Introduction
L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit légal en France depuis la loi Veil de 1975. Cependant, malgré sa dépénalisation, l'IVG reste un sujet entouré de tabous, particulièrement dans le milieu professionnel. Cet article explore les témoignages de femmes ayant vécu une IVG et les répercussions que cela a pu avoir sur leur carrière, mettant en lumière le manque de soutien et la stigmatisation persistante.
L'IVG : Un Sujet Tabou dans la Sphère Professionnelle
La peur du jugement et de la discrimination
Pour de nombreuses femmes, l'idée d'évoquer une IVG sur leur lieu de travail est impensable. Alice*, qui travaille dans la police nationale, exprime sa crainte du jugement de ses collègues : « J'avais peur qu'ils s'imaginent que mon IVG était dû au fait que j'avais couché à droite ou à gauche. » Valentine, qui a avorté en 2017, partage cette appréhension : « J'avais peur que ça déteigne sur mon image professionnelle. »
Cette peur est alimentée par la perception que l'IVG renvoie une image de « non-performance », comme si les femmes devaient être capables de gérer leur contraception et leur corps de la même manière qu'elles gèrent un projet ou une équipe.
La stigmatisation de la femme qui avorte
Laurine Thizy, sociologue et coauteure de l'ouvrage Sociologie de l'avortement, souligne que « l'avortement est encore largement stigmatisé ». Une femme qui avorte est souvent perçue comme une personne qui ne sait pas contrôler sa contraception ou qui a une sexualité non reproductive. Cette stigmatisation est d'autant plus forte dans la sphère professionnelle, où les rapports sociaux sont plus verrouillés.
L'impact de l'IVG sur le Parcours Professionnel
L'absence d'arrêt de travail systématique et le délai de carence
Après une IVG, les femmes peuvent ressentir le besoin de s'absenter du travail pour se remettre physiquement et psychologiquement. Cependant, l'arrêt de travail n'est pas systématique et sa durée est variable. Certaines femmes peuvent demander à reprendre le travail dès le lendemain, tandis que d'autres ont besoin de quelques jours pour récupérer.
Lire aussi: Déclenchement : ce que les mamans en disent
De plus, le délai de carence de trois jours, pendant lequel les indemnités journalières ne sont pas versées par la Sécurité sociale, pénalise financièrement les femmes ayant avorté, en particulier lorsque l'arrêt de travail est court. Alice, qui travaille dans la police nationale, témoigne : « Je l'ai bien constaté sur ma feuille de paie. Et je trouve ça pénible de perdre de l'argent à cause de ça, c'est une fois de plus les femmes qui trinquent. »
Le manque de reconnaissance de l'IVG comme un événement ayant des répercussions professionnelles
Contrairement à la fausse couche, qui a fait l'objet d'un arrêt de travail sans délai de carence depuis janvier 2024, l'IVG ne bénéficie pas d'une reconnaissance similaire. Laurence Rossignol, sénatrice PS ayant porté le projet du congé menstruel, admet ne pas s'être posé la question d'un congé IVG avant d'être interrogée sur le sujet.
Cette absence de reconnaissance reflète le tabou qui entoure l'IVG et le manque de prise en compte de ses répercussions sur le plan professionnel.
Témoignages de femmes confrontées à des difficultés professionnelles après une IVG
Juliette, qui a avorté entre deux confinements, témoigne : « Après m'être fait avorter à l'hôpital, je n'étais absolument pas en mesure de travailler pendant une bonne semaine. Je faisais des crises de larmes et j'avais des coups de blues énormes. » Elle a finalement demandé deux jours de congé à son patron, sans mentionner la raison de son absence.
Ces témoignages illustrent la difficulté pour les femmes de concilier leur expérience de l'IVG avec leur vie professionnelle, en raison du manque de soutien et de la stigmatisation persistante.
Lire aussi: Témoignages d'avortement
Initiatives et Perspectives d'Avenir
L'exemple du groupe LDLC : un congé IVG en entreprise
Le groupe LDLC a mis en place un « congé IVG » permettant à ses collaboratrices d'obtenir deux jours de congé rémunérés par l'entreprise en cas d'IVG. Bien qu'aucune employée n'ait encore sollicité ce congé, cette initiative témoigne d'une prise de conscience de la nécessité de soutenir les femmes ayant recours à l'IVG.
La nécessité de briser le tabou et de sensibiliser
Laurence Rossignol souligne l'importance de briser le tabou dans l'espace public : « Si nous les femmes gardons le secret, on n'avancera pas. » De même, il est essentiel de sensibiliser les entreprises et les professionnels de santé aux répercussions de l'IVG sur le plan professionnel.
La proposition d'un congé IVG : une revendication pour l'égalité
De nombreux acteurs de la société civile, tels que des journalistes, des avocates et des entrepreneures, appellent à la création d'un congé IVG afin de légitimer et d'affirmer ce droit fondamental. Un tel congé permettrait aux femmes d'avorter sans honte ni perte de salaire, et contribuerait à lutter contre la stigmatisation persistante.
L'inscription de l'IVG dans la Constitution : une avancée symbolique
L'inscription de la « liberté garantie » à la femme d'avoir recours à l'avortement dans la Constitution française est une avancée symbolique qui réaffirme l'importance de ce droit. Cependant, il reste encore de nombreux obstacles à surmonter pour garantir un accès à l'IVG dans des conditions adéquates, notamment sur le plan professionnel.
IVG après 30 ans : une culpabilité accrue ?
Les femmes qui ont recours à l'IVG après 30 ans peuvent ressentir une culpabilité plus importante, liée aux diktats sociaux qui associent l'épanouissement féminin à la maternité. Johanna, 36 ans, témoigne : « Il y a encore des membres de ma famille qui ne sont pas au courant… » Margot, 31 ans, a ressenti un jugement de la part du personnel médical : « Par les gestes et les regards qu’il a eus, c’est comme si le radiologue me disait : 'mais qu’est-ce que vous faites là, à votre âge ?'. »
Lire aussi: Être enceinte à 38 ans : témoignages
Le Dr Luis Alvarez, psychiatre, souligne que les jugements peuvent être sévères et renforcer le sentiment de culpabilité et de regret, ce qui peut aggraver les réactions émotionnelles après un avortement. De même, 25% des femmes de plus de 35 ans expriment une inquiétude accrue à propos de leur fertilité future, après une IVG.
L'importance du Soutien Social et Psychologique
Le soutien social, qu'il soit familial, conjugal ou médical, joue un rôle essentiel dans la gestion des effets psychologiques de l'IVG. Le Dr Alvarez souligne que les femmes qui ont bénéficié d'un soutien post-IVG signalent une réduction de 50% des symptômes dépressifs. De même, certaines femmes peuvent avoir besoin d'une aide psychologique, notamment à travers des thérapies cognitives et comportementales.
Il est également important de tordre le cou aux fausses croyances et de fournir aux femmes une information médicale claire et loyale sur l'IVG.
Parcours d'IVG : Un Parcours du Combattant ?
Le témoignage d'Alison illustre les difficultés que peuvent rencontrer les femmes dans leur parcours d'IVG : refus de médecins de pratiquer l'IVG, manque d'information sur les différentes méthodes d'avortement, remarques choquantes de la part du personnel médical.
Ces difficultés soulignent la nécessité de renforcer l'accès à l'IVG et d'améliorer l'accompagnement des femmes.
tags: #témoignages #carrière #professionnelle #et #IVG
