L'allaitement est une période spéciale, mais des questions se posent souvent quant à la consommation d'alcool. Est-ce compatible ? Quels sont les risques pour le bébé ? Cet article vise à répondre à ces questions de manière claire et informative.
Alcool et allaitement : les bases
Il est bien connu que pendant la grossesse, la règle d'or est "zéro alcool". Mais qu'en est-il de l'allaitement ? L'alcool passe-t-il dans le lait maternel ? La réponse est oui. Lorsque vous consommez une boisson alcoolisée, l'alcool passe dans votre sang et se retrouve également dans votre lait maternel, à un taux similaire.
La concentration d'alcool dans le lait maternel est à peu près la même que dans le sang. Ainsi, une mère présentant un taux d'alcool dans le sang de 0,05 % (la limite légale pour conduire dans plusieurs pays d'Europe) nourrira son bébé d'un lait contenant 0,05 % d'alcool.
Les risques pour le bébé
Bien qu'aucune étude n'ait rapporté de troubles sérieux du développement chez les enfants exposés à l'alcool durant l'allaitement, l'organisme immature de votre enfant y est sensible. La consommation d'alcool peut perturber l'allaitement en diminuant la lactation et l'« écoulement » du lait, entraînant parfois une somnolence excessive du bébé.
Une consommation régulière ou importante d’alcool pourrait compliquer l’allaitement, en influençant des processus importants comme la montée de lait. L’alcool inhibe la sécrétion d’ocytocine, l’hormone indispensable à l’éjection du lait. Cela peut réduire la quantité de lait disponible pour le bébé et perturber l’allaitement à la demande. Ce phénomène peut être problématique, surtout dans les premières semaines où l’établissement d’une lactation suffisante est essentiel.
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Il semblerait tout de même que l’alcool, consommé de manière excessive et quotidienne, entraîne chez le bébé des effets indésirables suivants : somnolence accrue, sommeil inhabituellement profond, faiblesse musculaire, faible prise de poids, retard de développement moteur et des capacités cognitives.
Même une consommation modérée (ponctuelle mais dans l’excès) peut avoir un impact sur la production de lait et sur l’éjection du lait, et certains effets secondaires peuvent être observés chez l’enfant :
- Des troubles du sommeil, parfois marqués par une augmentation du sommeil paradoxal dans les heures suivant l’exposition.
- Une augmentation des pleurs ou de l’agitation.
- Une excitation inhabituelle, ou au contraire une baisse de la consommation de lait, entraînant un risque de moindre prise de poids.
Recommandations et conseils
En cas d'allaitement, il est préconisé de ne pas consommer d'alcool. Néanmoins, si vous souhaitez boire alors que vous allaitez, il est conseillé de limiter autant que possible l'exposition du bébé à l'alcool.
Si vous allaitez bébé, rien ni personne ne vous interdit une petite bière ou une coupe de champagne pour les occasions particulières. Mais mieux vaut attendre plusieurs heures avant d’allaiter Bébé : « La maman doit à tout prix minimiser les doses d’alcool et boire après la tétée, non avant », conseille le Dr Bitoun.
Voici quelques recommandations à suivre :
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- Modération : Buvez modérément (un à deux verres maximum), exceptionnellement (une à deux fois par semaine).
- Timing : De préférence après une tétée. Ainsi, dans l'idéal, il faut attendre entre 2 et 3 heures après une consommation modérée d'alcool avant de redonner le sein.
- Tirer son lait : Si vous prévoyez une soirée alcoolisée, vous avez la possibilité de tirer votre lait avant l'événement pour le donner à votre bébé et ainsi respecter un délai de 12 heures avant la tétée suivante.
Ce qu'on entend par "un verre"
Quelle que soit la boisson alcoolisée, un verre d’alcool standard contient 10 g d’alcool pur. Certaines boissons sont plus concentrées en alcool pur, mais sont de ce fait servies en plus petites quantités. Ainsi, que vous consommiez un verre de vin de 10 cl à 12° ou un verre standard de 2,5 cl de pastis à 45°, vous absorberez la même quantité d’alcool pur.
Le temps d'élimination de l'alcool
Si vous consommez une boisson alcoolisée, sachez que le pic d’alcool dans le sang, et donc dans le lait, sera atteint au bout de 30 à 45 minutes environ si vous êtes à jeun, et de 60 minutes si vous avez l’estomac plein. L’alcoolémie baisse ensuite en moyenne de 0,10 à 0,15 g d’alcool par litre de sang toutes les heures. Après un verre, il faudrait donc attendre environ 2 à 3 heures pour que l’alcool soit complètement métabolisé.
Par mesure de sécurité, prévoyez toujours un peu plus de temps que ce qui est conseillé en théorie car plusieurs paramètres influent sur la vitesse d’élimination de l’alcool.
Conseils pratiques
- Evitez particulièrement de consommer de l’alcool les premières semaines de l’allaitement, moment où la lactation se met en place et où les tétées sont plus rapprochées.
- Votre consommation doit être la plus faible et exceptionnelle possible : 1 à 2 verres, 1 à 2 fois par semaine maximum.
- Allaitez votre bébé juste avant de consommer votre boisson alcoolisée. Si ce n’est pas l’heure de la tétée, vous pouvez tirer votre lait et le lui donner plus tard.
- Après avoir bu 1 verre standardisé d’alcool, attendez au minimum 2 à 3 heures avant de redonner le sein à votre bébé. S’il réclame entre temps, utilisez le lait précédemment tiré pour le nourrir. N’oubliez pas : si vous consommez plus d’un verre, vous devrez attendre plus de temps.
- Dans le cas d’une soirée alcoolisée, il est impératif que vous respectiez un délai de 12 heures après le dernier verre d’alcool bu, avant de remettre votre bébé au sein. Pour éviter tout risque d’engorgement et pour continuer à stimuler votre lactation durant ces 12 heures, tirez votre lait et jetez-le. Le mieux reste encore de s’abstenir ou de se limiter à un verre.
- Gardez en tête qu’après avoir consommé des boissons alcoolisées, votre niveau de vigilance peut être altéré.
Faut-il tirer et jeter son lait ?
Tirer et jeter son lait après avoir consommé de l’alcool n’a donc aucune utilité et ne diminue en rien la quantité d’alcool présente, ni la vitesse d’élimination. Ce qu’il faut retenir : l’alcool disparaît naturellement avec le temps.
Patientez donc 2 à 3 heures après avoir bu un verre d’alcool (se référer au tableau si vous buvez plusieurs verres et selon votre corpulence) avant de pouvoir donner le sein à bébé. Si vous attendez ce laps de temps avant d’allaiter, le lait sera exempt d’alcool, sans qu’il soit nécessaire de le jeter.
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Tirez votre lait avant votre événement afin de prévoir des réserves de lait maternel pour nourrir bébé sans vous poser de question. Si vous venez à sauter plusieurs tétées lors de votre soirée, il vous faudra peut-être, là aussi, tirer votre lait pour éviter un engorgement.
Alternatives à l'alcool
De nombreuses alternatives à l’alcool existent : jus de légumes ou de fruits, sirops, eaux aromatisées, smoothies, cocktails sans alcool. C’est le moment de tester de nouvelles recettes délicieuses !
En soirée, on peut opter pour les mocktails (cocktails sans alcool, aux fruits, au thé, aux fleurs…). Internet regorge de recettes maison faciles à réaliser. Proposer un défi à des proches : zéro alcool pour eux aussi !
Pour vous inspirer, vous trouverez pleins d'idées de cocktail sans alcool simples et rapides sur le site de Badoit. Un jus de fruits, un soda, un jus de tomates, une bière sans alcool, un mocktail.
Allaitement et addictions : ne pas rester seule
Lorsqu’on parle d’addictions, il est important d’élargir la réflexion à d’autres substances comme le tabac, les drogues ou encore certains médicaments. Comprendre les risques et savoir où chercher de l’aide est essentiel pour garantir la santé de la mère et de l’enfant.
Il nous semble essentiel de rappeler qu’une mère en situation d’addiction n’a pas à affronter ce combat seule. La période post-partum peut être intense sur le plan émotionnel et physique, ce qui peut parfois aggraver ou révéler des comportements addictifs. L’objectif doit être de trouver des solutions pour protéger la santé du bébé tout en accompagnant la mère dans un processus de rétablissement, sans culpabilité aucune. De nombreux organismes et professionnels sont là pour offrir un soutien personnalisé.
En voici quelques-uns qui peuvent accompagner les mères confrontées à une addiction :
- Alcool Info Service : une plateforme dédiée à l’accompagnement des personnes ayant une consommation problématique d’alcool (www.alcool-info-service.fr).
- Tabac Info Service : des outils et des conseils pour arrêter de fumer tout en tenant compte des spécificités de l’allaitement (www.tabac-info-service.fr).
- Drogues Info Service : un accompagnement pour les personnes concernées par des consommations de drogues (www.drogues-info-service.fr).
- La Leche League : un soutien spécifique pour les mères allaitantes, quelle que soit leur situation (www.lllfrance.org).
En parallèle, les professionnels de santé, comme les sages-femmes, les pédiatres ou les addictologues sont formés pour offrir un accompagnement bienveillant et sans jugement.
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