Les corticoïdes, tels que la prednisolone et la dexaméthasone, sont couramment utilisés en médecine vétérinaire pour traiter une variété d'affections inflammatoires, allergiques et auto-immunes chez les animaux. Cependant, leur utilisation, en particulier pendant la lactation, nécessite une compréhension approfondie des effets secondaires potentiels et des précautions à prendre. Cet article explore en détail les effets secondaires des corticoïdes chez les animaux en lactation, en mettant l'accent sur les précautions spécifiques à prendre pour minimiser les risques.
Indications et Contre-indications Générales des Corticoïdes
Les corticoïdes sont indiqués pour le traitement symptomatique ou d'appoint des maladies inflammatoires et des maladies d’origine immunitaire chez les chiens et les chats. Chez les bovins et les caprins, ils sont utilisés pour traiter la cétose primaire (acétonémie, toxémie de gestation) et, chez les bovins, pour induire la parturition.
Cependant, l'utilisation de corticoïdes est contre-indiquée dans les cas suivants :
- Hypersensibilité à la substance active, aux corticostéroïdes ou à l’un des excipients.
- Infections virales, mycosiques ou parasitaires non contrôlées par un traitement approprié.
- Ulcères gastro-intestinaux, plaies cicatrisant difficilement, ulcères et fractures.
- Diabète sucré.
- Hyperadrénocorticisme.
- Ostéoporose.
- Insuffisance cardiaque.
- Insuffisance rénale.
- Ulcère cornéen.
- Glaucome.
- Immunodéficience généralisée.
- Chez les vaches, pendant le dernier tiers de la gestation (pour certains corticoïdes).
- Utilisation concomitante de vaccins vivants atténués.
Effets Secondaires des Corticoïdes
Les corticoïdes anti-inflammatoires, tels que la prednisolone, sont connus pour provoquer une grande diversité d'effets indésirables. Bien que des doses élevées uniques soient généralement bien tolérées, elles peuvent induire de graves effets secondaires lors d'une utilisation de longue durée.
Effets sur l'Axe Hypothalamo-Hypophyso-Surrénalien
Une suppression significative du cortisol, liée à la dose, est souvent observée au cours du traitement, résultant de la suppression de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien par les doses efficaces. Après l'arrêt du traitement, des signes d'insuffisance surrénalienne peuvent survenir, rendant l'animal incapable de gérer adéquatement les situations de stress. Afin de minimiser les risques d'une insuffisance surrénalienne, la dose efficace la plus faible doit être utilisée et, à la fin du traitement, la dose utilisée doit être réduite progressivement. Le traitement ne devrait pas être interrompu brutalement, en particulier après un traitement de longue ou moyenne durée.
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Effets Métaboliques
Une augmentation significative des triglycérides peut être liée à un éventuel hypercorticisme iatrogène (maladie de Cushing) impliquant une altération significative du métabolisme des lipides, des glucides, des protéines et des minéraux, par exemple une redistribution de la graisse corporelle, une prise de poids, une faiblesse musculaire, une perte de la masse musculaire et une ostéoporose.
Des modifications des paramètres biochimiques, hématologiques et hépatiques peuvent être observées, telles que l'augmentation de la phosphatase alcaline, la diminution de la lactate déshydrogénase, l'augmentation de l'albumine, la diminution des éosinophiles et des lymphocytes, l'augmentation des neutrophiles segmentés et des enzymes hépatiques sériques.
Autres Effets Secondaires
- Polyurie, Polydipsie et Polyphagie : Les corticostéroïdes administrés par voie systémique peuvent induire une polyurie, une polydipsie et une polyphagie, en particulier dans les premiers temps du traitement.
- Rétention Hydrique et Hypokaliémie : Certains corticostéroïdes peuvent provoquer une rétention du sodium et de l'eau ainsi qu'une hypokaliémie lors d'une utilisation prolongée.
- Calcinose Cutanée : Les corticostéroïdes par voie systémique peuvent provoquer des dépôts calciques dans la peau (calcinose cutanée).
- Retard de Cicatrisation et Immunosuppression : L'utilisation d'un corticostéroïde peut retarder la cicatrisation, et ses actions immunodépressives peuvent réduire la résistance à des infections existantes ou exacerber ces infections.
- Ulcération Gastro-Intestinale : Une ulcération gastro-intestinale a été rapportée chez des animaux traités par des corticostéroïdes, et une ulcération gastro-intestinale peut être exacerbée par les stéroïdes chez les animaux ayant reçu des anti-inflammatoires non stéroïdiens ainsi que chez les animaux souffrant d'un traumatisme de la moelle épinière.
- Autres Effets : Les autres effets indésirables susceptibles de survenir sont : une inhibition de la croissance longitudinale des os ; une atrophie cutanée ; un diabète sucré ; des troubles du comportement (excitation et dépression), une pancréatite, une diminution de la synthèse des hormones thyroïdiennes ; une augmentation de la synthèse des hormones parathyroïdiennes.
Corticoïdes et Lactation : Risques et Précautions
L'utilisation de corticoïdes pendant la lactation présente des risques spécifiques pour les jeunes animaux qui tètent leur mère.
Passage des Corticoïdes dans le Lait
La prednisolone et d'autres corticostéroïdes sont susceptibles d'être présents dans le lait en petites quantités. Cela peut conduire à des troubles de la croissance chez les jeunes animaux qui tètent leur mère.
Effets Potentiels sur les Jeunes Animaux
Les corticostéroïdes excrétés dans le lait peuvent entraîner des troubles de la croissance chez les jeunes animaux allaitants. Il est donc crucial d'évaluer attentivement le rapport bénéfice/risque avant d'utiliser des corticoïdes chez les femelles en lactation.
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Recommandations
L'utilisation de médicaments au cours de la lactation ne doit se faire qu'après évaluation du rapport bénéfice/risque établie par le vétérinaire responsable. Si possible, il est préférable d'éviter l'utilisation de corticoïdes pendant la lactation. Si leur utilisation est nécessaire, il est recommandé de surveiller attentivement les jeunes animaux pour détecter tout signe de trouble de la croissance ou d'autres effets indésirables.
Précautions d'Emploi Générales
Outre les considérations spécifiques à la lactation, plusieurs précautions générales doivent être prises lors de l'utilisation de corticoïdes chez les animaux.
Évaluation Rigoureuse des Besoins
Les glucocorticoïdes ne devraient être utilisés qu’après une évaluation rigoureuse des besoins chez :
- Animaux en croissance et animaux âgés ou souffrant de malnutrition.
- Animaux en lactation.
- Animaux en gestation en raison du risque potentiel d’effet tératogène de la prednisolone.
- Chevaux, puisque l’administration de glucocorticoïdes induit une fourbure. Par conséquent, les chevaux traités avec de telles préparations doivent être étroitement surveillés pendant la période de traitement.
Surveillance des Infections
Des infections graves sont susceptibles de se déclarer pendant un traitement aux glucocorticoïdes. En cas d’infection, consultez le vétérinaire traitant.
Vaccination
Concernant la vaccination, il est recommandé de respecter un laps de temps suffisant avant l’administration d’un traitement aux glucocorticoïdes. Une immunisation active ne devra pas être réalisée durant la période de traitement et jusqu'à deux semaines après administration des glucocorticoïdes.
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Interactions Médicamenteuses
La phénytoïne, les barbituriques, l'éphédrine et la rifampicine peuvent accélérer la clairance métabolique des corticostéroïdes, avec pour résultat une diminution des concentrations sanguines et une réduction de l'effet physiologique.
L'utilisation concomitante de ce produit vétérinaire avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens peut exacerber une ulcération gastro-intestinale.
L'administration de prednisolone peut induire une hypokaliémie et donc augmenter le risque de toxicité induite par les glycosides cardiotoniques.
Surveillance des Animaux Insuffisants Rénaux
Une surveillance particulière est nécessaire chez les animaux insuffisants rénaux. L’utilisation ne doit se faire qu’après évaluation du rapport bénéfice/risque par le vétérinaire.
Alternatives et Stratégies d'Atténuation des Risques
Lorsque l'utilisation de corticoïdes est nécessaire chez les animaux en lactation, il est important d'envisager des alternatives et des stratégies pour atténuer les risques.
Alternatives Thérapeutiques
Dans certains cas, il peut être possible d'utiliser des alternatives thérapeutiques aux corticoïdes. Par exemple, pour les affections allergiques, des antihistaminiques ou des acides gras essentiels peuvent être envisagés. Pour les affections inflammatoires, des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent être utilisés avec prudence, en tenant compte des risques d'ulcération gastro-intestinale.
Utilisation de la Dose Efficace la Plus Faible
Il est essentiel d'utiliser la dose efficace la plus faible de corticoïdes pour contrôler les symptômes tout en minimisant les effets secondaires. La dose doit être ajustée en fonction de la réponse clinique de l'animal.
Administration à Jour Alterné
Dans certains cas, l'administration de corticoïdes à jour alterné peut aider à réduire la suppression de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et à minimiser les effets secondaires métaboliques.
Surveillance Attentive
Les animaux traités avec des corticoïdes doivent être surveillés attentivement pour détecter tout signe d'effets secondaires. Cela comprend la surveillance de la consommation d'eau, de la production d'urine, de l'appétit, du poids corporel et de l'état général de l'animal. Des analyses sanguines régulières peuvent être nécessaires pour surveiller les paramètres biochimiques et hématologiques.
Exemple Spécifique : Lactation de Pseudo-Gestation chez la Chienne
La lactation de pseudo-gestation, ou "lactation nerveuse", est un phénomène courant chez les chiennes non gestantes. Bien que souvent considérée comme physiologique, elle peut être associée à une prédisposition au développement de tumeurs mammaires en cas de récidives. Dans de tels cas, un traitement peut être envisagé.
Options de Traitement
Les dopaminergiques (cabergoline) et les anti-sérotoninergiques (métergoline) sont les antilaiteux les plus prescrits. La cabergoline montre une efficacité supérieure à 80 % après 5 à 7 jours de traitement chez la chienne. La métergoline réduit le comportement maternel dans plus de 50 % des cas. D'autres stratégies, comme une diminution de la ration, peuvent également être envisagées.
Causes d'Échec du Traitement
Une administration inappropriée des médicaments, une stimulation continue de la lactation (par léchage ou succion), des kystes ovariens, des tumeurs des cellules de la granulosa, une exposition à des œstrogènes, ou une hypothyroïdie peuvent être à l'origine d'un échec du traitement.
Conduite à Tenir en Cas d'Échec
En cas d'échec du traitement, il est important d'identifier et de traiter la cause sous-jacente. Cela peut inclure l'ovariectomie en cas de tumeur des cellules de la granulosa ou de kystes ovariens, le port d'une collerette pour empêcher le léchage des tétines, et la supplémentation avec des extraits thyroïdiens en cas d'hypothyroïdie.
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