L'alimentation de la vache laitière est un facteur essentiel pour garantir une production laitière optimale, la santé de l'animal et sa performance reproductive. Cet article examine en détail les aspects cruciaux de l'alimentation de la vache laitière, en particulier pendant les 20 premières semaines de lactation, en mettant l'accent sur le tarissement, les besoins nutritionnels et les transitions alimentaires.

Importance du tarissement

Le tarissement est une étape indispensable dans le cycle de production de la vache laitière. Il s'agit de la période pendant laquelle la sécrétion de lait est interrompue, généralement entre 30 et 60 jours avant le vêlage. Cette période permet à la mamelle de se régénérer et de guérir d'éventuelles infections mammaires survenues lors de la lactation précédente. L'absence de tarissement peut entraîner une diminution de la production laitière lors de la lactation suivante, pouvant dépasser 20 %.

Rationnement pendant le tarissement

Pendant longtemps, le rationnement des vaches taries n'était pas une priorité pour les éleveurs. Cependant, il est aujourd'hui reconnu que le rationnement pendant cette période est crucial pour la santé de la vache, la qualité du colostrum et les performances de reproduction.

  • Début du tarissement : La quantité d'aliments ingérés est de l'ordre de 13 kg de matière sèche par jour.
  • Fin de gestation : La quantité d'aliments ingérés diminue progressivement pour atteindre 9 kg de matière sèche par jour lors du vêlage.

Objectifs du rationnement pendant le tarissement

  • Limiter l'engraissement : Réduire les apports énergétiques tout en conservant un volume ruminal élevé grâce à l'incorporation de fibres (foin ou paille).
  • Maintenir la taille des papilles ruminales : Conserver de petites quantités d'amidon et de sucres dans la ration pour stimuler la production d'acides propionique et butyrique.
  • Favoriser la mobilisation du calcium : Assurer une bonne mobilisation du calcium au moment du vêlage pour éviter les fièvres vitulaires.

Transition alimentaire

Il est essentiel de ménager des transitions progressives entre la ration de tarissement, pauvre en concentrés, et la ration de lactation, plus énergétique. La flore du rumen doit s'adapter progressivement à la nouvelle ration et les papilles ruminales doivent reprendre leur croissance.

Besoins nutritionnels en début de lactation

Après le vêlage, les besoins énergétiques de la vache augmentent rapidement en raison de la production laitière. Cependant, sa capacité d'ingestion ne suit pas cette augmentation, ce qui entraîne un déficit énergétique.

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  • Utilisation des matières grasses : Pour compenser le déficit énergétique, des matières grasses sont utilisées, mais leur quantité doit être limitée pour ne pas perturber les fermentations ruminales.
  • Mobilisation des graisses corporelles : La fonte des graisses corporelles se traduit par un afflux de glycérol et d'acides gras non estérifiés (AGNE) dans le sang. Ces AGNE sont utilisés par la mamelle pour fabriquer les matières grasses du colostrum et du lait, mais leur captation excessive par le foie peut entraîner une accumulation de triglycérides et une stéatose hépatique.

Gestion de l'état corporel

L'état d'engraissement de la vache au vêlage a un impact sur son ingestion post-partum. Les vaches trop grasses ont tendance à moins manger après le vêlage, ce qui accentue le déficit énergétique. Il est donc recommandé de viser une note d'état corporel de 3,2 à 3,5 au tarissement, sans reprise d'état pendant la période sèche.

Préparation au vêlage

La préparation au vêlage débute deux à trois semaines avant la date prévue. Elle consiste à augmenter la concentration énergétique de la ration pour assurer une transition en douceur vers la lactation et couvrir les besoins de l'animal en fin de gestation.

  • Bilan alimentaire cation-anion (BACA) : Utiliser des rations dont le BACA est négatif ou faiblement positif pour favoriser l'augmentation de la calcémie.
  • Aliments déconseillés : Éviter l'herbe ou l'ensilage d'herbe, souvent riches en potassium.
  • Sels anioniques : Dans les rations à risque, des sels anioniques peuvent être ajoutés pour rendre le BACA négatif et favoriser la mobilisation du calcium. Cependant, leur distribution doit être contrôlée pour éviter une acidose sanguine.
  • Précurseurs de glucose : Chez les vaches trop grasses, la distribution de précurseurs de glucose (propylène-glycol ou propionate) peut limiter la stéatose hépatique.

Stratégies d'alimentation pour optimiser la production laitière

Alimentation à volonté

Une alimentation à volonté permet de minimiser les pertes en lait et la mobilisation des réserves corporelles lorsque les vaches reçoivent moins de concentré de production. Offrir une ration de base équilibrée et à volonté (avec 5 à 10 % de refus consommables chaque jour) est essentiel pour permettre l'expression du potentiel de l'animal, tout en maîtrisant le coût de ration.

Maîtrise du déficit énergétique

Le déficit énergétique est inévitable en début de lactation, mais il est crucial de le maîtriser pour optimiser la fertilité. L'ingestion est un facteur clé pour limiter la durée et la gravité du déficit énergétique. Une ration à densité énergétique moyenne bien ingérée est préférable à une ration dense mais mal ingérée.

Qualité des fourrages

La qualité des fourrages est essentielle pour l'ingestion et la valeur énergétique de la ration. Une bonne conservation des fourrages est également importante pour éviter les moisissures et l'excès d'acide butyrique.

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Taille des particules

La taille des particules de la ration a un impact sur l'ingestion et le tri des aliments. Avec un ensilage de maïs, baisser la taille des particules améliore l'ingestion. Il est recommandé d'avoir 6 à 10 % maximum de fibres avec une taille supérieure à 20 mm dans la ration mélangée.

Impact de l'alimentation sur la composition du lait

Matières grasses

La teneur en matières grasses du lait (taux butyreux ou TB) est influencée par plusieurs facteurs, notamment le stade de lactation, l'intervalle entre les traites et la saisonnalité. L'alimentation joue également un rôle important.

  • Aliments riches en sucres simples : Les betteraves, la mélasse, le lactosérum et l'ensilage de maïs augmentent la production de butyrate dans le rumen, ce qui favorise un meilleur TB. Cependant, ces aliments doivent être distribués avec modération pour éviter l'acidose.
  • Concentrés protéiques : Le tourteau de soja est le plus bénéfique pour le TB, tandis que le tourteau de colza et le tourteau de lin ont tendance à le faire baisser.
  • Concentrés énergétiques : Il est préférable de choisir des sources énergétiques de type paroi (pulpe de betterave, coques de soja) plutôt que des types d'amidon, et pour ces derniers, des amidons lents (maïs) plutôt que des amidons rapides (blé, orge, triticale).
  • Matières grasses de la ration : Plus on apporte d'acides gras insaturés (AGI), plus le TB aura tendance à baisser.

Sécurisation de la ration

Pour sécuriser la ration et éviter les problèmes d'acidose, il est important de surveiller les indicateurs suivants :

  • Taux de cellulose brute : Supérieur à 16 %.
  • Teneur en paroi NDF : Supérieure à 35 %.
  • Teneur en amidon : Inférieure à 25 %.

Calcul de la ration

Calculer une ration pour vache laitière nécessite de comprendre le fonctionnement du rumen et les besoins nutritionnels de l'animal.

Etapes préliminaires

  1. Capacité d'ingestion : Estimer la quantité d'aliments que la vache peut ingérer en fonction de ses caractéristiques (âge, race, poids vif, état corporel, niveau de production laitière).
  2. Besoins alimentaires : Déterminer les besoins en énergie, matières azotées, minéraux, oligo-éléments et vitamines en fonction de l'activité de l'animal (entretien, production, croissance, gestation).

Méthode de calcul

  1. Ingrédients disponibles : Identifier les fourrages, les concentrés et les coproduits disponibles sur la ferme ou à l'achat.
  2. Valeurs alimentaires : Connaître les valeurs alimentaires de chaque ingrédient (énergie, azote, minéraux, etc.).
  3. Rationnement : Combiner les ingrédients pour couvrir la capacité d'ingestion de la vache et ses besoins nutritionnels.
  4. Equilibre de la ration : Vérifier l'équilibre entre la cellulose, l'amidon, l'énergie et l'azote pour assurer un fonctionnement stable et optimal du rumen.

Erreurs à éviter

  • Manque de fibres : Bouses molles, lunules rouges, boiteries, grains visibles dans les bouses, baisse de la rumination.
  • Excès d'amidon : Acidification du rumen, baisse du pH ruminal, diminution de l'ingestion.

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