Introduction

L'étude des hormones stéroïdiennes, telles que la testostérone et les œstrogènes, dans le liquide amniotique a suscité un intérêt croissant en raison de leur rôle potentiel dans le développement fœtal, notamment en ce qui concerne le développement neurologique et les différences entre les sexes. Plusieurs recherches ont exploré le lien entre les taux de ces hormones dans le liquide amniotique et divers aspects du développement de l'enfant, y compris l'autisme et les comportements sexués.

Rôle des hormones stéroïdiennes pendant la grossesse

Progestérone

La progestérone, sécrétée principalement par le corps jaune gravidique au début de la grossesse, joue un rôle crucial dans le maintien de la grossesse. Dès le quatrième mois, la sécrétion placentaire intrinsèque suffit à assurer ce maintien. La progestérone placentaire est métabolisée en grande partie dans l'organisme maternel, tandis qu'une fraction est métabolisée par le fœtus. Son taux de sécrétion maximal est atteint à terme, avec une chute juste avant l'accouchement.

Outre ses effets périphériques, la progestérone induit un ramollissement du corps utérin et une hypertonie au niveau du col pendant la grossesse.

Œstrogènes

À partir de la huitième semaine de grossesse, le placenta devient la principale source d'œstrogènes maternels, en particulier d'œstriol. Le placenta humain nécessite la contribution maternelle et fœtale pour la réalisation de certaines réactions enzymatiques et la fourniture de certains précurseurs.

L'œstriol (E3), le 17β-œstradiol (E2) et l'œstrone (E1) sont les trois hormones œstrogéniques les plus sécrétées pendant la grossesse. Leur synthèse nécessite la contribution du fœtus, notamment des enzymes telles que la 17-hydroxylase et la sulfokinase. À terme, la production journalière d'œstrogènes est de l'ordre de 40 mg.

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Les œstrogènes, en combinaison avec la progestérone, inhibent la lactation pendant la grossesse, permettent la prolifération de l'endomètre et induisent la croissance utérine.

Taux de testostérone et autisme : l'hypothèse du "cerveau masculin extrême"

L'autisme, un trouble complexe du développement neurologique, a fait l'objet de nombreuses études visant à identifier ses causes. Une hypothèse, appelée théorie du "cerveau masculin extrême", postule que l'exposition à la testostérone pendant la gestation pourrait rendre le cerveau du fœtus plus masculin, augmentant ainsi le risque d'autisme, en particulier chez les garçons.

Cette théorie, proposée par Simon Baron-Cohen, suggère que les hommes sont plus à risque d'autisme en raison d'une exposition in utero à des hormones stéroïdes appelées androgènes. Cette exposition accentuerait la tendance masculine à reconnaître des modèles (comportement systématisant) et diminuerait la capacité féminine à percevoir des indices sociaux (comportement socialisant).

Études sur les taux de stéroïdes dans le liquide amniotique et l'autisme

Plusieurs études ont exploré le lien entre les taux de stéroïdes dans le liquide amniotique et le risque d'autisme. Deux études menées par Baron-Cohen et ses collègues ont mesuré les niveaux de stéroïdes dans des échantillons de liquide amniotique stockés dans le Danish Historic Birth Registry.

Dans l'étude de 2015, des taux élevés de stéroïdes, y compris les androgènes, les progestatifs et le cortisol, ont été observés dans le liquide amniotique de garçons chez qui on a diagnostiqué l'autisme, le syndrome d'Asperger ou un trouble envahissant du développement. Cependant, la cohérence biologique de ces résultats a été remise en question, car il n'est pas logique que tous ces stéroïdes soient élevés en même temps.

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Dans une étude de suivi, les chercheurs ont mesuré les taux d'œstrogènes dans le liquide amniotique de garçons autistes et typiques. Les quatre composés d'œstrogènes mesurés étaient tous élevés chez les enfants autistes. Ce résultat a également été jugé surprenant, car la prépondérance des preuves indique que les androgènes agissent directement sur le cerveau, sans être d'abord convertis en œstrogènes.

De plus, les chercheurs ont constaté des corrélations troublantes entre les niveaux de différents stéroïdes, ce qui soulève des questions sur la plausibilité biologique de ces associations.

Limites et interprétations alternatives

Il est important de noter que les études sur les taux de stéroïdes dans le liquide amniotique et l'autisme présentent certaines limites. Les stéroïdes dans le liquide amniotique peuvent provenir de sources multiples, et il n'est pas certain que les niveaux dans le liquide amniotique reflètent fidèlement les niveaux dans le cerveau fœtal. De plus, les différences observées dans les taux de stéroïdes étaient modestes, et la variance au sein des groupes autistes et témoins était plus grande que la différence entre les groupes.

D'autres explications pour les données reliant l'élévation des stéroïdes pendant la grossesse à l'autisme ont été proposées, telles que le dysfonctionnement placentaire ou des perturbations du métabolisme des stéroïdes chez la mère.

Hyperplasie congénitale des surrénales (CAH)

L'hyperplasie congénitale des surrénales (CAH) est une affection congénitale responsable d'un défaut de sécrétion de cortisol et d'aldostérone, entraînant une hyperplasie de la surrénale et un excès de production d'androgènes. Chez les fœtus féminins, cela peut entraîner une virilisation pendant la grossesse, avec une ambiguïté sexuelle nécessitant une chirurgie réparatrice.

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Un traitement préventif peut être proposé aux femmes enceintes ayant déjà eu un enfant atteint de CAH sévère, afin de limiter la virilisation in utero. Ce traitement, basé sur la prise d'un corticoïde de synthèse, doit être débuté avant la formation des organes génitaux externes. Cependant, il n'est pas sans effets secondaires chez la mère et les effets à long terme sur l'enfant n'ont pas été évalués.

Ratio 2D/4D et androgénisation prénatale

Le ratio 2D/4D, qui correspond au rapport des longueurs de l'index et de l'annulaire, a été étudié comme un possible indice de l'exposition prénatale à la testostérone. Cependant, la fiabilité de cet indice est controversée.

Certains chercheurs affirment que le ratio 2D/4D est influencé par la testostérone in utero, avec un taux élevé de testostérone conduisant à un ratio faible et un taux élevé d'œstrogènes induisant un ratio élevé. Des corrélations significatives ont été observées chez d'autres mammifères et chez des oiseaux.

Cependant, d'autres chercheurs soulignent que les preuves directes chez l'humain sont fragiles et que le ratio 2D/4D ne peut pas être considéré comme un indice fiable de l'androgénisation prénatale. Des études ont montré des résultats contradictoires, avec des associations parfois non significatives ou dans le sens contraire à celui attendu.

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