L'accouchement par voie basse est une expérience unique et intense. De nombreuses femmes éprouvent de l'anxiété et de la peur face à la douleur potentielle et à l'inconnu. Cet article vise à démystifier l'accouchement par voie basse, à explorer les sources de la peur et de la douleur, et à présenter des stratégies pour gérer ces appréhensions et vivre une expérience d'accouchement aussi positive que possible.

Comprendre la Peur de l'Accouchement

La peur de l'accouchement, une inquiétude partagée par de nombreuses femmes, peut parfois se transformer en une véritable phobie, appelée tocophobie. La tocophobie se traduit par une peur irrationnelle de l’accouchement, et plus généralement de la grossesse. Cette peur extrême peut conduire certaines femmes à demander une césarienne de convenance, voire à envisager une interruption volontaire de grossesse (IVG) ou une interruption médicale de grossesse (IMG).

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à cette peur :

  • Manque d'informations et représentations négatives : Les récits d'accouchements traumatisants, les représentations caricaturales dans les films et les séries télévisées, ainsi que le manque d'informations fiables peuvent alimenter la peur.
  • Expériences passées : Les femmes ayant vécu des accouchements difficiles ou traumatisants, ou ayant entendu des témoignages négatifs de proches, peuvent développer une peur accrue.
  • Peur de la douleur : La douleur est une préoccupation majeure pour de nombreuses femmes. Elles craignent de ne pas pouvoir la supporter ou de perdre le contrôle.
  • Peur de l'inconnu : L'accouchement est un processus imprévisible, et le manque de contrôle sur le déroulement peut être source d'anxiété.
  • Antécédents de traumatismes : Les femmes ayant subi des abus sexuels ou des violences peuvent éprouver une peur plus intense de l'accouchement.
  • Peur de complications : La crainte que quelque chose se passe mal pour la mère ou l'enfant est une source d'inquiétude légitime.
  • Violences obstétricales : La crainte d'être victime de violences obstétricales ou que leurs choix ne soient pas respectés est également une préoccupation croissante.

La Tocophobie : Une Peur Panique de l'Accouchement

La tocophobie, du grec "tokos" (accouchement) et "phobos" (peur), est une peur sévère, voire invalidante, de l'accouchement. Elle est reconnue par l'OMS depuis 1997. À la différence de la "simple" peur d'accoucher, partagée par 80% des femmes, la tocophobie correspond à un niveau de peur extrême. C'est un trouble anxieux qui touche 6 à 11% des femmes.

Il est impératif pour toute femme souffrant de tocophobie d’être prise en charge aussitôt le diagnostic évoqué afin de ne pas aggraver la phobie. Sans prise en charge, cette phobie peut aboutir à un allongement du temps de travail nécessitant un recours aux forceps ou ventouses obstétricales. A noter que la tocophobie peut aussi se manifester chez une femme qui n’est pas enceinte.

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Témoignages

  • Charlotte : "J'avais très, très peur de l'accouchement et de la douleur… Impossible de regarder l'émission Baby Boom, ça me terrifiais d'entendre les femmes crier… Les cours de préparation à l'accouchement m'ont aidé, surtout quand la sage femme a dit qu'on était faite pour ça, que ça déclenchait plein d'hormones pour la douleur. Finalement, quand le moment est venu j'ai super bien géré la douleur avec de la méditation."
  • Chloé : "Maintenant, enceinte du troisième, j'ai une peur viscérale de l'accouchement. Parce-que je sais désormais ce que c'est vraiment. Je ressens la peur primaire et bestiale, au point que lorsque le jour arrivera, j'espère accoucher seule !"
  • Lamy : "Au début de ma grossesse, l'inconnu de l'accouchement me faisait encore assez peur. Je suis tombée sur une super sage-femme qui nous a tellement bien préparés à l'accouchement que j'ai enfin compris ce qui allait nous arriver à baby et moi au cours de cette aventure mais aussi les pouvoirs incroyables de mon corps de femme. Finalement, j'ai bel et bien accouché sans péridurale après un long travail de plus de 20h et pourtant à aucun moment je n'ai pensé à la péridurale, à aucun moment je n'ai été dans la souffrance."
  • Sophie : "Etant en grossesse à risques avec une surveillance +++, où j’ai été arrêtée à deux mois de grossesse pour risque de fausse-couche. J’ai commencé à développer une peur de l’accouchement."
  • Mélanie : "J’appréhendais pas mal mon accouchement avant de tomber enceinte (les accouchements des copines et femmes de ma famille ne se sont pas toujours très bien passés)."
  • Nikita : "Cette sœur m'a raconté l'accouchement comme une vraie torture, un truc laborieux qui a duré 2 jours. Du coup quand j'ai accouché la première chose que j'ai dit après avoir mis au monde mon petit gars a été "et c'est tout" ce qui a grandement surpris la sage femme."
  • Laurie : "L'accouchement, les contractions, la douleur et la péridurale me faisait peur, avant de tomber enceinte, pendant la grossesse et jusqu'à l'accouchement. J'entrais dans un monde inconnu, moi qui aime savoir où je vais, c'était compliqué à gérer."
  • Caroline : "J’avais une peur bleu de l’accouchement avant d’être enceinte. A cause de ce qu’on voit dans les films et du peu de récit que j’avais pu entendre. J’ai donc commencé à y réfléchir et me documenter un peu sur le sujet. En comprenant ce qui m’attendait ma peur a commencé à s’envoler. J’ai finalement eu mon accouchement sans péri et qu’est ce que j’en suis heureuse et fière !"
  • Fabienne : "Dans ma tête je m’étais dis « allez on s’y met », de toute façon comme pratiquement toutes mes amies ont eu des difficultés à tomber enceinte, je pensais que j’avais au moins 6 à 12 mois devant mois pour me faire à l’idée de porter la vie et devenir maman. Bébé s’est logé au creux de mon ventre dès le premier mois d’essai. Du coup j’ai eu 8 mois pour me faire « à l’idée ». Et je me rends compte après coup qu’en fait j’étais terrifiée d’être maman."
  • Emilie : "J'avais très peur de l'accouchement quand j'étais plus jeune. Quand j'ai su que j'étais enceinte, cette peur a disparu. Et j'ai vécu un accouchement de rêve."
  • Virginie : "J'ai toujours voulu des enfants mais je ne voulais surtout pas accoucher. Je redoutais tellement ce moment que je disais que je ferai tout pour accoucher par césarienne. J'avais peur de ne pas être capable de le faire, peur de la déchirure, peur d'avoir mal pendant et après, peur de faire caca et j'en passe. En résumé, tout dans l'accouchement me faisait peur. Une fois enceinte, j'ai espéré longtemps, très longtemps d'avoir besoin d'une césarienne."

La Douleur de l'Accouchement : Une Réalité Complexe

La douleur de l'accouchement est une expérience subjective et variable. Elle est influencée par de nombreux facteurs, notamment :

  • L'intensité et la fréquence des contractions : L’efficacité du travail est déterminée par l’intensité des contractions.
  • La position du bébé : Le poids du bébé et sa position, la fréquence de vos contractions, jouent aussi sur la durée et la dilatation sur col.
  • La morphologie de la mère : La césarienne est parfois programmée à l’avance quand la morphologie de la maman, le poids ou la position du bébé ne permettent pas un accouchement par voie basse.
  • Le seuil de tolérance à la douleur : Chaque femme a une sensibilité différente à la douleur.
  • L'état émotionnel : L'anxiété et la peur peuvent augmenter la perception de la douleur.
  • Le soutien reçu : Un soutien émotionnel et physique adéquat peut aider à gérer la douleur.

Une étude de Manisa a conclu que 80,5% des femmes accouchant par voie basse définissent l’accouchement comme « plus douloureux que prévu ». La douleur pendant le travail est une douleur aiguë qui fluctue rapidement et peut altérer l’humeur de la femme. Près de 30% des femmes souffrent de maux de dos et cette douleur augmente le risque de césarienne. Les femmes primipares ont plus de douleurs au travail, ce qui augmente le taux de césarienne de 22% par rapport aux femmes multipares.

Stratégies pour Gérer la Peur et la Douleur

Il existe de nombreuses stratégies pour aider les femmes à gérer la peur et la douleur pendant l'accouchement. Ces stratégies peuvent être classées en deux catégories : les méthodes non pharmacologiques et les méthodes pharmacologiques.

Méthodes Non Pharmacologiques

Ces méthodes visent à réduire la douleur et l'anxiété sans recourir à des médicaments. Elles peuvent être utilisées seules ou en complément des méthodes pharmacologiques. Les méthodes non pharmacologiques ne sont pas seulement une alternative mais une contribution aux méthodes pharmacologiques et beaucoup de femmes utilisent les deux. Il a été démontré que les interventions non pharmacologiques étaient sans danger pour la mère et le nouveau-né, car elles ne ralentissaient pas le processus d’accouchement, ne présentaient pas d’effets secondaires ou de risques allergiques, étaient efficaces pour réduire la douleur perçue au travail et donnaient à la femme un sentiment de contrôle.

Les méthodes de contrôle de la douleur du travail sont classées en quatre catégories : la relaxation, la stimulation mentale, la stimulation physique et les techniques de respiration.

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  • Préparation à l'accouchement : Les cours de préparation à la naissance sont essentiels pour informer les femmes sur le déroulement de l'accouchement, les techniques de gestion de la douleur et les options disponibles. Ils permettent de démystifier l'accouchement et de réduire l'anxiété. "Plus les femmes se préparent, mieux elles contrôlent la douleur". Les séances permettent de préparer la future maman, aussi bien physiquement que psychologiquement, à l’accouchement.
  • Techniques de relaxation et de respiration : La relaxation musculaire, la respiration profonde et la méditation peuvent aider à réduire la tension et la douleur. "Quand la contraction arrivait, il fallait que je respire calmement et surtout que je ne me concentre que sur ça, sur le nombre de mes respirations…j'ai reussi a tenir jusqu'a quinze heure…j'etais tellement crevée que j'arrivais a m'endormir pdt les deux minutes de repit entre les contractions…"
  • Changements de position et mobilité : Adopter des positions confortables et bouger pendant le travail peut favoriser la progression de l'accouchement et réduire la douleur. "Désormais, on propose à la patiente de se placer sur le côté en surélevant et en fléchissant sa jambe extérieure ou de s’asseoir en se penchant vers l’avant et en prenant appui sur un ballon".
  • Massage et toucher : Le massage, en particulier dans le bas du dos, peut soulager la douleur et favoriser la relaxation. Le massage est l’une des méthodes préférées pour diminuer la douleur du travail. L’effet relaxant et d’atténuation de la douleur est connu dans la littérature. Un massage pendant l’accouchement augmente les niveaux de sérotonine et de dopamine tout en diminuant la norépinéphrine et le cortisol. La fatigue de la femme diminue, les spasmes musculaires se relâchent, l’activité physique augmente, son attention est distraite et l’anxiété diminue, ainsi la femme en travail peut mieux supporter la douleur. L’étude de Tzeng et Su (2008) a montré que 75,3% des femmes enceintes ressentaient des douleurs dans le bas du dos et qu’au fur et à mesure que la dilatation du col progressait, cette douleur augmentait vers la région sacrée et était soulagée par un massage (65,3%) et un changement de position (mobilisation) (61,1%).
  • Hydrothérapie : Prendre un bain ou une douche chaude peut aider à détendre les muscles et à soulager la douleur.
  • Aromathérapie : L'utilisation d'huiles essentielles relaxantes peut favoriser le bien-être et réduire l'anxiété.
  • Soutien émotionnel : Avoir un partenaire, une doula ou une sage-femme présente pour offrir un soutien émotionnel et physique peut faire une grande différence.
  • Hypnose et sophrologie : Ces techniques peuvent aider à gérer la douleur et l'anxiété en induisant un état de relaxation profonde. Il est également proposé à toute femme enceinte de participer à des cours de préparation à l’accouchement prodiguée par une sage-femme. Les séances permettent de préparer la future maman, aussi bien physiquement que psychologiquement, à l’accouchement. Enfin, il est possible d’avoir recours à des séances d’hypnose thérapeutique. Cette méthode, basée sur une relaxation profonde, permet de prendre conscience de ses angoisses et apprendre à les surmonter. L’objectif est que la patiente puisse sentir les prémices de ses angoisses afin de pouvoir les stopper grâce à diverses méthodes de relaxation. On parle alors d’autohypnose. Dans le même principe, il existe aussi des séances de sophrologie prénatale qui permettent de travailler sur le souffle et le lâcher-prise via divers exercices corporels.
  • Réalité virtuelle : Bien qu’ils ne soient pas encore démocratisés dans les maternités, les casques de réalité virtuelle peuvent être de précieux alliés pour gérer la peur liée à l’accouchement.
  • Exercices de cohérence cardiaque : « L’avantage de cette méthode est qu’il s’agit d’une technique ayant un effet anxiolytique de fond, précise la psychiatre. De plus, on a constaté que l’effet était encore plus bénéfique sur les femmes enceintes que sur celles qui ne le sont pas. »

Méthodes Pharmacologiques

Ces méthodes impliquent l'utilisation de médicaments pour soulager la douleur.

  • Péridurale : La péridurale est une anesthésie locale qui permet de soulager la douleur pendant le travail. Elle est administrée par un anesthésiste et consiste à injecter un médicament dans l'espace péridural de la colonne vertébrale. Si vous souhaitez avoir recours à la péridurale, on vous la fera lorsque la dilatation du col sera d'environ 4 centimètres. Elle peut généralement également être proposée entre 3 et 7 centimètres, selon la façon dont vous gérez la douleur. Seul problème possible : une brèche, 2 % des cas, si l’aiguille atteint l’espace contenant le liquide céphalorachidien. Avec pour conséquence de gros maux de tête pendant quelques jours, le temps de guérir. Pour cela on fait un blood patch : on injecte un peu de sang dans l’espace péridural afin de rétablir la pression du liquide céphalorachidien.
  • Analgésiques : Des analgésiques peuvent être administrés par voie intraveineuse ou intramusculaire pour soulager la douleur. Cependant, des études ont montré que les analgésiques seuls ne sont pas efficaces pour gérer la douleur du travail.
  • Anesthésie générale : L'anesthésie générale est rarement utilisée lors d'un accouchement par voie basse, sauf en cas d'urgence.

Interventions Médicales Courantes

  • Épisiotomie : L’épisiotomie est une incision chirurgicale du périnée pour agrandir l’ouverture vaginale et faciliter la naissance du bébé. Bonne nouvelle : le nombre d’épisiotomies est à la baisse dans la plupart des maternités. Mais il arrive qu’elle soit nécessaire si vous avez un gros bébé ou quand les forceps s’imposent. Sur le moment vous ne sentirez rien du fait de l’extrême distension des tissus, même sans péridurale.
  • Forceps et ventouses : Les forceps et les ventouses sont des instruments utilisés pour aider à la naissance du bébé lorsque la progression est lente ou lorsque le bébé est en souffrance. Dans tous les cas, ne redoutez pas le côté apparemment barbare du métal. Pas de crainte à avoir non plus pour le bébé. Votre enfant est généralement prêt à naître et a juste besoin d’un petit coup de pouce pour sortir sans traîner.
  • Expression utérine : Il s’agit de la technique de l’expression utérine, où la sage-femme appuie de toutes ses forces sur le ventre.
  • Rupture artificielle des membranes : Quand la poche des eaux ne s’est pas percée d’elle-même, la sage-femme entreprend souvent de le faire à l’aide d’une pince fine. C’est impressionnant mais on ne sent rien. La seule sensation à prévoir, c’est l’intensification des contractions une fois le liquide amniotique écoulé.

Les Étapes de l'Accouchement

Comprendre les différentes étapes de l'accouchement peut aider à réduire l'anxiété et à se préparer mentalement à l'événement.

  • La phase de latence : Aussi appelée « phase de dilatation du col », cette première étape permet aux contractions bien qu’elles soient de plus au moins faible d’intensité, de pousser le fœtus vers le col de l’utérus ce qui lui permettra de se créer un chemin vers la sortie. Ces contractions ressemblent parfois à des crampes menstruelles et se localisent généralement dans le bas du dos ou du ventre. La dilatation du col utérin est très lente et prend des heures à s’élargir complètement : comptez environ 1cm par heure pendant la première partie puis 2 cm par heure jusqu’à ce que le col arrive à sa dilatation maximale de 10cm.
  • La phase active ou d’expulsion : Quand la dilatation de votre col atteindra les 10cm, l’accouchement semblera plus concret, vous aurez des contractions toutes les 2 minutes environ, votre bébé commencera son périple dans votre bassin tête la première pour sortir par l’utérus. La sage-femme vous demandera alors de pousser quand elle sentir la tête du nourrisson descendre. Le bébé appuiera naturellement sur le périnée ce qui vous donnera envie de pousser pour le faire sortir. Cette phase d’expulsion dure environ 10 à 40 minutes pour une première naissance.
  • La phase de délivrance : Quelques minutes après la naissance, l’utérus se contractera et le placenta commencera à se décoller. Vous ressentirez de nouvelles contractions qui vont vous permettre l’expulsion du placenta. Le médecin veillera à son expulsion totale afin d'éviter tout risque d'infection en cas de résidus.

Accompagnement Psychologique

Pour certaines femmes, l'accompagnement psychologique est nécessaire. A Paris, Eugénie De Sevin est psychologue clinicienne dans un cabinet pluridisciplinaire de santé de la femme, Gynea. "Le moment de la grossesse est un moment charnière. Il se passe beaucoup de choses en termes de questionnement et en termes d’émotions. C'est un moment de perméabilité émotionnelle. Nos mécanismes de protection psychiques ne fonctionnent plus trop. "Je travaille avec les patientes autour des angoisses qui peuvent remonter, explique la psychologue. Je m'intéresse à la transmission, aux récits qui sont transmis dans la famille. Celles pour qui les peurs se focalisent sur l'accouchement ont souvent un antécédent traumatique.

Rôle du Conjoint

Le rôle du conjoint et de la famille est, en effet, primordial pour aider la future mère à dédramatiser. « Très souvent, le partenaire est écarté de la prise en charge à la maternité, rapporte Lucie Joly. D’après moi, c’est une erreur, car il peut remplir un rôle important au fil de la grossesse et à l’approche de l’accouchement. La naissance est un projet commun. La préparation à la naissance est donc une période importante, qu’il faut considérer avec beaucoup de sérieux.

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