L'aspiration à une implication plus forte des pères dans la vie familiale est en constante augmentation depuis plusieurs décennies. Dans cette optique, une tribune a été lancée par dix pères « engagés » à l'occasion de la fête des pères, revendiquant l'allongement du congé paternité. Ils estiment que la durée actuelle de onze jours (dix-huit en cas de naissances multiples), instaurée en 2002, est insuffisante pour permettre aux pères de créer des liens solides avec leur enfant et de soutenir pleinement la mère.
Un cri du cœur pour #UnMoisMinimum
Les coauteurs de cette tribune revendiquent une durée d'un mois minimum pour le congé paternité, et ont même lancé le hashtag #UnMoisMinimum sur les réseaux sociaux pour promouvoir leur initiative. Alexandre Marcel, créateur du blog « Papa plume », a déclaré au Parisien : « Onze jours, week-end inclus, c’est quand même une grande farce. Ce n’est pas du tout assez pour nouer un lien avec son bébé et soutenir la maman ».
Un contexte favorable
Au-delà de la Fête des pères, ces papas « engagés » s'appuient également sur une déclaration de Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'Égalité femmes-hommes, qui s'est prononcée en faveur d'un allongement du congé paternité.
La France en retard sur ses voisins européens
La question de l'allongement du congé paternité est débattue en France depuis des années, tout comme celle de son éventuel caractère obligatoire. Actuellement, selon les données citées par Le Parisien, sept pères sur dix prennent effectivement ce congé, rémunéré par la Sécurité sociale à hauteur d'un pourcentage du salaire. Cependant, l'Igas (Inspection générale des affaires sociales) estime que sans un congé paternité plus important, il est « peu probable » que des progrès soient réalisés en matière de « répartition des tâches au sein du couple » et d'« égalité professionnelle ».
La France est en retard par rapport à ses voisins européens. En Espagne, le congé sera de seize semaines dans l'année à venir, tandis qu'au Portugal, le mois est désormais obligatoire.
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L'appel de 400 personnalités
Près de 400 personnes ont interpellé le gouvernement français dans une tribune publiée dans Le Monde, afin qu'il se penche sur la création d'un véritable congé paternel. Elles estiment qu'« il est temps de prendre en compte les nouvelles aspirations des parents : pour cela, la réforme du congé paternité est une absolue nécessité ».
En France, le congé de paternité est de 11 jours calendaires et le congé parental peut atteindre 3 ans. Contrairement à l'Espagne, Emmanuel Macron s'est toujours refusé à instaurer un congé paternel équivalent au congé maternel, avec la même durée et le même degré de rémunération, invoquant le « coût exorbitant » de la mesure.
Les signataires de la tribune rétorquent que « la réforme du congé du deuxième parent est un investissement de long terme ». Ils rappellent que « l’alignement du congé du deuxième parent sur la durée obligatoire du congé maternité (8 semaines) représenterait 1,2 milliard d’euros, soit 0,3 % des dépenses du régime général de l’Assurance-maladie. C’est peu au regard des 80 milliards d’euros estimés liés à l’évasion fiscale chaque année. C’est peu au regard du milliard d’économies générées par la réforme du congé parental de 2014 », renvoyant le président de la République à ses promesses de relancer la politique familiale et de promouvoir l’égalité femmes-hommes.
Les bénéfices d'un congé paternité plus long
Les signataires de la tribune mettent en avant les nombreux avantages d'un congé paternité plus long :
- Une meilleure répartition des tâches domestiques : « Les congés réservés aux pères entraînent une hausse de leur participation aux activités parentales après la période de congé elle-même. L’expérience de la Norvège, qui a mis en place un congé d’un mois dès 1995, montre même une meilleure répartition des tâches domestiques ».
- Une insertion professionnelle facilitée pour les femmes : « A l’arrivée d’un enfant, la sphère privée est une trappe à inégalités dans laquelle les femmes se retrouvent piégées bien au-delà de la période de la périnatalité ».
- Un soutien accru à la mère : 89% des Français interrogés jugeaient ce temps « important pour aider la mère ».
- Un lien renforcé avec l'enfant : Pour 88%, cette disposition était « importante pour créer un lien avec l’enfant ».
Un sondage YouGov a révélé qu'un Français sur deux était favorable à l'allongement du congé paternité. Par ailleurs, 82% des Français interrogés estimaient que le congé parental permettrait « de mieux répartir les tâches ménagères et familiales ».
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Des témoignages poignants
La tribune est accompagnée de témoignages de pères qui partagent leurs expériences personnelles et les difficultés rencontrées en raison de la brièveté du congé paternité.
- Certains ont été frustrés par un congé paternité trop court.
- D'autres ont été confrontés à des difficultés financières qui les ont empêchés de prolonger leur congé.
- Certains ont subi la pression de leur employeur, qui ne voyait pas d'un bon œil un congé prolongé.
- D'autres encore ont regretté de ne pas avoir pu soutenir davantage leur compagne, notamment en cas de dépression post-partum.
Ces témoignages mettent en lumière les conséquences négatives d'un congé paternité trop court, tant pour le père que pour la mère et l'enfant.
L'évolution législative : un premier pas
L'allongement du congé paternité a pris effet le 1er juillet 2021, passant de 14 à 28 jours. Ce droit est accordé au père ou au second parent avec l’obligation de prendre au moins 7 jours. Ce changement s'inscrit dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2021 (PLFSS).
Sur ces 28 jours de congé paternité, 7 jours sont obligatoires « immédiatement à la naissance de l’enfant ». Ce congé obligatoire de 7 jours correspond en fait aux 3 jours de congé de naissance (jours ouvrables), suivis donc de 4 jours de congé paternité (calculés en jours calendaires). Le reste du congé paternité, soit 21 jours, peut être pris de manière fractionnée « en deux périodes d’une durée minimale de cinq jours chacune ».
Les démarches administratives
Afin de bénéficier du congé paternité, la demande doit être adressée par écrit ou oralement auprès de l’employeur au moins un mois avant la date de la naissance prévisionnelle de l’enfant. Dès le début du congé, l’employeur doit également fournir une attestation de salaire à la caisse d’assurance-maladie.
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Les salariés ne sont pas les seuls à pouvoir bénéficier d’un congé paternité : les travailleurs indépendants (artisans, commerçants, chefs d’entreprise, micro-entrepreneurs) et les professions libérales (médecins, notaires, avocats, architectes, pharmaciens…) y ont droit également.
Les enjeux sociétaux de l'allongement du congé paternité
L'allongement du congé paternité est porteur de nombreux enjeux sociétaux :
- L'éducation de l'enfant : Une plus grande présence du père dès la naissance est bénéfique à l'enfant et augmente son implication dans l'éducation dès le plus jeune âge.
- Le rééquilibrage des tâches : Un congé paternité plus long permet de mieux répartir les tâches entre les parents, soulageant ainsi la mère, souvent fragilisée après l'accouchement.
- La diminution de l'inégalité homme/femme dans le milieu professionnel : L'allongement du congé paternité contribue à réduire les discriminations à l'embauche et les inégalités salariales liées à la maternité.
Les obstacles à surmonter
Malgré les avancées législatives, des obstacles persistent :
- Les difficultés financières : Le manque de revenus peut empêcher certains pères de prolonger leur congé.
- La pression professionnelle : La crainte de perdre son emploi ou de nuire à sa carrière peut dissuader certains pères de prendre un congé plus long.
- Le manque d'information : Certains pères ne connaissent pas leurs droits ou les démarches à suivre pour bénéficier du congé paternité.
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