La reproduction de la truite est un processus fascinant et complexe, essentiel à la survie de l'espèce. Ce cycle, qui se déroule principalement durant les mois d'hiver, est influencé par divers facteurs environnementaux et comportementaux. Comprendre ce processus est crucial pour les pêcheurs, les gestionnaires de cours d'eau et tous ceux qui se soucient de la préservation de ces poissons emblématiques.

Période et Conditions de Reproduction

La période de reproduction de la truite dépend fortement de la température de l'eau et s'étale généralement de novembre à janvier. La température idéale se situe entre 4 et 6 degrés Celsius, mais la reproduction peut commencer lorsque l'eau est inférieure à 10 degrés. Une chute brutale des températures peut souvent déclencher une activité accrue chez les poissons. Les jours les plus courts de l'année jouent également un rôle dans le déclenchement de l'acte de reproduction.

En France, l'activité de reproduction des truites a débuté sur le Coudoulous ou sur l’Arre en novembre et se prépare sur les Gaves en décembre. Heureusement, les populations de truite vivant dans les montagnes enclenchent leur processus reproducteur généralement plus précocement que la population de plaine.

Choix de la Frayère et Préparation du Nid

La femelle joue un rôle primordial dans le choix de l'emplacement de la frayère. Elle sélectionne une zone de gravier propre, exempte d'impuretés telles que les algues et le limon, et la nettoie en utilisant sa queue pour créer un nid. Ces zones de frai sont souvent visibles à l'œil nu, apparaissant comme des zones de substrat clair en fin de courant ou sur les bordures. Parfois, mais plus rarement, on peut les localiser en tête ou entrée des mouilles, très régulièrement sur des zones où la lame d’eau se resserre aussi bien en hauteur qu’en largeur. Les petites truites préféreront des zones proches de la berge ou sous un couvert végétal, tandis que les grosses truites et les saumons peuvent parfois se satisfaire d’une zone centrale sur le cours d’eau.

La femelle choisi le lieu de dépose, après quelques sondages avec sa caudale, elle valide ou non le site du nid. Commence alors le nettoyage de la frayère à la recherche du meilleur point d’implantation. Elle passe ensuite au creusement du nid qui servira à la dépose.

Lire aussi: La césarienne : Une option sûre ?

Accouplement et Fécondation

Une fois le nid préparé, la femelle y dépose ses ovocytes. C'est alors que les mâles entrent en scène. Le mâle dominant mêle immédiatement sa laitance aux ovocytes, souvent suivi par d'autres mâles plus petits. La femelle recouvre ensuite les œufs de gravier avec sa queue, protégeant ainsi la future génération. La femelle choisi son partenaire pour l’accouplement, les phéromones attirent avec lui d’autres congénères qui composent la cohorte des mâles dominés ou périphériques. En général, les couples sont composés d’individus de tailles proches. Le mâle vient régulièrement croiser la femelle pour la stimuler, des fois vient vibrer à ses côtés. La femelle est mâture, elle expulse ses œufs dans le fond de la frayère à l’abri des courants. Le mâle collé à elle participe à la reproduction en mêlant sa laitance aux ovules afin de les féconder. Ils agissent corps raidis et mâchoires ouvertes durant quelques secondes.

Incubation et Éclosion

La période d'incubation est de 400 degrés jour pour la truite fario. Cela signifie qu'avec une eau à 10°C, l'éclosion se produit au bout de 40 jours, tandis qu'avec une eau à 5°C, il faut attendre 80 jours. Après cette période, un alevin émerge avec une réserve vitelline, une petite poche sous le ventre qui le nourrit pendant 4 à 6 semaines. Une fois cette réserve épuisée, l'alevin commence à s'alimenter dans le cours d'eau.

Vulnérabilité des Frayères et Prévention

Il arrive parfois que certaines frayères soient encore occupées lors de l'ouverture de la pêche début mars. Il est donc crucial de ne pas marcher sur ces zones de frai pour protéger les œufs et les alevins.

Pour éviter ce risque de piétinement plusieurs possibilités :

  • Limiter ses déplacements dans l’eau
  • Identifier les frayères pour les éviter
  • Eviter les zones où des frayères pourraient être présentes (zones avec du graviers : fin de plat courant / fosse, amont / aval des radiers, au niveau des veines de courant).

Il est préférable de se déplacer sur les blocs et les affleurements de roche mère ou directement sur la berge. Cette attention particulière à apporter aux frayères s’étale jusqu’à mi-avril, après cette période les risques d’écrasement sont très faibles. Rappelons toutefois que des déplacements en berge sont des déplacements discrets et la discrétion est le meilleur allié du pêcheur !

Lire aussi: Choisir sa poussette

Importance de la Préservation

La reproduction de la truite est un processus délicat, soumis à de nombreux aléas. La qualité de l'eau, la présence de prédateurs, les crues et le colmatage des frayères peuvent compromettre le succès de la reproduction. C'est pourquoi il est essentiel de préserver les habitats de la truite et de sensibiliser le public à l'importance de ce cycle vital.

Truite Fario et Truite Arc-en-Ciel: Quelles Différences?

Il est important de distinguer la truite Fario de la truite Arc-en-Ciel. La truite Fario est la seule capable de se reproduire à l’état sauvage dans nos régions. La truite arc-en-ciel, plus commune, ne se reproduit généralement pas à l’état sauvage sous nos latitudes.

La truite Fario est mature sexuellement à 2 ou 3 ans, et sa survie est souvent compromise par les assèchements récurrents des cours d’eau. Contrairement à une carpe, qui peut produire 300 000 ovules par kg de son poids, la truite n’a une capacité que de 2 à 4000 par femelle. De plus, seuls 85 % des œufs arriveront à l’éclosion et seulement 25 ou 30 atteindront la taille adulte.

Reproduction Artificielle de la Truite Arc-en-Ciel

La truite arc-en-ciel peut atteindre la maturité sexuelle dans des bassins aquaponiques, ce qui permet de tester la reproduction en milieu contrôlé. Les œufs des femelles et les semences des mâles sont recueillis séparément. Un œuf de truite est fécondable une fois qu’il entre en contact avec l’eau. La fécondation se fait dans les clayettes, puis ils sont placés à l’abri de la lumière.

Les œufs des femelles sont prélevés par stripping. On en récolte environ 1500 à 3000 pour une truite d’un kilogramme. Ils sont récoltés dans une passoire propre. Puis on arrose ces œufs avec la laitance de plusieurs mâles pour se préserver d’une éventuelle stérilité d’un mâle. Ces gamètes sont également obtenus par stripping. On mélange doucement les œufs et le sperme pendant une minute, puis on rajoute de l’eau. La fécondation est terminée au bout de 5 minutes.

Lire aussi: Quel type de poussette ?

Après fécondation, les œufs prennent immédiatement place dans une auge d’incubation installée sous l’arrivée d’eau dans les bassins à truites. Cette eau provient directement du bac de culture. Elle est filtrée avec un filtre à sable grossier pour éliminer les débris de racines et capter une grande partie de la boue qui s’échappe du bac. Les œufs se répartissent en une seule couche à l’aide d’une plume ou d’un pinceau très souple. Chaque jour, une rapide inspection permet d’éliminer les œufs clairs ou morts que l’on repère grâce à leur couleur blanche.

Distinction entre Œufs Blancs et Œufs Non Fécondés

Il est important de noter que les œufs blancs ne sont pas nécessairement des œufs non fécondés. Ce sont des œufs dont les membranes sont altérées, ce qui permet à l’eau de rentrer et de coaguler le vitellus, donnant cette couleur blanche. Si le blanchiment est précoce, les embryons n’auront pas le temps de se développer, même si l’œuf est fécondé. Si le blanchiment est tardif, on peut voir que ces œufs blancs contiennent bien un embryon dont le développement aura été arrêté par le blanchiment.

Suivi de la Reproduction: Comptage des Frayères

Le comptage des frayères est un indicateur précieux pour évaluer la reproduction naturelle des truites. Ces frayères sont identifiables grâce à plusieurs indices (emplacement, dôme + cuvette, graviers fraichement retournés) et sont donc un indice permettant d’évaluer la reproduction naturelle. Ce suivi peut être plus ou moins facile à mettre en place en fonction du cours d’eau (visibilité des frayères liée à la hauteur d’eau, accès, substratum).

En effet ce comptage permet de savoir :

  • si les truites fario en place sur le cours d’eau ont le réflexe de se reproduire,
  • quantifier chaque année le nombre de frayères pour suivre cette reproduction,
  • mettre en évidence des problématiques (surexploitation des zones de frai, peu de frayères par rapport à la quantité de géniteurs, « année vierge », observation de frayères mais pas d’alevins, …etc.),
  • mettre en évidence les zones préférentielles pour la reproduction,
  • ou encore suivre les effets d'une action de restauration du milieu.

Truite de Mer: Une Stratégie de Reproduction Alternative

Il existe différentes formes écologiques de truites, notamment la truite de rivière (ou truite fario), la truite de mer et la truite de lac. La truite de mer adopte une robe plus ou moins argentée. Il n'existe pas de différence génétique entre les formes "marine", "rivière" et "lac" de la truite. Le caractère migratoire n'est que pour partie héritable, c'est-à-dire que la truite a la capacité de développer une forme biologique à partir d'une autre.

La truite de mer est un migrateur amphihalin anadrome. Sa biologie est très proche de celle de la forme rivière à l'exception de la phase adulte qui se déroule en mer. Les adultes remontent les cours d'eau entre mai et janvier pour se reproduire. La reproduction se déroule de mi-novembre à janvier. La fécondité moyenne d’une truite de mer s’établit à 2000 œufs / kg de femelle. Après la reproduction, les géniteurs survivants, appelés « bécards », rejoignent la mer pour se refaire une santé avant une nouvelle migration. Contrairement au saumon, la truite de mer survit assez bien à l’épreuve de la reproduction : certains individus pouvant se reproduire dans leur vie jusqu’à 6 fois !

tags: #type #de #fecondation #truite

Articles populaires: