L'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes est un sujet qui suscite de nombreux débats en France. Cette question, au cœur de la loi bioéthique, met en lumière des enjeux éthiques, sociétaux et politiques importants. Cet article explore les différents aspects de ce débat, en tenant compte des opinions exprimées par divers acteurs de la société française.
La PMA pour toutes : un enjeu d'égalité
La loi bioéthique, en instance d’examen au Parlement, prévoit l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, qu’elles soient en couple ou célibataires. Cette mesure est perçue par beaucoup comme un pas majeur vers l’égalité des droits, notamment pour les familles homoparentales qui espèrent une reconnaissance pleine et entière par la République française.
Il y a six ans, l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe était saluée comme un pas majeur vers l’égalité. Mais, incomplète, cette loi a créé un vide juridique en matière de parentalité et de protection des enfants. Malgré les revendications portées à l’époque par de nombreuses associations, les couples homoparentaux et les personnes homosexuelles seules n’ont pas obtenu leur statut de parents de pleins droits à égalité avec les personnes et les couples hétérosexuels.
Cependant, le projet de loi suscite également des inquiétudes. Certains craignent que certaines dispositions traitent les couples de femmes et leurs familles de manière discriminatoire au regard du droit et de l’état civil, notamment par la création d’un nouveau type d’établissement de la filiation et par la référence stigmatisante du mode de procréation sur les actes de naissance des enfants nés d’une PMA avec don.
Les positions des acteurs politiques
Le débat sur la PMA est également un enjeu politique. Pour certains députés, il est essentiel que la droite républicaine exprime sa capacité à être en phase avec la société et à incarner une vision politique progressiste. Ils soulignent la responsabilité de penser une vision de société adaptée aux enjeux du XXIe siècle et conforme à l’esprit républicain.
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Ces députés estiment que la droite doit être digne et fidèle à ce que leurs prédécesseurs ont réalisé en matière de droits des femmes et de la famille, et qu’elle ne peut pas faire l’économie d’afficher sa fierté sur la loi portée avec courage par Simone Veil autorisant l’interruption volontaire de grossesse.
Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s'était dit "favorable" à l'ouverture à toutes les femmes de la procréation médicalement assistée, quand celle-ci est actuellement réservée aux seuls couples hétérosexuels infertiles. Il avait toutefois ajouté vouloir "construire un consensus le plus large possible" sur ce sujet.
Les inquiétudes des professionnels de la santé
Près de 350 médecins ont signé une tribune pour reprocher à l'Ordre des médecins de ne pas s'être opposé à la légalisation de la PMA pour les femmes seules ou en couple. Ils estiment que cette prise de position est contraire au serment d'Hippocrate, car la PMA pour les femmes célibataires ou pour les couples n'est pas une indication médicale.
Ces médecins rappellent que la médecine a pour but de prévenir les maladies, restaurer les fonctions défaillantes de l'organisme et réparer les malformations anatomiques. Ils regrettent l'absence de concertation et demandent au CNOM de revenir sur sa position et de tenir un « discours strictement médical ».
Les réactions des associations et du public
De nombreuses associations LGBT, familiales ou de défense des droits de l'Homme réclament l'ouverture de la PMA à toutes les femmes "sans attendre" la prochaine révision des lois de bioéthique. Elles mettent en garde contre le risque de laisser un espace à l'homophobie.
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Ces associations dénoncent également le fait de vouloir "construire un consensus le plus large possible" sur ce sujet, car elles estiment qu'on ne peut pas débattre face au dogme et qu'il est impossible d'avoir un débat serein avec ceux qui se sont toujours opposés au progrès.
Les enjeux éthiques et la liberté d'expression
Le débat sur la PMA soulève également des questions éthiques complexes. La tribune des 100 femmes défendant « la liberté d’importuner » a suscité de nombreuses réactions et a mis en lumière les enjeux liés à la liberté d'expression et au respect des droits des femmes.
Certains estiment que la fin n’est pas la liberté, qu’elle soit d’expression, de création, ou d’action, mais la perpétuation d’un ordre où le désir et le plaisir n’ont de sens que dans le petit cadre binaire où les hommes séduisent les femmes qui n’ont d’autres choix que de consentir ou de décliner avec grâce, humilité et légèreté, même si la « proposition sexuelle » les importune.
D'autres estiment qu'il est essentiel de défendre une société d’égalité et de liberté, où les femmes ne sont pas considérées comme des petites choses fragiles qui ont besoin d’être protégées, mais comme des personnes qui ont le droit à la sécurité et au respect.
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