Le Téléthon, événement caritatif emblématique, joue un rôle crucial dans le financement de la recherche sur les maladies génétiques rares. Parmi les nombreuses initiatives soutenues, les essais cliniques basés sur l'utilisation de cellules souches embryonnaires suscitent un espoir considérable, notamment dans le domaine de la lutte contre la cécité. Un exemple concret de cette avancée est l'essai clinique mené à l'Institut de la vision à Paris, qui explore une nouvelle approche thérapeutique pour les rétinites pigmentaires.
L'espoir suscité par le Téléthon : Le témoignage de Pierre-Alexandre
En ce jour de novembre, à l’Institut de la vision, Pierre-Alexandre, un jeune batteur professionnel de 24 ans, témoigne de son expérience. Atteint d’une forme de rétinite pigmentaire, une maladie génétique qui entraîne une dégénérescence progressive de la vue, il a vu sa vue se dégrader rapidement à partir de l’âge de 8 ans. Pour lui, comme pour son frère également atteint de rétinite pigmentaire, le Téléthon est un rendez-vous "indispensable" et "précieux".
Pierre-Alexandre, suivi au centre d’investigation clinique de Strasbourg, exprime son espoir face à l’essai clinique présenté à l’Institut parisien. "Ça me donne aussi l’espoir qu’un jour je puisse bénéficier d’un médicament." Bien qu’il ne fasse pas partie des douze patients inclus dans cet essai prometteur, il pense surtout aux "générations futures" qui pourront profiter de ces avancées.
Un essai clinique innovant financé par l'AFM-Téléthon
L’essai clinique en question, entièrement financé par l’AFM-Téléthon, représente un coût de 150.000 euros par patient, soit 1,8 million d’euros au total. La chercheuse Christelle Monville souligne que "comme c’est un essai innovant, il nécessite de prendre un risque financier et, pour cela, les associations sont moins frileuses que les institutions".
Cet essai clinique est le fruit de plus de dix années de recherche. Tout a commencé en 2008, à l’I-Stem à Évry (Essonne), le plus grand laboratoire français dédié aux cellules souches, né en 2005 sous l’impulsion de l’AFM-Téléthon et de l’Inserm. C’est dans ce cadre qu’une rencontre entre Christelle Monville, José-Alain Sahel et Olivier Goureux, de l’Institut de la Vision, fait naître une idée : soigner des pathologies de la rétine avec des cellules souches embryonnaires.
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La thérapie cellulaire : une approche révolutionnaire
La thérapie cellulaire consiste à greffer des cellules pour réparer ou régénérer un organe ou un tissu endommagé. Dans le cas de la rétinite pigmentaire, l’objectif est de remplacer les cellules de l’épithélium pigmentaire rétinien (EPR), situées à l’arrière de la rétine, qui protègent les photorécepteurs. La dégénérescence de ces cellules entraîne la perte progressive de la vision.
Il existe trois types de cellules souches utilisées en thérapie cellulaire :
- Les cellules souches "adultes" : Elles sont capables de se régénérer mais ont une capacité de différenciation limitée.
- Les cellules embryonnaires : Elles se trouvent dans l’embryon lorsqu’il est âgé de 5 à 7 jours. Faciles à cultiver et à différencier, elles peuvent proliférer à l’infini.
- Les cellules souches pluripotentes induites : Elles permettent, à partir de cellules souches adultes, de produire des cellules souches qui ont les mêmes propriétés que celles embryonnaires.
L’équipe de Christelle Monville, à l’I-Stem, a réussi à produire des cellules d’épithélium pigmentaire rétinien à partir de cellules souches embryonnaires. À partir de ces cellules, l’équipe arrive à fabriquer un "patch" qui, greffé sous la rétine, a pour objectif de restaurer la vision des patients dont les photorécepteurs se dégradent.
Développement technique et premiers résultats
De 2014 à 2017, les chercheurs de l’I-Stem et de l’Institut de la Vision ont collaboré pour mettre ce médicament au point, le faire coïncider avec des normes très strictes mais aussi développer une technique et des outils nécessaires à sa greffe. En 2018, des études précliniques sur des rats ont montré son efficacité puis l’innocuité de l’acte chirurgical et sa faisabilité chez des primates non-humains.
En septembre 2019, l’essai a ainsi pu débuter chez les malades à l’hôpital des Quinze-Vingts à Paris. Si seulement deux patients ont déjà été greffés, les chercheurs et le chirurgien qui les opèrent sont optimistes : "In vivo, le patch est fonctionnel ; si cela se confirme, d’autres maladies pourraient probablement en bénéficier."
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I-Stem : Un acteur majeur de la recherche sur les cellules souches
I-Stem, le laboratoire de l’AFM-Téléthon dédié aux cellules souches, joue un rôle essentiel dans le développement de ces thérapies innovantes. 900 mètres carrés de laboratoires sont ainsi dédiés à la recherche et au développement. Les équipes y travaillent sur des maladies du muscle, de la peau, de la rétine mais aussi celles liées à des anomalies du développement du système nerveux central.
En 2018, l’I-Stem a été financé à hauteur de 4,5 millions d’euros par l’AFM-Téléthon, soit 58% de son budget total.
Le Téléthon : un engagement de longue date pour vaincre les maladies génétiques
L’AFM-Téléthon est née de la volonté de familles touchées par la myopathie de Duchenne, une maladie génétique qui provoque la dégénérescence progressive des muscles. La présidente de l’AFM-Téléthon, Laurence Tiennot-Herment, a été élue à ce poste quelques jours seulement après le décès de son fils, Charles-Henri, atteint de cette maladie.
"La mort programmée est inacceptable, c’est inconcevable qu’une maladie tue sans qu’il n’y ait de solution thérapeutique", explique-t-elle aujourd’hui pour motiver son engagement de longue date. Voilà pourquoi il faut "de l’audace, de l’inventivité et du courage pour faire avancer la recherche et trouver des solutions pour les malades" mais aussi, et surtout, de l’argent.
Un changement d'échelle nécessaire
"Avec ce prochain Téléthon, on doit passer à un nécessaire changement d’échelle. On doit pouvoir multiplier les essais chez l’homme. Car encore 95% des maladies rares n’ont pas de traitement, déplore-t-elle. Ce qui marche pour cinq maladies doit pouvoir marcher pour cinquante, c’est un enjeu de santé publique."
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Le Téléthon en chiffres
La 38e édition du Téléthon se tiendra les 29 et 30 novembre. Cette année c’est Sacha qui en sera l’un des ambassadeurs principaux. Le petit garçon âgé de 8 ans est atteint d’une myopathie de Duchenne, la maladie « emblématique » du Téléthon. Sacha est l’un des patients d’un essai clinique d’une thérapie génique développée par Généthon, le laboratoire de l’AFM-Téléthon.
L’argent récolté par le Téléthon, près de 93 millions d’euros l’année dernière, doit être réparti entre de nombreuses entités. L’AFM-Téléthon finance 200 à 300 projets par an, principalement grâce aux dons issus du Téléthon, et chapeaute une vaste galaxie de structures qui s’attellent à traiter les maladies génétiques, de la recherche à la production de médicaments.
Les biothérapies : une révolution thérapeutique
Parce que la pharmacologie classique n’offrait aucune perspective aux maladies génétiques rares longtemps considérées comme incurables, l’AFM-Téléthon impulse, depuis de nombreuses années notamment grâce aux dons du Téléthon, le développement de thérapies innovantes issues des connaissances récentes en génétique ou biologie cellulaire : les biothérapies.
Une biothérapie est un traitement qui se base sur des médicaments biologiques, ou des médicaments biotechnologiques. Il en existe plusieurs sortes :
- La thérapie génique, qui consiste à réparer un gène défectueux ou à réintroduire un gène fonctionnel dans l’organisme.
- La thérapie cellulaire, qui consiste à injecter une cellule ou un patch cellulaire pour réparer les organes et restaurer une fonction.
- La pharmacogénétique
Ces stratégies thérapeutiques nouvelles ouvrent des perspectives pour traiter des maladies fréquentes. La recherche médicale avance.
Thérapie génique : des gènes-médicaments
La thérapie génique constitue l’une des voies privilégiées pour traiter les maladies génétiques mais également certains cancers. Elle consiste à insérer, dans les cellules du malade, une version normale d’un gène qui ne fonctionne pas et cause la maladie. Le gène fonctionnel permet alors au patient de produire à nouveau la protéine dont la déficience était la source de la maladie.
Pour réussir l’opération, trois conditions doivent être remplies :
- Connaître le gène responsable de la maladie, soit la fonction de ce gène, afin de pouvoir « réparer » la cellule.
- Permettre au gène d’atteindre et entrer dans la cellule à l’aide d’un « vecteur », le plus souvent un virus que l’on a rendu inoffensif pour le malade.
- Associer le gène à un « promoteur », une petite séquence d’ADN qui permet son fonctionnement une fois au sein de la cellule.
Pionnière dans le domaine de la thérapie génique, l’AFM-Téléthon s’est dotée d’équipes spécialisées dans la conception, le développement et la fabrication de ces « gènes-médicaments », notamment à travers son laboratoire Généthon.
Thérapie cellulaire : des cellules pour régénérer les organes
La thérapie cellulaire consiste à greffer des cellules pour réparer ou régénérer un organe ou un tissu endommagé. La thérapie cellulaire repose sur trois types de cellules souches :
- Les cellules souches dites « adultes » sont des cellules capables de se régénérer, comme celles du foie, de la surface des intestins, des muscles… Elles participent au renouvellement de nos tissus. Elles peuvent être prélevées sur le patient, être cultivées puis réinjectées, sans risque de rejet. En revanche, elles ont une capacité de différenciation limitée et elles sont assez rares et difficiles à isoler et à cultiver.
- Les cellules souches dites « embryonnaires » se trouvent dans l’embryon lorsqu’il est au stade de quelques cellules. Faciles à cultiver et capables de proliférer à l’infini, elles peuvent se transformer en tout type de cellules spécialisées : de peau, de muscle, d’intestin, de veine…
- Les cellules souches pluripotentes induites (cellules iPS) permettent depuis 2007 à partir de cellules souches adultes de produire des cellules souches ayant les caractéristiques des cellules souches embryonnaires. De nombreux programmes de recherche leur sont consacrés.
I-Stem, le laboratoire de l’AFM-Téléthon dédié aux cellules souches, poursuit ses travaux visant à la mise au point de traitements applicables aux maladies rares monogéniques, à l’aide des cellules souches.
Un essai clinique de thérapie cellulaire pour les rétinites pigmentaires, STREAM, est en cours avec l’Institut de la Vision (Paris). Premier essai français de thérapie cellulaire pour traiter la rétine, il a permis de greffer un pansement cellulaire obtenu à partir de cellules souches embryonnaires humaines dérivées en cellules épithéliales, chez sept patients atteints de rétinite pigmentaire.
Un second programme de thérapie cellulaire, PACE, pour les ulcères cutanés drépanocytaires, est en phase préclinique. D’autres programmes prolongent cette dynamique, notamment GENESIS, un essai prévu en 2027 en partenariat avec Urgo, visant à créer une peau artificielle à partir de kératinocytes issus de cellules souches pour le traitement d’ulcères drépanocytaires.
Par ailleurs, Istem développe des modèles cellulaires et organoides pour tester grâce à des robots de criblage à haut débit des molécules existantes et pouvant avoir un effet thérapeutique dans des maladies rares . Ainsi, le projet européen Dreams coordonné par Istem vise à identifier des molécules d’intérêt pour 5 maladies rares en alliant criblage à haut débit et intelligence artificielle.
Les biothérapies pour les maladies plus fréquentes
Il existe de nombreuses passerelles entre la recherche sur des maladies parfois très rares et des maladies fréquentes. Les biothérapies à l’essai aujourd’hui pour les maladies rares, peuvent demain concerner beaucoup d’autres pathologies. Fidèle à sa stratégie d’intérêt général, l'AFM-Téléthon encourage l'émergence de thérapies innovantes qui ouvrent des perspectives à la médecine dans son ensemble.
Le premier succès de la thérapie génique pour les bébés-bulle, ces enfants privés de système immunitaire, a permis la mise au point de thérapies géniques (cellules car-T) pour différents cancers (lymphomes, leucémies, myélomes).
La progéria, maladie ultra-rare, caractérisée par un vieillissement accéléré, partage des mécanismes communs avec le vieillissement physiologique et le vieillissement induit par les chimiothérapies anticancéreuses ou trithérapies anti-sida. Les options thérapeutiques de la progéria ouvrent donc des perspectives qui concernent l’ensemble de la population.
La β-thalassémie, maladie génétique rare affectant les globules rouges, est due au même gène que la drépanocytose qui concerne une large proportion de la population africaine, afro-américaine, méditerranéenne et asiatique.
I-Stem : un laboratoire dédié à la thérapie cellulaire
I-Stem était en gestation depuis plus d’un an dans cette attente, avec l’idée fondatrice que les forces scientifiques devaient être concentrées, géographiquement et sur une thématique bien cernée. Face au retard reconnu comme irrattrapable sur les mécanismes biologiques caractéristiques de ces cellules, le choix fut fait, en accord avec les deux tutelles, de passer immédiatement à l’étape ultérieure, l’application thérapeutique, et de cibler spécifiquement les maladies génétiques.
La première équipe, composée d’une vingtaine de chercheurs, correspondait à la première phase, de « lancement » qui a duré 2 ans. Elle a été financée par quatre partenaires dont 3 associés institutionnellement (Inserm, UEVE, AFM) et le quatrième (Genopole) qui a donné son appui à l’opération. Au cours de l’année 2006, les évaluations positives de l’Inserm et de l’AFM ont permis la création des deux entités administratives présentes jusqu’à ce jour à I-Stem, l’Unité Inserm 861 (mixte avec l’University d’Evry, UEVE) et le Centre d’Etude des Cellules Souches (CECS).
A partir de 2010, le développement d’I-Stem s’est poursuivi sur la base d’un effectif stabilisé (entre 70 et 80 collaborateurs) atteint en 2009. L’objectif prioritaire mis en avant dans ce plan stratégique était la préparation du passage à l’essai clinique des résultats obtenus en pré-clinique par les équipes d’I-Stem. Le 4ème plan stratégique d’I-Stem a coïncidé avec la migration de l’Institut dans des locaux flambant neufs, offerts par le Genopole dans le cadre du CRCT (Centre de Recherche Clinique et Translationnelle).
Nous y occupons en propre 1600 mètres carrés, dont la moitié répartis en 4 zones expérimentales de 200 mètres carrés chacune, respectivement consacrées à la culture des cellules humaines (laboratoires confinés L2), à la biologie « sèche » (biochimie et biologie moléculaire), aux technologies robotiques de production et d’analyse, et aux secteurs support (microscopie, cryopréservation, serveurs, etc…). L’autre moitié du laboratoire est occupée par les secteurs bureaux (80 personnes), le magasin et les espaces de vie et de circulation.
Ces programmes se déroulent dans le cadre législatif et éthique en vigueur, sous le contrôle de l’agence de la biomédecine. Les recherches sur les cellules souches offrent des pistes prometteuses parmi d’autres que l’AFM-Téléthon ne peut pas négliger. Fin août 2011 la même équipe franchit une nouvelle étape. Elle réussit à obtenir des cellules qui pigmentent la peau et la protègent des rayons UV, les mélanocytes.
L’équipe a développé des protocoles de différenciation de cellules souche embryonnaires en cellules de la rétine (cellules noires que l’on voit dans la pupille). Puis elle a constitué un « patch cellulaire ». Greffé sous la rétine, ce patch vise à améliorer la vision de patients souffrant de rétinites pigmentaires. Un 1er essai clinique pour traiter l’insuffisance cardiaque en utilisant les cellules souches embryonnaires a eu lieu en 2014-2015. C’était une 1ère mondiale. En France, environ 1 million de personnes souffrent d'insuffisance cardiaque chaque année.
Le laboratoire I-Stem travaille également sur les cellules iPS, des cellules souches adultes reprogrammées génétiquement, de façon à leur conférer des propriétés similaires à celles des cellules souches embryonnaires.
Un seul objectif : aboutir à des traitements pour les malades
D’autres voies de traitements comme les thérapies géniques ou la pharmacologie classique sont également soutenues par l’AFM-Téléthon. Quelles que soient les pistes d’investigation, l’Association veille scrupuleusement à ce que chaque euro dépensé en matière de recherche médicale soit affecté aux programmes les plus prometteurs et les plus susceptibles d’aboutir à des traitements pour les malades.
"Je travaille à I-Stem depuis 20 ans et avec les années passées à explorer des axes thérapeutiques pour le traitement de maladies rares, le combat de l’AFM-Téléthon est devenu le mien. Mon raisonnement est simple : si ces enfants ont la force de combattre leur maladie, je me dois d’avoir la force de chercher un moyen de les aider."
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