L'article explore le thème universel de la berceuse, en se penchant sur ses aspects à la fois tendres et profondément troublants. De l'analyse poignante de Federico García Lorca sur les berceuses espagnoles à l'étude du chant des oiseaux dans différentes cultures, nous plongeons au cœur de ces mélodies apparemment douces pour découvrir les vérités complexes et parfois sombres qu'elles recèlent.
L'étrange beauté des berceuses selon Lorca
Dans une conférence prononcée en 1928, le poète espagnol Federico García Lorca explore les berceuses chantées par les femmes du peuple. Ce qui frappe, c'est la cruauté qui s'en dégage, la terreur des enfants face à l'inéluctable fait d'être jetés dans le monde. Lorca s'intéresse à ce moment spécial, à la fois immensément tendre, mélodieux et extrêmement cruel.
Il note l'extrême tristesse des berceuses espagnoles, soulignant que l'Espagne emploie ses mélodies les plus tragiques pour imprégner les premiers instants du sommeil de ses enfants. C'est comme si les mères espagnoles, à travers ces nourrices pauvres, disaient à leurs enfants : "Oui, vous pouvez encore vous endormir dans nos bras, mais n'ayez aucun espoir, nous vous abandonnons au monde cruel."
Lorca se demande pourquoi l'Espagne a réservé pour susciter le sommeil des enfants ce qu'il y a de plus sanglant, de moins indiqué pour leur délicate sensibilité. Il explique que pour les femmes pauvres, un enfant est un fardeau, une lourde croix qu'elles ne peuvent souvent porter. Elles ne peuvent s'empêcher de lui chanter, tout en lui disant leur amour, leur mal de vivre.
La berceuse : plus qu'une mélodie, un abandon à la vie
Lorca souligne que l'on ne chante pas une berceuse à un nourrisson, mais à un enfant plus grand qui comprend. Signifier la naissance, l'abandon au monde du dehors, au moment même où, en s'endormant au rythme de la mélodie, il est en situation de croire qu'il peut revenir dans le refuge maternel. La mère entraîne l'enfant hors d'elle-même, et si elle le fait revenir dans son giron, c'est très provisoire, pour qu'il se repose, pour mieux repartir.
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Dans certaines berceuses, la femme adultère envoie un message à son amant, l'enfant n'ayant pas d'importance. Lorca va jusqu'à cette femme qui ose dire à l'enfant qu'elle va vers la sexualité, l'amour, qu'elle n'est pas du tout immobilisée dans une fonction mère éternelle. L'enfant doit savoir qu'il est abandonné au monde, même s'il est cruel, culpabilisant, répressif.
Le chant des oiseaux : un symbole de liberté et de paix
Une chronique à la découverte d'un chant de Noël catalan qui signifiait beaucoup pour le violoncelliste puisqu'il en réalisa une transcription qu'il joua toute sa vie, comme un symbole de la Catalogne, de la liberté et de la paix. C'est un air anonyme que l'on chante depuis des siècles en Catalogne. Un chant de Noël qui résonne depuis le Moyen Âge et qui au cœur de l'hiver nous donne l'espoir qu'un jour le printemps reviendra. Les paroles de cet air sont dites par des oiseaux. C'est un aigle, un moineau, une linotte et une mésange qui chantent tour à tour le retour du Sauveur et avec lui de la paix et de la joie.
Le chant des oiseaux, El cant dels ocells, a connu de nombreuses variations au cours des siècles. Au XIXe siècle, le compositeur Pep Ventura entendait dans ce chant mélancolique sur le mode mineur, l'occasion de composer une sardane dansante et pleine de vie que l'on pourrait jouer sur un tenora, un hautbois traditionnel catalan. Mais à l'opposé du thème joué par le tenora, des pépiements des flûtes et les motifs rythmiques imaginés par Pep Ventura, il est une autre version plus récente, plus épurée, pour un seul instrument et que l'on connaît peut-être mieux. Un autre chant des oiseaux est possible, il suffit de ralentir le tempo, de revenir à une forme plus épurée, avec, pour commencer, un piano qui gazouille… À la question posée par les trilles du piano répond un violoncelle. Le violoncelle de Casals.
Pau Casals et le chant des oiseaux
Pablo, ou plutôt Pau Casals, connaissait cet air depuis l'enfance. Avant que son père ne lui fabrique un violoncelle artisanal, avant de découvrir chez un libraire de Barcelone les Suites pour violoncelle de Bach qu'il ressuscitera, avant qu'il ne devienne le plus célèbre des musiciens de Catalogne, sa maman, dont il était très proche, lui chantait cette berceuse, dans son berceau. Un chant des oiseaux qu'il joua pendant toute sa carrière, à la fin de ses concerts. La version que l'on entend avec le pianiste Mieczyslaw Horszowski a été enregistrée le lundi 13 novembre 1961 à la Maison Blanche.
Il faut imaginer Casals face au couple Kennedy et des artistes, politiciens, compositeurs triés sur le volet et qui découvrent le jeu d'un musicien qui s'était pendant des années muré dans le silence de la ville de Prades en Catalogne française. Pourquoi a-t-il joué ce morceau devant le président des États-Unis et devant le conseil des nations unies lors de ses différentes visites à l'ONU ? Car ce chant lui rappelle sa chère Catalogne, quand elle était libre, avant la guerre d'Espagne, avant la dictature de Franco. Pour Casals, cet air est celui d'une paix fragile et que les oiseaux ne cessent de chanter, comme le rappelle le violoncelliste en 1971 lors de son dernier discours donné à l'ONU.
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La berceuse : musique originelle et trahison
La berceuse représente la musique originelle, le fredonnement principiel, le chant du lien et de l'apprentissage, puissant et constructif, porteur de multiples identités. Voyage subjectif et tendre, dans l'histoire d'un genre en soi, des ritournelles sentimentales aux mélodies plus politiques.
La berceuse, c'est la musique originelle, le fredonnement principiel, le chant du lien avec les parents, celui de l'apprentissage de l'oralité, de la parole, celui aussi de la première trahison, de la première séparation, parce que même s'ils étaient tout près de nous à nous susurrer cette mélodie, ceux qui nous les chantaient, ils le faisaient pour nous laisser au seuil du sommeil, où nous entrions, innocents et seuls. Seuls, mais forts de chants aussi puissants dans ce qu'ils construisent de nous, qu'ils étaient doux à l'oreille, souvent porteurs d'une identité, et de toutes une foule de mises en garde. Elles ont tant compté dans nos vies ces berceuses qu'elles sont devenues un genre en soi, dont compositeurs et musiciens se sont servis à l'envie, pour gagner les foyers, pour faire passer des messages, sentimentaux ou politiques.
Qu'est-ce qu'une berceuse ?
Les définitions sont à la fois légions et assez lacunaires, on définit souvent la berceuse essentiellement par sa fonction plus que par ses caractéristiques propres, notamment formelles. Des fonctions elle en a de nombreuses, mais d'autant plus qu'elles ont pour beaucoup été détournées depuis qu'on considère la berceuse comme un genre à part entière. Pourtant les spécialistes ont encore aujourd'hui du mal à établir son périmètre, et à la définir réellement.
Le mot berceuse en anglais se traduit par lullaby, qui signifie étymologiquement Lull, apaisement et endormissement, et a by, l'idée de proximité. Mais on trouve une autre explication étymologique qui viendrait de l'hébreu Lilith, qui dans la tradition hébraïque signifie le démon féminin, la mauvaise femme originelle, qui viendrait la nuit voler l'âme des enfants. La lullaby serait donc un chant que l'on susurre à son oreille pour le garder à soi, dans le monde des vivants, et empêcher qu'il ne soit volé.
C'est toute l'ambiguïté de la berceuse, car le berceur est un passeur. Pour glisser dans l'endormissement, il faut apprivoiser le noir, le silencieux, s'abandonner absolument. Cette proximité intuitive entre le sommeil des débuts de la vie et la mort est une réalité. La berceuse est plus qu'aucune autre forme chantée un objet en mouvement qui suit l'avancée du sommeil et celle aussi de la fatigue d'une mère, une forme fragile par essence, la berceuse ne se fige jamais. Ce chant rituel représente le lien qui accompagne à la fois l'éveil de ceux qui entrent dans la vie et le dernier sommeil de ceux qui la quittent.
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Le chant des oiseaux : une voix qui met notre langage en défaut
Présences insaisissables habitant les forêts, les campagnes et les villes, survolant même les océans et les montagnes, plongeant dans les eaux ou planant dans les airs, les oiseaux semblent habiter notre planète plus intensément que nous. Leurs plus belles voix, « déracinées comme des graines » (Claude Roy), ont le don de mettre notre langage articulé en défaut, comme si rien n'était plus beau que la simplicité de leurs trilles, roulades, pépiements et sifflements. En même temps, ces voix éveillent en nous notre profond sens musical, contribuant à nous mettre en continuité avec le reste des vivants - voire, selon certains mystiques, avec tout l'univers.
Dans un célèbre sermon illustré par Giotto, François d'Assise s'émerveille de leur chant et les félicite de leur aisance à envoyer leurs louanges à travers le ciel : « Mes frères les oiseaux, vous êtes très redevables à Dieu votre créateur, et toujours et en tous lieux vous devez le louer parce qu'il vous a donné la liberté de voler partout, et qu'il vous a donné aussi un double et triple vêtement (…) et qu'il vous a destiné l'élément de l'air. Outre cela, vous ne semez ni ne moissonnez, et Dieu vous nourrit, et il vous donne les fleuves et les fontaines pour y boire, il vous donne les montagnes et les vallées pour vous y réfugier, et les grands arbres pour y faire vos nids. Et parce que vous ne savez ni filer ni coudre, Dieu vous fournit le vêtement à vous et à vos petits (…) ».
En franchissant la distance entre les humains et les animaux, ce prêche met en valeur un jeu de matières (l'espace, la terre) où apparaît la possibilité de cultiver l'impalpable, de lui donner forme. Les oiseaux auraient le privilège d'embellir la nature en tant que créatures des grands espaces, alors qu'il est difficile aux hommes de savoir comment s'y prendre pour rendre l'air aussi fructueux qu'un champ ; nous sommes plus habiles à creuser des sillons dans la terre qu'à jouer des subtiles vibrations de l'air !
Le rossignol : oiseau berceur et symbole de tristesse
Dans ce bestiaire ailé, le rossignol qui charme l'empereur, dans le conte d'Andersen adapté par Stravinsky, a un statut particulier. Plusieurs raisons expliquent ce privilège, reconnu de longue date par de nombreuses traditions. D'abord, le rossignol commence à chanter au moment où se taisent la plupart des autres oiseaux, c'est-à-dire à la tombée de la nuit. Voilà pourquoi Shakespeare, dans Le Songe d'une nuit d'été, lorsque la fée Titania demande à ses sujets de chanter pour l'endormir, fait venir le rossignol. Comme pour la chouette dans Peines d'amour perdues (« tu-whit, to-who ») Shakespeare propose alors une transcription littéraire de son chant, en jouant sur le mot « lullaby » (« berceuse ») :
Philomèle et mélodie / chantent dans notre tendre berceuse ; / Lulla, lulla, lullaby, lulla, lulla, lullaby : / Sans blesser, ni tromper, ni envoûter personne / Viens tout près de notre dame / Bonne nuit donc avec cette berceuse.
Felix Mendelssohn a mis ce passage en musique dans l'air « You spotted snakes », où l'on perçoit l'agitation de celle qui peine à s'endormir, dont les pensées tourbillonnantes dialoguent avec le rossignol.
Ainsi, le rossignol est d'abord l'oiseau berceur, et sa douceur est si apaisante que plusieurs compositeurs l'imitent littéralement dans leurs morceaux pour flûte : c'est le cas de Jacob van Eyck (Engels Nachtegaeltje) et de François Couperin (Troisième Livre de pièces pour clavecin (14e ordre, 1722) : Le Rossignol en amour, Lentement et très tendrement).
Mais comme il continue de chanter toute la nuit, d'autres traditions l'ont associé à la tristesse, voire à une souffrance qui ne veut pas finir. Dans l'Antiquité grecque, son chant est écouté comme une lamentation. En effet, selon une tradition qui remonte à Homère, la femme que l'on entend gémir par la gorge du rossignol, nommée Philomèle, est l'héroïne d'une histoire tragique. Sa sœur Procné s'était mariée à Térée, roi de Thrace, avec lequel elle avait eu un fils nommé Itys, quand elle demanda à recevoir la visite de Philomèle. Térée partit chercher sa belle-sœur à Athènes, mais sur le chemin, il la viola et lui coupa la langue. Pour se venger, les deux femmes tuèrent le jeune Itys et le donnèrent à manger à son père. Au moment de s'enfuir, elles furent changées l'une en hirondelle, l'autre en rossignol, et « Itys » serait le nom que le rossignol ne cesse de prononcer, se lamentant à la fois sur la mort du garçon et sur les deux crimes, le meurtre et le viol.
Malheureusement, la tragédie lyrique composée par Marc-Antoine Charpentier à partir de cette histoire est perdue ; mais deux chansons populaires, en français, font du rossignol le compagnon des femmes maltraitées : « À la claire fontaine » met en valeur un contraste entre le « cœur gai » de l'oiseau qui chante et celui de la chanteuse qui pleure, rejetée par son amoureux ; et dans « Gentil coquelicot », connue aussi sous le nom « J'ai descendu dans mon jardin », le rossignol dit « trois mots en latin » qui dénoncent la méchanceté des hommes et des garçons, tout en faisant l'éloge des demoiselles.
Le rossignol : symbole d'amour et de musicalité naturelle
Cependant, le chant nocturne du rossignol peut aussi bien être interprété comme l'accompagnement des amours heureuses. Chez Shakespeare, encore, alors que Roméo pense qu'il doit quitter la chambre de Juliette car il entend des chants d'oiseaux annoncer l'aube, celle-ci s'étonne : « Tu vas partir ? Le jour n'est pas proche encore. / Ce n'était pas l'alouette qui perçait ton oreille, mais le rossignol. / Il rêve parfois, la nuit, sur ce vieux grenadier. / Oui, crois-moi, mon amour, c'était le rossignol. »
Le rossignol apparaît cette fois comme l'oiseau rêveur, chantant dans une sorte d'innocence amoureuse, symbole d'une musicalité naturelle, immédiate, que les humains peuvent et doivent imiter. Il existe d'ailleurs un très joli air en français, « Oiseaux si tous les ans » composé par W. A. Mozart - notée K 307 (1777) - sur un air du poète Antoine Ferrand :
« Oiseaux, si tous les ans / Vous changez de climats, / Dès que le triste hiver / Dépouille nos bocages ; / Ce n'est pas seulement / Pour changer de feuillages, / Ni pour éviter nos frimats ; Mais votre destinée / Ne vous permet d'aimer, / Qu'à la saison des fleurs. / Et quand elle est passée, / Vous la cherchez ailleurs, / Afin d'aimer toute l'année. »
Difficile de nier que, dans cette version, l'oiseau amoureux apparaît plutôt volage, puisqu'il est prêt à changer de pays pour continuer à aimer…
Les oiseaux : interlocuteurs des humains et miroirs
Cela étant, ce qui s'incarne dans l'image du petit oiseau ne se limite pas à son chant. Dans un célèbre poème antique, le poète Catulle se lamente sur la mort d'un petit moineau, oiseau de compagnie de sa bien-aimée. Ses vers décrivent si délicatement ce qu'était naguère l'intimité physique entre le moineau et sa maîtresse, ils semblent prendre la mort du petit être tellement au tragique, imitant le registre des grandes morts héroïques, qu'ils finissent par produire un effet troublant : la grande douceur et l'intense sensualité de ces scènes donnent à la mort du moineau, voire au corps du petit moineau mort, une ambiguïté qui fait sourire ; ce petit animal qui ne vole plus finit par faire penser à l'état du poète à la fin de la nuit. Pourtant, dans sa « Cantate pour la mort d'un canari », 1737, Georg Philipp Telemann prend résolument ce petit deuil au sérieux, car c'est alors la maîtresse de l'oiseau qui chante, et non son amant ; voilà pourquoi sa longue plainte est douce et mélancolique.
En définitive, on pourrait dire que ces oiseaux, au corps fragile et au chant puissant, manifestent une forme de beauté qui nous renvoie à une existence mythologique, celle que les Chrétiens appellent « prélapsaire », c'est-à-dire antérieure à la Chute et à l'expulsion des humains hors du paradis. Dans cette naturalité édénique, la beauté n'est pas faite pour séduire, et le chant du rossignol (dont le plumage gris brun n'offre pas grand intérêt) ne cherche à tromper personne. Sa mélodie est sans mensonge, elle ne raconte pas ses propres exploits, elle ne fait pas de déclarations qui ne seraient pas sincères, pas non plus de promesses qui ne seraient pas tenues. Son chant, comme la musique même, est l'effet d'un langage pur dans son expression, honnête dans son intention - et c'est pour cette raison qu'il est si fluide, si irrésistible dans son émotion. Il n'est donc pas étonnant que le grand mystique perse Hafez de Chiraz ait fait du rossignol l'amant de la rose, en lui souhaitant le succès au matin : « O rossignol de l'aube, que ton cœur jouisse de l'union à la rose, car dans les allées tout est clameur amoureuse de toi »… Un autre grand mystique (allemand), Angelus Silésius, semble lui répondre en écho : « La rose est sans pourquoi / Elle fleurit parce qu'elle fleurit / Elle ne se demande pas : / Suis-je regardée ? ». Ainsi, n'en déplaise à ceux qui voudraient n'y voir, très prosaïquement, qu'un chant de parade nuptiale, le chant du rossignol symbolise un amour gratuit, sans orgueil, qui engage la simple jouissance d'exister. Pour lui, dont l'arrivée annonce le retour du printemps, il n'y a ni fausse note ni mauvaise interprétation.
Comment s'étonner que son chant ait fasciné les musiciens ? On peut même découvrir, comme Olivier Messiaen, autant d'oiseaux différents qu'il y a d'émotions. Leur répertoire forme alors un catalogue d'élans qui prennent corps et voix, nous mettant au défi de formuler, à notre tour, nos propres émotions. De la pie voleuse jusqu'à l'aigle de Jupiter, les oiseaux sont ainsi à la fois les interlocuteurs des humains, et leurs incomparables miroirs. Au reste, le rossignol ne perd jamais son privilège, car c'est en lui que se reconnaissent les musiciens et les poètes. « Toutefois, Rossignol, nous différons d'un point », modère Ronsard dans un sonnet mis en musique par Rousset « C'est que tu es aimé, et je ne le suis point, / Bien que tous deux ayons les musiques pareilles, / Car tu fléchis t'amie au doux bruit de tes sons, / Mais la mienne, qui prend à dépit mes chansons, / Pour ne les écouter se bouche les oreilles. » Dans l'Ode au Rossignol, l'anglais John Keats préfère s'abandonner à la tristesse, avant que l'oiseau, tout simplement, ne s'envole tout simplement, comme il le fait chez Stravinsky… « Ce n'est pas que j'envie ton heureux sort, / Mais plutôt que je me réjouis trop de ton bonheur… (…) Adieu ! Adieu ! Ta plaintive mélodie s'enfuit, / Traverse les prés voisins, franchit le calme ruisseau, / Remonte le flanc de la colline et s'enterre / Dans les clairières du vallon : / était-ce une illusion, un songe éveillé ? / La musique a disparu : ai-je dormi, suis-je réveillé ? »
"Three Little Birds" : un mantra de résilience
Sortie en 1980 sur l'album Legend (et initialement en 1977 sur Exodus), "Three Little Birds" est rapidement devenue l'une des chansons les plus reprises du répertoire de Bob Marley. Le morceau est simple, presque enfantin dans sa structure, mais c'est ce qui en fait sa force : quelques phrases répétées comme un mantra rassurant. L'idée d'une sérénité trouvée au lever du jour, avec trois petits oiseaux chantant à la fenêtre, capture bien l'essence du reggae : la résilience tranquille face aux turbulences.
Marley, à cette période, avait déjà traversé plusieurs événements politiques et personnels marquants. "Three Little Birds" ne cherche pas à faire de discours. Elle agit plutôt comme un rappel quotidien, une petite lumière dans la routine. Ce n'est ni un cri de guerre ni un appel politique, mais juste une main posée sur l'épaule.
La chanson délivre un message de calme et de confiance. Elle invite à laisser tomber l'anxiété pour se concentrer sur l'instant présent. Bob Marley y raconte une scène quotidienne : il se lève, voit trois oiseaux venir chanter devant sa porte et les interprète comme un signe que tout ira bien. L'image est simple, mais chargée de sens. Dans la spiritualité rastafari, la nature, les oiseaux, le soleil ont souvent une signification symbolique. Ici, les trois oiseaux deviennent les messagers d'une paix intérieure.
Contrairement à d'autres morceaux plus engagés, celui-ci est tourné vers la paix intérieure plutôt que la critique sociale. C'est aussi pour cette raison qu'il est devenu si universel. Peu importe le contexte, il parle à chacun : à ceux qui traversent une épreuve, à ceux qui ont besoin d'un rappel que le chaos est passager.
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