L'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse est une méthode d'avortement qui suscite de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne le déroulement du processus et les saignements qui y sont associés. Cet article vise à fournir des informations claires et précises sur l'IVG médicamenteuse, en particulier sur l'utilisation du misoprostol et les situations où l'absence de saignement peut être préoccupante.

Qu'est-ce que l'IVG Médicamenteuse ?

L’IVG médicamenteuse est une méthode d’avortement qui peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Cette méthode consiste à provoquer une fausse couche en prenant deux médicaments différents : la mifépristone et le misoprostol. Elle peut être pratiquée par un médecin ou une sage-femme dans un cabinet de ville, un centre de santé, ou un centre de planification ayant signé une convention avec un établissement de santé.

Les Deux Médicaments Clés

  1. Mifépristone (MYFEGINE) : Ce médicament interrompt le développement de la grossesse. Il bloque l’action de l’hormone nécessaire au maintien de la grossesse (la progestérone), favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. À l’issue de cette première étape, il peut survenir des saignements plus ou moins importants. Cependant, il est crucial de noter que les saignements ne sont pas le signe que la grossesse est arrêtée. Il est donc indispensable de prendre le 2e médicament.
  2. Misoprostol (GYMISO) : Ce médicament provoque l’expulsion de la grossesse. Il augmente les contractions utérines, induisant des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes (douleurs pelviennes). Ces douleurs peuvent être réduites grâce à la prescription d’antalgiques. La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer.

Le Déroulement Type et les Attentes

Après avoir pris 2 comprimés de Misoprostol, vous n’êtes pas obligée de rester allongée. Il est conseillé de prévoir de quoi vous occuper pendant ces quelques heures d’attente.

Le plus souvent, l’avortement (l’expulsion de l’œuf) se produit dans les 2 à 4 heures après la prise des comprimés. Cela se traduit par des saignements, des caillots, et des douleurs variables.

Si vous êtes hospitalisée, l’infirmière vous donnera des médicaments anti douleurs. Si vous êtes à la maison, le médecin vous aura donné une prescription de médicaments lors de la consultation. N’hésitez pas à les prendre, ils n’empêchent pas le déroulement de l’avortement.

Lire aussi: Plongez dans l'univers de la batellerie charentaise

Chronologie des Saignements

Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment).

Les saignements peuvent se produire très vite après la prise du misoprostol, mais parfois plus tardivement :

  • Dans 60 % des cas, l’IVG intervient dans les 4 heures suivant la prise du misoprostol.
  • Dans 40 % des cas, l’IVG aura lieu dans les 24 à 72 heures suivant la prise du misoprostol.

Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements.

Il peut y avoir un décalage de quelques heures à quelques jours entre la prise des comprimés gris et les saignements. Cela peut arriver mais ne vous inquiétez pas. Les saignements peuvent survenir dans les minutes qui suivent la prise des 2 premiers comprimés de misoprostol mais peuvent être décalés de quelques heures à 1 à 2 jours. Patientez sans vous inquiéter.

Elle varie en fonction de la taille de l’œuf mais ils sont généralement très abondants dans les premières heures. Ensuite, le flux diminue pour ressembler à celui des règles. Prenez bien les cachets d’Exacyl pour réduire le flux. Il est très rare de devoir consulter pour une hémorragie. Néanmoins, si vous avez des vertiges ou si vous faites un malaise (ce qui est rare), il vaut mieux consulter en urgence.

Lire aussi: Tome 9 : Un Tournant Décisif - Les Enfants de la Résistance

Les saignements peuvent durer jusqu'à 10 jours voire plus. Mais ils sont d’abondance faible, comme une fin de règles. Il peut arriver que les saignements persistent jusqu’aux règles suivantes, c’est gênant mais ça n’est pas grave.

Intensité et Durée des Saignements

Les saignements durent généralement une quinzaine de jours mais peuvent persister jusqu’à 3 semaines. Les saignements sont généralement très abondants dans les premières heures, puis le flux diminue pour ressembler à celui des règles.

Misoprostol et Absence de Saignement : Que Faire ?

Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre. En l’absence de saignements dans les 72h qui suivent la prise des médicaments, contactez le professionnel de santé qui vous suit pour la réalisation de l’IVG pour faire le point car il est possible que la méthode n’ait pas fonctionné.

Si vous ne saignez pas du tout ou juste comme un début de règles, contactez votre médecin ou sage-femme. On peut se voir plus tôt si nécessaire pour vérifier si le traitement a été efficace et, éventuellement, reprendre des médicaments.

Importance du Suivi Médical

Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné.

Lire aussi: Ric Hochet : Tome 6 décrypté

La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.

Une visite de contrôle doit avoir lieu durant la période de 14 à 21 jours suivant la prise de la mifépristone, pour vérifier par un moyen adéquat (examen clinique avec dosage de ß-hCG ou échographie) qu'une expulsion complète a eu lieu et que les saignements vaginaux ont cessé.

Que Faire en Cas d'Échec ?

Cette méthode présente un taux d’échec de 2 à 4% (poursuite de la grossesse ou rétention pouvant nécessiter une aspiration). Il est donc impératif de vous revoir en consultation avec le résultat des BHCG prescrits.

Si l’avortement par voie médicamenteuse n’a pas fonctionné, une intervention chirurgicale est nécessaire. La prise d’un médicament avant l’opération permet de dilater le col de l’utérus. Durant l’intervention, le médecin effectue une aspiration endo-utérine. Il va donc aspirer le contenu de votre utérus à l’aide d’un petit tube.

Effets Secondaires et Complications Possibles

Pratiquer une IVG par médicaments peut entraîner des douleurs plus ou moins fortes et qui sont très variables selon les femmes. Ces douleurs sont liées aux contractions que fait l’utérus pour expulser l’œuf. Le rapport à la douleur est variable selon les femmes et pour une même femme selon les situations. Des anti-douleurs sont prescrits systématiquement par le médecin ou sage-femme qui suit l’IVG et la prise de ces cachets est recommandée en prévention de la douleur 30 mn avant la prise de misoprostol.

Il peut arriver dans certains cas, que des complications surviennent parfois jusqu’à 1 mois après l’IVG. Ces complications peuvent se présenter sous formes de symptômes d’infection (fièvre à 38°qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur. Il peut survenir également des effets indésirables (douleurs, fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur) insoutenables et/ou qui persistent plus de 24h. Dans ce cas, la femme doit se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG que la personne professionnelle de santé lui a donné.

Les événements indésirables immédiats les plus fréquents et non inquiétants sont des douleurs pelviennes, des saignements et parfois des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhée). Les complications sont très rares.

Risque d’Hémorragie

Le risque principal d’une IVG médicamenteuse est le risque d’hémorragie. Les patientes présentant des troubles de l'hémostase avec hypocoagulabilité, ou avec anémie, doivent être particulièrement surveillés.

Risque d’Infection

Des cas graves (incluant des cas mortels) de syndrome de choc toxique et de choc septique faisant suite à des infections par des pathogènes atypiques ont été rapportés après une interruption de grossesse médicamenteuse réalisée avec administration vaginale non autorisée de comprimés de misoprostol destinés à la voie orale.

Grossesse Extra Utérine (GEU)

La Grossesse Extra Utérine (GEU) est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse. Elle peut être repérée aux signes cliniques ainsi qu’avec la surveillance du dosage des BHCG.

Contre-indications

Enfin, il existe d’autres contre-indications à pratiquer une IVG médicamenteuse comme les corticothérapies à long terme, porphyrie, troubles de la coagulation, insuffisance surrénale.

Impact Psychologique et Fertilité

Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues. Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n’en avaient pas avant et elles ne seront pas forcément traumatisées. Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.

Le Misoprostol : Informations Complémentaires

En gastroentérologie, l'activité antisécrétoire et cytoprotectrice du misoprostol a été mise en évidence sur des modèles animaux et lors d'études de pharmacologie clinique chez l'homme. Chez ce dernier, l'action antisécrétoire s'exerce sur la sécrétion spontanée diurne ou nocturne, et sur la sécrétion stimulée par l'histamine, la pentagastrine, le repas protéique ou le café. L'action cytoprotectrice a été évaluée chez l'animal et chez l'homme, montrant une protection vis-à-vis de l'aspirine, de l'alcool et d'un anti-inflammatoire non stéroïdien.

En gynécologie, aux doses recommandées, le misoprostol entraîne des contractions des fibres musculaires lisses du myomètre et un relâchement du col utérin. Les propriétés utérotoniques du misoprostol devraient faciliter l'ouverture du col utérin et l'expulsion de débris intra-utérins. Aux doses recommandées, le misoprostol ne devrait pas entraîner d'effet indésirable cardiaque, hépatique ou rénal.

Dans tous les cas En l'absence d'études spécifiques, le misoprostol est déconseillé chez les patientes souffrant de : Malnutrition, Insuffisance hépatique, Insuffisance rénale.

Mises en Garde Concernant le Misoprostol

En raison de ses propriétés abortives, le misoprostol ne doit jamais être utilisé chez une femme en cours de grossesse et désirant mener cette grossesse à terme. L'âge gestationnel doit être déterminé à partir de l'interrogatoire et de l'examen clinique de la patiente. Une échographie de l'utérus est toujours recommandée.

Les patientes qui décident de poursuivre leur grossesse après traitement doivent être informées du risque de tératogénicité. Ce risque est inhérent à l'objectif du protocole combinant la mifépristone et le misoprostol ou le misoprostol seul et est augmenté quand les protocoles utilisés diffèrent de celui mentionné à la rubrique Posologie et mode d'administration Posologie et mode d'administration. L'exposition du foetus au misoprostol ou à la mifépristone augmente le risque d'apparition d'un syndrome de Moebius et/ou d'une maladie des brides amniotiques et/ou des anomalies du système nerveux central (voir rubrique Fertilité, grossesse et allaitement). Une deuxième procédure d'interruption de grossesse est à envisager. En cas de poursuite de la grossesse, la patiente devra faire l'objet d'un suivi attentif par échographie dans des centres spécialisés.

Précautions d'Emploi du Misoprostol

Des accidents cardiovasculaires rares, mais graves (arrêt cardiaque, infarctus du myocarde et/ou spasme des artères coronaires et hypotension sévère) ont été rapportés suite à une utilisation de misoprostol. Pour cette raison, les femmes présentant des facteurs de risque cardiovasculaires (par exemple âgées de plus de 35 ans avec tabagisme chronique, hyperlipidémie, diabète) ou atteintes d'une maladie cardiovasculaire avérée doivent être traitées avec prudence.

Il est recommandé d'initier immédiatement une méthode de contraception dès que l'interruption de grossesse a été médicalement confirmée.

Le misoprostol DOIT ÊTRE ADMINISTRÉ par voie orale exclusivement à une dose ne dépassant pas 400 microgrammes suite à la prise préalable de 600 mg de mifépristone dans l'intervalle de 36 à 48 heures après la prise de mifépristone.

tags: #misoprostol #et #absence #de #saignement

Articles populaires: