La transfusion sanguine est une procédure médicale courante qui consiste à transférer du sang ou des composants sanguins d'un donneur à un receveur. Chez le nourrisson, la transfusion sanguine peut être nécessaire dans certaines situations spécifiques pour traiter diverses affections. Cet article explore en détail les indications de la transfusion sanguine chez le nourrisson, les risques potentiels associés à cette procédure, ainsi que les précautions à prendre pour assurer la sécurité du patient.
Indications de la Transfusion Sanguine chez le Nourrisson
La transfusion sanguine chez le nourrisson est indiquée dans plusieurs situations cliniques, notamment :
Incompatibilité Rhésus Foeto-Maternelle : En présence d'une incompatibilité rhésus foeto-maternelle, où la mère est Rhésus négatif et le bébé est Rhésus positif, une transfusion sanguine peut être nécessaire pour remplacer le sang du nouveau-né par du sang Rhésus négatif dépourvu d'anticorps immuns. Cette procédure, appelée exsanguino-transfusion, est pratiquée sur la veine ombilicale avec un dispositif à trois voies, soustrayant un volume équivalent au volume injecté.
Incompatibilité ABO : Certaines mères du groupe O transmettent à leur enfant des anticorps (anti-A, voire même anti-B) à travers le placenta, ce qui peut entraîner une anémie et un ictère. Dans ce cas, une transfusion sanguine peut être nécessaire pour apporter des hématies compatibles qui ne seront pas hémolysées par ces anticorps.
Anémie : Un taux d'hémoglobine inférieur à 10 g/l est une indication à la transfusion chez le nouveau-né. L’anémie est une carence en globules rouges. C’est l’hémoglobine contenue dans les globules rouges qui transporte l’oxygène dans le sang vers tous les organes. On parle d’anémie du nourrisson quand on a une hémoglobine inférieure à 14 g/l. Chez le prématuré, la fabrication des globules rouges se fait moins bien que chez le nouveau-né à terme, notamment par synthèse faible d’érythropoïétine par le rein (hormone nécessaire à la fabrication des globules rouges) et par manque de fer (le stock de fer se fait durant le dernier trimestre de la grossesse).
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Maladies Hémolytiques : Certains bébés ont des maladies détruisant les globules rouges (l’incompatibilité sanguine, par exemple) donnant également des anémies.
Hyperbilirubinémie : La principale indication chez le nouveau-né est l’excès de bilirubine ou « hyperbilirubinémie », qui se traduit par une jaunisse. La bilirubine, colorant jaune, est produite par les globules rouges lorsqu’elles arrivent en fin de vie. 80% des nouveau-nés font une jaunisse (ou ictère) car leur système digestif, encore immature, a besoin de quelques jours pour éliminer correctement la bilirubine. Habituellement, la bilirubine ne s’accumule pas en grande quantité et la jaunisse disparaît seule en 5-7 jours, ou avec l’aide de quelques séances de photothérapie (exposition à une lumière bleue). Mais si les globules rouges sont détruits en grande quantité (on parle alors d’hémolyse) chaque jour, la bilirubine peut être produite en excès. Or elle peut être toxique pour le nouveau-né et en particulier pour son cerveau. De plus la destruction des globules rouges va entraîner une anémie.
Complications de la Drépanocytose : L'exsanguino-transfusion est irremplaçable dans le traitement en urgence de certaines complications de la drépanocytose (quand la concentration d'hémoglobine S est supérieure à 30 %).
Exsanguino-Transfusion : Une Procédure Spécifique
L’exsanguino-transfusion (EST) est un acte de transfusion qui consiste à remplacer tout ou une grande partie du sang d’un patient malade par du sang d’un donneur. « Il s’agit d’un échange de sang volume à volume. On retire le sang du bébé et on le remplace par du sang reconstitué à partir de globules rouges et de plasma de donneur. Le volume total échangé est de 1,5 à 2 fois la masse sanguine du bébé, soit 140-160 ml/kilo chez le nouveau-né », précise le Dr Anne Cortey.
Comment se Déroule une Exsanguino-Transfusion ?
Le bébé n’est pas endormi mais allongé sur une table chauffante maintenu au niveau des jambes et des poignets. Une surveillance du cœur, de la respiration et de l’oxygénation est réalisée en continu. Le médecin place un cathéter dans la veine ombilicale du bébé afin d’enlever le sang de l'enfant (exsanguiner) et le remplacer par du sang neuf (transfuser). Si ce n’est pas possible, une voie chirurgicale sera posée. Puis l’on procède par échanges fractionnés et successifs de sang, volume a? volume (5 à 10 ml à chaque fois).
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Risques Potentiels de la Transfusion Sanguine chez le Nourrisson
Bien que la transfusion sanguine soit une procédure salvatrice, elle n'est pas sans risques. Les risques potentiels associés à la transfusion sanguine chez le nourrisson comprennent :
Infections Post-Transfusionnelles : La transmission, par le sang ou ses produits dérivés, d’agents infectieux au receveur. Il peut s’agir d’une infection latente du donneur ou d’une contamination liée au prélèvement, au conditionnement, au stockage du sang ou au geste transfusionnel lui-même. Les agents infectieux en cause sont nombreux : bactéries, levures, protozoaires (Plasmodium, Trypanosoma cruzi, etc.), virus (virus des hépatites, herpès virus, rétrovirus, etc.), prions et autres agents non conventionnels. La prévention des infections post-transfusionnelles repose sur la sélection des donneurs, le traitement du sang total et des produits dérivés, les précautions d’aseptie lors de la tranfusion.
Complications Immunologiques : Complications secondaires à l'administration de produits sanguins homologues ou autologues, dérivés du sang ou du plasma, qu'ils soient labiles ou stables. De gravité variable, ces accidents peuvent mettre en jeu la vie du patient. Ils peuvent être immédiats (immunologiques, métaboliques, infectieux, xénobiotiques) ou retardés (immunologiques, infectieux). La transfusion massive comporte des complications particulières. Les complications immunologiques immédiates peuvent toucher les éléments cellulaires ou plasmatiques. Une incompatibilité au niveau des antigènes des érythrocytes est à l'origine d'une hémolyse qui peut être intra- ou extravasculaire. Le conflit antigène-anticorps au niveau des érythrocytes peut être lié à une erreur humaine (transfusion hétérogroupe) ou à la présence d'allo-anticorps immuns (agglutinines irrégulières). On rencontre aussi des réactions anaphylactiques, dues à des immunoglobulines IgG ou IgE, dont les causes sont multiples et qui s'observent surtout avec le plasma et les dérivés du plasma (albumine). Les réactions générales (frissons, hyperthermie) peuvent avoir une origine immunologique chez des patients déficients en IgA.
Complications Métaboliques : Les complications métaboliques (hypocalcémie, hyperkaliémie, acidose métabolique, augmentation de la phosphorémie et de l'ammoniémie) sont moins fréquentes grâce à l'amélioration des techniques de conservation.
Risques Liés au Cathéter : Il y a le risque infectieux inhérent à la pose et la manipulation d’un cathéter, les risques cardiaques liés à la manipulation de tel volume de sang sur un cœur tout jeune, les risques liés aux produits sanguins.
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Thrombopénie : Lors de l’EST, on transfuse du plasma et des globules rouges, mais pas les globules blancs et les plaquettes. Il faut donc que le bébé les produise à nouveau et juste après le geste, les plaquettes sont basses.
Au final, le taux de complications toutes confondues (graves et non graves) est de 10 % en moyenne, et le taux de mortalité inférieur à 1%.
Précautions à Prendre Lors de la Transfusion Sanguine chez le Nourrisson
Pour minimiser les risques associés à la transfusion sanguine chez le nourrisson, il est essentiel de prendre certaines précautions :
Connaissance des Groupes Sanguins : La transfusion doit se faire en ayant connaissance non seulement du groupe sanguin de base et du groupe rhésus de l'enfant, mais aussi de ceux de la mère.
Test de Coombs : Elle ne doit pas être faite sans avoir réalisé au préalable un test de Coombs sur le sang de l'enfant. Ce test peut parfois être négatif malgré la présence d'anticorps immuns anti-A ou -B.
Conservation d'un Échantillon de Sang Maternel : Si le test de Coombs est positif il faut conserver un échantillon du sang maternel. Cet échantillon doit accompagner l'enfant en cas de transfert.
Compatibilité Sanguine : Le sang destiné à la transfusion ne doit pas risquer d'être hémolysé par des anticorps transmis par la mère. P. ex., un enfant A, né d'une mère O, ne doit pas recevoir du sang A mais du sang O non dangereux.
Utilisation de Sang Frais : La transfusion doit se faire avec des hématies fraîches et, si possible, avec du sang total frais. En effet, le nouveau-né est incapable de glycuroconjuguer la bilirubine pendant les premiers jours de sa vie : l'utilisation d'hématies vieilles de plus de quatre jours est contre-indiquée, car elle risque d'entraîner un ictère avec toutes ses conséquences cérébrales possibles.
Dépistage des Agglutinines Irrégulières : Si l'on doit répéter les transfusions il est inutile de rechercher les agglutinines irrégulières avant l'âge de six mois.
Respect des Règles d'Hygiène : De nombreux progrès ont été faits en matière d’exsanguino-transfusion, mais des complications sont toujours possibles. « Il y a le risque infectieux inhérent à la pose et la manipulation d’un cathéter, les risques cardiaques liés à la manipulation de tel volume de sang sur un cœur tout jeune, les risques liés aux produits sanguins".
Le Rôle des Établissements de Transfusion Sanguine
Les établissements de transfusion sanguine exercent une mission de santé publique dans le cadre du service public de la transfusion sanguine. Seuls, les établissements agréés par l'Etat sont autorisés à collecter le sang et ses composants, à préparer des produits sanguins labiles (arrêté du 17 septembre 1993 relatif à la liste des produits sanguins labiles) et à les distribuer, sous la direction et la responsabilité d'un médecin ou d'un pharmacien. En outre, ils ont vocation à développer toute activité liée à la transfusion sanguine, au conseil et au suivi des actes de transfusion. Ils peuvent être aussi autorisés, d'une part, à distribuer des médicaments dérivés du sang, et d'autre part, à titre accessoire, à exercer d'autres activités de santé, notamment des activités de soins et de laboratoire d'analyses de biologie médicale.
41 établissements de transfusion sanguine sont agréés. Ils ont le statut de groupement d'intérêt public ou d'association régie par la loi de juillet 1901.
L'Institut National de la Transfusion Sanguine (INTS)
Structure indépendante des établissements de transfusion sanguine, constituée dans le prolongement de la loi du 4 janvier 1993, créant l’agence française du sang, il a pour objectif l’amélioration de la sécurité transfusionnelle. Ses activités sont dévolues à l'analyse, à la maîtrise et à la prévention des risques transfusionnels ainsi qu'à l'évolution de la transfusion sanguine et de la médecine transfusionnelle en France et dans le contexte européen. INTS a été créé sous la forme juridique d’un groupement d’intérêt public constitué par - l’établissement français du sang (remplaçant l’agence française du sang), - l’Etat représenté par le ministère de la Santé, - la caisse nationale d’assurance maladie.
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