Le torticolis du bébé, également connu sous le nom de torticolis congénital, est une condition relativement courante chez les nourrissons. Il se caractérise par une limitation de la mobilité du cou, amenant le bébé à maintenir sa tête inclinée et tournée préférentiellement d'un côté. Bien que généralement bénin, un diagnostic et une prise en charge précoces sont essentiels pour prévenir d'éventuelles complications.
Définition et Types de Torticolis
Le torticolis du nourrisson se manifeste par une difficulté à tourner le cou, que ce soit lors de mouvements spontanés (mobilité active) ou de mouvements induits (mobilité passive). Contrairement au torticolis de l'adulte, le cou du bébé n'est pas bloqué ni douloureux, mais son amplitude de mouvement est limitée. Cette limitation amène le bébé à garder la tête tournée et penchée du même côté. Il est important de noter que la capacité de tourner passivement la tête du bébé ne signifie pas l'absence de torticolis, car le torticolis se définit par un défaut de rotation actif et/ou passif du cou.
On distingue principalement trois types de torticolis chez le nourrisson :
- Torticolis Postural : Correspond à une malposition transitoire de la tête, réductible et souple.
- Torticolis Musculaire Congénital (TMC) : Il s'agit de la forme la plus sévère, touchant environ 3% des naissances. Il est dû à une contraction et/ou rétraction du muscle sterno-cléido-mastoïdien (SCM), un muscle situé sur le côté du cou. Ce type de torticolis est présent dès la naissance ou se révèle dans les trois premières semaines de vie. Dans la moitié des cas, il peut se manifester par une petite masse (boule), semblable à un hématome, dans le corps du muscle touché. L'origine de cette forme est complexe et limite fortement les mouvements du cou.
- Torticolis Lié à des Anomalies Osseuses : Bien que rares, ces cas peuvent ne pas être traitables, ni au niveau du torticolis, ni au niveau de la cause.
Causes du Torticolis Congénital
L'origine exacte du torticolis congénital reste mal connue à ce jour. Cependant, plusieurs facteurs peuvent contribuer à son développement :
- Position intra-utérine : Un manque de liquide amniotique durant la grossesse peut restreindre les mouvements du bébé et favoriser une position anormale de la tête.
- Accouchement difficile : Un accouchement difficile, notamment avec l'utilisation de forceps ou de ventouses, peut entraîner une tension ou une blessure du muscle du cou, provoquant ainsi une contracture musculaire.
- Mauvaises postures : Le fait de placer fréquemment le bébé dans un transat ou un siège auto où il n'est pas libre de ses mouvements peut également contribuer à l'apparition d'un torticolis postural.
- Traumatismes : L'ostéopathie considère que des traumatismes liés à la vie intra-utérine, à l'accouchement ou à des examens divers (prélèvements sanguins, etc.) peuvent être à l'origine de blocages et de tensions dans le corps du bébé, favorisant ainsi le torticolis.
Diagnostic du Torticolis
Le diagnostic du torticolis congénital repose principalement sur un examen clinique réalisé par un médecin ou un pédiatre. Cet examen vise à :
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- Rechercher une malposition de la tête et du rachis cervical.
- Tester la mobilité active et passive du cou, en observant la capacité du bébé à tourner la tête et à suivre des objets avec ses yeux.
- Évaluer la présence d'une masse ou d'une tension dans le muscle sterno-cléido-mastoïdien.
- Réaliser un bilan fonctionnel, en examinant le nourrisson dans différentes positions (couché sur le dos, sur le ventre, assis ou en suspension latérale) pour évaluer l'amplitude de ses mouvements.
Dans certains cas, une radiographie des vertèbres et de la hanche peut être demandée pour exclure d'autres causes possibles.
Complications Possibles du Torticolis Non Traité
Si un torticolis n'est pas traité, le bébé aura tendance à rester dans sa position préférentielle, ce qui peut entraîner plusieurs complications :
- Plagiocéphalie (syndrome de la tête plate) : Une pression constante sur une partie du crâne peut entraîner un aplatissement de cette zone.
- Asymétrie du développement moteur : Le bébé peut négliger un côté de son corps, ce qui peut entraîner des difficultés à ramper, à s'asseoir ou à marcher.
- Difficultés d'allaitement : La position de la tête peut rendre la succion difficile.
- Troubles de la construction du schéma corporel.
- Sous-utilisation d'un membre supérieur.
Traitements du Torticolis Congénital
Le traitement du torticolis congénital dépend du type et de la gravité de la condition. La prise en charge doit être initiée le plus tôt possible pour optimiser les chances de succès.
1. Kinésithérapie
La kinésithérapie est le traitement de première intention pour la majorité des torticolis congénitaux. Elle vise à :
- Assouplir le cou du bébé en étirant les muscles contracturés.
- Stimuler le bébé à utiliser toute l'amplitude de ses mouvements cervicaux.
- Favoriser une motricité symétrique au niveau du cou et du développement moteur global.
- Conseiller les parents sur les positions et les exercices à réaliser à la maison pour prolonger les effets du traitement.
Les séances de kinésithérapie donnent généralement des résultats très satisfaisants, surtout si elles sont commencées avant l'âge de 3 ou 4 mois. Dans ce cas, les études montrent un taux de réussite proche de 100%. Après 6 mois, les chances de succès diminuent à environ 40%. Si le torticolis persiste au-delà d'un an, la rééducation kinésithérapique peut être moins efficace.
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2. Exercices à Domicile
En complément des séances de kinésithérapie, les parents peuvent réaliser des exercices simples à la maison pour aider à corriger le torticolis de leur bébé. Voici quelques exemples :
- La Bascule : Placez votre enfant sur le dos face à vous. Glissez vos pouces dans ses mains et, avec vos autres doigts, attrapez le poignet de ses mains. Rapprochez les mains de votre bébé sans décoller les épaules. Basculez votre enfant sur le côté droit délicatement, maintenez la position sur le côté pendant 7 secondes, puis basculez-le sur le côté gauche et gardez la position pendant 7 secondes. Répétez l’exercice 4 fois par jour : matin, midi et soir. Cet exercice relâche les muscles du cou et améliore la mobilité cervicale du bébé.
- Étirement des muscles du cou : Placez votre enfant sur un côté. Maintenez délicatement sa tête avec une main. Avec l’autre main, enveloppez son épaule et descendez-la progressivement vers le bas. Gardez la position pendant 7 secondes. Changez de côté et répétez le même mouvement. Répétez l’exercice 4 fois par jour : matin, midi et soir. Cet exercice détend les muscles du cou et soulage les tensions musculaires.
Il est important de réaliser ces exercices dans un moment calme, lorsque votre bébé est détendu, et de ne pas forcer les mouvements s'il semble inconfortable.
3. Bonnes Pratiques au Quotidien
En plus des exercices, quelques gestes quotidiens peuvent accélérer le traitement du torticolis :
- Lors des phases d'éveil : Stimulez votre bébé à regarder dans la direction qui l'intéresse le moins (avec un jouet, la lumière, une musique, le son de votre voix, etc.). Lorsque votre bébé est positionné sur le dos (tapis d'éveil, table à langer, etc.), pensez à lui tourner la tête en permanence du côté où il regarde le moins pour corriger sa position. Lors de son portage, tenez-le de façon à l'inciter à regarder dans la direction opposée à son côté préféré. Lors de son transport (porte-bébé, poussette, siège-auto, etc.), placez la tête du bébé du côté opposé à son côté habituel. Lors du biberon, profitez que votre bébé relâche ses muscles du cou en s'alimentant, pour amener sa tête du côté restreint.
- Lors des phases de sommeil : Positionnez-le dans son lit, de manière qu'il tourne la tête du côté restreint. Placez la veilleuse ou ce qui l'attire le plus du côté où il regarde le moins.
4. Ostéopathie
Bien que l'ostéopathie crânienne soit controversée et que son efficacité n'ait pas été scientifiquement prouvée, certains ostéopathes proposent une approche complémentaire à la kinésithérapie pour traiter le torticolis du bébé. L'objectif du traitement ostéopathique est de diminuer les traumatismes du bébé (vie intra-utérine, accouchement, examens divers) et de redonner de la mobilité au corps du bébé par des mobilisations douces. L'ostéopathe va s'assurer que le bébé est bien libre de ses mouvements et corriger son attitude spontanée. Il est important de noter que le Conseil National de l'Ordre des Kinésithérapeutes (CNOMK) met en garde les parents contre l'ostéopathie crânienne, la jugeant dépourvue de fondement scientifique.
5. Chirurgie
Dans les cas rares et sévères de torticolis congénital qui ne répondent pas à la kinésithérapie, une intervention chirurgicale peut être nécessaire. Deux types d'interventions sont possibles :
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- Ténotomie uni ou bipolaire : Cette intervention consiste à sectionner un ou deux tendons du muscle sterno-cléido-mastoïdien (et parfois aussi le muscle trapèze) afin d'allonger le muscle responsable du torticolis.
- Plastie en Z du muscle sterno-cléido-mastoïdien : Cette intervention consiste à réaliser des incisions en forme de Z dans le muscle SCM pour corriger sa déformation et améliorer la mobilité de la tête.
Ces interventions sont généralement réalisées sous anesthésie générale chez les nourrissons ou les jeunes enfants.
Prévention des Déformations Crâniennes Positionnelles (DCP)
La Haute Autorité de Santé (HAS) et le Conseil National Professionnel de Pédiatrie recommandent de prévenir la survenue des DCP (déformations crâniennes positionnelles, "tête plate") en préservant la mobilité libre et spontanée du nourrisson, tout en respectant les recommandations de prévention de la mort inattendue du nourrisson (MIN), notamment le couchage à plat sur le dos strict pour le sommeil. En complément de ces conseils, il est préconisé de consulter un médecin qui pourra prescrire des soins de kinésithérapie au plus tôt dans le cas où l'enfant a des difficultés à bouger son cou (torticolis).
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