La question d'un lien potentiel entre les traitements de fécondation in vitro (FIV) et le risque de cancer suscite de nombreuses interrogations. L'idée que la stimulation ovarienne et les traitements hormonaux associés à la FIV pourraient augmenter le risque de développer certains types de cancers, en particulier ceux dits "hormonosensibles" comme le cancer du sein, de l'ovaire et de l'utérus, est une préoccupation légitime. Cet article vise à démêler le vrai du faux, en s'appuyant sur les données scientifiques les plus récentes et les études les plus vastes menées sur le sujet.

Études et résultats : un aperçu rassurant

Plusieurs études de grande envergure se sont penchées sur cette question, offrant un aperçu rassurant quant à l'absence d'augmentation significative du risque global de cancer chez les femmes ayant eu recours à la FIV.

L'étude néerlandaise : un suivi sur 20 ans

Les Pays-Bas ont mené une vaste étude en collaboration avec les douze centres hollandais d'Aide Médicale à la Reproduction. Entre 1980 et 1995, toutes les femmes néerlandaises bénéficiant d'une FIV ont consenti à ce que leurs données médicales soient collectées (traitement suivi, protocole, type d'infertilité). Les chercheurs de l'Institut néerlandais du cancer à Amsterdam ont suivi plus de 25 000 femmes, âgées en moyenne de 33 ans au début de leur traitement hormonal et ayant subi en moyenne trois cycles de FIV pour obtenir une grossesse. Après 20 ans de collecte et d'analyses, parmi ces 25 000 femmes, dont l'âge à la fin du suivi était de 53 ans, 948 cas de cancer du sein ont été recensés. Ces chiffres sont considérés comme rassurants, car ils sont similaires à ceux observés dans la population générale.

L'étude britannique : pas de risque accru pour le sein et l'utérus

Une large étude britannique menée par une équipe de l'University College London Hospital a identifié toutes les femmes ayant eu recours à l'AMP en Grande-Bretagne entre 1991 et 2010, soit 255 786 femmes. Les résultats, comparés aux registres nationaux, n'ont révélé aucun risque accru de cancer du sein ou de l'utérus directement lié aux traitements utilisés en AMP par rapport à la population générale.

Étude française : risque de cancer chez les enfants conçus par AMP

Des scientifiques de l’Inserm et d’Epi-Phare, conjointement avec des spécialistes de l’AMP, ont évalué ce risque de cancer dans l’une des plus grandes cohortes mondiales d’enfants nés après AMP. Ils ont exploité les données du Système national des données de santé (SNDS) pour identifier les enfants conçus par AMP (insémination artificielle, fécondation in vitro classique-FIV ou avec micro-injection-ICSI) et détecter la survenue d'un cancer chez les enfants conçus avec et sans AMP. Au total, l’étude a porté sur les 8 526 306 enfants nés en France entre 2010 et 2021, dont 260 236 (3%) ont été conçus par AMP, et les a suivis jusqu'à un âge médian de 6, 7 ans. Au cours de ce suivi, 9 256 enfants dont 292 enfants conçus par AMP ont développé un cancer. Le risque de cancer, tous types confondus, n'était pas plus élevé chez les enfants conçus après AMP que chez les enfants conçus naturellement. Toutefois, une légère augmentation du risque de leucémie a été observée chez les enfants conçus par FIV ou ICSI. Cette augmentation est très faible, de l'ordre d'un cas supplémentaire pour 5 000 nouveau-nés conçus par FIV ou ICSI ayant atteint l'âge de 10 ans. Elle nécessite confirmation.

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Risques spécifiques : le cas du cancer de l'ovaire

Bien que les études mentionnées ci-dessus soient globalement rassurantes, certaines nuances doivent être apportées concernant le cancer de l'ovaire.

Augmentation du risque de tumeurs ovariennes borderline

Une étude a comparé une cohorte de 19 146 femmes ayant reçu des traitements de FIV entre 1983 et 1995 à 6 006 femmes infertiles non traitées par FIV. L'augmentation du risque est principalement due aux tumeurs ovariennes borderline, dont le potentiel cancéreux est faible. Les cancers ovariens invasifs n'étaient quant à eux pas significativement augmentés dans le groupe FIV sur l'ensemble du suivi. Il n'y avait pas de différence significative entre les deux groupes pour les cancers invasifs. Les auteurs n'ont observé aucune tendance particulière en fonction du nombre de cycles de FIV ou d'autres caractéristiques du traitement de FIV.

Endométriose et cancer de l'ovaire

L'étude britannique mentionnée précédemment a également révélé que les patientes souffrant d'endométriose et ayant eu recours à des FIV avaient développé plus de cancers de l'endomètre et des ovaires (risque de 5 cas pour 100 000 personnes par an). Cependant, cette augmentation du risque serait davantage liée à la pathologie elle-même (l'endométriose) qu'aux traitements hormonaux.

Nulliparité et cancer de l'ovaire

Plus récemment, une étude néerlandaise de 2021 a suggéré que l'augmentation du risque de cancer de l'ovaire chez les femmes en parcours d'AMP par rapport à la population générale pourrait s'expliquer par la nulliparité (le fait de ne pas avoir eu de grossesse) plutôt que par le traitement en lui-même. Il est classique de dire que chaque grossesse réduit le risque de cancer de l'ovaire de 10 %. Les femmes n’ayant jamais eu d’enfant et dont l’ovulation n’a jamais été interrompue, ou celles qui ont un enfant après 30 ans sont plus exposées que celles qui ont eu des grossesses.

Facteurs de risque et vigilance

Il est important de noter que certains facteurs de risque de cancer de l'ovaire sont indépendants des traitements de FIV. Ces facteurs incluent :

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  • L'âge
  • Les antécédents familiaux de cancer de l'ovaire
  • L'absence de grossesse (nulliparité)
  • L'obésité
  • Le tabagisme

La vigilance est donc de mise, tant pour les patientes que pour les médecins. Il est essentiel de discuter ouvertement des antécédents familiaux, du mode de vie et des préoccupations individuelles avant d'entamer un traitement de FIV.

Stimulation ovarienne et cancer du sein : l'étude OMÉGA

En 2013, une étude nommée OMÉGA(1) qui portait sur le cancer du sein, mais aussi sur celui de l’ovaire et du col de l’utérus (dits « hormonosensibles », c’est à dire que la croissance de leurs cellules est sensible aux hormones) a été initiée en réponse à une autre étude américaine du début des années 1990 qui mentionnait un taux plus élevé de cancers de l’ovaire chez les femmes ayant reçu un traitement de fertilité. L’étude Oméga a aujourd’hui remis en question ce postulat, car son suivi dans le temps était trop limité pour que les résultats soient représentatifs.

Le rôle du talc

Le nouveau tableau (le 47 Ter), par un décret du 11 août publié dans le « Journal officiel » du 13 août 2023 comprend les cancers primitifs de l'ovaire à localisation ovarienne, séreuse tubaire, séreuse péritonéale. Un talcage de la cavité abdominale à l'occasion d'une intervention chirurgicale. Dans ce cas, une inflammation chronique se développerait qui ferait le lit à la maladie, pour certains auteurs.

Recommandations et perspectives

Bien que les données actuelles soient rassurantes, il est important de souligner la nécessité de poursuivre les recherches et les suivis épidémiologiques à long terme. Les études futures devraient se concentrer sur :

  • L'évaluation du risque de cancer à plus long terme chez les femmes ayant eu recours à la FIV, en particulier celles ayant subi plusieurs cycles de stimulation ovarienne.
  • L'identification des sous-groupes de patientes potentiellement plus à risque, en tenant compte de leurs antécédents médicaux, de leur mode de vie et de leurs facteurs de risque individuels.
  • L'optimisation des protocoles de stimulation ovarienne afin de minimiser l'exposition aux hormones et de réduire les risques potentiels.

En attendant, il est recommandé aux femmes envisageant une FIV de discuter de leurs préoccupations avec leur médecin et de se soumettre à des examens de dépistage réguliers des cancers du sein, de l'ovaire et de l'utérus.

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