La question de la violence dans les crèches est un sujet préoccupant qui a pris de l'ampleur ces dernières années. Avec une part croissante de jeunes enfants confiés aux structures d'accueil, il est crucial de comprendre les différentes formes de violence, leurs causes et les mesures de prévention à mettre en œuvre. Cet article vise à définir la violence en crèche, à explorer ses manifestations et à proposer des pistes pour la prévenir, en s'appuyant sur des données et des recommandations récentes.
Contexte et Enjeux
La tendance actuelle montre une diminution de la garde des jeunes enfants par les parents au profit de l'accueil en crèche ou chez une assistante maternelle. L'aide des grands-parents ou d'autres membres de la famille reste une solution complémentaire. Ce changement met en évidence l'importance des structures d'accueil dans la vie des jeunes enfants et souligne la nécessité de garantir un environnement sûr et bienveillant.
En novembre 2022, une enquête d'opinion a révélé que la maltraitance est un sujet qui interpelle et appelle à une action plus forte des pouvoirs publics. Un quart des professionnels interrogés ont déclaré avoir déjà travaillé dans un établissement qu'ils considéraient comme maltraitant envers les enfants. De plus, une mission a recueilli environ 2 000 témoignages de situations de maltraitance, soulignant l'ampleur du problème.
Un rapport récent de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) a constaté une dégradation profonde des conditions d'accueil des enfants, liée à celle du cadre de travail des professionnels. Ce constat est corroboré par le personnel sur le terrain. En juin 2022, le décès tragique d'une fillette de 11 mois dans une micro-crèche de Lyon a mis en lumière les risques potentiels et a déclenché une enquête de l'Igas.
Définition de la Violence en Crèche
La violence en crèche peut prendre plusieurs formes, allant de la négligence aux abus physiques et émotionnels. Il est essentiel de définir clairement ce qui constitue la violence pour mieux la prévenir et la combattre.
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Types de Violence
- Négligence : La négligence se manifeste lorsque les besoins primaires et la sécurité affective de l'enfant ne sont plus assurés. Cela peut inclure le fait de ne pas proposer à boire, à manger ou à dormir, ainsi que le non-respect des rythmes individuels de l'enfant.
- Violence physique : La violence physique comprend tout geste brusque, secousse ou manipulation brutale qui peut causer des blessures ou de la douleur à l'enfant.
- Violence verbale : La violence verbale englobe les tons de voix inadaptés, les paroles blessantes à l'intention de sa famille ou de lui-même, les humiliations et les dévalorisations.
- Violence psychologique : La violence psychologique se traduit par des attitudes ou des comportements qui portent atteinte à l'estime de soi et à la sécurité émotionnelle de l'enfant. Cela peut inclure l'isolement, le rejet, la menace et l'intimidation.
- Violences douces : Les "douces violences" sont des actes souvent brefs et répétés, sans volonté de nuire, mais qui peuvent avoir des conséquences néfastes sur le développement de l'enfant. Elles peuvent se traduire par des gestes maladroits, des paroles inappropriées ou un délaissement de l'adulte.
Exemples Concrets de Violences Douces
- Gestes : Arriver derrière un enfant et le prendre par surprise, moucher un enfant brusquement sans le prévenir, prendre l'enfant par le bras d'un geste brusque, ne pas regarder ni parler à l'enfant lors du change.
- Paroles : « Arrête de pleurer, tu nous fais mal aux oreilles ! », « Ah ! Ce que tu pues, tu as encore fait caca ! », « Que tu es vilain quand tu pleures », « Tu n'écoutes jamais ! », « Tu manges comme un cochon ».
- Négligence : Ignorer un enfant qui pleure, ignorer le rythme de l'enfant, lui refuser quelque chose parce que l'adulte est en colère, parler d'un enfant en sa présence sans le prendre en compte.
Impacts de la Violence sur l'Enfant
Les violences en crèche, qu'elles soient physiques, verbales ou psychologiques, peuvent avoir des conséquences graves sur le développement de l'enfant. Elles peuvent entraîner :
- Un manque de respect et de considération, mettant l'enfant en situation d'échec.
- Un non-respect du rythme de développement de l'enfant, l'empêchant de se développer dans des conditions favorables.
- Une insécurité affective, chaque geste ou parole pouvant blesser profondément l'enfant.
- Des conséquences sur le développement de la personnalité de l'enfant, chaque action subie s'inscrivant dans son patrimoine affectif.
- Un manque de confiance en l'adulte et en lui-même.
- Un sentiment de vulnérabilité et d'infériorité par rapport à l'adulte.
- Des comportements querelleurs, l'enfant imitant son environnement pour se repérer et comprendre son fonctionnement.
Causes et Facteurs de Risque
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la violence en crèche, notamment :
- Dégradation des conditions de travail : Le rapport de l'Igas souligne que la dégradation des conditions d'accueil du jeune enfant est "indissociable" de celle des conditions de travail des professionnels. Le rythme de travail séquencé, la pression des horaires et la prééminence de la logique institutionnelle sur la réponse individualisée aux besoins de l'enfant peuvent favoriser la négligence et les comportements inappropriés.
- Logiques de rentabilité : L'Igas s'inquiète du fait que les "logiques de rentabilité semblent transformer l'activité en gestion de flux, voire limiter la réponse aux besoins de l'enfant dans des logiques économiques". Cela est particulièrement vrai dans les structures privées à but lucratif, mais aussi dans les collectivités territoriales où les élus mettent la pression sur le retour à l'équilibre budgétaire.
- Pénurie de professionnels : La pénurie de professionnels dans le secteur de la petite enfance et le turn-over important peuvent entraîner une perte de sens dans le travail, une perte de motivation et des tensions dans l'accueil des enfants. Ces tensions peuvent rendre difficile la gestion du groupe d'enfants et installer un sentiment d'insécurité.
- Manque de formation et de soutien : Un manque de formation adéquate et de soutien aux professionnels peut les empêcher de répondre aux besoins des enfants de manière appropriée. Il est essentiel de fournir aux professionnels les outils et les connaissances nécessaires pour gérer les situations difficiles et prévenir la violence.
- Vulnérabilité de l'enfant : Par définition, l'enfant est vulnérable car il est en développement et dépendant de l'adulte pour la satisfaction de ses besoins primaires. En arrivant en crèche, l'enfant est souvent séparé de son environnement familial pour la première fois et ne peut pas exprimer ses besoins et ses attentes verbalement.
Prévention de la Violence en Crèche
La prévention de la violence en crèche est un enjeu majeur qui nécessite une approche globale et coordonnée. Plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre pour créer un environnement sûr et bienveillant pour les enfants.
Actions Menées sur le Terrain
Dans les crèches de la Ville de Lyon, par exemple, le travail d'accueil des enfants et des familles s'appuie sur des référentiels éducatifs élaborés par les professionnels de la Direction de la Petite Enfance. Lors des réunions d'équipe, les professionnels engagent une réflexion sur la mise en œuvre des valeurs de ces référentiels. La cohésion des équipes se travaille à partir d'un cadre fondé sur la responsabilité partagée de chaque agent, pour une qualité d'accueil.
Avec le soutien des coordinateurs et du service santé, les directeurs de l'ensemble des crèches municipales mènent un travail de réflexion institutionnelle et pluridisciplinaire sur la qualité de présence à l'enfant. Le Service Santé, constitué de médecins, infirmières puéricultrices, psychologues, psychomotriciens et orthoptistes, assure une mission de prévention en veillant au développement de l'enfant et à la qualité de l'accueil en crèche.
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Propositions en Termes de Prévention
- Encourager les formations et une professionnalisation fondée sur le collectif : La formation continue des auxiliaires de puériculture devrait être valorisée avec des contenus complémentaires sur l'éveil, le développement de l'enfant, l'art et le jeu. La présence d'éducateurs de jeunes enfants (EJE) pour porter les valeurs éducatives et les projets est indispensable, comme le préconise le rapport de l'Igas.
- Accompagner les équipes à retrouver du sens au travail : Le travail auprès des jeunes enfants s'élabore, se conduit et s'évalue en équipe. L'accueil au quotidien de l'enfant se construit à travers une réflexion collective en réunion de section ou en équipe complète. Cette réflexion permet de mettre du sens sur les manifestations des enfants et sur les éventuels impacts de dysfonctionnements institutionnels.
- Penser et structurer le travail : L'organisation du travail en crèche est indispensable. Elle passe par une réflexion sur l'organisation des locaux et l'aménagement de l'espace en les adaptant régulièrement selon l'âge et les besoins des enfants. Décloisonner au maximum les groupes, conduire des ateliers avec des petits groupes d'enfants, exploiter les espaces extérieurs, constituent des incontournables pour le bien-être des enfants et des professionnels.
- Renforcer la pluridisciplinarité : Le rapport de l'Igas souligne la nécessité d'un nouvel ancrage de la psychologie au cœur des crèches, entre autres par la formation (initiale et continue) des professionnels et les liens avec la Recherche. Il insiste sur l'obligation et l'importance du recours aux psychologues au sein des équipes pluridisciplinaires.
- Améliorer les taux d'encadrement : L'Igas préconise de fixer, dans la convention d'objectifs et de gestion (COG) de la branche famille, "une trajectoire pour rapprocher des standards de qualité les taux moyens d'encadrement" - avec un taux moyen recommandé de cinq enfants par adulte, contre la norme de six enfants pour un professionnel actuellement souvent retenue par les établissements.
- Faire de la qualité le point central du financement : La mission préconise de remplacer le système actuel de financement des crèches collectives par la prestation de service unique (PSU) par un financement dans le cadre de contrats pluriannuels d'objectifs et de moyens passés avec les établissements et les sièges sociaux.
- Renforcer les contrôles : L'Igas appelle la branche famille à consolider ses capacités de contrôle financier et de sanction. En matière de pilotage local, les comités départementaux des services aux familles sont invités à "investir de façon ferme le pilotage et l'animation de la qualité".
Alternatives aux Douces Violences
Si nous avons le souhait de trouver des alternatives afin d'éviter ces douces violences, certains comportements adaptés peuvent être mis en place. L'objectif est d'essayer le plus possible de donner un environnement stable et serein, pour favoriser au mieux le développement de l'enfant. Pour reconnaître ces douces violences, nous pouvons nous demander si en tant qu'adulte nous accepterions de recevoir ces mots, gestes, négligences envers notre personne. Nous pouvons aussi nous demander quels en seraient les conséquences, pour essayer de se rendre compte de l'impact qu'à ces actions sur nous, mais surtout sur l'enfant.
Le langage positif est favorisé afin d'éviter d'utiliser trop de négation. Si on emploie toujours des formulations négatives, cela engendre une vision pessimiste et décourageante pour l'enfant, le conformant à une image impuissante de lui-même. Par exemple, dans le langage positif, à la place de dire "tu ne dois pas courir ou tu tomberas" nous pouvons dire "je préfère que tu marches pour éviter de tomber".
Conduite à Adopter Face à un Enfant en Danger
Chaque professionnel de la petite enfance peut agir individuellement comme le ferait n'importe quel citoyen, en son âme et conscience. Mais les professionnels de crèche travaillent en équipe, ils sont incités fortement à agir collectivement, c’est-à-dire à se référer à leur protocole et évidemment en priorité à leur direction pour ne pas rester seuls, et que la décision soit relayée ou concertée.
En cas de danger imminent, la première réaction est de déclencher un signalement au parquet sans en aviser les parents. Pour toutes les autres situations qui peuvent donner lieu à une information préoccupante, les parents sont avisés des préoccupations des professionnels. La rencontre avec les parents a pour objectif de saisir exactement de quoi il retourne et de laisser les parents s'exprimer. Le discours doit être centré uniquement sur ce que l'enfant montre, et non sur des hypothèses sur des causes.
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