La question de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) s'avère être un terrain miné pour Donald Trump, candidat républicain à la présidence des États-Unis. Naviguant entre la nécessité d'amadouer les électeurs modérés et la fidélisation de son électorat conservateur, Trump multiplie les déclarations contradictoires, suscitant l'irritation et la confusion, même au sein de son propre camp.

Un Jeu d'Équilibre Délicat

Comme l'a observé The New York Times, Trump multiplie les contorsions sur la question de l’avortement afin de gagner des voix. Cette "pagaille" dans ses prises de position met en lumière la complexité de ce sujet majeur à l'approche de l'élection présidentielle. The Washington Post a également souligné les contradictions de Trump concernant l'IVG, notant qu'il se contredit.

Le 30 août, Trump a annoncé qu’il voterait contre une proposition d’amendement en Floride, son État de résidence, qui légaliserait l’avortement jusqu’au seuil de viabilité du fœtus. Pourtant, la veille encore, il semblait prendre le parti inverse. Lorsqu’on lui a demandé s’il voterait en faveur de la mesure, Trump a répondu : "Je vais voter que six semaines, c’est trop court."

Cette position est d'autant plus paradoxale que Trump s’est vanté d’avoir fait tomber Roe vs Wade, l’arrêt qui garantissait le droit constitutionnel d’avorter dans tout le pays. Cette décision, annulée en 2022 par une Cour suprême où Trump avait nommé trois juges conservateurs, a toutefois mobilisé les partisans du droit à l’IVG.

Des Déclarations qui Déçoivent les Conservateurs

Après des mois de déclarations contradictoires, Donald Trump s’est exprimé sur un thème qui pourrait, selon lui et ses conseillers, lui coûter cher sur le plan électoral : l’avortement. Dans une vidéo publiée le 8 avril, le candidat républicain s’est dit défavorable à une interdiction fédérale de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) aux États-Unis, assurant qu’il faut laisser à chaque État la liberté de réglementer à sa manière. "La situation sera différente dans de nombreux États, beaucoup auront un délai légal [pour avorter] différent de celui des autres, certains auront [des législations] plus conservatrices que d’autres, et ce sera comme ça, a-t-il expliqué sur son réseau social Truth Social. Au final, il s’agit uniquement de ce que veut le peuple."

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Ces déclarations ont déçu les conservateurs qui espéraient des mesures plus restrictives sur le plan national, selon The New York Times. Marjorie Dannenfelser, à la tête du groupe antiavortement Susan B. Anthony Pro-Life America, a assuré qu’avec de tels propos, l’ancien président américain cédait du terrain aux démocrates. L’accès à l’avortement est actuellement restreint dans plus d’une dizaine d’États dirigés par les républicains. Mais, d’après The Wall Street Journal, ces mesures n’ont pas permis de faire baisser le nombre d’interventions de manière significative, ce qui pousse les groupes antiavortement à demander des mesures nationales, jugées plus efficaces pour limiter l’accès à l’IVG.

Une Position Historiquement Ambivalente

Si l’on se penche sur sa carrière politique, on s’aperçoit que Trump a toujours eu une position ambivalente s’agissant de l’accès à l’avortement, précise USA Today. S’il s’est dit favorable au droit à l’IVG dans les années 1990, le candidat républicain s’est progressivement rapproché des mouvements évangéliques “pro-life” dans le cadre de sa campagne présidentielle de 2016. "J’ai mis un terme à Roe vs Wade", s’est-il vanté, en référence à la décision de la Cour suprême d’invalider, en juin 2022, l’arrêt qui a accordé, en 1973, le droit à toutes les Américaines d’avorter. L’institution juridique est en effet devenue bien plus conservatrice, à la suite de la nomination par Donald Trump de trois juges défavorables à l’IVG.

Dans le même temps, il a demandé aux républicains de ‘faire attention’, lorsqu’ils évoquent l’avortement, car ce thème lui a causé du tort par le passé − notamment lors de sa campagne pour la présidentielle de 2020 et des élections au Congrès en 2022. Les démocrates ont tout misé sur l’accès à l’IVG, depuis la fin de Roe vs Wade, et ils ont essayé de mobiliser les électeurs en insistant sur cette question.

Joe Biden a assuré ne pas croire aux déclarations de son adversaire républicain. “Si Donald Trump est élu et que les trumpistes du Congrès mettent une interdiction fédérale de l’avortement sur son bureau, Trump l’approuvera”, a-t-il déclaré, cité par USA Today. Trump a précisé qu’il était “très favorable à la mise en place d’exceptions [à l’interdiction de l’IVG] en cas de viol, d’inceste et de danger pour la vie de la mère”.

Le Rôle de Melania Trump

Largement absente de la campagne électorale, Melania Trump est de retour pour promouvoir ses Mémoires. Dans cet ouvrage, la femme de Donald Trump défend notamment le droit des femmes à disposer de leur corps et va à l’encontre de son candidat de mari et des positions du Parti républicain.

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Dans ses Mémoires très attendus qui seront publiés un mois pile poil avant l’élection présidentielle américaine, Melania Trump fait une “déclaration extraordinaire”, souligne le Guardian : elle s’y présente en effet comme est une fervente partisane du droit des femmes à disposer de leur propre corps et du droit à l’avortement. “Il est impératif de garantir que les femmes puissent décider en toute autonomie d’avoir des enfants, en fonction de leurs propres convictions, sans aucune intervention ou pression du gouvernement”, écrit ainsi l’épouse du candidat républicain dans ce livre dont le Guardian a pu se procurer une copie en avant-première. Qui plus est, elle le fait “dans le cadre d’une campagne électorale où la question des droits reproductifs des femmes joue un rôle central”, note le quotidien britannique.

Melania Trump va à l’encontre de son candidat de mari, Donald Trump, qui multiplie les contorsions depuis des mois sur la question de l’avortement, cherchant à la fois à amadouer les électeurs les plus modérés tout en conservant les voix des conservateurs les plus anti-IVG et des évangéliques. L’ex-première dame va également à l’encontre du colistier de Donald Trump, J.D. Vance, qui a multiplié les déclarations misogynes.

Certains médias se demandent si Melania serait missionnée pour l’aider à reconquérir l’électorat féminin. Dans ses Mémoires, “l’ex-première dame dit soutenir fermement le droit à l’avortement”, rappelle The Week dans un éditorial. Elle y affirme qu’il est “impératif” que les femmes puissent mettre fin à une grossesse non désirée, et que cette conviction l’a animée “tout au long de sa vie d’adulte”. “Le moment choisi pour exprimer ce point de vue, quelques semaines avant les élections, tombe à pic”, ironise The Week.

Donald Trump “rétropédale” pour regagner des voix chez les électrices. Il s’est mis à promettre qu’il s’opposerait à une interdiction fédérale de l’avortement, et son colistier, J. D. Vance, à prétendre qu’il n’a jamais soutenu une telle interdiction, ce qui est complètement faux.

Les Conséquences de la Restriction du Droit à l'Avortement

La restriction du droit à l’avortement aux États-Unis a fait chavirer la vie de nombreuses femmes. Au sein de l’ONG Abortion in America, certaines contre-attaquent en partageant leurs histoires lors de conférences organisées partout dans le pays pour faire évoluer les mentalités. Des récits bouleversants que le magazine américain The Nation a choisi de faire entendre.

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Shanette Williams attend sagement sur son siège, sur l’estrade d’un auditorium d’Austin, au Texas, le regard fixé sur la photo d’Amber, sa fille, qui est posée sur ses genoux. Cette photo figure sur un tract rose pâle, sous le nom de sa fille, les mots “Célébrer la vie” et les dates “16 septembre 1993 - 19 août 2022”. De temps à autre, Shanette Williams lève les yeux en direction des 200 personnes assises dans la salle ou des autres femmes qui partagent la scène avec elle et qui sont là pour raconter les horreurs que l’interdiction de l’avortement leur a fait vivre. Puis vient son tour de prendre la parole. “Bonjour à tous, commence-t-elle. Je m’appelle Shanette.” Le 19 août 2022, poursuit-elle, les doigts crispés sur le tract, elle a reçu un appel téléphonique l’informant que sa fille avait été hospitalisée. Très inquiète, elle s’est précipitée à l’hôpital Piedmont Henry, à Stockbridge, en Géorgie - à une trentaine de kilomètres au sud du centre d’Atlanta. Sa fille, Amber Nicole Thurman, se trouvait dans l’unité de soins intensifs. Elle avait été admise la veille, après avoir pris des médicaments abortifs quelques jours plus tôt.

Victoires et Défaites dans les États

Deux ans après l’annulation du droit constitutionnel à l’IVG par la Cour suprême, de nouveaux États ont adopté par référendum des mesures pour garantir ou assouplir l’accès à l’interruption volontaire de grossesse. Les électeurs du Missouri ont notamment exprimé “un rejet éclatant de l’une des interdictions les plus strictes de l’avortement dans tout le pays”, salue The New York Times. Le 5 novembre, ils ont approuvé un amendement à la Constitution de cet État qui grave dans le marbre le droit à l’avortement et plus largement à “la liberté reproductive”.

“Le Missouri a été le premier État à adopter une interdiction de l’IVG après que la Cour suprême des États-Unis a annulé l’arrêt Roe vs Wade, en juin 2022, et ce référendum en fait le premier État à renverser une interdiction par un référendum d’initiative populaire”, explique le journal new-yorkais. “Les organisations pro-avortement l’avaient emporté dans les sept mesures soumises aux électeurs au cours des dix-huit mois qui ont suivi l’annulation de Roe, dans des États aussi différents que la Californie et le Kansas. Aucun de ces États n’avait toutefois d’interdiction complète en vigueur.”

Les États de New York, du Maryland, du Colorado, du Montana, du Nevada et de l’Arizona ont aussi approuvé des mesures pro-avortement. En Arizona, le Phoenix New Times évoque “une victoire de haute lutte pour les militants pour l’avortement”, alors qu’une limite de quinze semaines a été imposée en décembre 2022.

En Floride, l’interdiction de l’avortement a été maintenue, alors qu’une proposition pour garantir ce droit jusqu’à vingt-quatre semaines avait été soumise au vote, rapporte le Miami Herald. C’est “une victoire pour le gouverneur Ron DeSantis”, ex-candidat à l’investiture républicaine, qui avait fait campagne contre la proposition d’amender la Constitution. Néanmoins, le journal souligne qu’une majorité de 57 % des électeurs ont approuvé cet amendement, “mais ce n’était pas assez pour atteindre le seuil élevé de 60 % qui était requis en Floride pour qu’il soit adopté”.

Un amendement constitutionnel en faveur du droit à l’IVG a aussi été rejeté à une large majorité dans le Dakota du Sud, signale le New York Times.

L'Implication de Donald Trump dans la Marche pour la Vie

Le président américain sera le premier à participer en personne à la Marche pour la vie, dont la 47e édition a lieu ce vendredi 24 janvier dans la capitale américaine. Les organisateurs considèrent Trump et son gouvernement comme des champions de la lutte antiavortement.

Par le passé, il s’était dit “très pro-IVG”, selon le New York Times. Donald Trump participera pourtant à la Marche pour la vie vendredi 24 janvier à Washington. Il sera “le premier président de l’histoire” à se joindre “en personne” à cette manifestation annuelle “contre l’avortement”, souligne le Washington Post. La manifestation, qui tient cette année sa 47e édition, est organisée “autour de la date anniversaire de la décision de la Cour suprême de 1973 dans l’affaire Roe contre Wade, qui avait légalisé l’avortement”, rappelle USA Today.

La Stratégie du Parti Républicain

L’ancien président des États-Unis, Donald Trump, sait que la question de l’IVG pourrait lui coûter cher à la présidentielle de novembre. Après avoir changé sa position, il a obtenu que son parti modère son programme sur les droits reproductifs, tout en durcissant ses positions anti-immigration.

Aux États-Unis, le Parti républicain est toujours plus façonné à l’image de Donald Trump. L’ex-président, vainqueur des primaires de son camp, a consolidé “son OPA idéologique” sur le parti conservateur, souligne The New York Times, en donnant le ton du programme qui sera présenté à la convention nationale républicaine, où Trump doit être investi candidat à la présidentielle.

Approuvé par un comité du parti, ce projet “reflète la nouvelle position de son présumé candidat sur le droit à l’avortement”, explique le quotidien new-yorkais. “L’ancien président s’est particulièrement attaché à adoucir le texte sur la question de l’avortement, qu’il voit comme son talon d’Achille après la décision de la Cour suprême d’annuler l’arrêt Roe vs Wade”, qui garantissait depuis 1973 le droit d’avorter dans tout le pays. De fait, alors que le programme du parti prévoyait d’interdire l’avortement après vingt semaines de grossesse par une loi fédérale, le projet ne fait pas mention d’une interdiction fédérale, à laquelle Trump s’est dit opposé. Il laisse aux États la liberté de légiférer pour restreindre ou interdire l’IVG, comme nombre d’entre eux le font déjà depuis.

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