La bronchiolite est une infection respiratoire très contagieuse qui touche chaque année près d'un tiers des enfants de moins de deux ans, principalement pendant la saison hivernale. Bien que la plupart du temps sans conséquence, elle peut prendre des formes graves, en particulier chez les nourrissons de moins de 6 semaines ou les nourrissons fragiles. Pour protéger les nourrissons contre les formes graves de bronchiolite causées par le Virus Respiratoire Syncytial (VRS), une stratégie de prévention est mise en place, incluant la vaccination des femmes enceintes.

Contexte de la bronchiolite et de la vaccination

Le VRS est le principal virus responsable de la bronchiolite. Il se transmet facilement par voie aérienne (salive, éternuements, toux) et par contact direct ou indirect. Chez les nourrissons, l'infection à VRS commence souvent par un simple rhume, mais peut évoluer vers une bronchiolite avec une gêne respiratoire accrue, une toux fréquente, une respiration rapide et sifflante, et parfois des pauses respiratoires.

La vaccination des femmes enceintes vise à transférer passivement des anticorps maternels au nourrisson, lui offrant une protection précoce contre le VRS durant les premiers mois de sa vie. Ce transfert d'anticorps se produit à travers le placenta pendant la grossesse et potentiellement via le lait maternel après la naissance.

Le vaccin Abrysvo : composition et indications

Le vaccin Abrysvo est un vaccin recombinant contenant les glycoprotéines F (préfusion) des sous-types A et B du VRS. Il est indiqué pour :

  • La protection passive contre la maladie des voies respiratoires inférieures causée par le VRS chez les nourrissons de la naissance jusqu’à l’âge de 6 mois à la suite de l’immunisation de la mère pendant la grossesse.
  • L’immunisation active des personnes âgées de 60 ans et plus pour la prévention de la maladie des voies respiratoires inférieures causée par le VRS.

La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande la vaccination des femmes enceintes entre 32 et 36 semaines d'aménorrhée pour protéger le nourrisson contre la bronchiolite à VRS.

Lire aussi: Gérer la fièvre du bébé après vaccin

Calendrier vaccinal et administration

La vaccination avec Abrysvo est recommandée entre la 32e et la 36e semaine d'aménorrhée. Une dose unique de 0,5 mL est administrée par voie intramusculaire dans la région deltoïdienne de la partie supérieure du bras. Il est recommandé de respecter un intervalle d'au moins deux semaines entre l'administration du vaccin contre la coqueluche et celle du vaccin Abrysvo chez la femme enceinte. Abrysvo peut être administré de manière concomitante avec le vaccin quadrivalent de la grippe saisonnière ou un vaccin contre la COVID-19.

Efficacité du vaccin Abrysvo

Le vaccin Abrysvo permet de protéger les nourrissons contre la bronchiolite, la maladie des voies respiratoires inférieures causée par le VRS. La future mère est vaccinée pendant sa grossesse et produit des anticorps anti-VRS qui sont transmis à son bébé. Lorsque la femme enceinte a pu bénéficier du vaccin anti VRS, on considère que son bébé est protégé et il n’y a pas besoin de lui administrer le Nirsevimab.

Effets secondaires potentiels chez la femme enceinte

Comme tout vaccin, Abrysvo peut entraîner des effets secondaires. Dans les essais cliniques, les effets indésirables les plus fréquemment rapportés chez les femmes enceintes étaient :

  • Douleurs au site de vaccination (41 %)
  • Céphalées (31 %)
  • Myalgies (27 %)
  • Rougeur au site de vaccination
  • Gonflement au site de vaccination

Dans la majorité des cas, ces réactions locales et systémiques étaient de sévérité légère à modérée et se sont résolues dans les 2 à 3 jours suivant leur apparition.

Des réactions en rapport avec l’anxiété, notamment des réactions vaso-vagales (syncope), de l’hyperventilation ou des réactions en rapport avec le stress peuvent survenir lors de la vaccination comme réaction psychogène à l’injection avec une aiguille.

Lire aussi: Vaccinations du nourrisson : focus sur Thuya

Des réactions allergiques graves très rares peuvent être observées, comme après n’importe quel vaccin. Un traitement médical approprié et une surveillance doivent toujours être disponibles en cas d’événement anaphylactique consécutif à l’administration du vaccin.

Contre-indications et précautions d'emploi

Abrysvo est contre-indiqué en cas d'hypersensibilité aux substances actives ou à l’un des excipients mentionnés dans la composition du vaccin.

La vaccination doit être reportée chez les personnes souffrant d’une maladie fébrile aiguë. Toutefois, la présence d’une infection mineure, telle qu’un rhume, ne doit pas entraîner le report de la vaccination.

Abrysvo doit être administré avec précaution chez les personnes présentant une thrombopénie ou tout trouble de la coagulation car un saignement ou une ecchymose peut survenir suite à une administration intramusculaire chez ces personnes.

L’efficacité et la sécurité du vaccin n’ont pas été évaluées chez les personnes immunodéprimées, notamment celles traitées par immunosuppresseurs. L’efficacité d’Abrysvo peut être plus faible chez les personnes immunodéprimées.

Lire aussi: Informations essentielles sur la vaccination à 6 mois

Abrysvo n’a pas été étudié chez les femmes enceintes de moins de 24 semaines d’aménorrhée. Étant donné que la protection du nourrisson contre le VRS dépend du transfert des anticorps maternels à travers le placenta, Abrysvo doit être administré entre la 24e semaine et la 36e semaine d’aménorrhée.

Surveillance et pharmacovigilance

Dès la mise à disposition du vaccin Abrysvo, une enquête de pharmacovigilance a été mise en place pour surveiller les effets indésirables déjà connus et détecter d’éventuels nouveaux risques non identifiés dans les essais cliniques. Les premiers rapports de cette enquête confirment la sécurité du vaccin Abrysvo. La majorité des cas déclarés sont des effets indésirables non graves. Ils concernent principalement des erreurs médicamenteuses, notamment des erreurs d’administration entre les vaccins Abrysvo réservés aux adultes et l’anticorps monoclonal Beyfortus réservé aux nourrissons.

Une étude a été réalisée à partir des données du Système national des données de santé (SNDS) et porte sur près de 29 000 femmes vaccinées en France entre septembre 2024 et janvier 2025. Les résultats confirment qu’il n’y a pas d’augmentation du risque de complications graves pour les mères et leurs enfants à naître, lorsque la vaccination est réalisée conformément aux recommandations de la HAS, soit entre le 32e et la 36e semaine d’aménorrhée. Néanmoins, pour les femmes vaccinées avant ou à 32 semaines d’aménorrhée, l’étude retrouve une légère augmentation du risque de naissance prématurée déjà mis en évidence dans d’autres études réalisés précédemment.

Alternatives : Nirsevimab (Beyfortus) et Palivizumab (Synagis)

Outre la vaccination des femmes enceintes, il existe d'autres stratégies de prévention contre la bronchiolite à VRS pour les nourrissons :

  • Nirsevimab (Beyfortus) : Un anticorps monoclonal qui neutralise le VRS. Il est administré en une seule injection aux nouveau-nés et nourrissons pendant leur première saison de circulation du VRS, avant le début de l'épidémie ou dès la naissance. L’efficacité du traitement a été démontrée dans le cadre d’études de grande ampleur mais également en vie réelle sur la saison 2023-2024 : le Nirsevimab diminue de 80 % les hospitalisations et les formes graves.
  • Palivizumab (Synagis) : Un autre anticorps monoclonal utilisé pour prévenir les infections graves des voies respiratoires inférieures dues au VRS chez certains enfants à risque élevé. Il est administré mensuellement pendant toute la saison d’épidémie à VRS.

Lorsque la femme enceinte a pu bénéficier du vaccin anti VRS, on considère que son bébé est protégé et il n’y a pas besoin de lui administrer le Nirsevimab.

Importance de l'information et de l'adhésion

La gynécologue obstétricienne Olivia Anselem comprend parfaitement l’hésitation vaccinale des femmes enceintes. "Il y a cette idée, quand on est enceinte, de dire 'attention je ne fais pas d'automédication', 'j'évite d'avoir des substances chimiques contre moi', donc il y a un besoin d'information, c'est normal, c'est légitime. Aujourd'hui, notre rôle de soignants c'est de donner ces informations sur ces vaccins, et progressivement les femmes se familiarisent avec leur mécanisme et la façon dont ces vaccins peuvent les protéger et protéger leurs bébés."

tags: #vaccin #bronchiolite #femme #enceinte #effets #secondaires

Articles populaires: