En tant que parents, vous êtes les mieux placés pour comprendre votre enfant et jouer un rôle crucial dans son développement. Si vous vous interrogez sur la possibilité que votre enfant présente un Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA), cet article a pour objectif de vous aider à mieux observer certains signes d'alerte et à accompagner votre enfant de la manière la plus appropriée.
Comprendre le Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA)
L'autisme est un trouble du développement qui affecte la communication, les interactions sociales et les comportements. Il se manifeste par un caractère restreint et répétitif des comportements, des intérêts ou des activités. Il est important de noter que les symptômes varient d'un enfant à l'autre et peuvent évoluer avec le temps, d'où l'utilisation du terme "spectre".
Le dépistage précoce est difficile et subtil, car les bébés à risque de TSA et autres troubles du neurodéveloppement (TND) présentent souvent des signes non spécifiques et communs avec d'autres pathologies, tels que des retards et déficits intellectuels ou des troubles sévères du langage.
Un repérage précoce de l'autisme permet de mettre en place des soins qui peuvent limiter un effet de "cascade développementale". Des psychothérapies comportementales, des adaptations éducatives et un suivi médical peuvent ainsi aider à améliorer les compétences sociales, la communication et la qualité de vie globale de l'enfant. En revanche, sans mise en place de soins, les difficultés de l'enfant peuvent s'installer, s'aggraver et persister avec l'âge.
Signes d'Alerte chez le Bébé
Ce sont le cumul des signes, leur durée et le retard des étapes du développement attendu habituellement qui doivent interpeller. Aucune particularité n'est caractéristique et ne saurait suffire seule au diagnostic, et son absence n'exclut pas non plus le diagnostic. Ces signes peuvent aussi être très variables d'un jeune enfant à l'autre, et ils sont souvent méconnus et banalisés.
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Voici quelques signes d'alerte possibles, classés par tranche d'âge :
- 4 mois : Il est souvent souriant et observateur, mais il gazouille peu. Il ne rit pas aux éclats ou peut rire aux éclats, mais souvent seul et de façon atypique. Il ne réclame pas souvent l'adulte.
- 5-6 mois : Il ne tend pas les bras pour qu'on le prenne, il ne se retourne pas ou de façon "explosive". Il peut présenter des postures atypiques, souvent en hyper-extension.
- 9 mois : Il a peu d'initiatives motrices, il se déplace souvent de façon atypique (sur les fesses en rameur, roule pour se déplacer, a un rampé asymétrique). Il a des postures étranges et souvent une hyperlaxité (grande amplitude articulaire). Il joue longuement avec ses mains ou avec des objets, sans les jeter ni changer de main. Il n'a pas de bisyllabes (ba-ba, da-da, ta-ta) et son babil est peu mélodieux. Il n'a pas de gestes sociaux ou alors juste un "bravo" très sensoriel.
- 1 an : Il ne prononce pas de mot signifiant quelque chose. Il réclame peu l'adulte, il joue seul en manipulant ou, au contraire, pleure beaucoup et ne se pose jamais. Le mode de déplacement peut être atypique, asymétrique et peu fluide. Il a pu marcher très tôt ou, au contraire, marcher tard. Les parents disent souvent : "dès qu'il a marché, il est parti", "il file". Sa préhension reste peu fluide et il ne tend pas la main pour demander.
Autres Signes d'Alerte
- Niveau de vigilance : Le bébé est trop calme et réclame peu l'adulte.
- Sommeil : Sommeil souvent atypique (le bébé dort beaucoup, n'appelle pas au réveil).
- Alimentation : Souvent il n'a pas su téter au sein, il réclame peu ou mange tout le temps. Il est souvent très sélectif et refuse les textures et les goûts nouveaux, et il est très ritualisé.
- Régulation des émotions : Il peut faire des crises de colère inexpliquées, et il "n'aime pas" être pris dans les bras.
Signes d'Alerte de TSA Plus Facilement Identifiables
- Atypies relationnelles : Il a peu d'initiatives relationnelles. Il peut jouer longtemps seul, il est très indépendant. Il peut aussi être tout le temps collé à l'adulte.
- Maintien de l'attention conjointe : Absence de pointage (l'enfant ne montre pas avec la main ou le bras tendu ce qu'il veut ou ce qui l'étonne, il ne cherche pas à attirer l'attention de l'adulte).
- Atypie de la réactivité sociale : Il a peu de réponse au prénom. Il est décrit comme "dans son monde", "dans sa bulle".
- Atypies du langage et de la communication : Il comprend peu les consignes orales, son langage expressif est atypique, souvent limité à des sons ou des syllabes répétées. Il utilise parfois un jargon et peut aussi répéter toujours les mêmes mots ou expressions.
- Atypies du jeu et du comportement : Son jeu est souvent pauvre et répétitif. Il aime faire tourner, il regarde souvent de près les objets qu'il fait tourner et peut rester longtemps devant la machine à laver ou allumer et éteindre une lampe. Il aime manipuler, construire, jouer avec l'eau. Il est fasciné par les lumières, les écrans et peut devenir "addict". Il aime souvent mettre des objets dans des trous, se cacher sous les meubles. Il a souvent une intolérance à la frustration, il veut faire comme il veut.
- Atypie des réponses sensorielles : Il peut être hypo (absence ou quasi-absence de réaction) ou hyper-réactif (réaction disproportionnée). Des déficits d'imitation sont plus marqués pour les actions nouvelles alors que les actions courantes répétées peuvent être acquises.
Le Rôle de la Tétine
La succion est un réflexe postnatal et fait naturellement partie du développement de votre enfant. Il n'est donc pas étonnant que la grande majorité des nourrissons et des tout-petits utilisent des sucettes pour les aider à se calmer.
De nombreux orthophonistes recommandent d'arrêter l'utilisation de la sucette après les deux ans de l'enfant. En tant que parent, il est important de prendre en compte les besoins spécifiques de votre enfant pour décider si, quand et combien de temps autoriser l'utilisation de la sucette.
L'utilisation de la sucette peut être utile pour réconforter l'enfant dans une situation stressante ou dans le traitement de la douleur. Cependant, les orthophonistes recommandent l'arrêt de la tétine dès l'âge de 12 mois pour plusieurs raisons.
Premièrement, le développement oral de l'enfant évolue rapidement au cours des premières années de sa vie. Une succion prolongée peut créer un palais surélevé ou indenté, entraînant une cavité buccale trop grande pour une articulation typique. Cela peut se manifester par un trouble de la parole vers l'âge de quatre à cinq ans, nécessitant souvent un traitement pour y remédier.
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La dépendance affective, autre que celle d'un parent ou d'une personne s'occupant de l'enfant n'est tout pas présente chez le bébé. C'est cependant quelque chose qui se développe avec le temps. En limitant l'exposition à la tétine, il est souvent tout simplement plus facile pour l'enfant de s'en détacher.
Conseils pour le Sevrage de la Tétine
- Lisez ensemble des histoires sur le sujet !
- Lorsqu'il ne l'utilise pas, garder la sucette à l'abri ses regards.
- Encourager l'enfant à prendre soin de ses dents. Expliquez-lui pourquoi il est important de bien se brosser les dents, mais aussi pourquoi il est important de moins se servir de sa sucette.
- Soyez patient ! Vous n'observerez pas de changement du jour au lendemain.
Précautions à Prendre
- Soyez conscient que la modification d'une sucette peut en faire un risque d'étouffement si les morceaux se séparent.
- Ne pas mentir à l'enfant au sujet de la disparition de sa tétine : la tétine est un objet d'affection, au même titre qu'un doudou.
La patience sera de rigueur pour détacher l'enfant de sa tétine. Concernant les différentes répercussions observées sur l'articulation, la parole, le langage et la communication, elles ne pourront être abordées qu'avec le désir d'autonomie de l'enfant, l'accord implicite des parents et, dans les cas les plus difficiles, l'aide de l'orthophoniste, du psychologue, et même de l'orthodontiste.
Hypersensorialité et Troubles Alimentaires
Votre bébé refuse le sein, le biberon et/ou la tétine ? Il ne supporte pas qu'on lui mette quoi que ce soit en bouche ? Vous ne pouvez pas lui toucher la bouche voire même le visage ? Lors de la diversification alimentaire, votre enfant refuse de mettre une cuillère en bouche ? Il ne supporte pas les aliments chauds et/ou froids ? Le brossage des dents est difficile voire impossible ? Il a un réflexe nauséeux dit fort ? Votre médecin vous dit qu'il est capricieux au repas et qu'il fait des comédies ? Les tétées ou les repas durent des heures à n'en plus finir ? Il ne supporte qu'un type de biberon ou de tétine ? Il veut manger dans l'assiette verte et non pas dans la bleue ?
Ces troubles peuvent être liés à l'hypersensorialité, une hyperactivité des organes du goût et de l'odorat (et même dans certains cas de la vue, de l'ouïe et du toucher). Elle peut aller d'un simple dégoût pour un type d'aliment en particulier (y compris le lait maternel) à un état d'aversion alimentaire sévère. Elle peut parfois faire croire à de l'anorexie.
Selon plusieurs auteurs, les aversions alimentaires d'origine sensorielle sont présentes chez environ 25% des enfants. Deuxièmement, les remontées acides du reflux gastro-oesophagien sont également responsables de ce réflexe nauséeux exagéré.
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Le Rôle de la Langue et des Freins Restrictifs
L'un des rôles peu connu mais pourtant primordial de la langue est de moduler notre palais, de l'élargir, grâce à son élévation antérieure et postérieure lors de chaque déglutition et au repos. De plus, le palais n'est autre que le toit des voies respiratoires supérieures (nez, sinus, trompes d'Eustache).
Le réflexe primitif qui nous intéresse le plus dans notre cas de figure est le réflexe pharyngé ou gag réflexe. Il facilite le mécanisme de déglutition par l'obstruction des voies aériennes supérieures. C'est donc un réflexe de protection contre les fausses déglutitions. Dans le cas des troubles alimentaires chez le bébé, il est possible que ce réflexe soit exacerbé, trop sensible. On parlera alors de réflexe nauséeux fort.
À titre de comparaison avec les 25% d'enfants atteints d'aversion alimentaire d'origine sensorielle, les freins restrictifs buccaux postérieurs sont présents chez 32% des bébés. Cela ne veut pas dire que tous les bébés ayant un frein restrictif développent un trouble de l'hypersensorialité ni que tous les enfants ayant des troubles de l'hypersensorialité ont un frein restrictif.
Les freins restrictifs sont des restes embryologiques et présents dès la 12e semaine de grossesse in utéro. Cela veut donc dire que, depuis la 12e semaine de grossesse, le palais, l'arrière de la bouche, etc. Est-ce ce manque de contact entre la langue et le palais dès la 12e semaine de grossesse qui serait responsable de ces hypersensibilités ? Le palais n'ayant pas l'habitude d'être touché, le moindre contact sensoriel dès la naissance entrainerait-il ce réflexe nauséeux exagéré ?
L'hypersensibilité de la bouche est également étroitement liée au toucher avec les mains et les pieds. En effet, le bébé a besoin de mettre ses mains et ses pieds (et tous les objets qu'il découvre) en bouche pour appréhender le monde extérieur. Ayant un palais hypersensible, il ne pourra découvrir le monde de cette manière.
Les études du Dr Siegel ont montré une nette amélioration du reflux chez trois quarts des bébés ayant bénéficié d'une frénectomie.
Diversification Alimentaire et Freins Restrictifs
La diversification alimentaire commence en général aux alentours de 6 mois (recommandation de l'OMS). Les bébés qui ont un frein de langue et/ou de lèvre restrictif peuvent rencontrer des difficultés.
Les bébés ayant un frein restrictif labial auront des difficultés à vider complètement leur cuillère. Lorsqu'il y a un frein de langue, la partie postérieure de la langue est immobile ou moins mobile. Ce qui signifie que le bolus alimentaire a du mal à être envoyé vers l'arrière. Les parents rapportent souvent qu'ils doivent donner plusieurs cuillères avant que le bébé n'arrive à avaler. Les parents de ces enfants avec un frein restrictif expliquent que leurs enfants ont un réflexe nauséeux, de la toux et même parfois s'étouffent avec la nourriture.
Avaler des morceaux demande une augmentation de l'indépendance et de la coordination des mouvements de la lèvre, de la langue, et des joues. Les lèvres et les joues vont permettre de stabiliser la nourriture. Les problèmes les plus fréquents sont un manque d'élévation de la langue et un manque de latéralisation.
De plus, les enfants ayant un frein restrictif ne peuvent pas physiquement bouger leur langue vers la nourriture pour aider au processus de mastication. Ils mangent doucement et ont parfois aussi besoin d'eau pour les aider à déglutir.
À force d'avoir des expériences négatives avec l'alimentation (toux, fausse déglutition et même vomissements), ces enfants finissent par refuser de se nourrir ou par ne plus réclamer à manger.
Prise en Charge des Troubles Alimentaires
Elle sera multidisciplinaire, mais il faudra commencer par une rééducation logopédique/orthophonique. En effet, si vous essayez de commencer par la frénectomie chez ces bébés/enfants avec des troubles de l'hypersensorialité, celle-ci ne fera qu'empirer les choses. Alors qu'ils ne supportent parfois même pas qu'on leur touche la bouche, la frénectomie sera vécue comme une expérience traumatisante qui ne fera qu'empirer leurs symptômes. C'est pourquoi, si frein de langue restrictif il y a, il faudra attendre que la désensibilisation et la rééducation soient bien avancées, avant de pratiquer la frénectomie.
Il faut commencer la prise en charge dès que votre bébé/enfant présente toute une série de symptômes. Si le bébé refuse ou n'arrive pas à attraper du tout le sein. Ou encore s'il présente des hauts-le-cœur dès que vous lui proposez le sein ou le biberon (ou plus tard au contact des aliments). Ensuite, lors de la diversification alimentaire, si votre enfant a des difficultés persistantes face à ces premières purées ou avec les petits morceaux qu'il n'arrive pas à avaler ou s'il refuse des aliments. Si votre bébé/enfant met un temps fou à prendre son biberon ou à manger son assiette. Il est préférable de ne pas attendre !
Dès que votre bébé présente des signes de difficultés à la tétée, à la prise du sein, il est fort recommandé de le faire évaluer par une conseillère en allaitement/sage-femme/orthophoniste ou logopède qui connaît aussi la problématique des freins et de ces troubles d'hypersensoralité. Si votre bébé n'est pas allaité et que la prise du biberon est lente et difficile, une évaluation de la fonction de la langue est également recommandée.
Conseils pour Aider Votre Enfant
- Premièrement, écoutez votre instinct de maman.
- Laissez-le donc mettre tout en bouche !
- En lui créant des situations propices d'apprentissage, vous pouvez donc cuisiner avec lui en lui faisant toucher, sentir, goûter la nourriture chaude, froide, sucrée, salée, amère, acide, dure, molle, croquante (chips)…
- Faites des jeux de découvertes alimentaires.
- Utilisez des renforçateurs positifs en le mettant dans une position de réussite et en faisant appel au côté ludique. Par exemple, vous pouvez faire des petits jeux les yeux fermés où l'enfant peut sentir les aliments puis les goûter.
La logopède va réapprendre à l'enfant à accepter, à voir, à toucher et à sentir les différents aliments. Il y aura également un gros travail de guidance pour rassurer les parents et leur donner des outils à mettre en place à la maison au quotidien pour être acteurs de la prise en charge de leur enfant et déculpabiliser toute la famille.
Comme vous avez pu le lire, les freins restrictifs buccaux sont un vaste thème. Informez-vous et suivez votre instinct ! Votre bébé/enfant ne fait pas de comédie en refusant de manger. Il est fort probablement atteint de ces troubles alimentaires dus à un potentiel frein restrictif.
Dépistage Précoce et Prise en Charge
Plus tôt les premiers signes d'autisme sont détectés chez un enfant, plus tôt une prise en charge peut lui être proposée et compenser ainsi une partie de son handicap.
Les consultations régulières de suivi chez le médecin que vous avez choisi pour votre enfant, et au moindre doute, une consultation pédiatrique sollicitée par ce médecin s'il n'est pas pédiatre, pourra vous permettre de faire le point et de déclencher examens complémentaires et prise en charge si nécessaire. Les pédiatres, les psychologues spécialisés dans le développement de l'enfant et les neurologues sont des experts qualifiés pour évaluer les symptômes de l'autisme.
Il est important de conserver une certaine prudence dans l'identification et le décryptage de ces signes. N'oublions pas que chaque enfant a une trajectoire de développement qui lui est propre. Certaines trajectoires sont linéaires et harmonieuses, d'autres non. Pour autant, une trajectoire de développement atypique n'est pas nécessairement pathologique. Tous les enfants qui sont touchés par un réel Trouble du Spectre Autistique ne présentent pas l'ensemble de ces signes. Il s'agit donc d'appréhender chaque développement au cas par cas, ce qui est le rôle du psychologue et du médecin de la structure.
Attention, dépister (= détecter, déceler, identifier les signes d'une éventuelle pathologie) ne signifie pas diagnostiquer (= démarche médicale qui consiste à poser un terme fixe sur un ensemble de symptômes). Si le dépistage peut survenir tôt dans la vie de l'enfant, le diagnostic sera posé plus tard, vers ses trois ans, à la suite de bilans effectués par une équipe pluridisciplinaire. Votre rôle consiste donc à poser la toute première pierre à l'édifice.
Pour favoriser le dépistage précoce du TSA, les associations "Autisme France" et "Autistes sans Frontières" ont créé une brochure accessible à l'attention des professionnels de la petite enfance.
