Introduction

Le développement prénatal est une période cruciale, orchestrée par une cascade d'événements hormonaux. Parmi ces hormones, la testostérone joue un rôle essentiel dans la masculinisation des caractères sexuels et potentiellement dans le développement de certains comportements. Cet article explore l'influence complexe de la testostérone pendant la période prénatale, en abordant les aspects biologiques, les troubles liés à un déséquilibre hormonal et les implications pour la santé et le comportement.

Le Rôle de la Testostérone dans la Différenciation Sexuelle du Cerveau

La différenciation sexuelle du cerveau commence durant la période prénatale, sous l’effet d’une poussée de testostérone produite par les testicules du fœtus mâle. Cette hormone mâle circule dans le sang et parvient au cerveau. Chez les mammifères, une étude confirme l’impact du biologique sur les différences entre mâle et femelle observées très tôt, dans le cerveau en développement, un effet qui se traduit par des comportements de jeux plus turbulents chez les jeunes mâles.

Selon Melissa Hines, biologiste spécialiste du développement prénatal à l'université de Cambridge, l'exposition précoce à la testostérone joue un rôle majeur dans le développement du cerveau. Des études ont montré que les taux de testostérone mesurés dans le sang maternel et le liquide amniotique permettent de prédire les comportements sexués futurs des bébés. Par exemple, chez les macaques, les bébés mâles choisissent spontanément des petites voitures pour s'amuser, alors que les bébés femelles préfèrent les poupées.

Impact sur le Développement de l'Appareil Urogénital

La testostérone est indispensable au développement normal de l'appareil urogénital masculin. Elle favorise la différenciation des canaux de Wolff en épididyme, canal déférent et vésicules séminales. Elle stimule également le développement des organes génitaux externes masculins, tels que le pénis et le scrotum.

Cependant, un déficit en testostérone ou une insensibilité à cette hormone pendant la période prénatale peut entraîner des anomalies du développement sexuel. Ces anomalies peuvent se manifester par des organes génitaux externes atypiques, une taille variable du pénis et une fusion labio-scrotale postérieure. Dans certains cas, les testicules peuvent être situées dans les bourrelets génitaux ou en position abdominale ou inguinale.

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Hyperplasie Congénitale des Surrénales (CAH)

L'hyperplasie congénitale des surrénales (CAH) est un trouble qui entraîne une « virilisation » des comportements féminins. Les filles atteintes sont indiscutablement du sexe féminin, mais elles agissent comme des garçons manqués. Heureusement, à l'inverse des modèles animaux, les comportements humains ne sont pas uniquement dictés par les hormones.

Déficit en 17-bêta-hydroxystéroïde Déshydrogénase de Type 3

La maladie est due à des mutations du gène HSD17B3 (en 9q22) codant pour une enzyme exprimée principalement dans les testicules, convertissant l'androstènedione en testostérone. Le bilan hormonal met en évidence une augmentation de taux d'androstènedione et un faible taux de testostérone, et un rapport androstènedione/testostérone élevé. Les marqueurs sériques des cellules de Sertoli, l'hormone anti-müllérienne (AMH) et l'inhibine B se situent généralement dans la plage de référence liée à l'âge pour les hommes. Avant la puberté, un test de stimulation à la gonadotrophine chorionique humaine (hCG) est souvent nécessaire, car les taux basaux ne permettent pas de poser le diagnostic.

La présentation clinique est variable. Des organes génitaux externes atypiques, une taille variable du pénis et une fusion labio-scrotale postérieure sont souvent observés à la naissance. Une hernie inguinale peut s'observer pendant l'enfance chez les patients présentant des organes génitaux externes de type féminin. Bien que certains patients présentant un déficit enzymatique moins grave se voient attribuer le sexe masculin à la naissance, c'est le sexe féminin qui est généralement assigné aux personnes atteintes. Cependant, à la puberté, une partie de ces patients développent des signes de masculinisation (hypertrophie du pénis, caractères sexuels secondaires masculins) en raison d'une augmentation de la testostérone (due à la conversion de l'androstènedione par les isoenzymes de la 17-bêta-hydroxystéroïde déshydrogénase). Le développement de l'appareil urogénital interne est variable et les structures müllériennes ont régressé.

Diagnostic et Prise en Charge

Un diagnostic prénatal est possible dans la fratrie d'un patient atteint si les mutations causales ont été caractérisées. La maladie se transmet selon un mode autosomique récessif. Si le diagnostic est posé à la naissance, l'assignation du sexe doit être discutée avec la famille et une évaluation doit être effectuée dans un centre spécialisé dans les troubles du développement sexuel (DSD pour disorder of sex development). Toute intervention chirurgicale sur les organes génitaux nécessite une évaluation approfondie et est interdite dans plusieurs pays pour les patients pédiatriques. Une gonadectomie précoce n'est pas nécessaire. L'espérance de vie et la morbidité générale (autre que celle liée à un déficit hormonal non traité) ne sont pas affectées.

Facteurs Maternels Influant sur les Niveaux Hormonaux

Une étude de l’Université Rutgers (New Jersey) révèle que l'âge, le poids et l’origine ethnique de la mère affectent les concentrations d'hormones pendant la grossesse, les mêmes hormones au début du développement fœtal jouant un rôle clé dans la santé humaine et le risque de maladies de l'enfant. Etant donné qu’il n’est pas possible de mesurer directement les hormones au cours du développement du fœtus, la meilleure méthode consiste à étudier les hormones de la mère car elles peuvent être transférées au fœtus.

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L'équipe a examiné les concentrations d'œstrogènes et de testostérone chez 548 femmes en bonne santé au cours du premier trimestre de la grossesse et caractérisé leur mode de vie (dont consommation d'alcool ou de tabac et facteurs de stress), afin de mieux comprendre ce qui stimule des niveaux élevés d’hormones sexuelles pendant le développement du fœtus. Cependant, aucune variation des concentrations hormonales maternelles n’est constatée en relation avec le sexe du fœtus, le niveau de stress pendant la grossesse ou d’autres facteurs de mode de vie tels que le tabagisme et la consommation d'alcool.

Caractériser les niveaux d’hormones sexuelles pendant la grossesse peut ainsi fournir des indices importants sur le risque de maladie pour la mère, car des niveaux d'exposition élevés aux œstrogènes augmentent le risque de cancer du sein et de l'ovaire. Cette analyse peut également apporter des indices précieux sur la santé du bébé à naître.

Interactions Complexes et Influences Multiples

Il est important de souligner que l'influence de la testostérone sur le développement prénatal n'est pas un processus isolé. D'autres hormones, des facteurs génétiques et des influences environnementales interagissent de manière complexe pour façonner le développement de l'individu.

Eric Keverne de l'université de Cambridge estime que l'être humain en devenir est soumis à une double influence. D'un côté, il reçoit les consignes de ses propres hormones (sécrétées par son hypothalamus). De l'autre, il subit la pression des signaux venus de sa mère (diffusés par le placenta). Il estime que cette double dépendance a été mise en place par l'évolution pour « s'assurer que la mère prenne bien soin de son petit et le nourrisse ».

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