Thomas Coville, navigateur passionné et aventurier dans l'âme, captive par son engagement total dans tout ce qu'il entreprend. Il pratique la voile au plus haut niveau depuis son adolescence. Des Mini 6.50 aux grands trimarans de records, en passant par l’America’s Cup et la Volvo Ocean Race, cet homme est l’un des skippers les plus éclectiques de sa génération. Son parcours est marqué par des défis constants et une quête perpétuelle de dépassement de soi. Récemment, il a participé à la course Arkéa Ultim Challenge, un tour du monde en solitaire à bord de maxi-trimarans, où il a terminé deuxième après 53 jours en mer. Cet article explore les différentes facettes de la vie de Thomas Coville, de ses exploits maritimes à ses relations familiales, en passant par sa vision du sport et de la vie.

Un dialogue avec la jeune génération

Peu après son tour du monde en solitaire pour la course Arkéa Ultim Challenge, Thomas Coville a répondu aux questions des enfants de franceinfo junior. Cette rencontre a permis au navigateur de partager son expérience avec une jeune audience curieuse et intéressée. Les élèves de CM1 de l'école Louise Michel de Vigneux-sur-Seine ont posé des questions pertinentes et touchantes, révélant leur fascination pour l'aventure et les défis que représente la navigation en solitaire.

Soukeyna a demandé : "Est-ce que quand vous avez appris qu'il y a déjà quelqu'un qui a gagné, vous étiez en colère ?". Rita s'est intéressée à la logistique de la nourriture : "comment avez-vous stocké toute votre nourriture pendant la course ?". Laura, quant à elle, s'est inquiétée de la sécurité : "Est-ce que si le bateau a un problème, il y a tout le temps des gens autour pour aider ?". Léa a cherché à comprendre comment gérer le mal de mer après tant de temps en bateau, et Aby a exprimé une préoccupation touchante : "Pendant la course, est-ce que votre famille vous manque ?".

Ces questions simples et directes témoignent de l'intérêt des enfants pour la vie d'un navigateur solitaire et les défis qu'il doit relever. Les réponses de Thomas Coville, empreintes de sincérité et de pédagogie, ont permis d'éclairer ces jeunes esprits et de susciter leur admiration.

La famille, un pilier essentiel

La famille occupe une place centrale dans la vie de Thomas Coville. Sa fille Jane, en particulier, a été témoin privilégié de ses aventures maritimes depuis son plus jeune âge. Sa naissance coïncide avec l'année où Thomas Coville s'est engagé avec son sponsor, Sodebo. À 8 ans, la voilà en Australie où le skipper fait construire son premier maxi-trimaran. À 12 ans, elle sillonne la planète pendant huit mois, embarquée dans l'incroyable caravane de la Volvo Ocean Race, une course en étapes autour du monde.

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Jane a appris à composer avec les départs et les stand-by, ces moments où les marins guettent la bonne fenêtre météo pour s'élancer. « La règle d'or est de ne jamais se projeter. Ça part maintenant, dans deux semaines, ou finalement pas. « Le bateau a fait un joli vol. Il est arrivé de Lorient de bonne heure et de bonne humeur. » Elle sait interpréter la vitesse du bateau. Plusieurs dizaines de nœuds : Thomas file sur les océans. Quelques nœuds seulement : un simple manque de vent ou alors un problème à bord… Elle a grandi avec la mer et les défis de son père, développant une compréhension unique de son métier et de sa passion.

Thomas Coville considère qu'il est essentiel de préparer ses enfants à son absence et à la possibilité qu'il ne revienne pas. Il explique qu'il a expliqué à sa fille Jane, dès l'âge de quatre mois, qu'elle rencontrerait d'autres personnes plus intéressantes et motivantes. Il souhaite ainsi leur offrir le plus beau cadeau : l'acceptation de son départ sans créer de dépendance affective.

Il vit des choses que Katie (sa femme), Jane et Eliott (ses deux enfants) ne pourront jamais comprendre.

La performance humaine au cœur de la navigation

Thomas Coville accorde une importance primordiale à la performance humaine dans la navigation. Il insiste sur le fait que tout ce qui est fait sur le bateau est réalisé à la force des bras et que l'humain doit rester au centre de tout. Il se bat pour que cela reste ainsi, refusant l'idée d'une électrification accrue des bateaux qui reléguerait l'athlète au second plan.

Il souligne l'importance de la musculation de base pour les manœuvres, qui peuvent durer entre 20 minutes et 1h30. Il travaille également la proprioception, car le mouvement constant sur des bateaux rapides amplifie les sensations et exige une grande capacité d'adaptation. Enfin, il met en avant l'aspect cognitif, qui consiste à relier le cardio et la proprioception avec tous les chiffres et les données nécessaires à la navigation.

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Pour Thomas Coville, la performance ne se limite pas à la force physique, mais englobe également la capacité à gérer le stress, à prendre des décisions rapides et à travailler en équipe.

La quête de soi à travers l'aventure

La navigation est pour Thomas Coville une quête de soi, une manière de se découvrir et de se dépasser. Il décrit l'état dans lequel il se trouve après une course comme celui d'un "bois flotté", épuré et réduit à l'essentiel. C'est cette recherche au fond de soi qui le pousse à se lancer dans des défis toujours plus grands.

Il explique qu'il a commencé à faire du bateau en raison de complexes liés à son physique pendant son adolescence. Sur l'eau, il se sent libre et affranchi du regard des autres. Aujourd'hui, il recherche cette même sensation de liberté et de plaisir, mais à une dose plus forte.

Il se décrit comme "un peu autiste", reliant tout à tout en permanence. Les couleurs, les chiffres, les sons, les volumes, les sensations et les émotions sont interconnectés dans son esprit. La navigation lui permet de canaliser cette hyper-sensibilité et de trouver un équilibre.

La peur, un moteur paradoxal

Thomas Coville reconnaît que la peur est omniprésente dans son métier. Il affirme que quiconque prétend ne pas avoir peur en faisant de l'Ultim en solo autour de la planète est soit un menteur, soit inconscient et donc en danger. Il explique que lorsqu'il est sur le filet du bateau, il s'accroche pour éviter de tomber et d'être démembré.

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Cependant, il considère également la peur comme un moteur, une force qui le pousse à se dépasser et à prendre les mesures nécessaires pour assurer sa sécurité. Il a accepté la possibilité de disparaître en mer et a fait la paix avec cette idée. Il considère qu'il n'est pas indispensable et que ses proches sauront continuer leur chemin sans lui.

L'importance de la fragilité et de la fraternité

Thomas Coville insiste sur l'importance de reconnaître et d'accepter sa propre fragilité. Il explique que dans un bateau, chacun a une trouille, une fragilité particulière. Il est essentiel d'offrir cette fragilité à ses partenaires, de partager cette charge mentale pour que le groupe puisse la gérer sans "dégoupiller".

C'est dans les moments de fragilité que le groupe se révèle le plus fort et que naît une fraternité indestructible. Thomas Coville a été décoré de la légion d'honneur, mais il accorde plus de valeur aux moments de fraternité vécus en mer, où les équipiers se mettent à nu et partagent des expériences uniques.

Défis et projets futurs

Après avoir terminé deuxième de l'Arkea Ultim Challenge, Thomas Coville projette désormais de battre le record du tour du monde en solitaire de 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes, actuellement détenu par Francis Joyon.

Il continue de travailler en collectif, en s'entourant d'une équipe soudée, talentueuse et engagée. Il est convaincu que c'est en partageant les compétences et les expériences que l'on peut atteindre des objectifs ambitieux.

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