L'utilisation d'une sonde urinaire est une pratique courante lors des accouchements, en particulier en cas de césarienne ou de péridurale. Bien que généralement sûre, la pose d'une sonde urinaire peut entraîner certaines complications. Cet article explore les raisons de l'utilisation de la sonde urinaire, les risques potentiels associés, et les mesures de précaution à prendre pour minimiser ces risques.

Utilité de la Sonde Urinaire Pendant et Après l'Accouchement

Lors d'un accouchement, une sonde urinaire, un petit tube souple inséré dans l’urètre pour vider la vessie, peut être nécessaire dans plusieurs situations. La vessie se situe en avant de l’utérus. Lorsqu’elle est remplie, elle peut diminuer l’efficacité des contractions utérines et l’appui du bébé sur le col de l’utérus. En salle de travail, la sonde urinaire est particulièrement utilisée pour les femmes enceintes, qui ont une péridurale. « Avec cette technique d’anesthésie, il n’est pas toujours possible de se déplacer, et donc d’aller aux toilettes. En cas de péridurale, on pose également une poche de sérum physiologique, qui augmente le volume sanguin et remplit également la vessie », explique Amandine Gouez, sage-femme échographiste. La péridurale peut empêcher la future mère de ressentir l'envie d'uriner, ce qui peut entraîner une vessie douloureuse et tendue.

La sonde vésicale à demeure est généralement posée au moment d'un accouchement long, qui présente un ralentissement de la dilatation du col ou d’appui de la présentation du fœtus. « Elle permet de favoriser un meilleur appui du bébé tout en assurant que la vessie est bien vide, afin de permettre une naissance par les voies naturelles », indique la sage-femme. Une sonde vésicale à demeure est également mise en cas de risque de césarienne.

Après une césarienne, la surveillance des urines est essentielle. La sonde peut être laissée en place plus longtemps si on craint que la vessie n'ait été atteinte : laisser la sonde permet de constater dans les urines recueillies l'éventuelle présence de sang.

Risques et Complications Potentielles

Comme tout acte médical invasif, la pose d'une sonde urinaire peut présenter des risques, en particulier d'infection urinaire. La morbidité, c'est-à-dire le taux de complications, est estimée entre 9 et 15% chez les femmes ayant subi une césarienne, et inclut des infections de la cicatrice, des endométrites et des infections urinaires.

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La rétention urinaire du post-partum, dont l’incidence varie de 0,45 % à 0,9 % selon les études, se caractérise par l’incapacité à vider complètement la vessie 6 heures après un accouchement (voie basse ou césarienne), avec un volume vésical supérieur à 400 ml. Dans la majorité des cas, la sonde urinaire est retirée avant que la maman quitte la salle d’accouchement. Il arrive que la patiente ne parvienne pas immédiatement à uriner après son accouchement. Ce phénomène peut notamment être lié à la péridurale. Pour éviter la rétention urinaire, la mère peut subir des sondages pendant quelques jours pour vider sa vessie. Il est toutefois normal que la maman présente des fuites urinaires à la suite de la naissance de son bébé.

Cas clinique illustratif

Mme G est une primigeste de 35 ans sans antécédents médicaux particuliers. À 39 SA+3j, elle se présente aux urgences pour rupture spontanée des membranes. Un déclenchement par perfusion de Syntocinon est préconisé. En raison de contractions utérines douloureuses, une analgésie péridurale est posée. La patiente bénéficie de sondages vésicaux aller-retour toutes les 4 heures. Après un travail long et difficile, une extraction instrumentale par forceps est réalisée.

Après l'accouchement, Mme G éprouve des difficultés à uriner spontanément. Malgré plusieurs tentatives et un Bladderscan initialement rassurant, sa douleur augmente et un globe vésical est constaté. Un sondage évacuateur révèle une rétention importante d'urine. Ce cas souligne l'importance d'une surveillance attentive et d'une évaluation précise de la fonction vésicale après l'accouchement.

Prévention et Gestion des Complications

Pour minimiser les risques associés à la sonde urinaire et à la rétention urinaire post-partum, plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre :

  • Surveillance attentive: Il est crucial de surveiller attentivement la capacité de la patiente à uriner après le retrait de la sonde. La mesure du résidu post-mictionnel (RPM) à l'aide d'un Bladderscan est un outil précieux pour évaluer la vidange vésicale.
  • Identification des facteurs de risque: Il convient d’être attentif aux facteurs de risque lors de la surveillance de l'accouchée dans le service (âge, primiparité, travail long, extraction instrumentale etc..).
  • Prise en charge de la douleur: Une gestion efficace de la douleur post-partum peut faciliter la miction.
  • Information et éducation de la patiente: Les parents peuvent refuser la sonde urinaire, mais c’est très rare. « Il n’y a pas forcément d’utilité à la refuser. S’ils ont des questions, on leur explique qu’elle permet de stimuler la mécanique de l’accouchement et d’optimiser les contractions du travail.
  • Mobilisation précoce: Il est important que vous bougiez, aidée par les infirmières, afin de retrouver une meilleure respiration, et un fonctionnement gastro-intestinal normal. Commencez doucement, en évitant de solliciter les muscles du ventre, à ce titre la potence de lit peut être précieuse.

Suites Post-Césarienne : Conseils et Recommandations

Après une césarienne, plusieurs aspects doivent être pris en compte pour assurer une récupération optimale :

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  • Soins post-opératoires immédiats: Après l'opération sous anesthésie loco-régionale, il est prudent de vérifier régulièrement votre tension artérielle, votre pouls, votre fréquence respiratoire, votre utérus et vos saignements, ainsi que vos urines. Après l'opération sous anesthésie générale, on vérifie la reprise de conscience. Vous avez une perfusion contenant des sels minéraux, du sucre, de l'eau pour vous hydrater, ainsi que des anti-douleurs, et des antibiotiques en cas de besoin. Vous recevez un traitement contre la douleur, adapté en cas d'allaitement (voir le site du CRAT), car les jours post-opératoires sont souvent plus douloureux que les suites d'un accouchement classique.
  • Alimentation: Si la césarienne s'est passée sans complications, dans les 12 heures en général votre fonctionnement gastro-intestinal (qui a été endormi lors de l'intervention) se remet en route. On vous proposera alors une alimentation légère (de type, tisane, bouillons, biscottes, yaourt).
  • Gestion de la douleur: Souvent, vous aurez bénéficié d'un peu de morphine dans la rachi-anesthésie, qui vous soulagera efficacement pendant les premières 12 à 24h. Les lochies sont particulièrement importantes les 4 ou 5 premiers jours. Les lochies sont évacuées grâce aux tranchées, qui sont des contractions aidant l'utérus à retrouver sa taille après la naissance (il faut pour cela environ un mois), similaires aux contractions de l'accouchement. Celles-ci durent en moyenne entre 1 et 7 jours, sont plus douloureuses du fait de l'utérus fragilisé et endolori par l'intervention, et sont souvent plus désagréables au fur et à mesure des grossesses. Lors de votre séjour à la maternité, l'infirmière, la sage-femme ou l'obstétricien vérifient la capacité de votre utérus à se contracter en le palpant et parfois en appuyant dessus, ce qui facilite l'expulsion des petits caillots.
  • Repos: Demandez au papa d'encourager la famille à espacer les visites au maximum, et profitez de chaque instant pour vous reposer. Comme les soins se déroulent pour la plupart le matin, offrez-vous deux heures de sieste l'après-midi. Vous serez probablement très fatiguée, et vous serez souvent sollicitée pour des soins : vous aurez du mal à vraiment vous reposer.
  • Mobilisation progressive: Parfois, vous disposez d'un lit avec télécommande, qui vous permet de vous mettre assise sans effort. Si ce n'est pas le cas, pour vous assoir, ramenez vos jambes pliées contre votre corps et roulez sur le côté pour ensuite vous aider de vos bras. N'essayez pas de vous lever seule la première fois ! Pour vous mettre debout, commencez par vous asseoir au bord du lit comme décrit ci-dessus, en soutenant votre cicatrice. Les lits d'hôpital sont souvent fort hauts : vous pouvez utiliser un marchepied (une valise peut faire l'affaire…) pour en descendre. Afin de ne pas avoir d'étourdissement, essayez de regarder droit devant vous, et non vers le sol. Vous pouvez avoir l'impression que vos intestins vont tomber : ce n'est qu'une illusion due à l'opération que vous avez subie.
  • Positionnement: Préférez la position allongée à plat dos les premiers temps, avec éventuellement une jambe remontée, pied posé à plat sur le lit. On peut également vous proposer la position assise dans un fauteuil confortable. Une respiration lente et profonde aide à oxygéner le sang, et donc à favoriser la circulation, et la cicatrisation.
  • Soutien: S'occuper de son bébé n'est pas toujours facile les premiers temps, vous pouvez avoir peur de vous faire mal, d'être surprise par la douleur. N'hésitez pas à vous faire aider par le papa, ou les auxilliaires de puériculture. Allez à votre rythme, ne forcez pas.
  • Prévention des complications thromboemboliques: Problèmes de coagulation : la phlébite, l'embolie, et la thrombose veineuse sont assez bien évitées avec un traitement préventif : on administre un anticoagulant (héparine sous forme d'injection dans l'épaule, le ventre ou la cuisse) tout le long du séjour en maternité. Vous devrez parfois continuer ce traitement quelques jours après le retour à la maison. Il est possible qu'on vous conseille de porter des bas de contention afin de minimiser les risques de phlébite.

Mortalité et Morbidité Associées à la Césarienne

Selon les sources, on estime que la mortalité maternelle est 2 à 11 fois plus importante pour une césarienne que pour un accouchement par voie basse. Une enquête montre que 3 mois après leur césarienne, 65% des femmes ne s'estiment pas remises de l'opération.

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