L'histoire de Lucie Adelsberger, une pédiatre juive déportée à Auschwitz, est un témoignage poignant et essentiel sur la Shoah. Née en 1895 à Nuremberg, elle a dédié sa vie à la médecine avant d'être brutalement confrontée à l'horreur des camps de concentration nazis. Son récit, sobre et précis, offre une perspective unique sur la vie quotidienne à Auschwitz, la déshumanisation systématique des détenus et les actes de courage et de solidarité qui ont permis à certains de survivre.
Une brillante carrière brisée par les lois nazies
Lucie Adelsberger a débuté sa carrière de médecin en 1919. Brillante allergologue et pédiatre, elle s'installe à Berlin et rejoint le prestigieux Institut Robert-Koch. Sa carrière prometteuse est interrompue par les lois nazies, qui la chassent de l'institut en raison de ses origines juives. Malgré la possibilité de fuir aux États-Unis, où elle se voit offrir un poste à l'université de Harvard, elle choisit de rester à Berlin pour prendre soin de sa mère malade. Cette décision la mènera à Auschwitz.
La déportation à Auschwitz et l'affectation à l'infirmerie
En mai 1943, Lucie Adelsberger est déportée à Auschwitz dans le convoi n° 38. Elle est affectée à l'infirmerie du camp, sous les ordres de Mengele, avant d'être transférée à Ravensbrück. Son témoignage décrit avec une précision clinique les conditions de vie inhumaines, la faim, la saleté, la peur et les maladies qui déciment les détenus. Elle évoque également le "camp des familles" où 23 000 Tsiganes furent déportés à Auschwitz à partir de 1943, et où elle fut chargée, avec deux autres pédiatres, de "prendre soin" des enfants, avec des moyens inexistants.
L'horreur du quotidien
Le récit d'Adelsberger ne cherche pas à choquer, mais à documenter. Elle décrit la puanteur, la faim, la saleté, la peur, les malades, les enfants, les Tsiganes parqués à part. Son témoignage est une suite de notes, d'événements, présentés avec une grande retenue. Elle ne se livre pas vraiment sur ses émotions, mais elle décrit très bien les nombreux détails de son quotidien au camp. Selon le quartier du camp, tout le monde n'avait pas les mêmes conditions de vie.
La solidarité et la résistance
Malgré l'horreur omniprésente, Lucie Adelsberger témoigne de la solidarité entre les détenues, de leur courage et de leur volonté de survivre. Elle décrit les petits gestes de compassion et de résistance qui illuminent les ténèbres. Son récit met en lumière la force incroyable et l'humanité préservée au milieu de l'enfer.
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Un témoignage essentiel sur la Shoah
"Une pédiatre à Auschwitz" est un document historique essentiel sur la Shoah. Il offre une perspective unique sur l'expérience concentrationnaire, vue à travers les yeux d'une médecin. Le livre d'Adelsberger s'apparente aussi au document que Levi avait rédigé en 1945 avec son ami Leonardo De Benedetti, comme lui survivant du camp de Buna Monowitz, à la demande des autorités russes du camp de Katowice, où ils avaient été transférés après leur libération par l’Armée rouge. Ce rapport d’une douzaine de pages, qui décrivait l’état des détenus et les maladies dont la plupart mouraient, fut publié de manière confidentielle par la revue médicale Minerva Medica.
Similitudes avec "Si c'est un homme" de Primo Levi
Le livre de Lucie Adelsberger évoque, par son style et sa nature, "Si c'est un homme" de Primo Levi. Sa prose limpide et précise entretient des liens avec celle de Levi : « Tu écriras d’une manière concise et claire ». Lucidité, économie de mots, absence de pathos, acuité du regard scientifique, qu’elle partage avec lui. Même structure du récit, en courts chapitres, où le regard de l’auteur est celui du médecin, mais aussi du sociologue.
Un appel à ne jamais oublier
Près de quatre-vingts ans après la libération des camps, le témoignage de Lucie Adelsberger résonne comme un appel à ne jamais oublier. Son livre est un des premiers parus sur Auschwitz. L’Agence fédérale allemande pour la formation civique achète 2 000 exemplaires à destination des écoles. Et, en 1959, un chapitre est choisi pour le livre de lecture destiné à la jeunesse Wovon lebt der Mensch ? Comme Primo Levi, ce qu’elle a vécu à Auschwitz se présente sans cesse devant ses yeux.
Après Auschwitz
Après sa libération, Lucie Adelsberger s'installe à New York, où elle rédige ses mémoires. Elle ne retourna pas en Allemagne et refusa la proposition de s’y installer. Avant d’émigrer, elle écrit le 27 septembre 1946 : « L’Allemagne m’a amèrement déçue et je ne peux plus y retourner, intérieurement, pas plus qu’un homme ne retourne vers une femme qui l’a trompé avec bassesse. » Au mois de mai 1955, elle écrit à Ursula qu’elle a accepté de l’argent de l’Allemagne « pour Auschwitz » parce qu’elle en a vraiment besoin. Elle souffre « des dommages corporels » qu’elle a subis.
Controverses et reconnaissances
Le livre de Lucie Adelsberger parut en France en 1967. Il provoqua de violentes controverses. Lucie critiqua vigoureusement l’opinion de Hannah Arendt et de Bruno Bettelheim sur les Judenräte (les Conseils juifs constitués par les nazis) dans les ghettos en Pologne et dans les pays baltes. En 1995, une traduction anglaise du livre est parue aux États-Unis, préfacé par l’historienne Deborah Lipstadt.
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La fin d'une vie
Lucie Adelsberger est décédée d’un cancer le 2 novembre 1971 à New York. Son témoignage reste un document précieux pour comprendre l'horreur de la Shoah et la force de l'esprit humain face à l'adversité.
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