L'allergie aux protéines de lait de vache (APLV) est une réaction allergique alimentaire courante chez les nourrissons et les enfants, touchant environ 2 à 4 % des nourrissons. Elle se manifeste par une réponse anormale du système immunitaire aux protéines contenues dans le lait de vache, considérées à tort comme des agresseurs. Bien qu'elle puisse être impressionnante, l'APLV guérit généralement spontanément vers l'âge de 2 ou 3 ans. Cet article explore les symptômes de cette allergie, les différences avec l’intolérance au lactose, son diagnostic et sa réversibilité.

Qu'est-ce que l'allergie aux protéines de lait de vache (APLV) ?

L’allergie aux protéines de lait de vache (APLV) est une réaction immunitaire à la consommation de protéines de lait de vache. Elle affecte environ 3% des nourrissons et des enfants dans les pays développés.

Lorsqu'un nourrisson ou un enfant souffre d'APLV, son système immunitaire réagit de manière excessive aux protéines du lait de vache. Le lait de vache contient plus de trente protéines, toutes susceptibles de provoquer une allergie ! Cette réaction peut se manifester de différentes manières, affectant divers systèmes du corps. Il existe trois types d'APLV : IgE-médiée, non IgE-médiée et mixte. La différence majeure entre ces trois catégories réside dans le moment d’apparition des symptômes. Une APLV IgE-médiée entraînera une apparition immédiate des symptômes après la consommation de protéines de lait de vache. Au contraire, pour une allergie non IgE-médiée, les symptômes se manifestent quelques heures après l’ingestion de protéines allergisantes. Ce délai étendu entre la consommation de lait et l’apparition des symptômes complique la pose du diagnostic. Lorsque votre corps rencontre un organisme étranger, il se sent menacé et met en place un ensemble de mécanismes dans le but de se défendre. L’ensemble de ces mécanismes représente la réaction immunitaire.

Symptômes de l'APLV chez le nourrisson allaité

Un bébé allaité exclusivement au lait maternel peut souffrir d’une APLV. En effet, si sa mère consomme des protéines de lait de vache, celles-ci se retrouvent à l’état de traces dans son lait. Si votre enfant souffre d'une allergie aux protéines de lait de vache (APLV), vous pourriez vous demander si la consommation de produits laitiers peut affecter votre bébé allaité. Malheureusement, la réponse est oui. Des études ont constaté que la bêta-lactoglobuline, un allergène majeur du lait de vache, pouvait passer dans le lait humain si la mère consomme du lait de vache, et qu’elle peut induire une aggravation des symptômes si son enfant est allergique aux protéines du lait de vache.

Les symptômes de l'APLV peuvent varier d'un enfant à l'autre, mais certains signes sont plus fréquents que d'autres. Il est important de noter que ces symptômes peuvent également être associés à d'autres conditions, il est donc essentiel de consulter un médecin pour un diagnostic précis.

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Les manifestations de l’APLV peuvent varier d’un enfant à l’autre, mais plusieurs typologies de réactions sont généralement associées à cette allergie :

  • Symptômes digestifs : Les troubles digestifs sont parmi les symptômes les plus courants de l'APLV. Ils peuvent inclure des vomissements ou régurgitations fréquentes a 8 mois, des diarrhées, des douleurs abdominales avec pleurs après le biberon, des coliques (qui sont fréquentes chez les nourrissons), un ventre ballonné, qui a changé depuis l’arrêt de l’allaitement au sein, ou depuis le premier biberon de lait, et parfois la présence de sang dans les selles. L'enfant peut aussi sembler souffrir pendant la défécation. Dans certains cas, une proctocolite à éosinophiles induite par l’alimentation peut apparaître dans les deux premiers mois de vie, se traduisant par l’émission de sang dans les selles.
  • Symptômes cutanés : Les problèmes de peau sont également fréquents chez les bébés atteints d'APLV. Ils peuvent se manifester par un urticaire ou des eczémas à répétition, qui apparaissent après la prise de lait, des éruptions cutanées, de l'urticaire ou des plaques rouges.
  • Symptômes respiratoires : Dans certains cas, l'APLV peut affecter le système respiratoire, provoquant des rhinites, des rhino-pharyngites, des otites, de l’asthme de l’enfant, des bronchites.
  • Symptômes comportementaux et neurologiques : L'APLV peut également entraîner des troubles du sommeil, de l’agitation, des pleurs. Chez les nourrissons, les pleurs excessifs sont souvent le seul moyen d'exprimer leur inconfort.

Les réactions peuvent se manifester rapidement, habituellement 2 heures après le repas, avec en général des vomissements et d'autres symptômes plus fréquemment associés aux réactions allergiques, tels qu’une respiration sifflante ou bruyante, une éruption cutanée, de l’urticaire et un gonflement des paupières ou des lèvres.

Importance de l'historique de l'alimentation

Il est important de recueillir toutes les informations concernant les symptômes, l’alimentation… afin de pouvoir répondre aux questions que ne manquera pas de vous poser votre médecin. Elles l’aideront dans sa démarche diagnostique.

  • Quels sont les symptômes ?
  • A quel âge sont apparus les premiers symptômes chez votre enfant ?
  • Historique de l’alimentation de votre enfant ?
  • Les symptômes sont-ils apparus lors du changement d’alimentation ?
  • A quelle vitesse se développent les symptômes ? Quelle est leur évolution ?
  • Pouvez-vous dire si ces symptômes vous apparaissent sévères ?
  • Combien de temps durent-ils ?
  • Quand et à quelle fréquence apparaissent-ils ?
  • A quel endroit du corps apparaissent-ils généralement ?
  • Est-ce que ces mêmes symptômes apparaissent à chaque fois que votre enfant boit son biberon de lait ? Si oui, combien de temps après ?

APLV vs Intolérance au lactose

L’allergie aux protéines de lait de vache et l’intolérance au lactose sont souvent confondues en raison de leurs symptômes similaires. Il est crucial de comprendre la distinction entre ces deux conditions pour une prise en charge appropriée.

  • APLV : c’est une réaction immunitaire déclenchant des symptômes cutanés, digestifs, comportementaux et respiratoires suite à la consommation de protéines de lait de vache. Elle est liée à une réaction du système immunitaire suite à une production d’anticorps, appelés IgE. Il s’agit d’une réaction rapide, de type immédiat : les symptômes débutent après un intervalle court, de quelques minutes à 2h, après l’ingestion des PLV. Cette réaction dure peu de temps, généralement moins de 6 à 8 h.
  • Intolérance au lactose : L’APLV doit être différenciée de l’intolérance au lactose qui n’est pas une allergie, mais un ensemble de réactions secondaires à une insuffisance d’enzyme (la lactase) produite par la muqueuse de l’intestin grêle pour digérer le lactose. Il s’agit d’une insuffisance de digestion du lactose et non d’une allergie.

Diagnostic de l'APLV

Si vous suspectez une allergie alimentaire chez votre enfant, il est essentiel de consulter un médecin pour obtenir un diagnostic précis. Le diagnostic se fait généralement en 2 ou 3 étapes.

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Votre médecin examinera votre bébé et posera des questions sur des symptômes que vous avez peut-être identifiés. Si une allergie aux protéines de lait est suspectée, votre médecin pourra également demander des tests spécifiques pour confirmer le diagnostic.

  • Première étape : Afin de comprendre pourquoi votre nourrisson a des symptômes, votre pédiatre va vous questionner sur les habitudes de votre bébé (alimentation, sommeil, etc.) et procédera ensuite à l’examen de votre enfant.
  • Deuxième étape : En cas de suspicion d’allergie, les protéines de lait doivent être supprimées de l’alimentation de votre bébé pendant 2 à 4 semaines. En cas d’allaitement, votre médecin peut vous conseiller afin d’adapter l’alimentation de la maman et prévenir des carences nutritionnelles. Dans le cas contraire, il peut également proposer une formule hydrolysée spécifique aux bébés APLV. Si les symptômes s’améliorent, un test de réintroduction contrôlée par un médecin peut être envisagé pour confirmer ou pas le diagnostic de l’APLV.

Tests et examens complémentaires

Plusieurs tests peuvent être utilisés pour aider à diagnostiquer l'APLV :

  • Prick-test : Il s’agit d’une petite piqûre de la peau à l’aide d’un vaccinostyle au travers d’une goutte de lait frais (ou du lait habituel du bébé). En cas d’APLV IgE-médiée, la réaction est immédiate, la lecture se faisant au bout de 15 minutes.
  • Dosage sanguin des IgE spécifiques : Il s’agit du dosage sanguin des anticorps IgE spécifiques anti-lait, normalement présents en cas d’APLV IgE-médiée. Plutôt que de doser les IgE spécifiques pour le lait et les protéines du lait (lait, caséine, alpha lactalbumine), inutile en pratique clinique, il est préférable de doser les IgE spécifiques pour le lait de vache entier et pour les allergies volontiers associées, surtout en cas d’eczéma, notamment pour l’œuf et l’arachide.
  • Test de provocation orale (TPO) : Pour confirmer le diagnostic, un Test de Provocation Orale (TPO) peut être réalisé, mais il doit être effectué en milieu médical car il peut être dangereux (choc anaphylactique).
  • Patch-test : Le patch-test peut être utilisé, mais sa fiabilité reste mal précisée. On place une cupule en aluminium de 12 mm contenant du lait au contact de la peau pendant 48 h. La lecture se fait 24 h après le retrait, par comparaison avec un témoin. Il faut avoir arrêté tout traitement à base de stéroïdes et d’antihistaminiques, au moins 3 jours auparavant.
  • Régime d'éviction et réintroduction : Le meilleur test reste l’éviction et la réintroduction. On propose alors à la maman de suivre un régime sans protéines de lait pendant 2 à 4 semaines. La réapparition des symptômes lors de la réintroduction des PLV après 2 à 4 semaines de régime d’exclusion fait poser le diagnostic d’APLV. Si on constate une disparition des manifestations allergiques et leur récidive au moment de la réintroduction, le diagnostic est confirmé.

Prise en charge de l'APLV pendant l'allaitement

Si une allergie aux protéines de lait de vache (APLV) est suspectée chez votre enfant alors que vous l’allaitez, il n’est pas recommandé d’arrêter l’allaitement qui apporte des bénéfices à votre enfant.

Il est conseillé de poursuivre l'allaitement même lorsque le bébé souffre d'une allergie aux protéines de lait de vache. L'allaitement est encouragé, mais en évitant les PLV dans l’alimentation de la maman allaitante, de même que la viande bovine dans la période diagnostique. Si la mère souhaite continuer l’allaitement tout en maintenant un régime sans PLV, elle doit recevoir des suppléments de calcium (1 000 mg / j) et de la vitamine D, et des conseils diététiques pour assurer ses besoins nutritionnels.

Votre médecin pourra vous demander dans un premier temps de changer de régime alimentaire afin d’éliminer toute trace de protéines de lait de vache (PLV) dans votre alimentation ; ainsi, votre lait maternel ne contiendra plus de protéines de lait de vache. Il pourra également si besoin vous supplémenter en calcium. Certains enfants, très sensibles, peuvent avoir des réactions allergiques quand ils sont allaités. Si des symptômes d’allergie apparaissent au moment de l’allaitement, ou dans les heures qui suivent, votre médecin peut vous proposer d’éliminer de votre alimentation le lait, les produits laitiers et tous les produits contenant du lait de vache.

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Ne prenez pas l’initiative d’instaurer ce régime par vous-même. Des conseils nutritionnels pourront vous être nécessaires. Vous devez en parler à votre médecin au préalable. Lui seul pourra vous guider et vous conseiller sur la bonne démarche à adopter. Une liste de produits pouvant contenir des protéines de lait de vache est à votre disposition sur le site pour vous aider à choisir les aliments adaptés. Si un produit contient des protéines de lait de vache, ce sera indiqué obligatoirement sur l’étiquette. Il faut exclure le lait de tous les mammifères car leur composition protéique étant proche des PLV, il existe un risque d’allergie croisée. En effet, il existe par exemple 80 % d’homologie (ou ressemblance) entre le lait de chèvre et le lait de vache. Le recours à une diététicienne est utile pour parvenir à une exclusion totale des sources cachées de protéines du lait de vache.

Supplémentation pour la mère

Si la mère souhaite continuer l’allaitement tout en maintenant un régime sans PLV, elle doit recevoir des suppléments de calcium (1 000 mg / j) et de la vitamine D, et des conseils diététiques pour assurer ses besoins nutritionnels.

Diversification alimentaire chez l'enfant APLV

Les parents d'un enfant APLV se demandent souvent comment se passe la diversification alimentaire ? Chez les enfants allergiques, la diversification ne sera pas retardée, et débutera aux 6 mois de l’enfant.

La diversification obéit également aux mêmes règles qu’en l’absence d’allergie, mais les parents doivent être bien informés de la nécessité de lire attentivement les étiquettes et de « faire la chasse » aux PLV. Il est parallèlement essentiel de maintenir un apport de substitut de lait suffisant (au moins 500 mL par jour) pour s’adapter aux besoins nutritionnels de l’enfant, l’APLV et le régime d’éviction ayant un impact sur la croissance pondérale.

  1. Commencez par des aliments de consistance onctueuse, sans morceaux, et doux au goût. Le médecin vous indiquera par quel aliment commencer, à quelle quantité, et dans quel ordre les nouveaux aliments doivent être introduits.
  2. Débutez par des plats simples à la maison ou des pots simples composés d’un seul aliment. Faire des plats à la maison vous aidera à mieux connaître et contrôler la composition de l’alimentation des enfants. Les aliments peuvent être cuisinés, préparés sous forme de purées et placés dans une boîte hermétique au réfrigérateur pour être consommés le jour même ou le lendemain. Les purées peuvent être placées dans un bac à glaçon et congelées. 1 à 2 cubes pourront être décongelés si besoin.
  3. Il existe certains plats préparés type « Blédina » qui peuvent être adaptés aux bébés souffrant d’allergie alimentaire. Lisez les listes d’ingrédients sur les étiquettes avant d’estimer qu’un produit est adapté.

Comme les bébés allergiques ont une alimentation limitée en aliments solides, il est important de s’assurer que le bébé prenne chaque jour la quantité nécessaire de préparation de substitution en complément pour permettre une croissance normale. Il est important d’introduire des aliments sous forme de petits morceaux quand le bébé commence à mâcher, et que ses premières dents apparaissent. Il faut aussi s’assurer que l’enfant ne mange pas par inadvertance ce que ses frères et sœurs ou autres petits camarades auraient laissé à sa portée (exemple : biscuits contenant du lait). Ne donnez que les aliments bien tolérés par l’enfant. Légumes autorisés - coupés en lamelles et cuits à la vapeur ou aux micro-ondes pour attendrir les légumes.

Certains aliments sont connus pour être plus allergisants que d’autres. Il est donc préférable de commencer par les moins allergisants (fruits, légumes, viandes, riz) avant de passer à des aliments réputés plus allergisants (tels que les œufs, le blé, le soja, le poisson). Essayez de donner un nouvel aliment toutes les semaines ou toutes les deux semaines, en continuant de façon régulière les aliments testés bien tolérés. Suivez toujours le conseil de votre médecin et/ou du diététicien.

Au fur et à mesure de l’introduction d’aliments bien tolérés, le régime alimentaire du bébé se diversifie. Le recours à des associations alimentaires différentes et des recettes avec des ingrédients autorisés est possible. A ce stade, la quantité nécessaire de préparation de substitution peut être réduite. Il faut en discuter avec votre médecin et/ou le diététicien.

Après 12 mois, la plupart des enfants peuvent manger presque tous les types d’aliments solides. Leur repas ressemblera de plus en plus au repas des plus grands mais, bien sûr, sans produits laitiers s’ils sont toujours allergiques, et sans les aliments écartés au cours de l’étape de diversification de la nourriture. A cet âge, il devrait encore consommer 500 ml de lait maternel ou de préparation de substitution par jour. C’est pour cela que la préparation de substitution joue encore un grand rôle en apportant les nutriments manquants dans le régime alimentaire.

Réintroduction des protéines de lait de vache

Le pédiatre sera celui qui prendra la décision de la réintroduction des PLV dans l’alimentation de la maman allaitante, on réintroduit habituellement les protéines de lait après 6 mois d’exclusion. Le mot d’ordre sera alors la mise en place d'une réintroduction progressive et douce, il faut faire des essais de réintroduction et il suffira des fois de seulement une cuillère de yaourt dans un premier temps, pour augmenter progressivement les quantités suivant la tolérance de l’enfant. Certains médecins peuvent dans certains cas préconiser une prise en charge des tests de réintroduction en milieu hospitalier.

En cas d’APLV IgE médiée, le moment de la réintroduction des PLV est guidé par le taux d’IgE et est effectuée en milieu hospitalier. La prudence s’impose particulièrement en cas de manifestation initiale sévère.

Contrairement à la réintroduction très prudente dans l’APLV IgE-médiée, les essais de réintroduction du lait dans l’APLV non IgE-médiée peuvent être réalisés à domicile, à condition de pratiquer au préalable un prick-test et des RAST pour vérifier que ceux-ci sont toujours négatifs.

La guérison de l’APLV passe par une phase au cours de laquelle l’enfant se met à tolérer les formes de lait très cuites dans les gâteaux (à 180°C pendant 20 min), puis les formes de moins en moins cuites. Cette étape est importante car elle facilite considérablement l’alimentation de l’enfant.

Évolution de l'APLV

Au moment du diagnostic, il n’est pas possible de prévoir la durée de l’allergie aux protéines de lait de vache. Cependant, selon l’ESPGHAN, la Société Européenne de Gastroentérologie, Hépatologie et Nutrition Pédiatrique, environ 50% des enfants voient leur allergie disparaître spontanément avant l’âge d’1 an, 75% avant l’âge de 3 ans, et à 90% avant l’âge de 6 ans. Cependant, il est important de noter que chaque cas est unique et que certains enfants peuvent garder leur allergie plus longtemps. Un suivi allergologique est nécessaire pour décider de la réintroduction du lait, analysant notamment la diminution de la papule et celle des IgE spécifiques. La guérison (tolérance) est spontanée et survient le plus souvent au cours des premières années.

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