Thomas Sankara, figure emblématique de l'histoire africaine, a marqué son époque par son engagement anti-impérialiste et sa vision révolutionnaire pour le Burkina Faso. Son parcours, de sa naissance à son assassinat, est un témoignage de sa détermination à transformer son pays et à défendre les intérêts du peuple africain. Le 21 décembre 2024 marque le 75ᵉ anniversaire de la naissance du capitaine Thomas Sankara, figure emblématique de la révolution burkinabè et symbole de la lutte pour la justice sociale et l’autodétermination en Afrique.

Naissance et Origines

Thomas Sankara est né le 21 décembre 1949 à Yako, dans ce qui était alors la colonie de Haute-Volta. Il est issu d'une famille catholique silmi-mossi, son père étant Peul et sa mère Mossi, les Mossi étant l'ethnie dominante. Joseph Sankara, son père, était un ancien tirailleur voltaïque ayant participé aux guerres coloniales de la France. Il gardera, sa vie durant, l'empreinte d'un milieu familial profondément imprégné à la fois des valeurs militaires et de religiosité chrétienne.

Formation et Premiers Engagements

Sankara a fait ses études secondaires à Bobo-Dioulasso, avant d'intégrer le lycée militaire de Ouagadougou. Il poursuit sa formation à l'académie militaire d'Antsirabé, à Madagascar, en 1966, où il découvre les idées marxistes. Cette expérience marque le début de son engagement politique et révolutionnaire.

De retour au Burkina Faso en 1972, il est affecté à la formation des jeunes recrues et participe à la guerre contre le Mali en 1974, où il s'illustre militairement. En 1976, il fonde le Regroupement des officiers communistes (ROC) avec Blaise Compaoré, Henri Zongo et Jean-Baptiste Boukary Lingani.

Ascension Politique et Révolution Burkinabè

En septembre 1981, Sankara devient secrétaire d'État à l'Information dans le gouvernement du colonel Saye Zerbo, avant de démissionner le 21 avril 1982, en déclarant « Malheur à ceux qui baillonnent le peuple ! ». Le 7 novembre 1982, un coup d'État porte au pouvoir le médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo. Sankara est nommé Premier ministre en janvier 1983, mais est limogé et mis aux arrêts le 17 mai, après une visite de Guy Penne, conseiller de François Mitterrand.

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Le 4 août 1983, un coup d'État mené par Blaise Compaoré place Thomas Sankara à la présidence du Conseil national de la révolution (CNR). Sankara lance alors la Révolution démocratique et populaire (RDP) et définit son programme comme anti-impérialiste. Le 4 août 1984, il renomme le pays Haute-Volta en Burkina Faso, qui signifie « le pays des hommes intègres ».

Réformes et Vision Politique

Sous la direction de Sankara, le Burkina Faso s'engage dans une voie de rupture avec son passé politique. Le CNR engage une vaste politique de réformes touchant les domaines les plus variés : administration, commerce, éducation, habitat, relations extérieures. La pièce maîtresse de cette politique est la réforme agrofoncière de 1985, qui vise à inverser les rapports entre villes et campagnes et à rompre la dépendance de la paysannerie à l'égard des autorités traditionnelles.

Sankara mène une politique anti-impérialiste, féministe et écologiste. Il lance des programmes de vaccination massive, d'alphabétisation, de plantations d'arbres contre la désertification, et de lutte contre la corruption. Il promeut l'émancipation des femmes, interdit l'excision et nomme des femmes ministres. Il critique le FMI et refuse l'aide conditionnée. Il mène une vie austère, réduisant les salaires des fonctionnaires, y compris le sien.

Style de Gouvernance et Anecdotes

Le style de gouvernance de Sankara est marqué par son intégrité et sa proximité avec le peuple. Il cherche à transmettre son intégrité dans la gestion des affaires publiques à ses compatriotes.

Quelques anecdotes illustrent son approche :

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  • Il joue de la guitare et compose des chansons révolutionnaires dans un groupe.
  • Il vend les Mercedes ministérielles pour des Renault 5, voiture la moins chère du marché.
  • Il plante personnellement des arbres pour lutter contre la désertification.
  • Il oblige les fonctionnaires à faire du sport le samedi matin.
  • Il refuse les portraits officiels dans les bureaux publics.
  • Il réduit son salaire présidentiel à 450 dollars par mois.

Opposition et Tensions Internes

Malgré l'enthousiasme populaire, le régime de Thomas Sankara suscite également du mécontentement. Sa dérive autoritaire et les effets néfastes de certaines mesures économiques attisent les tensions. La confrontation, souvent violente, avec les syndicats en est une illustration.

Des dissensions profondes apparaissent au sein du CNR, opposant les « Pro-Sankara » et les « Pro-Compaoré ». Le climat entre le Président Thomas Sankara et le Capitaine Blaise Compaoré devient pesant.

Assassinat et Coup d'État

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné lors d'un coup d'État organisé par Blaise Compaoré. Un commando dirigé par Hyacinthe Kafando ouvre le feu sur Sankara et douze collaborateurs lors d'une réunion au Conseil de l'Entente à Ouagadougou. Les corps sont enterrés précipitamment au cimetière de Dagnoën.

Le coup d'État porte Compaoré au pouvoir pour 27 ans. L'enquête ouverte en 2015 sous Roch Marc Christian Kaboré confirme l'assassinat politique et inculpe Compaoré, Kafando et d'autres. Le procès en 2021-2022 condamne Compaoré par contumace à perpétuité.

Héritage et Mémoire

Malgré sa mort tragique, Thomas Sankara reste une figure emblématique de la révolution burkinabè et un symbole de la lutte pour la justice sociale et l'autodétermination en Afrique. Son héritage politique et « identitaire » est considérable en Afrique, en particulier dans la jeunesse africaine en mal de modèle.

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Aujourd’hui encore, Thomas Sankara est célébré comme un héros panafricaniste. Pour marquer ce 75ᵉ anniversaire, des hommages ont été organisés à Ouagadougou et dans d’autres villes du Burkina Faso.

Son nom est associé à des valeurs telles que l'intégrité, la justice, l'émancipation des femmes, la lutte contre la corruption et la défense de la souveraineté africaine. Son exemple continue d'inspirer les mouvements panafricains et révolutionnaires.

Un mémorial a été érigé sur les lieux de son assassinat au Conseil de l'Entente à Ouagadougou, et il est inhumé au cimetière de Dagnoën, où un mémorial a été érigé en 2001.

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