Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est un trouble digestif fréquent chez les nourrissons, caractérisé par la remontée du contenu de l'estomac dans l'œsophage. Bien que souvent bénin et transitoire, il peut être source d'inquiétude pour les parents. Cet article vise à informer sur les causes, les symptômes, les différents types de RGO et les traitements disponibles, afin d'aider les parents à mieux comprendre et gérer cette condition chez leur bébé.
Qu'est-ce que le Reflux Gastro-Œsophagien (RGO) ?
On parle de RGO lorsque le contenu de l'estomac remonte vers l'œsophage. Chez le bébé, cela se manifeste souvent par des régurgitations, qui surviennent généralement après un repas (la prise d'un biberon). De nombreux bébés régurgitent légèrement après avoir mangé. Mais en cas de RGO, les régurgitations sont fréquentes, et parfois abondantes. L’enfant rejette spontanément du lait par la bouche, sans effort (contrairement aux vomissements, qui s’accompagnent de contractions abdominales). Le RGO est un motif fréquent de consultation du nourrisson. Il est défini par la remontée du contenu gastrique dans l’œsophage, avec ou sans régurgitation et/ou vomissement. Les régurgitations sont des remontées extériorisées du contenu alimentaire lacté, survenant sans effort.
Symptômes du RGO chez le Nourrisson
Les symptômes du RGO chez le nourrisson peuvent varier d'un enfant à l'autre. Ils peuvent être difficiles à identifier. Voici les signes les plus courants :
- Régurgitations fréquentes et/ou abondantes : L'enfant rejette spontanément du lait par la bouche, sans effort. Très courantes chez le nourrisson, les régurgitations ne sont pas des vomissements, mais simplement des petits rejets de lait involontaires qui se produisent après la tétée. Elles sont fréquentes : deux tiers des nourrissons de 4 à 5 mois, 5 % de ceux de 10 à 12 mois.
- Pleurs : L’enfant peut être irritable ou pleurer de manière inexpliquée, notamment après la prise d’un biberon ou d’un repas. Les pleurs constituent l’un des symptômes premiers du reflux gastro-œsophagien. Ils sont généralement provoqués par une œsophagite.
- Difficultés à s’alimenter : En cas de RGO sévère, l’enfant peut refuser de se nourrir.
- Dos arqué: Le dos arqué durant ou après les repas.
- Coliques: Les coliques (des pleurs incontrôlables qui durent pendant plus de trois heures par jour et trois fois dans la semaine ou plus).
- Toux.
- Haut-le-cœur ou des difficultés à respirer.
- Irritabilité après la tétée.
- Refus de manger.
- Perte de poids ou des difficultés à prendre du poids.
- Difficulté à respirer.
- Vomissements intenses ou fréquents.
Il est important de noter que ces symptômes peuvent également être liés à d'autres conditions. Un diagnostic précis par un médecin est donc essentiel.
RGO Interne (Reflux Silencieux)
Certains bébés peuvent souffrir d'un RGO dit "interne", où le contenu de l'estomac remonte dans l'œsophage sans être régurgité. Les symptômes du RGL incluent :
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- Les problèmes de respiration
- Les étouffements
- La toux chronique
- La difficulté à se nourrir
- Les régurgitations
- La faible prise de poids ou perte de poids
Il est possible que les bébés aient un RGO et un reflux silencieux en même temps.
Causes du RGO chez le Nourrisson
Le RGO est généralement dû à l'immaturité du système digestif du bébé. En temps normal, le contenu de l'estomac est retenu par un anneau musculaire (le sphincter inférieur), situé entre l'œsophage et l'estomac. Mais chez les bébés, ce muscle est parfois immature. Le sphincter œsophagien inférieur (SOI) est un anneau musculaire entourant l’œsophage à l’entrée de l’estomac qui se relâche et se referme pour faire passer la nourriture et la garder à l’intérieur de l’estomac. C’est pour cette raison que la nourriture peut facilement remonter vers l’œsophage. En bref, le RGO survient quand le muscle du SOI s’affaiblit ou se relâche au mauvais moment. Résultat, le contenu gastrique dans l’estomac revient dans l’œsophage.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer au RGO :
- L'alimentation liquide : Lorsqu'il se nourrit, le bébé ingurgite une grande quantité de lait (lait maternel ou lait en poudre) et d'air (qu'il avale en tétant). Le jeune enfant reçoit une alimentation lactée de volume important (120 mL/kg/j).
- La position allongée : Les nourrissons et les jeunes bébés sont la plupart du temps allongés.
- Intolérance ou allergie alimentaire : Le RGO peut aussi être dû à une intolérance ou à une allergie alimentaire (aux protéines de lait de vache, par exemple). Le plus fréquent est l’allergie aux protéines du lait de vache (APLV).
- La fumée de cigarette : La fumée de tabac a une incidence directe sur le SOI et peut aggraver le reflux.
- Laryngomalacie: Une autre cause physiologique susceptible d’exacerber le RGO et de le rendre douloureux est la laryngomalacie, une condition congénitale où les tissus mous du larynx sont anormalement flasques, ce qui cause une obstruction partielle des voies respiratoires supérieures.
Types de RGO
Il existe deux principaux types de RGO :
- Le RGO physiologique (ou simple) : C'est le cas de reflux le plus courant. Bénin et temporaire, le RGO simple concerne près des 2/3 des enfants de 4 à 5 mois. Les régurgitations sont bien tolérées et l’enfant continue à s’alimenter. Elles diminuent généralement après les 12 mois de l’enfant (avec l’acquisition de la position assise et debout, et une alimentation solide). Ce type de RGO ne nécessite aucun traitement médicamenteux, et s'arrête spontanément.
- Le RGO pathologique (ou grave) : Beaucoup plus rare, il se caractérise par l’apparition de symptômes intenses (des régurgitations excessives, des douleurs, une perte de poids, des complications respiratoires…). Les remontées acides peuvent en effet provoquer une inflammation de la muqueuse de l’œsophage : on parle alors d’œsophagite. Les régurgitations contiennent des traces de sang, et le bien-être de l’enfant est fortement perturbé. Devant un tableau d’œsophagite, la cause est le plus souvent un RGO pathologique.
Diagnostic du RGO
Le diagnostic du RGO repose principalement sur l’observation des symptômes par les parents et l’évaluation clinique par un médecin. Dans la plupart des cas, un RGO physiologique ne nécessite pas d’examen complémentaire. Le diagnostic de RGO chez le nourrisson est avant tout clinique, fondé sur un interrogatoire détaillé et un examen physique. Il n’y a pas d’examen de référence permettant d’affirmer le diagnostic de RGO non compliqué du nourrisson.
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Dans certains cas, des examens complémentaires peuvent être prescrits, notamment en cas de suspicion de RGO pathologique ou de complications :
- Endoscopie œsogastroduodénale (EOGD): L’EOGD permet à la fois de diagnostiquer les complications du RGO pathologique comme les différents stades évolutifs de l’œsophagite peptique (de l’aspect d’érosions plus ou moins profondes et étendues à la présence d’endobrachyœsophage [EBO] ou d’une sténose peptique) mais aussi de poser les diagnostics différentiels comme l’œsophagite à éosinophiles grâce à l’analyse anatomopathologique des biopsies œsophagiennes.
- pH-métrie des 24 heures: Esophageal pH monitoring in children. Methodological aspects and a review of the literature related to indications.
- Transit œsogastroduodénal (TOGD): Le TOGD est un examen irradiant, non recommandé dans le diagnostic du RGO physiologique du nourrisson. Il a une place dans l’évaluation des nourrissons présentant des signes d’alerte ou des symptômes sévères et persistants pouvant faire évoquer une anomalie anatomique susceptible d’être corrigée chirurgicalement (fistule œsotrachéale, hernie hiatale, malrotation intestinale, sténose pylorique ou duodénale…).
Traitements et Prise en Charge du RGO
Le traitement du RGO dépend de l’intensité des symptômes. Dans la majorité des cas, aucun traitement médical n'est nécessaire. Le reflux gastro-œsophagien (RGO) du nourrisson est fréquent et le plus souvent physiologique. Les premières mesures de prise en charge sont non médicamenteuses.
Mesures Hygiéno-Diététiques
Adoptées au quotidien, certaines mesures simples permettent de soulager les symptômes du RGO chez le bébé. En cas de reflux gastro-œsophagien chez le nourrisson, les mesures hygiéno-diététiques constituent le premier traitement recommandé. Elles consistent à adapter l’alimentation et les habitudes quotidiennes de votre bébé pour limiter les remontées acides.
- Bien préparer les biberons : Respectez les doses recommandées par votre sage-femme ou votre médecin. Soyez vigilant au moment de la préparation : commencez par verser la bonne quantité d’eau dans le biberon (30 ml d’eau par dose de lait infantile), et ajoutez ensuite progressivement la poudre dans l’eau.
- Adapter la position de bébé : Après le repas, maintenez votre bébé en position verticale ou semi-assise pendant une trentaine de minutes (ne le couchez pas directement). Le positionnement du nourrisson en proclive est possible en évitant le décubitus latéral ou la seule surélévation de la tête chez le nourrisson endormi dans le cadre de la prévention de la mort inattendue du nourrisson (MIN). Pour limiter la pression sur l’estomac, privilégiez également des vêtements amples (notamment autour du ventre).
- Ne pas oublier le rot : Que votre enfant soit nourri au sein ou au biberon, assurez-vous qu’il expulse bien l’air avalé après chaque repas (vous pouvez aussi faire des pauses pendant le biberon ou la tétée). Faire faire un rot systématique après chaque repas permet d’évacuer l’air avalé et de réduire la pression intra-abdominale.
- Fractionner les repas : La diminution des volumes ingérés, ainsi que la modification des intervalles entre les tétées au sein ou au biberon en fonction de l’âge et du poids du nourrisson.
- Épaissir le lait : Dans le cadre d’un RGO physiologique du nourrisson ne nécessitant à première vue pas d’examen complémentaire, il convient de mettre en place une stratégie thérapeutique initiale non médicamenteuse reposant sur les épaississants du lait. Il est possible d’épaissir le lait infantile (avec une poudre épaississante ou des céréales adaptées à l’âge de l’enfant), ou d’utiliser un lait anti-reflux. Épaissir les repas avec des céréales de riz ou un épaississant spécial pour le lait adapté aux nourrissons.
- Changer l’angle du biberon: Tenez le biberon en vous assurant que la tétine soit entièrement remplie de lait pour réduire la quantité d’air avalée par bébé. Cela peut diminuer les risques de coliques, de gaz et de reflux. Optez pour un biberon doté d’une valve anti-coliques conçue pour permettre à bébé d’avaler moins d’air durant les repas.
- Dans certains cas, le médecin peut recommander un changement de lait. S’il suspecte une intolérance ou une allergie aux protéines de lait de vache, le médecin peut aussi proposer aux parents d’essayer un lait spécifique (hypoallergénique, ou sans lactose), pendant deux à quatre semaines. Si l’utilisation des épaississants et la prévention de la suralimentation sont insuffisantes pour traiter les symptômes du RGO du nourrisson, il est licite de mettre en place pendant deux à quatre semaines une éviction des protéines de lait de vache (PLV). Celle-ci est réalisée grâce à l’introduction d’un hydrolysat de PLV (HPLV) à la place du lait habituel pour le nourrisson sous lait artificiel, ou d’une formule d’acides aminés chez le nourrisson en allaitement maternel (le lait maternel est l’équivalent d’un HPLV lorsque la mère consomme des PLV).
Important : Pour éviter le risque de mort subite du nourrisson, il est important de toujours coucher le bébé à plat, sur le dos.
Traitement Médicamenteux
S’il diagnostique un RGO grave (pathologique), le médecin peut avoir recours à un traitement médicamenteux. En l’absence d’amélioration après deux à quatre semaines d’éviction des protéines de lait de vache, l’European Society for Paediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition (ESPGHAN) recommande de prendre l’avis d’un gastroentérologue pédiatre ou d’introduire un traitement d’épreuve par IPP pendant quatre à huit semaines.
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- Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) : Il peut prescrire des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), qui permettent de réduire l’acidité gastrique. Ces médicaments font toujours l’objet d’une surveillance médicale stricte, et ne peuvent être pris que sur une durée limitée. En cas d’usage prolongé, les IPP peuvent en effet affecter la digestion du lait et engendrer des carences chez le bébé. Des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), comme l’oméprazole, prescrits uniquement sur avis médical en cas d’œsophagite sévère. La HAS rappelle que ces traitements doivent être utilisés avec prudence chez les nourrissons.
Chirurgie
Exceptionnellement, une chirurgie peut être nécessaire, notamment si le traitement symptomatique ne suffit pas à soulager l’enfant de son RGO majoré par la hernie. Rarement envisagée, une intervention chirurgicale peut être nécessaire en cas de hernie hiatale sévère, de malformation anatomique ou de reflux très invalidant.
Quand Consulter un Médecin ?
Il est conseillé de consulter un médecin si :
- Les régurgitations sont importantes, se répètent fréquemment ou se produisent à distance du repas.
- Le bébé présente des difficultés à s'alimenter ou refuse de manger.
- Le bébé perd du poids ou ne prend pas de poids de manière satisfaisante.
- Le bébé présente des signes de douleur ou d'inconfort importants.
- Les régurgitations contiennent des traces de sang.
- Le bébé a des problèmes respiratoires.
- Si les symptômes de reflux silencieux persistent au-delà de la première année.
- Si le bébé souffre de vomissements violents, ou de sang dans ses selles.
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