Quarante ans après les débuts de la fécondation in vitro (FIV), le nombre d’enfants nés grâce aux diverses techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) a explosé. La FIV, tout comme d’autres techniques de procréation médicalement assistée (PMA), est de plus en plus utilisée par les couples ne parvenant pas à procréer, mais avec de fortes variations selon les États. L’ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes) est une technique spécifique d'AMP qui a révolutionné le traitement de l'infertilité masculine. Cet article explore l'utilisation de l'ICSI à travers différents pays, en mettant en évidence les tendances, les facteurs influençant son adoption, et les considérations importantes pour les couples envisageant cette option.

Qu'est-ce que l'ICSI ?

L'ICSI, inventée en Belgique, est une technique qui court-circuite les étapes initiales de l’interaction gamétique. La FIV dite « classique » consiste a mettre en contact des ovocytes et des spermatozoïdes dans des microgouttes de culture à l’intérieur de boites de pétri stériles. Les gouttes sont recouvertes d’huile pour éviter une évaporation. Contrairement à la FIV classique où les spermatozoïdes et l'ovule sont mis en contact en laboratoire pour que la fécondation se produise naturellement, l'ICSI implique l'injection directe d'un seul spermatozoïde dans l'ovocyte. Cette technique est principalement proposée quand le spermogramme est altère de façon reproductible. La sélection du spermatozoïde est basée sur sa mobilité et son aspect cytologique.

Essor de l'ICSI dans le monde

L’ICSI a connu dans le monde un essor formidable depuis 1992, date de la première naissance en ICSI. Son nombre ne cesse d’augmenter. En 2014, les ICSI représentent en France plus de 66 % des cycles en AMP. Cette augmentation se retrouve dans toutes les pays tant en Europe (65%) qu’aux Etats-Unis (76%). Cette augmentation se fait au détriment de la FIV classique. L’indication masculine représente 60% des ICSI.

Le recours à l’ICSI ne cesse d’augmenter en raison notamment de l’accroissement des indications masculines. Si l’ICSI à ses débuts, révolutionné le pronostic des stérilités masculines, elle est de plus en plus utilisée pour des indications purement féminines ou inexpliquées notamment la mauvaise qualité ovocytaire, l’âge maternel avance, les mauvaises répondeuses, les ovaires polykystiques, les hypofécondances en FIV.

Variations de l'utilisation de l'ICSI par pays

Bien que l'ICSI soit largement utilisée, son adoption varie considérablement d'un pays à l'autre. Plusieurs facteurs contribuent à ces différences, notamment :

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Remboursement des traitements

« En France, la prise en charge par la solidarité nationale permet aux couples, quelles que soient leurs ressources, de recourir à l’assistance médicale à la procréation », soutient Françoise Merlet. Un couple peut ainsi effectuer quatre tentatives de fécondation in vitro, à condition que la femme ait moins de 43 ans. Or le remboursement par l’Etat influe sur le nombre de demandes, comme l’indique la professeure Christine Wyns, cheffe du service de gynécologie-andrologie des cliniques universitaires Saint-Luc, à Bruxelles. En Belgique, l’amélioration de la prise en charge des frais liés à la procréation médicalement assistée, en 2003, a entraîné une hausse du nombre de fécondations in vitro. « Mais dans certains pays, il n’existe pas ou peu de couverture des frais », rappelle-t-elle, ce qui peut priver certains couples de traitement. Par exemple, en Roumanie, où le taux d’enfants nés grâce à l’assistance médicale à la procréation est bien plus faible, le programme national de remboursement ne concerne qu’une seule tentative.

En France, ces activités sont strictement réglementées. Les centres d’AMP et les praticiens qui y exercent se voient délivrer une autorisation qui atteste de la bonne qualité des soins et du respect des règles de bonnes pratiques.

Législation

Les pays les plus actifs dans la PMA font souvent partie de ceux qui autorisent les couples de femmes homosexuelles, ou les femmes seules, à en bénéficier. L’Espagne attire ainsi de nombreux patients et se classe parmi les premiers en Europe dans le traitement de personnes étrangères. « Elles ne peuvent pas recourir à la procréation médicalement assistée dans leur pays, en raison du cadre législatif », explique Irene Cuevas, de la société espagnole de fertilité. En effet, de nombreux Etats restreignent l’accès à la PMA en fonction de l’orientation sexuelle, de la situation maritale ou de l’âge des patients.

Facilité d'accès aux traitements

L’accès aux traitements influe également sur le nombre de tentatives. En France, hors traitements nécessitant un don notamment d’ovules, « il n’y a pas de liste d’attente », insiste Françoise Merlet, de l’agence de biomédecine. En Espagne aussi, les patients accèdent facilement aux différents traitements : comptez 41 établissements publics et 197 cliniques privées la pratiquant en 2015. Au contraire, il y a deux ans, la Roumanie comptait 22 centres déclarés, dont 13 permettant le remboursement du traitement. Un rapport de l’ESHRE note d’ailleurs que patients et professionnels du monde médical y plaident « pour un meilleur accès au traitement de l’infertilité et une stratégie nationale sur la fertilité ».

Coûts des traitements

Les coûts d’un traitement de FIV utilisant les propres ovocytes d’une patiente diffèrent considérablement d’un pays à l’autre - à partir de 2,500€ dans les destinations les moins chères comme l’Inde, en passant par 4,500 € en moyenne en Europe et jusqu’à 15,000€ aux États-Unis. De nombreux patients choisissant de recourir à une FIV à l’étranger basent leur décision sur des coûts de traitement inférieurs. D’autres choisissent de se faire soigner à l’étranger faute d’avoir accès à certaines procédures ou techniques dans leur pays d’origine.

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Les coûts du traitement de FIV en Europe diffèrent d’un pays à l’autre. Les procédures les moins chères se trouvent en Europe de l’Est - dans des pays comme la République tchèque ou la Pologne, où les prix varient de 2,500 à 3,500 € si vous suivez un traitement avec vos propres ovocytes. Si vous décidez de recourir à une FIV avec don d’ovocytes en République tchèque vous paierez entre 4,200 et 5,000€. D’autres options populaires sont Chypre et la Grèce, où les coûts varient entre 3,500 et 4,000€ pour un traitement avec ses propres ovocytes, et entre 5,500 et 6,000 € pour un don d’ovocytes. La destination la plus chère d’Europe est l’Espagne - là-bas, le traitement avec ses propres ovocytes coûte en moyenne 4,500€, tandis qu’un traitement par don d’ovocytes coûte environ 6,500 €. Les coûts du traitement de FIV au Royaume-Uni sont relativement élevés - environ 6,000 GBP (soit 9,000€) par cycle. Pour le traitement par don d’ovocytes, les coûts s’élèvent à environ 7,000GBP (10,500€).

Le coût moyen d’un traitement de FIV aux États-Unis est d’environ 13,000€ (25,000 € pour le don d’ovocytes) - tandis qu’au Mexique, les procédures coûtent environ 4,000€ (6,000 € pour le don d’ovocytes). Un autre choix intéressant est l’Inde. Des coûts attractifs (allant d’environ 2,500€ pour le traitement avec ses propres ovocytes à environ 3,500€ pour le don d’ovocytes) en font une alternative intéressante pour l’Europe, en particulier pour les patients souhaitant utiliser leurs propres ovocytes.

Tendances spécifiques par pays

  • Espagne: Souvent désignée comme le pays le plus actif en matière de PMA en Europe, l'Espagne initie le plus grand nombre de cycles d'assistance médicale à la procréation : près de 119 000 en 2015. En Espagne, il représente 6,4 % des enfants qui ont vu le jour en 2014. L’Espagne s’est imposée comme une destination de premier plan pour les couples cherchant un traitement de la fertilité. L’Espagne possède un cadre légal bien établi pour les techniques de reproduction assistée, y compris la FIV. La loi espagnole autorise la FIV pour les couples mariés et non mariés, ainsi que pour les femmes célibataires. Bien que la limite d’âge pour le traitement FIV puisse varier légèrement d’une clinique à l’autre, l’Espagne permet généralement aux femmes jusqu’à l’âge de 50 ans de subir une FIV, garantissant ainsi que les patientes plus âgées ont également l’opportunité de réaliser leurs rêves de parentalité.
  • Belgique: En Belgique, 4,6 % des nouveau-nés sont conçus grâce à la PMA.
  • Irlande et Roumanie: Au contraire, en Irlande ou encore en Roumanie, les enfants conçus grâce à la PMA ne dépassent pas 1 % des naissances annuelles. Par exemple, en Roumanie, où le taux d’enfants nés grâce à l’assistance médicale à la procréation est bien plus faible, le programme national de remboursement ne concerne qu’une seule tentative.
  • République Tchèque: Le traitement FIV est disponible uniquement pour les couples hétérosexuels en République Tchèque. De plus, la limite d’âge pour le traitement FIV en République Tchèque est parmi les plus souples en Europe.
  • Grèce: En Grèce, les femmes jusqu’à 54 ans sont éligibles pour les traitements FIV. Cependant, les femmes de plus de 50 ans doivent fournir une documentation médicale supplémentaire et une preuve de leurs médecins qu’elles répondent aux exigences d’éligibilité.
  • Chypre du Nord: À Chypre du Nord, le cadre légal pour le traitement FIV est favorable et accueille les patients tant nationaux qu’internationaux. Le pays adopte une approche progressiste permettant aux patients jusqu’à 58 ans, aux couples mariés, ainsi qu’aux femmes célibataires et aux couples de femmes homosexuelles de bénéficier d’un traitement FIV.
  • Portugal: Au Portugal, la législation entourant les traitements FIV est progressive et favorable aux patients. Le pays autorise les traitements FIV pour les couples hétérosexuels et homosexuels, assurant l’inclusivité et un accès égal aux services de fertilité. Les femmes sont éligibles pour le traitement FIV jusqu’à l’âge de 50 ans. Cela s’applique à toutes les techniques de Technologie de Reproduction Assistée (TRA).
  • Lettonie: La Lettonie dispose de lois progressives concernant le traitement FIV, le rendant accessible tant aux individus mariés que non mariés. Aucune limite d’âge spécifique n’est imposée pour subir un traitement FIV, garantissant que les individus de divers groupes d’âge ont l’opportunité de poursuivre leur rêve de parentalité.
  • Danemark: Au Danemark, les droits reproductifs des individus sont respectés et protégés. Le pays propose des lois inclusives qui permettent l’accès au traitement FIV pour tous les patients, indépendamment de leur statut marital ou de leur orientation sexuelle. Selon la législation danoise, le traitement de fertilité n’est pas autorisé pour les femmes de plus de 46 ans. Cela fixe effectivement la limite d’âge maximale pour recevoir un traitement de fertilité, y compris la FIV, à 45 ans.

ICSI : Indications et alternatives

L’ICSI a permis de résoudre certains problèmes d’infécondité jusque-là sans solution. Cette technique est principalement proposée quand le spermogramme est altère de façon reproductible. La sélection du spermatozoïde est basée sur sa mobilité et son aspect cytologique. L’ICSI est la technique de référence pour les indications masculines. Elle permet également une augmentation de taux de fécondation en particulier quand il n y a pas ou peu eu de fécondation sur la tentative précédente réalisée en FIV. En revanche, elle ne permet pas d’améliorer les résultats en cas d’infertilité inexpliquée, âge maternel avance et mauvaise répondeuse.

IMSI : Une variante de l'ICSI

Il est à noter qu’est apparue il y a quelques années une variante de l’ICSI : l’IMSI (Injection Magnifiée de Spermatozoïde). Le principe de fécondation est le même, la différence réside dans le grossissement du microscope qui est jusqu’à x10000 fois pour l’IMSI contre x2000 à x4000 pour l’ICSI. Par exemple, la structure de la tête. Cette technique est recommandée dans des cas de forte altération du sperme, laquelle se matérialise via un taux élevé de fragmentation de l’ADN (supérieur à 30%) et un test préliminaire (Pré IMSI) dénombrant de nombreuses formes atypiques.

Apres de nombreuses publications très encourageantes, la Cochrane, en 2013, a repris 9 essais contrôles randomises (2 014 couples), comparant une procédure ICSI conventionnelle à la technique IMSI. Elle conclue que l’IMSI n’apporte pas de façon générale d’amélioration des taux de grossesses, ce qui a entraîne une diminution drastique de cette technique.

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Quand la FIV classique est-elle préférable ?

Dans les infertilités féminines et idiopathiques, la FIV donne des résultats comparables à l’ICSI voire meilleurs. La vigilance est donc de rigueur dans le choix de la technique en AMP : La FIV est à privilégier et l’ICSI doit être proposée avec prudence et discernement. En cas d’hypofécondance ou échec complet de fécondation les études montrent un intérêt significatif à réaliser une ICSI pour la tentative suivante.

Considérations importantes avant de choisir l'ICSI

Avant d'opter pour l'ICSI, plusieurs aspects doivent être pris en compte :

  • Évaluation de la qualité du sperme: L'ICSI est particulièrement indiquée lorsque le sperme présente des anomalies significatives.
  • Âge de la patiente: Pour les patientes de plus de 40 ans, sans cause masculine associée, il n’y a pas d’avantage a réaliser une ICSI.
  • Nombre d'ovocytes: L’ICSI a donc toute sa place si le sperme est altère. Sinon il n’y a aucun intérêt a réaliser une ICSI en présence d’un faible nombre d’ovocytes et ceci quel que soit l’âge. Le taux de grossesses est dans tous les cas très faible.
  • Risques potentiels: Un tel forçage de la nature n’aurait-il pas des conséquences délétères sur l’état de santé des enfants ? Pour l’heure, les médecins ne peuvent pas répondre clairement à cette question. Les travaux sur ce sujet manquent encore de recul faute et suscitent des interprétations diverses.
  • Coût: Il est important de se renseigner sur les coûts du traitement et les éventuels remboursements disponibles dans votre pays.

Choisir sa destination pour l'ICSI

Plusieurs facteurs sont à considérer lors du choix d'une destination pour l'ICSI :

  • Législation: Les procédures de FIV sont réglementées différemment dans les différents pays européens. Certaines destinations, telles que l’Ukraine ou la République tchèque n’offrent pas de traitements de FIV pour les femmes célibataires.
  • Coût: Lors de la présentation des coûts moyens des traitements de FIV ci-dessus, nous avons considéré le traitement des ovocytes propres consistant en la ponction des ovocytes, l’insémination des ovocytes à l’aide de la méthode ICSI, le développement de l’embryon au stade de blastocyste et le transfert d’embryon.
  • Taux de réussite: Quel que soit le pays que vous choisissez pour votre programme de FIV, vous pourrez trouver des cliniques affichant des taux de réussite élevés. En règle générale, cependant, ils ne seront pas les options les moins chères dans un pays donné.
  • Qualité des soins: En France, ces activités sont strictement réglementées. Les centres d’AMP et les praticiens qui y exercent se voient délivrer une autorisation qui atteste de la bonne qualité des soins et du respect des règles de bonnes pratiques. Les chances de grossesse annoncées par certains centres étrangers ne reflètent pas toujours la réalité.

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