hochements de tête, regards, intonations de voix qui nous font réagir au centième de seconde pour pouvoir bien se développer. Dans une grande ville, entre le départ de son domicile et son arrivée au travail, s’accumulent près de 400 rituels d’interaction différents. Actuellement, le « cyberhumain » ne traite plus ces milliers de micro-signaux infraverbaux envoyés par ses congénères. La diminution des rituels d’interaction émotionnelle inhibe l’empathie, cette aptitude à se décentrer de soi-même pour se représenter le monde de l’autre. La communication s’est donc incroyablement améliorée, mais la coexistence s’est terriblement altérée.

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Altruisme et Système Miroir

Ce système miroir nous pousse à faire le bien d’autrui, car nous y avons intérêt. Tout être vivant cherche à survivre, étendre son territoire et à se reproduire. Nous avons développé notre instinct de groupe car seuls nous aurions été impuissants. Nous avons intérêt à aider nos congénères, et quand autrui éprouve une souffrance, en nous résonnent les mêmes sensations désagréables. On recherche donc le bonheur d’autrui… pour notre propre satisfaction. Mais, quand le corps social se dérègle, ce système tombe en panne. Pour ne pas souffrir de voir autrui souffrir, je le fais disparaître du champ public : camps, ghettos, asile, prisons… Pour bien fonctionner, le système miroir doit être encadré par des valeurs, une culture, des savoirs.

Voie Rapide et Voie Lente : Deux Systèmes de Traitement de l'Information

L’intelligence relationnelle repose sur un processus fulgurant de rapidité. Notre cerveau peut capter, en quelques millièmes de secondes, quantité d’informations simultanées (odeur, aspect amical ou menaçant…) sur la personne en face de nous. Notre mécanisme de survie, processus archaïque, se déroule hors de toute conscience, à la vitesse éclair d’un réflexe. Si le rire est le processus de contagion neuronale le plus rapide de tous, le sourire est l’expression que le cerveau humain décrypte le plus vite et avec le plus de nuances. Sans cette rapidité et cette subtilité de décodage de l’autre, l’empathie serait impossible. Cette communication ultrarapide et multiniveaux constitue « la voie basse » de l’intelligence relationnelle. Elle ne fait pas de compromis, ni de diplomatie.

La voie basse et l'amygdale

Joseph LeDoux, neurologue américain, a été le premier à montrer le rôle central de l’amygdale dans le circuit émotionnel de notre cerveau. Ce petit organe explique que l’Homme est capable d’agir suite à une émotion avant même que son système de pensée ait pu prendre une décision. « Anatomiquement, le système qui gouverne les émotions peut agir indépendamment du néocortex. Lorsque le cerveau reçoit des signaux sensoriels, deux voies sont empruntées en parallèle par les informations reçues. Prenons l’exemple d’une réaction émotionnelle de la peur suite à un signal visuel : celui de l’apparition d’une mygale dans notre champ de vision (vous sentez le frisson parcourir vos bras et votre dos à cette pensée ?). Mais en parallèle de ce trajet, une partie du signal est envoyée par une seule synapse, par le thalamus directement vers l’amygdale, et peut ainsi engendrer une réponse émotionnelle très rapidement. Cette voie rapide reste néanmoins primitive et détachée de toute analyse cognitive. On distingue ainsi une voie rapide de la peur thalamo-amygdalienne et une voie plus longue thalamo-cortico-amygdalienne.

La voie haute et le néocortex

D’où l’importance de notre cerveau civilisé ou « voie haute » qui commence par la réflexion consciente et met en action les structures neuronales du néocortex. Une personne équilibrée fait coopérer la lente intelligence réfléchie de sa voie haute et les fulgurances intuitions de sa voie basse.

Voie Haute et Voie Basse : Hiérarchie et Régulation du Système Nerveux Autonome (SNA)

Classiquement, on a longtemps considéré que seuls deux modes opposés du système nerveux, constitués de deux branches distinctes, étaient en jeu dans le fonctionnement du corps. le système nerveux parasympathique, constitué du nerf vague qui part du tronc cérébral et innerve de nombreux organes. On peut se représenter ces trois branches du système nerveux comme une échelle hiérarchique de la réponse de stress : tout en haut se trouve la « zone verte », dans laquelle on se sent détendu, ouvert à la conversation et à l’échange de points de vue. Je suis à la terrasse d’un restaurant avec des amis, je suis à l’aise dans la conversation, je mange avec plaisir et profite de ce moment de détente (zone verte). Soudain, je vois un gros chien qui se dirige vers moi en courant à toute vitesse. Je saisis instantanément une chaise à proximité afin de bloquer l’animal (zone jaune). Son gardien siffle afin de le rappeler près de lui. Lorsque le Combat ou la Fuite ne sont pas envisageables, le système nerveux « choisit » le Figement. La réaction du système nerveux ne dépend pas de ce que l’on pense être la bonne façon de réagir à un danger, le SNA impose sa réponse de façon automatique, selon sa lecture de la situation.

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Trauma et Système Nerveux

Le Trauma est dans le système nerveux - pas dans l’événement ! On a longtemps pensé que les symptômes du trauma étaient le résultat du type et de l’intensité d’un événement externe. Alors que la magnitude du facteur de stress est clairement importante, elle ne définit pas le trauma. C’est parce que le trauma n’est pas dans l’événement lui-même, mais qu’il réside dans le système nerveux.

Lors des agressions, la voie basse de la personne victime d’inceste est activée, l’amygdale est activée. La voie haute s’active ensuite mais ne peut pas se moduler, le danger est trop grand. la modulation, atténuation de l’amygdale ne peut pas avoir lieu comme habituellement, le cortex est mis hors service, l’accès à l’hippocampe pour comparer la situation avec les souvenirs ne peut pas se faire. Il n’y a pas de sortie ou maîtrise du danger. La victime est saisie par le danger, et obligé de subir ce danger dans un effroi et une grande impuissance. Tout cela dans un état de confusion, puisque l’agression se fait par une personne qui est censée être aimante, apporter du soin, de la sécurité, du lien etc…

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