Les allergies sont de plus en plus fréquentes chez les enfants, et il est essentiel de connaître les options de traitement disponibles. Cet article aborde l’immunothérapie allergénique, également appelée désensibilisation, ainsi que d’autres approches pour gérer les allergies chez les enfants.
Immunothérapie allergénique : une solution à long terme
L’immunothérapie allergénique agit directement sur la cause de l’allergie, en rééduquant le système immunitaire pour qu’il tolère l’allergène. Elle consiste à administrer régulièrement de petites doses de l’allergène auquel l’enfant est sensible, en augmentant progressivement les doses. L’objectif est de réduire cette sensibilité et de modifier la trajectoire allergique de l’enfant.
Comment ça marche ?
Ces traitements sont fabriqués sur mesure, à partir d’allergènes préparés pour chaque patient, en fonction de son profil clinique et des résultats d’examens. Leur formulation est décidée par l’allergologue. Les extraits allergéniques utilisés proviennent de pollens (graminées, arbres, herbacées), d’acariens, de moisissures ou de phanères (poils, plumes), et sont autorisés par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).
Pour quelles allergies ?
Ce traitement cible notamment les allergies aux acariens, aux pollens de bouleau, des autres arbres de la même famille, ou encore aux graminées.
Sous quelles formes ?
Les patients ont le choix entre la prise quotidienne d’allergènes spécifiquement préparés pour chaque individu (APSI) sous forme de gouttes sous la langue ou de comprimés. Les gouttes peuvent être administrées dès l’âge de 5 ans, âge où le système immunitaire est mature. Pour les comprimés, c’est plutôt entre 12 et 18 ans, en fonction de l’allergie.
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Quels bénéfices attendre ?
Chez les personnes allergiques souffrant d’asthme, l’immunothérapie permet de mieux contrôler les symptômes et parfois de réduire les traitements. Chez celles qui présentent uniquement une rhinite allergique, elle modifie l’évolution de la maladie vers un asthme. L’immunothérapie permet de supprimer les symptômes, voire de guérir complètement dans 80 % des cas, à condition de suivre scrupuleusement le traitement, qui dure généralement entre trois et cinq ans.
Immunothérapie et asthme
Les recommandations nationales de la Société francophone d’allergologie (SFA), publiées en 2021, distinguent deux principaux usages de l’immunothérapie allergénique (ITA) : le traitement des symptômes de l’asthme allergique et la prévention de son apparition chez l’enfant.
- Traitement de l’asthme allergique : L’ITA peut être proposée à tout patient présentant des symptômes d’asthme liés à un allergène spécifique (graminées, acariens, etc.), à condition que l’asthme soit léger à modéré et bien contrôlé. En cas de contrôle insuffisant de l’asthme, l’immunothérapie ne doit pas être initiée.
- Prévention de l’asthme chez l’enfant : Chez un enfant souffrant de rhinite allergique sans antécédents d’asthme, l’immunothérapie peut être utilisée à la fois pour prévenir de nouvelles sensibilisations et le développement ultérieur d’un asthme.
Des études ont montré une réduction significative des symptômes bronchiques et de la consommation de médicaments grâce à l’immunothérapie. Une étude chinoise (L. Wang 2016) a révélé que 85 % des patients asthmatiques allergiques aux acariens sous immunothérapie étaient contrôlés, contre 81 % dans le groupe placebo. Une autre étude sur la prévention des exacerbations d’asthme allergiques (2019) a montré une réduction significative du risque d’exacerbations sévères ou modérées d’asthme.
Prévention de la polysensibilisation
« Lorsqu’une immunothérapie allergénique est proposée à un enfant présentant une mono-sensibilisation à un allergène, l’objectif principal est de prévenir l’apparition d’une polysensibilisation », explique la Dre Évangeline Clark.
Efficacité en conditions réelles
L’étude allemande REACT (Efficacité dans le monde réel de l’immunothérapie allergénique) a montré un effet préventif durable de l’ITA sur l’évolution de l’asthme, avec une diminution du recours aux traitements, une baisse du risque d’exacerbations et des infections respiratoires graves. Une étude épidémiologique danoise a également montré une réduction du risque d’exacerbations et d’hospitalisations chez les patients asthmatiques traités par ITA.
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Tolérance et sécurité
La Dre Évangeline Clark résume : « L’immunothérapie allergénique a démontré son efficacité dans le traitement de l’asthme allergique. Elle diminue les symptômes de rhinite et d’asthme, limite les exacerbations et réduit la consommation de traitements, qu’il s’agisse de médicaments de fond ou de secours. Elle atténue également les exacerbations provoquées par les infections virales, ce qui représente un bénéfice supplémentaire pour les patients asthmatiques. Chez les patients atteints de rhinite allergique, elle permet aussi de prévenir la survenue d’un asthme. Enfin, point important, elle est bien tolérée en cas d’asthme allergique léger à modéré, ce qui en fait une option thérapeutique à la fois efficace et sûre. »
Autres approches de traitement
Outre l’immunothérapie, il existe d’autres approches pour traiter les allergies chez les enfants :
Éviction de l’allergène
Une des façons d’éviter que votre enfant fasse une réaction allergique consiste à éviter la substance qui en est responsable (l’allergène). En réduisant l’exposition de votre enfant à la substance responsable de son allergie, vous pourrez alléger les symptômes d’allergie.
- Lavez régulièrement les cheveux de votre enfant.
- Évitez de faire sécher le linge (vêtements et draps) dehors.
Médicaments
Beaucoup d’enfants allergiques ont besoin de médicaments pour supprimer leurs symptômes. Si ces médicaments permettent de soulager les symptômes d’allergie de votre enfant, ils n’en traitent pas la cause.
- Antihistaminiques : Ils bloquent l’action de l’histamine, une substance libérée par l’organisme lors de certaines réactions allergiques. Ils peuvent être utilisés à partir d’un certain âge, selon le type d’antihistaminique.
- Corticoïdes : Ils agissent sur la composante inflammatoire de l’allergie et peuvent être prescrits en parallèle des médicaments antihistaminiques. Ils sont disponibles sous forme de suspensions nasales, mais exposent à davantage d’effets indésirables.
- Solutions nasales contenant du cromoglycate de sodium : Elles sont souvent d’efficacité moindre que les corticoïdes, mais sont mieux tolérées.
Antihistaminiques naturels et homéopathie
Parallèlement aux médicaments antihistaminiques, il existe des antihistaminiques naturels, qui peuvent être utilisés à la fois en prévention et pour soulager l’allergie. Des souches homéopathiques, telles que Pollens 15 CH, Apis mellifica 9 CH ou Poumon histamine 15 CH, peuvent être utilisées contre les réactions allergiques.
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Reconnaître les symptômes de l'allergie
Il est important de savoir reconnaître les symptômes de l'allergie chez l'enfant pour une prise en charge rapide et adaptée. Les symptômes peuvent être :
- Respiratoires : Nez qui coule, bouché ou qui démange, éternuements à répétition, toux, respiration sifflante, essoufflement.
- Oculaires : Yeux rouges et qui larmoient, paupières qui démangent, sont gonflées ou collées par des sécrétions.
- Digestifs : Douleurs abdominales, diarrhées ou constipation, régurgitations importantes, nausées ou vomissements, gêne lors de la déglutition.
- Cutanés : Eczéma, urticaire, œdème de Quincke (gonflement rapide de la peau et des muqueuses au niveau de la tête et du cou).
Quand consulter un médecin ?
Consultez un médecin si votre enfant :
- Ne ressent aucun soulagement avec les médicaments habituels.
- A des éruptions allergiques qui se propagent sur tout le corps.
- Ressent une irritation de la gorge ou une toux due au pollen.
Consultez immédiatement un médecin si votre enfant :
- Présente soudainement un gonflement au niveau de la gorge, de la bouche ou du visage.
- Devient étourdi, pâle ou s'évanouit.
- À du mal à respirer.
Allergies et changement climatique
Sous l’effet du réchauffement climatique, les saisons polliniques deviennent plus longues et peuvent parfois commencer plus tôt. Cette évolution entraîne une augmentation de la quantité de pollen et de la concentration en allergènes dans l’air. Un taux plus élevé de dioxyde de carbone (CO2) dans l’air extérieur stimule également la production de pollen.
Tout ceci a des conséquences sur la désensibilisation aux pollens, assure la Pre Isabella Annesi-Maesano : « cette tendance modifie les recommandations concernant l’immunothérapie allergénique. L’un des principaux effets réside dans l’augmentation de la polysensibilisation (sensibilisation à plusieurs allergènes), ce qui complique la prise en charge des patients. De plus, les saisons polliniques prolongées raccourcissent la période optimale pour administrer les traitements, réduisant ainsi les fenêtres de traitement disponibles.
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