La perte d'un fœtus, surtout après six mois de grossesse, est une épreuve dévastatrice tant sur le plan physique que psychologique. Cet article se propose d'explorer en détail les aspects médicaux et émotionnels liés à cette situation, en abordant notamment l'interruption médicalisée de grossesse (IMG), les procédures associées, le suivi psychologique, ainsi que les considérations pour une future grossesse. Il vise à offrir une information complète et structurée pour accompagner les femmes et les couples confrontés à cette douloureuse expérience.
Interruption Médicalisée de Grossesse (IMG) : Quand la Santé Exige une Décision Difficile
L’interruption médicalisée de grossesse (IMG), également appelée avortement thérapeutique, est une procédure encadrée par la loi et réalisée uniquement lorsque la santé de la femme enceinte ou de son enfant est gravement compromise. L'IMG est régie différemment de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), car cet avortement thérapeutique, découlant très généralement d’un diagnostic prénatal, est autorisé à tout moment de la grossesse.
L’IMG peut être réalisée dans l’un des cas suivants :
- L’enfant à naître est atteint d’une affection particulièrement grave et incurable.
- La grossesse met gravement en danger la santé de la femme enceinte.
Il est important de noter que l’IMG peut être pratiquée à tout moment de la grossesse, offrant ainsi une option lorsque des complications sévères sont détectées tardivement.
Procédure de Décision : Un Processus Encadré et Pluridisciplinaire
La procédure de décision d’IMG dépend du motif invoqué : la santé de l’enfant ou celle de la mère.
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La Santé de l’Enfant
Si l’enfant est atteint d’une affection grave, l’équipe médicale est celle d’un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal. La femme enceinte peut demander à un médecin de son choix d’y être associé. Hors urgence médicale, il doit être proposé à la femme enceinte un délai de réflexion d’au moins une semaine avant de décider d’interrompre ou de poursuivre sa grossesse.
La Santé de la Femme
Lorsque l’IMG est demandée pour la santé de la femme, elle doit s’adresser à un médecin spécialiste qualifié en gynécologie obstétrique. Ce médecin doit exercer en établissement public de santé ou dans un établissement privé autorisé à recevoir les femmes enceintes.
Ce médecin réunit alors une équipe pluridisciplinaire, pour avis consultatif. Cette équipe comprend au minimum 4 personnes :
- Un médecin spécialiste qualifié en gynécologie obstétrique, membre d’un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal.
- Un médecin choisi par la femme enceinte.
- Un assistant social ou un psychologue.
- Un ou des praticiens spécialistes de l’affection dont la femme est atteinte.
Les 2 médecins doivent exercer en établissement public de santé, ou en établissement privé autorisé à recevoir les femmes enceintes.
Comment est Prise la Décision ?
La décision appartient à l’équipe pluridisciplinaire. Après concertation, s’il apparaît aux 2 médecins que le risque est fondé, ils établissent les attestations permettant de pratiquer l’IMG. Dans tous les cas, la femme enceinte concernée doit bénéficier d’une information complète et donner son accord. Elle (seule ou en couple) peut demander à être entendue préalablement par l’équipe ou par certains de ses membres.
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Déroulement de l'IMG : Aspects Médicaux et Accompagnement
Le Déroulement d’une interruption médicalisée de grossesse (IMG) nécessite une approche à la fois médicale et humaine. La femme enceinte (seule ou en couple) a une consultation préalable à l’Interruption Médicalisée de Grossesse pendant laquelle toutes les informations sur celle-ci et le devenir du fœtus lui sont fournies. L’IMG est réalisée par méthode médicamenteuse ou, en cas d’échec, par technique chirurgicale.
Consultation Préalable : Information et Soutien
Lorsque la décision de pratiquer une IMG a été prise et que les attestations légales ont été délivrées, la femme enceinte (seule ou en couple) est revue en entretien préalable par un médecin. Cette consultation permet d’aborder les modalités et les conséquences de l’Interruption Médicale de Grossesse.
Informations Cruciales Fournies par le Médecin
Le médecin informe la patiente sur :
- Les différentes méthodes d’IMG et plus particulièrement sur la méthode choisie.
- Les produits utilisés et leurs effets.
- La durée de l’intervention.
- La durée de l’hospitalisation.
- Les risques et rares complications possibles (rupture utérine, hémorragie, infection).
Il informe aussi le couple (ou la mère) sur la prise en charge psychologique dont il peut bénéficier. Cet accompagnement est important :
- Pour répondre au questionnement du couple (ou de la mère) avant sa prise de décision, et lors du déroulement de l’IMG.
- Pour l’aider à expliquer la situation à ses autres enfants.
- Pour faciliter le travail de deuil dans les suites de l’intervention.
- Pour l’aider lors d’une grossesse ultérieure souvent débutée avec appréhension.
Les parents peuvent également faire appel à des associations de patients qui proposent leur soutien. Certaines associations de patients peuvent aider les personnes confrontées à l’IMG (renseignements pratiques, partages d’expériences, etc.).
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Informations sur le Devenir du Fœtus
Lors de la consultation préalable à l’IMG, le médecin aborde les différentes questions concernant le fœtus, telles que :
- La présentation du corps de l’enfant : la femme enceinte, ou le couple, a le choix de voir ou de ne pas voir son enfant une fois qu’il est né.
- L’autopsie : un examen du corps sans vie du fœtus est réalisé afin d’analyser les anomalies identifiées. Une autorisation des parents est nécessaire.
- La déclaration de l’enfant à l’état civil et l’inhumation.
Pour les grossesses de plus de 22 semaines ou pour les fœtus pesant plus de 500 g, une déclaration à l’état civil est obligatoire lorsque l’enfant est né vivant. L’inhumation ou la crémation sont également obligatoires. Les obsèques sont prises en charge par la famille. Pour les fœtus de plus de 22 semaines de grossesse ou pour les fœtus pesant plus de 500 g, nés sans vie, l’inscription à l’état civil est obligatoire. L’enfant est alors déclaré né sans vie. L’inhumation et les funérailles par la famille sont possibles. Sinon la prise en charge est assurée par l’hôpital. Pour les fœtus de moins de 22 semaines ou de moins de 500 g nés sans vie, l’inscription à l’état civil et l’inhumation sont possibles à la demande des parents. Sinon la prise en charge est assurée par l’hôpital. Le couple peut être aidé dans cette démarche par l’assistante sociale de l’établissement de santé.
Techniques Médicales : Médicamenteuses ou Chirurgicales
L’interruption médicalisée de grossesse se déroule dans le cadre d’une hospitalisation. Différentes méthodes d’IMG sont utilisées afin d’obtenir l’expulsion du fœtus le plus rapidement possible et avec le minimum de souffrance et de risques tant physiques que psychologiques pour la mère.
La plupart du temps, l’interruption médicalisée de grossesse est réalisée en déclenchant médicalement l’accouchement par les voies naturelles. Cela évite de fragiliser l’utérus par un geste chirurgical. Pour cela, on associe plusieurs médicaments selon des modalités variables, en fonction :
- Du terme de la grossesse.
- De l’état de santé de la femme.
- De ses antécédents gynécologiques et obstétricaux.
- Des contre-indications éventuelles.
Les médicaments utilisés déclenchent des contractions et la procédure peut être assez douloureuse. Selon l’âge de la grossesse, une anesthésie, le plus souvent peut donc être programmée. Elle est précédée d’une consultation pré-anesthésique.
En cas d’échec de la technique médicamenteuse, une technique chirurgicale d’IMG est envisagée par l’équipe médicale (curetage par aspiration, évacuation du contenu utérin après dilatation du col de l’utérus). Lorsque la grossesse a plus de 22 à 24 semaines d’aménorrhées, une anesthésie fœticide est recommandée avant le déclenchement de l’accouchement, au vu des connaissances sur la douleur chez le fœtus. Les protocoles sont très variables d’une équipe à l’autre. Le plus souvent, il consiste à injecter dans le cordon ombilical une drogue anesthésiante ou analgésique puis une drogue fœticide (entraînant la mort du fœtus).
Pendant et après l’intervention, des précautions sont prises pour éviter les effets secondaires et les risques, tant pour la santé de la mère que pour une future grossesse.
Anesthésie Péridurale : Soulagement de la Douleur
L’anesthésie péridurale est une analgésie locorégionale réalisée par un médecin anesthésiste. Une aiguille est introduite dans l’espace péridural entre deux vertèbres lombaires. Un fin cathéter est poussé par l’aiguille et l’aiguille est retirée. Par ce cathéter, relié à une pompe d’auto-administration, vous pouvez gérer vous-même, sous contrôle médical, les douleurs ressenties. L’anesthésie supprime le caractère douloureux des contractions utérines, sans pour autant faire perdre conscience.
Suites de l'IMG : Aspects Médicaux et Soutien Psychologique
Après l’IMG, une prise en charge complète est essentielle pour assurer le bien-être physique et émotionnel de la femme.
Soins Médicaux Post-IMG
Une injection de sérum anti-rhésus est pratiquée pour toutes les femmes dont le groupe sanguin est rhésus négatif et qui portaient un fœtus de groupe sanguin rhésus positif. En effet, durant l’IMG, des globules rouges du fœtus passent dans la circulation sanguine maternelle. Les globules blancs de la mère (rhésus négatif) identifient les globules rouges du bébé (rhésus positif) comme des cellules étrangères et fabriquent des anticorps dits « agglutinines irrégulières » contre ce facteur rhésus. Lors d’une grossesse suivante, si le fœtus est de rhésus positif, il y a incompatibilité rhésus : les anticorps de la mère traversent le placenta, passent dans la circulation sanguine du fœtus et détruisent ses globules rouges entraînant une anémie hémolytique. Les conséquences sont graves pour le fœtus.
Pour les grossesses de plus de 15 semaines d’aménorrhée (ou 13 semaines de grossesse), un traitement peut être prescrit pour faciliter les suites de couches et éviter la montée de lait. Une contraception doit être envisagée si une autre grossesse n’est pas souhaitée dans l’immédiat.
Consultation Post-IMG : Bilan et Perspectives
Une consultation post-IMG est effectuée une fois connus les résultats des examens pratiqués sur le fœtus. Elle a lieu préférentiellement avec le médecin ayant réalisé l’intervention. Elle permet notamment de faire le point sur l’état de santé physique et psychologique de la femme et sur les éventuels risques pour une grossesse ultérieure.
Soutien Psychologique : Une Nécessité Absolue
Le choc est souvent très important pour les parents après l'annonce de la mort de leur bébé. C'est là que le côté psychologique entre en compte. Le suivi est primordial et quasiment obligatoire. Dès les premières minutes, il est proposé aux familles de rencontrer un professionnel pour les accompagner dans leur deuil.
Hélène Martinot, psychologue, explique : « Dès le départ, la maman est prise en main par un psychologue travaillant dans une maternité ou une unité-mère enfant ». Elle préconise également « des groupes de parole avec des femmes ayant vécu la même chose sont conseillés. Mais, il est nécessaire d'être toujours supervisé par un professionnel pour avancer dans le bon sens et ne pas s'enfermer dans le drame qu'elles ont toutes vécu ». Pour celles qui trouvent le partage difficile, un suivi thérapeutique individuel est recommandé pour aider la maman à se reconstruire et envisager la vie sans cet enfant. La psychothérapie est donc à envisager pour pallier aux symptômes liés à la perte de l’enfant.
Après l'annonce de la mort et le choc, les symptômes chez les mamans sont nombreux. Les femmes ressentent souvent une culpabilité de ne pas avoir réussi à mener cette grossesse à terme, de l'anxiété de revivre ce moment lors d'une prochaine grossesse ou encore, une dépression plus lourde provoquée par le vide laissé par le fœtus. Les étapes du deuil sont aussi applicables à la mort d'un fœtus in utero. Le bébé fait déjà partie intégrante de la vie des parents avant la naissance, alors le deuil est tout aussi difficile à vivre.
Il ne faut pas oublier le rôle du père dans ce processus. Même s'il ne portait pas l'enfant, la perte est souvent tout aussi difficile à vivre pour le père que pour la mère.
Grossesse Après une IMG : Espoir et Précautions
Attendre un enfant après une interruption médicale de grossesse est une étape délicate, empreinte d'espoir et d'appréhension. Le décès périnatal est un problème de santé publique, touchant un pourcentage significatif de grossesses.
86% des patientes démarrent une nouvelle grossesse dans les 18 mois suivant la perte. Pour les parents, une question cruciale se pose : quel délai faut-il raisonnablement attendre avant de concevoir un autre enfant ?
Une étude observationnelle a montré que les femmes vivant une mort fœtale in utero avaient tendance à débuter une nouvelle grossesse assez rapidement, en moyenne 9 mois après le décès du fœtus, contre 25 mois chez les femmes ayant accouché d’un enfant vivant. Compte tenu des résultats de cette grande étude, rien ne semble indiquer que les femmes doivent attendre plusieurs mois ou années, avant de concevoir à nouveau. Aucune recommandation particulière n’apparait nécessaire après un tel évènement.
Toutefois, il est important de prendre le temps d’explorer les éventuelles causes de survenue de cette mort fœtale, pour écarter au maximum tout risque qu’elle se reproduise. Si une nouvelle grossesse arrive après la perte d'un enfant in utéro, il sera nécessaire de connaitre le stade auquel l'enfant précédent est décédé pour surveiller ce créneau lors de la nouvelle grossesse.
Quand Retenter ? Une Question Délicate
La question d'une nouvelle grossesse est souvent difficile à aborder avec des parents ayant vécu le drame d'un bébé mort in utero. La psychologue Hélène Martinot est catégorique : « pour ma part, il n'est pas sain d'avoir un autre enfant, lorsque le deuil n'est pas fait ; même s'il ne le sera jamais réellement. Mais, la prise de conscience de la mort de ce bébé doit être totale avant d'envisager une autre grossesse ».
Précautions à Prendre Après une Fausse Couche
Après une fausse couche, il est essentiel de prendre soin de vous physiquement et émotionnellement pour favoriser une récupération optimale et préparer une future grossesse. Voici quelques précautions à suivre :
- Consultez votre médecin : Après une fausse couche, une consultation médicale est essentielle pour vérifier que tout est en ordre sur le plan physique.
- Récupérez physiquement : Donnez à votre corps le temps de récupérer. Reposez-vous, adoptez une alimentation équilibrée riche en nutriments essentiels, et hydratez-vous bien.
- Évitez les rapports sexuels pendant un certain temps : Il est généralement recommandé d'attendre que les saignements cessent avant de reprendre les rapports sexuels.
- Écoutez vos émotions : La fausse couche est une épreuve émotionnelle difficile. Prenez le temps d’exprimer vos émotions, que ce soit avec votre partenaire, vos proches, ou un professionnel.
- Évitez les efforts physiques intenses : Après une fausse couche, il est préférable d’éviter les activités physiques trop exigeantes pour ne pas fatiguer votre corps inutilement.
- Adoptez de bonnes habitudes de vie : Arrêter de fumer, limiter votre consommation d’alcool et réduire le stress sont des éléments importants pour votre santé et pour maximiser vos chances de mener à bien une future grossesse.
- Ayez un suivi médical : Votre médecin pourra proposer un suivi plus rapproché si nécessaire, notamment en cas de fausses couches répétées.
Gérer la Peur : Un Défi Majeur
Retomber enceinte après une fausse-couche est un bonheur que vous savourez à chaque instant. Après une première grossesse qui s'est interrompue spontanément, l'envie d'un bébé était plus forte que jamais et vous vous êtes relancée dans l'aventure. Bien sûr, la peur que l'histoire se répète plane au-dessus de vos têtes, et c'est bien normal : ne culpabilisez pas de ressentir cela. Vous pouvez vous rassurer et vous dire que vous n'avez pas plus de chance de refaire une fausse-couche qu'une autre femme enceinte.
Votre challenge durant cette grossesse : composer avec cette peur, faire avec votre histoire. Oui, vous avez fait une fausse-couche. Oui, cela a été dur de vous en remettre. Mais ne dit-on pas que la peur n'évite pas le danger ? Vous ne pouvez pas vous arrêter de vivre et vous enfermer dans cette peur : vivez et profitez du bonheur d'être enceinte !
Témoignages et Perspectives
Les témoignages de femmes ayant vécu une perte fœtale tardive mettent en lumière la profondeur de la douleur et la complexité du processus de deuil. Ils soulignent également l'importance du soutien psychologique et de l'accompagnement médical pour surmonter cette épreuve et envisager l'avenir avec espoir.
Emmanuelle, qui a perdu sa fille Olympe à deux semaines du terme, témoigne de la difficulté de gérer la douleur, le chagrin et la sidération. Elle insiste sur l'importance du soutien de son fils et de son entourage pour traverser cette épreuve.
Besma, qui a perdu sa fille Mayssa in utero à 37 semaines, souligne le besoin viscéral de trouver d'autres parents endeuillés pour ne pas se sentir seule. Elle a trouvé du réconfort dans les groupes de parole et le soutien psychologique.
Justine a perdu Louise à 24 semaines suite à une béance du col. Elle a bénéficié d'un suivi strict lors de sa grossesse suivante, ce qui lui a permis de donner naissance à sa fille Violette.
Ces témoignages poignants rappellent que la perte d'un enfant est une épreuve profondément douloureuse, mais qu'il est possible de se reconstruire et de retrouver l'espoir grâce à un accompagnement adapté et au soutien de son entourage.
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