L'accouchement par césarienne est une intervention chirurgicale qui a pour but de faire naître un enfant en pratiquant une incision à travers l'abdomen et l'utérus de la mère. Bien que cette procédure puisse sauver des vies dans certaines situations, son utilisation excessive est devenue une préoccupation de santé publique en Algérie et dans le monde.
Un Recours Exagéré à la Césarienne
En Algérie, le recours à l’accouchement par césarienne est considéré comme exagéré. La césarienne est devenue monnaie courante dans les cliniques privées, où elle est effectuée dans près de 70 % des cas. Cette pratique est d'autant plus préoccupante que des études ont démontré que l’accouchement par césarienne est associé à un risque élevé de complications graves pour la mère, contrairement à l’accouchement par voie basse, en particulier chez les femmes de 35 ans et plus.
Le président de l’Association nationale des gynécologues-obstétriciens libéraux (ARGOPC), Dr Abdenour Youcef Khodja, a souligné que le recours à la césarienne était une pratique mondiale, devenue toutefois «exagérée» en Algérie, en ce sens que le nombre d’accouchements selon cette pratique oscille entre 60 et 70 % dans le pays.
Comparaison avec les Normes Internationales
Le chef du service de gynécologie-obstétrique à l’Etablissement hospitalo-universitaire Nafissa-Hamoud (ex-Parnet), Pr Mokrane Medjtoh, a précisé que l’accouchement par césarienne dans les pays du Nord connaissait un taux «très faible», rappelant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser 15 % des accouchements par césarienne dans chaque pays.
Les Causes de l'Augmentation du Taux de Césarienne
Plusieurs facteurs peuvent expliquer l'augmentation du taux de césarienne en Algérie :
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- Préférences des femmes : Certaines femmes préfèrent accoucher par césarienne pour éviter les douleurs de l'accouchement par voie basse.
- Manque de formation : Il existe «un manque de formation et de formateurs parmi les sages-femmes et les médecins spécialistes». Le Dr. Abdenour Youcef Khodja a appelé à renforcer et à perfectionner la formation pour assurer un accouchement sans risques.
- Motivations financières : Le Pr Mokrane Medjtoh a souligné que le secteur privé cherche à réaliser un gain facile à travers la césarienne. En effet, les césariennes rapportent plus que les accouchements par voie basse. Programmables et plus rapides, elles facilitent la gestion des établissements de santé. Les médecins chercheraient donc à modifier le parcours thérapeutique de leurs patientes pour favoriser le recours à cette pratique, dans le but de maximiser leurs propres revenus.
- Facteurs non médicaux : Le niveau de richesse et d’éducation influent la décision de césarienne. Plus les femmes sont riches et instruites, plus leurs probabilités d’accoucher dans le privé et de subir une césarienne sont élevées.
- Âge tardif du mariage : S’agissant de la difficulté de la procréation auprès de certains couples, Dr Youcef Khodja, également membre du Conseil national de déontologie médicale, a imputé ce problème à l’âge tardif du mariage de la femme ces dernières années, ainsi qu’à certaines maladies et autres facteurs environnementaux.
- Amélioration des soins obstétricaux : L'amélioration des soins obstétricaux permettant le diagnostic des pathologies maternelles explique l'augmentation progressive du taux de césariennes.
- Césariennes sur utérus cicatriciel : L'augmentation des césariennes sur utérus cicatriciel est un facteur important.
- Raisons médico-légales : Les césariennes de précaution pour des raisons médico-légales contribuent également à l'augmentation du taux.
Les Conséquences Négatives d'un Taux de Césarienne Élevé
Le recours excessif à la césarienne peut entraîner des conséquences néfastes pour la mère et le nouveau-né :
- Complications médicales : L’accouchement par césarienne peut entraîner des complications, voire même le décès pendant ou après l’accouchement aussi bien de la maman que du nouveau-né.
- Mortalité maternelle : Le taux de décès maternel après un accouchement par césarienne serait 50 fois plus élevé en Afrique que dans les pays à haut revenu. Près d'une femme sur 200 décéderait après une césarienne en Afrique.
- Complications pendant l'intervention chirurgicale : Les femmes africaines ont présenté près de trois fois plus de complications pendant l'intervention chirurgicale que les femmes des pays à haut revenu. Les mères qui ont des complications placentaires préopératoires, une rupture de l'utérus, des saignements avant la naissance, des saignements obstétricaux sévères au cours de la chirurgie sont plus susceptibles de mourir après ou au cours d'une césarienne.
- Coût financier : La césarienne est plus coûteuse que l'accouchement par voie basse.
- Mobilisation des ressources : Elle mobilise inutilement des praticiens en sous-effectif et des blocs opératoires rares, alors qu’au même moment une urgence vitale pourrait se présenter.
Mortalité Maternelle et Césarienne en Afrique Subsaharienne
Une étude menée par des chercheurs de plusieurs universités africaines sur 3.684 femmes ayant accouché par césarienne pendant sept jours en 2016 dans 22 pays d’Afrique sub-saharienne a révélé des résultats alarmants. Les chercheurs ont enregistré 20 décès maternels ou néonataux (28 jours après l’accouchement) sur les 3.684 césariennes prises en compte, ce qui correspond à 5,43 décès pour 1.000 opérations.
Les trois quarts des césariennes ont été faites en urgence (2.867 femmes soit 78,2% des cas). Les mères qui ont des complications placentaires préopératoires, une rupture de l'utérus, des saignements avant la naissance, des saignements obstétricales sévères au cours de la chirurgie sont plus susceptibles de mourir après ou au cours d'une césarienne.
Pour diminuer ces taux élevés de mortalité maternelle, le professeur Bruce M. Biccard, co-auteur de l’étude et spécialiste en anesthésie à l’université du Cap en Afrique du sud, préconise ici une meilleure identification précoce de risque de saignement et une utilisation moins restrictive des traitements de l'hémorragie post-partum. De même, "améliorer l'accès à la chirurgie - et la sécurité de cette procédure - pourrait permettre aux patientes de se présenter plus tôt et d'éviter des complications et des décès", confie-t-il à l’AFP.
Le Développement des Services de Santé Privés et les Pratiques Duales des Médecins
Le recours à cette pratique augmente en parallèle de l’implantation d’acteurs privés dans le monde de la santé. Au cours des deux dernières décennies, de nombreux pays en développement ont connu une augmentation de la part du secteur privé dans leur système de santé. Face au sous-investissement - voire au désengagement - des États, des acteurs privés ont progressivement émergé pour répondre aux insuffisances du secteur public, par exemple en termes d’accès et de temps d’attente.
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Dans le but de maximiser leurs revenus, une part grandissante de médecins algériens partagent leur emploi du temps entre les secteurs privé et public, voire même quittent définitivement le secteur public.
Dans leur étude, Ahcène Zehnati, Marwân-al-Qays Bousmah et Mohammad Abu-Zaineh mettent en avant qu’en Algérie, le nombre de césariennes effectuées dans le secteur privé est bien plus élevé que dans le secteur public : seulement 7 % des femmes ayant accouché dans un établissement de santé publique ont subi une césarienne, contre 53 % dans le privé. Les chercheurs révèlent ainsi une forte corrélation entre lieu et mode d’accouchement.
Solutions et Recommandations
Face à ce constat alarmant, il est impératif de prendre des mesures pour réduire le taux de césarienne en Algérie et garantir la sécurité des mères et des nouveau-nés. Voici quelques pistes de solutions :
- Sensibilisation et information : Informer les femmes enceintes sur les risques et les bénéfices de la césarienne et de l'accouchement par voie basse. Alexandre Dumont a observé que cette simple délivrance d’informations, si elle est bien dispensée, peut faire diminuer de 25 % le nombre de césariennes pratiquées dans un hôpital.
- Formation du personnel médical : Renforcer la formation des sages-femmes et des médecins spécialistes en matière d'accouchement par voie basse et de gestion des complications obstétricales.
- Réglementation du secteur privé : Le gouvernement algérien tente aujourd’hui de réguler les services de santé privés, force est de constater qu’il faut agir davantage. Mettre en place un cadre juridique approprié pour mieux coordonner les activités des services privé et public, et ainsi renforcer leur complémentarité.
- Amélioration de la qualité des soins : Assurer un meilleur suivi de la grossesse et recourir à l’accouchement naturel au lieu de la césarienne.
- Révision de l'expertise médicale : Concernant les affaires introduites en justice pour erreurs médicales, les spécialistes ont appelé à la nécessité de «réexaminer l’expertise médicale avant d’accuser et poursuivre le praticien, laquelle n’est pas souvent soumise à l’avis des spécialistes, ce qui entraînerait l’emprisonnement de médecins en raison de complications médicales dont ils ne sont pas responsables».
- Amélioration de l'accès aux soins : Améliorer l'accès à la chirurgie - et la sécurité de cette procédure - pourrait permettre aux patientes de se présenter plus tôt et d'éviter des complications et des décès.
- Consultation prénatale : L'accouchement des femmes enceintes par consultation prénatale permet de poser un diagnostic précoce des pathologies maternelles pendant la grossesse, réduisant ainsi davantage le taux de césariennes d'urgence, source de complications et de mortalité materno-fœtale.
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