La toxoplasmose est une zoonose parasitaire alimentaire ubiquitaire causée par le parasite Toxoplasma gondii. Bien que souvent bénigne, une primo-infection pendant la grossesse peut entraîner de graves complications fœtales. Cet article vise à fournir des informations complètes et actualisées sur la toxoplasmose et la grossesse, en abordant la prévention, le dépistage, les risques et les mesures à prendre pour assurer une grossesse en toute sérénité.

Qu'est-ce que la Toxoplasmose?

La toxoplasmose est une infection causée par le parasite unicellulaire Toxoplasma gondii. Ce protozoaire infecte les mammifères à sang chaud, y compris l'homme, et les oiseaux. Les hôtes définitifs du parasite sont les chats et autres félidés, qui s'infectent principalement en consommant de la viande d'animaux contaminés. Ils excrètent ensuite des oocystes dans leurs selles, qui deviennent contaminants en sporulant dans le milieu extérieur.

Chez les personnes immunocompétentes, la primo-infection est le plus souvent peu symptomatique, se manifestant par un syndrome pseudo-grippal et des adénopathies cervicales, voire asymptomatique. Elle s’accompagne d’une immunité durable et de la persistance du toxoplasme sous forme de kystes dans les cellules musculaires et du système nerveux central.

Dépistage de la Toxoplasmose pendant la Grossesse

En France, un programme de prévention de la toxoplasmose congénitale a été mis en place dès 1978, imposant d'abord un dépistage systématique aux femmes ne pouvant attester d’une immunité antérieure, d’abord lors de l’examen prénuptial (décret n° 78-396 du 17 mars 1978) puis lors de l’examen prénatal (arrêté du 19 avril 1985 relatif aux examens médicaux pré et post-natals), et recommandant d’informer les femmes non immunisées des moyens de prévention (circulaire du 27 septembre 1983).

Une prise de sang faite en début de grossesse (ou avant le début de celle-ci) suffit à connaître le statut immunitaire de la mère. Il permet même de dater l'infection grâce aux taux d'Ig G et d'Ig M (immunoglobulines G et M). Les Ig G indiquent une infection ancienne et une bonne immunité contre le toxoplasme. Les Ig M indiquent une infection récente ou en cours par le toxoplasme.

Lire aussi: Sushis pendant la grossesse : est-ce sûr ?

  • Sérologie négative : Absence d’immunoglobulines contre le toxoplasme. Des mesures d’hygiène doivent être mises en œuvre pour éviter une contamination pendant la grossesse. Un suivi sérologique mensuel est alors mis en place tout au long de la grossesse.
  • Sérologie positive : Présence d'anticorps spécifiques (IgG et/ou IgM). La femme est immunisée et ne risque rien, sauf en cas de séroconversion pendant la grossesse, nécessitant des examens complémentaires.
  • Présence conjointe d’IgG et d’IgM : Indique une infection plus ancienne. Des examens complémentaires sont nécessaires pour dater l'infection et déterminer si elle est antérieure ou postérieure à la conception.

Risques de la Toxoplasmose pendant la Grossesse

Lorsque la primo-infection survient en cours de grossesse, elle peut s’accompagner d’une transmission materno-fœtale responsable d’une toxoplasmose congénitale susceptible d’entraîner une mort fœtale ou des complications neurologiques ou ophtalmologiques au cours des premières années de vie : hydrocéphalie, microcéphalie, retard psychomoteur ou déficit visuel. Le risque global de transmission materno-fœtale est estimé à près de 25%. Ce risque augmente avec l’âge gestationnel auquel survient l’infection maternelle.

Plus l’infection maternelle est survenue tôt dans la grossesse, plus le passage transplacentaire du parasite, et donc l’infection du fœtus, est rare.

Les risques pour le fœtus incluent :

  • Fausse-couche
  • Atteinte du cerveau
  • Atteinte des yeux (lésions oculaires, souvent au niveau de la rétine)
  • Complications neurologiques
  • Retard psychomoteur
  • Déficit visuel
  • Hydrocéphalie ou microcéphalie

Il est important de noter que dans la majorité des cas, l’enfant n’a rien ou présente des lésions minimes.

Prévention de la Toxoplasmose pendant la Grossesse

La prévention de la toxoplasmose repose essentiellement sur des mesures d'hygiène et des précautions alimentaires. Pour les femmes non immunisées (sérologie négative), il est crucial de suivre les recommandations suivantes :

Lire aussi: Grossesse et consommation de lait : guide

Mesures d'Hygiène

  • Lavage des mains : Lavez-vous régulièrement les mains, en particulier avant et après avoir cuisiné et/ou jardiné, après avoir manipulé de la viande crue, des légumes crus, avant de manger, après avoir jardiné, manipulé de la terre ou des objets. Un lavage des mains et des ongles d'au minimum 30 secondes se révèle efficace pour éliminer les parasites.
  • Nettoyage des ustensiles et plans de travail : Lavez à grande eau les ustensiles de cuisine et les plans de travail après avoir manipulé des aliments crus.
  • Jardinage : Portez des gants lorsque vous jardinez ou manipulez de la terre.
  • Litière du chat : Si vous avez un chat, il est conseillé de trouver une personne pour manipuler la litière à votre place. Sinon, mettez toujours des gants et lavez-les à l’eau bouillante tous les jours. Nettoyer sa caisse tous les jours sans exception et se laver systématiquement les mains après avoir caressé ou manipulé un chat élimine probablement le risque de contamination. À savoir : les selles des chats infectés ne deviennent source de contamination qu’après un séjour de 1 à 5 jours à l’air libre. Nettoyer la litière 2 fois par jour réduit ainsi le risque de contamination.

Précautions Alimentaires

  • Cuisson de la viande : Évitez la viande insuffisamment cuite (tartare, carpaccio, steaks saignants, etc.) et restez vigilante sur les produits alimentaires transformés qui contiennent de la viande crue ou peu cuite (salami, saucisses crues, jambon cru et charcuteries non cuites, etc.). Cuisez-bien tout type de viande.
  • Lavage des fruits et légumes : Évitez la consommation de légumes crus, non lavés, non épluchés, même s’ils sont bio. Lavez-bien les fruits, les légumes et les herbes aromatiques, surtout lorsqu’ils sont consommés crus.
  • Produits laitiers : Évitez les produits au lait cru (produits non pasteurisés).
  • Eau : Consommez de l'eau potable ou filtrée.

Chat et Toxoplasmose

Je suis enceinte. Cette question est fréquemment posée par les femmes qui n’ont pas d’anticorps contre le toxoplasme. Pourtant, en respectant les mesures d’hygiène adéquates, il n’est pas nécessaire de se séparer de son chat. Seulement 1 % des chats excrètent du toxoplasme dans leurs selles à un moment de leur vie, et cela ne concerne que les chats qui vont ou sont allés dehors, et ceux qui sont nourris avec de la viande crue. Dédramatisez le fait d’avoir un chat au domicile.

Notons que les chats d'appartement, ne chassant pas et donc exclusivement nourris avec une alimentation industrielle, ne sont pas porteurs du parasite.

Ce qu'il faut retenir

  • Pas de risque encouru pour : les viandes surgelées du commerce, le poisson, tout ce qui est bien cuit, les griffures de chat.

Traitement de la Toxoplasmose pendant la Grossesse

Si une infection maternelle est diagnostiquée pendant la grossesse, un traitement peut être mis en place pour réduire le risque de transmission au fœtus et minimiser les complications.

  • Traitement antibiotique : L'administration d'antibiotiques à la mère peut réduire le risque de transmission du parasite au fœtus.
  • Surveillance échographique : Une surveillance échographique régulière est essentielle pour détecter d'éventuelles anomalies chez le fœtus.
  • Amniocentèse : Une amniocentèse peut être réalisée pour savoir si le bébé a été contaminé.
  • Traitement fœtal : Il est mis en route un traitement à visée thérapeutique fœtale par l’administration à la mère de pyriméthamine et d’un sulfamide, associés à de l’acide folinique. Dans cette situation, une surveillance échographique spécialisée doit être réalisée tous les 15 jours. Une IRM cérébrale sera réalisée autour de 32 semaines d’aménorrhée. Si des lésions cérébrales sont visualisées à l’imagerie, une consultation de neurologie sera proposée pour expliquer les éventuelles atteintes cérébrales et sensorielles du fœtus.

Après la naissance, le bilan de l’enfant comprend toujours un examen du fond d’œil et une échographie transfontanellaire. Le traitement par Malocid® et Adiazine® est poursuivi, associé à de l’acide folinique. Il est adapté au poids de l’enfant. Les enfants nés d’une mère ayant la toxoplasmose pendant la grossesse sont suivis jusqu’à l’adolescence.

Évolution de la Séroprévalence de la Toxoplasmose en France

En France, la séroprévalence de la toxoplasmose chez les femmes enceintes baisse régulièrement depuis une cinquantaine d’années. Elle varie selon les régions et est liée à des facteurs géo-climatiques et des habitudes de consommations alimentaires différentes. Elle était estimée à près de 80% en 1960, 63,3% au début des années 1980, 54,3% en 1995 et 43,8% en 2003.

Lire aussi: Informations clés : Toxoplasmose et grossesse

Les ENP (Enquêtes Nationales Périnatales) ont été réalisées en France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer en 1995, 1998, 2003 et 2010 selon le même protocole. L’objectif de ces enquêtes est de suivre l’évolution des principaux indicateurs de santé des femmes enceintes, ainsi que des pratiques médicales, afin d’évaluer et de guider les décisions de santé publique dans le domaine périnatal.

Une étude a porté sur les ENP réalisées en 1995, 2003 et 2010. Les analyses ont porté sur 42 916 femmes en fin de grossesse pour lesquelles le statut sérologique vis-à-vis de la toxoplasmose était renseigné. La séroprévalence de la toxoplasmose chez les femmes enceintes a diminué au cours du temps, passant de 54,3% en 1995 à 43,8% en 2003 et à 36,7% en 2010.

La baisse régulière de la séroprévalence de la toxoplasmose chez les femmes enceintes a pour corollaire une augmentation de la population des femmes séronégatives amenées à être suivies mensuellement.

Facteurs Associés à la Séroprévalence

Plusieurs facteurs sont associés à la séroprévalence de la toxoplasmose :

  • Âge : La séroprévalence augmente significativement avec l’âge.
  • Région de résidence : Il existe un gradient géographique est-ouest de séroprévalence, les régions Franche-Comté, Alsace et Lorraine ayant les niveaux de séroprévalence les plus faibles. Les disparités régionales de séroprévalence observées pourraient être expliquées par les variations climatiques et des différences de comportements alimentaires selon les régions.
  • Nationalité : Chez les femmes enceintes, la séroprévalence de la toxoplasmose apparaît plus élevée chez les femmes d’origine africaine. L’hétérogénéité de séroprévalence observée entre différentes nationalités ou pays de naissance pourrait s’expliquer par une exposition plus précoce ou plus grande des individus dans leurs pays d’origine.
  • Niveau d’études : Chez les femmes de nationalité française, le niveau d’études était significativement associé à la séropositivité en 1995 et 2003 mais pas en 2010.

tags: #toxoplasmose #et #grossesse #informations

Articles populaires: