L'art contemporain ne cesse de repousser les limites de la créativité, explorant des matériaux et des concepts inédits pour interroger notre perception du monde. L'utilisation du silicone, la représentation du corps humain et la notion de métamorphose sont autant de thèmes qui traversent les œuvres d'artistes contemporains. Cet article se propose d'explorer ces thématiques à travers le prisme de différentes expositions et démarches artistiques.
Marlie Mul : Silicone, spermatozoïdes et sculptures anthropomorphiques
Marlie Mul, artiste néerlandaise basée à Bruxelles, explore le silicone comme matériau de base dans ses sculptures et installations. Son exposition 3D, présentée à Montpellier, rassemble plusieurs séries d'œuvres qui témoignent de son intérêt pour les multiples variations offertes par ce médium.
Une micro-fiction sculpturale
En regardant de la rue par la vitrine, le passant assiste à une micro-fiction, comme lorsqu’on observe les intérieurs éclairés dans la nuit. Les sculptures semblent déambuler dans l’espace d’exposition, elles regardent les autres œuvres, discutent entre elles, donnent leur opinion et émettent des critiques, comme si elles se trouvaient dans la position des visiteurs.
Hybridation et anthropomorphisme
Le premier ensemble de sculptures présenté par Marlie Mul est particulièrement frappant. Il s'agit de sculptures hybrides entre spermatozoïdes surdimensionnés et crânes d’hommes dégarnis, dont les cheveux restants ont été implantés à la main par l’artiste. Ces sculptures, aux attributs anthropomorphiques, accueillent les visiteurs à l’entrée de l’exposition.
Dialogue et correspondances
Se propageant à travers la suite de salles jusqu’à l’étage, les séries suivantes poursuivent cet esprit de dialogue, les œuvres se mêlant les unes aux autres, à partir de rapports formels, de connivences chromatiques, ou parce qu’elles évoquent d’étranges correspondances. On trouve des photogravures en noir et blanc, représentant les sculptures en forme de spermatozoïdes en train d’être conçues dans l’atelier dans Unnamed (Scalp) : leurs portraits photographiques en deux dimensions.
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Transformation et fluidité
Alors que ces œuvres obtiennent leur forme à partir d’un moule typique, celles de la série Unnamed Charms, sont réalisées grâce à de fines feuilles de silicone pliées, écrasées et transpercées, parfois parsemées de faux cheveux, agrémentées de petits os en plastique ou de breloques. Objets à la symbolique et à la fonction inconnues, ils semblent débarqués d’une autre dimension où leur utilité serait avérée, et la présence des cheveux comme des os, fondée par un usage précis. Leurs plis sont empalés à l’aide d’une tige d’acier inoxydable que l’on retrouve dans les séries des Larges Charms et Pouch pour lesquelles les feuilles de silicone se déploient dans des sortes de bas-reliefs mous. Le terme 3D évoque la mutation, le changement d’état plus que la rigidité ou la supposée permanence de la sculpture. C’est aussi un terme simple, voir laconique, galvaudé qui se perd dans sa polysémie technologique : l’imagerie 3D, l’impression 3D… Pourtant chez Marlie Mul, 3D nous ramène à la solidification de la matière, à la présence physique des corps et à la création de formes à partir de fluides.
Parcours et influences
Marlie Mul (née en 1980 aux Pays-Bas, vit et travaille à Bruxelles) a étudié la mode et le design textile, les beaux-arts, ainsi que l’histoire et la théorie de l’architecture. Sa pratique oscille entre la sculpture, l’impression, la peinture, la mode, le graphisme, la pédagogie, l’écriture, la distribution, l’expérimentation dans le branding, et l’organisation de diverses plateformes, telles que ses projets HERMANY et PMS. Son travail a déjà fait l’objet d’expositions individuelles et collectives dans des institutions renommées.
L'art et les fluides corporels : transgression et subversion
L'utilisation des fluides corporels dans l'art est une pratique qui remonte à plusieurs décennies et qui continue de susciter des réactions contrastées. Des artistes tels qu'Andy Warhol, Pierre Molinier et Jordan McKenzie ont exploré cette voie, interrogeant les tabous et les conventions sociales.
Jordan McKenzie : l'intime et le corporel
Jordan McKenzie, artiste contemporain, utilise son propre sperme pour créer des peintures abstraites. Son exposition "Spent" à Londres présente un ensemble de toiles souillées par ses soins, immortalisant ainsi un acte intime et corporel.
Une démarche artistique assumée
McKenzie revendique sa démarche artistique, expliquant qu'il souhaite tenir un journal très intime des événements. Il refuse toutefois de transformer son travail en une performance exhibitionniste, estimant que les peintures suffisent à établir le lien avec l'acte physique.
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Influences et références
McKenzie cite Pierre Molinier comme une influence, soulignant que ce dernier mélangeait son sperme à ses peintures pour y mettre le meilleur de lui-même. Il insiste également sur le rôle du corps dans la création artistique, au-delà de la main, de l'œil et du cerveau.
Réactions et interprétations
Les œuvres de McKenzie suscitent des réactions négatives, allant de l'incompréhension à l'indignation. L'artiste se dit surpris de constater que l'utilisation des fluides corporels soit toujours un sujet qui fasse la une, particulièrement dans un contexte artistique. Il rappelle que d'autres artistes, tels que Manzoni, Warhol et Helen Chadwick, ont également exploré cette voie.
Andy Warhol : l'oxydation et l'abstraction
Dans les années 1970, Andy Warhol a réalisé une série de peintures abstraites intitulées "Oxidation", "Piss" et "Cum", en utilisant l'urine et le sperme de ses amis et assistants. Ces œuvres, qui parodient la démarche de Jackson Pollock, marquent un tournant dans la carrière de Warhol, qui cherchait à renouveler sa pratique artistique.
Un traumatisme et une inspiration
Cette période créative fait suite à l'attentat dont Warhol a été victime en 1968, lorsqu'une militante féministe lui a tiré dessus. L'artiste, meurtri par son corps criblé de cicatrices, se met à travailler sur des peintures représentant des torses d'hommes et des parties génitales. C'est dans ce contexte que les œuvres "Oxidation", "Cum" et "Piss" ont vu le jour.
Un processus collectif
Pour réaliser ces œuvres, Warhol demandait à ses volontaires d'uriner et d'éjaculer directement sur des toiles blanches immaculées, dorées ou cuivrées posées par terre. La rencontre chimique entre l'acidité contenue dans l'urine et le métal infusé dans la peinture cuivrée donnait une oxydation particulière, un motif abstrait aux tons jaunes, verts et oranges.
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Une portée politique
À les contempler des décennies plus tard, il est indéniable d’interpréter Oxidation, Cum et Piss comme des œuvres politiques, allant à l’encontre du machisme, de la virilité exacerbée, du puritanisme, de la morale religieuse, alliant la « basse culture » des bains gays underground avec la « haute culture » de l’art contemporain élitiste, d’après l’analyse de la critique Rosalind Krauss.
Jan Fabre : métamorphose et matériaux organiques
Jan Fabre, artiste plasticien belge, explore la notion de métamorphose à travers des sculptures, des dessins, des installations et des performances. Il utilise des matériaux organiques tels que le verre et l'os, qui représentent la dureté et la fragilité de la vie.
Verre et os : fragilité et solidité
Fabre travaille avec le verre et l'os depuis 1977. Ces deux matériaux partagent des caractéristiques : ils sont tous deux fragiles et solides. L'artiste explique que la beauté a toujours un côté réconfortant, mais dans le même temps elle provoque des blessures.
Le bleu : une couleur symbolique
Le verre utilisé par Fabre est souvent recouvert d'encre bleue. Cette couleur, traditionnellement associée à la Vierge, est obtenue à partir de stylos Bic découpés. Fabre apprécie la couleur industrielle et chimique de ces stylos, ainsi que leur caractère économique.
L'influence de Jean-Henri Fabre
L'œuvre de Jan Fabre est également influencée par les écrits de l'entomologiste français Jean-Henri Fabre. L'artiste a été marqué par le travail scientifique de ce dernier, qui est de la pure observation. Le scarabée, un insecte souvent présent dans les œuvres de Fabre, est un emblème du passage de la vie à la mort.
Subversion et héritage flamand
Fabre se considère comme un nain né dans un pays de géants, élevé à côté de Rubens, Van Eyck, Van Dyck, Bosch, Van der Goes. Il estime que ces maîtres sont inspirants dans leur démarche. Il souligne que l'art flamand est génétiquement subversif, car les artistes belges et flamands se sont construits en dehors du radar du pouvoir.
Archibald Thorburn : une curiosité picturale
Archibald Thorburn, artiste peintre, est connu pour son tableau "Spermatozoïde et baleine en bouteille", une œuvre singulière qui mêle nature et imagination. Cette peinture à l'huile, caractérisée par son style unique et ses détails saisissants, illustre la virtuosité de l'artiste.
Reproduction artisanale
Des reproductions artisanales de ce tableau sont disponibles, peintes à la main par des artistes talentueux en utilisant des peintures à l'huile de haute qualité et une toile en lin professionnel. Chaque œuvre combine une attention minutieuse aux détails avec une touche artistique unique, garantissant authenticité et charme.
Bruno Carbonnet : perspective et illusion
Bruno Carbonnet, artiste peintre, se révèle un passionné de la perspective. Il organise une géométrie de l'espace dont la force suggestive de la ligne et la puissance de la couleur produisent l'illusion.
Mouvance et intériorité
Bruno Carbonnet n'est que mouvance. Il ondoie dans la conversation de manière à ce que l'on ne puisse tirer aucune conclusion de ce qu'il énonce, mais invite plutôt à de nombreuses interprétations, par crainte de se voir enfermé dans un style ou de se voir affublé d'une étiquette. Bien que la vue de son atelier donne sur une gare, Bruno Carbonnet n'est pas un voyageur. Sa préoccupation principale réside dans la connaissance et la compréhension de son travail.
Accord avec soi-même
« L'important, dit-il, lorsqu'il parle de sa peinture, c'est de savoir que l'on a choisi de peindre, le reste n'est qu'une question de forme » - à laquelle il attache d'ailleurs une grande importance par le choix méticuleux des matériaux.
Par hasard : exploration de la sérendipité dans l'art
L'exposition "Par hasard", présentée à Marseille, explore la notion de sérendipité dans l'art. Elle rassemble des œuvres produites à partir des années 1970, date de la parution de "Le Hasard et la nécessité" de Jacques Monod.
Sérendipité et pratiques artistiques
Le parcours de Par hasard à la Friche est construit à partir de la notion de sérendipité. Les séquences ainsi définies renvoient parfois à des concepts communs, mais plus souvent à des pratiques, des formes, des matériaux ou des thématiques partagés.
Diversité des œuvres et des approches
L'exposition présente une grande diversité d'œuvres et d'approches artistiques, allant des installations aux photographies en passant par les sculptures et les vidéos. Elle met en lumière la manière dont les artistes utilisent le hasard, l'accident et l'imprévu dans leur processus créatif.
Artistes présentés
Parmi les artistes présentés dans l'exposition, on peut citer Sol Lewitt, Tom Johnson, Esther Ferrer, Isa Barbier, Arman, Cédric Teisseire, Roman Signer, Claude Closky, Robert Filliou, Évariste Richer, Franck Scurti, Davide Balula, Christian Jaccard, Gillian Brett, Timothée Talard, Vivien Roubaud, Virginie Sanna, Alain Fleisher, Gabriel Orozco, Marie Bovo, Mimosa Echard, Jean-Claude Ruggirello, Jennifer Douzenel et Éric Bourret.
tags: #tableau #spermatozoïde #artiste
