Plus de 80 % des femmes en France optent pour la péridurale lors de l'accouchement. Cette technique d'analgésie loco-régionale, largement répandue, vise à soulager les douleurs liées aux contractions et à faciliter le déroulement du travail. Si la péridurale est souvent perçue comme une solution efficace et sécurisée, il est essentiel de comprendre les risques potentiels, les complications possibles et les alternatives disponibles pour prendre une décision éclairée.
Qu'est-ce que la péridurale ?
L'anesthésie péridurale consiste à injecter un anesthésique local, parfois associé à un dérivé de la morphine, dans l'espace péridural situé au niveau de la colonne vertébrale lombaire. Cet espace se trouve juste à l'extérieur de la membrane qui entoure les nerfs rachidiens. L'injection se fait au moyen d'un cathéter très fin, implanté entre deux vertèbres. Ce cathéter permet d'administrer le produit anesthésiant à intervalles réguliers, grâce à une pompe.
La péridurale bloque la transmission des sensations douloureuses au niveau des nerfs provenant de l'utérus et des organes voisins, permettant ainsi de soulager, voire de supprimer, les douleurs de l'accouchement. Elle est utilisée aussi bien pour un accouchement par voie basse que pour une césarienne.
Péridurale classique versus péridurale déambulatoire
Il existe deux types de péridurale : la péridurale classique et la péridurale déambulatoire.
- La péridurale classique empêche généralement la future maman de se lever et de marcher, ce qui peut potentiellement ralentir l'accouchement.
- La péridurale déambulatoire, quant à elle, permet aux femmes de rester mobiles pendant leur accouchement. Elle bloque toujours la transmission des sensations douloureuses, mais la concentration d'anesthésiques locaux est moins importante. Cette alternative offre la possibilité de se mobiliser debout entre les bolus.
Comment se déroule la pose d'une péridurale ?
La pose d'une péridurale se fait en plusieurs étapes :
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- Préparation : Le médecin anesthésiste désinfecte la peau du bas du dos et injecte un anesthésique local pour insensibiliser la zone où sera inséré le cathéter.
- Insertion de l'aiguille : Une aiguille est insérée entre deux vertèbres pour atteindre l'espace péridural.
- Mise en place du cathéter : Un cathéter souple est glissé dans l'espace péridural à travers l'aiguille, qui est ensuite retirée. Le cathéter est fixé pour permettre l'administration continue ou intermittente de l'anesthésique.
- Injection de l'anesthésique : L'anesthésique est injecté via le cathéter. Pendant l'accouchement, l'équipe médicale s'assure que le bassin de la mère est situé plus bas que sa tête pour que l'anesthésique reste dans la partie basse de la colonne vertébrale.
Il est important de noter que le positionnement du cathéter péridural peut entraîner une sensation désagréable, voire une décharge électrique fugace.
Avantages et inconvénients de la péridurale
Accoucher sous péridurale ou choisir d'accoucher sans péridurale présente des avantages et des inconvénients. La décision d'opter pour la péridurale est personnelle et dépend du seuil de tolérance à la douleur de chaque femme.
Avantages
- Soulagement de la douleur : La péridurale est reconnue comme la méthode d'analgésie du travail la plus efficace. Elle permet de contrôler la douleur des contractions et de faciliter le déroulement de l'accouchement.
- Conscience préservée : La péridurale permet à la future maman de vivre son accouchement en pleine conscience, avec un meilleur confort.
- Adaptabilité : L'analgésie péridurale est modulable en intensité et en durée au cours du travail. Elle peut être "transformée" en anesthésie plus forte si une césarienne devient nécessaire.
- Recommandée dans certaines situations : En cas d'antécédent de césarienne, de bébé en siège ou de jumeaux, la péridurale est souvent fortement recommandée.
Inconvénients et risques potentiels
- Effets secondaires courants : Les effets secondaires les plus courants sont des fourmillements, des tremblements et des sensations de chaleur au niveau du bas du corps. Certaines femmes peuvent également ressentir des démangeaisons, une hypotension artérielle, ou des difficultés à uriner nécessitant la pose d'une sonde urinaire.
- Allongement de la durée de l'accouchement : La péridurale peut parfois prolonger la durée de l'accouchement et réduire les contractions de l'utérus.
- Diminution de la poussée réflexe : Sous péridurale, le réflexe d'éjection du fœtus peut être moins présent, voire inexistant.
- Risque d'extraction instrumentale : Le risque d'extraction instrumentale (forceps, ventouse) semble être plus élevé sous analgésie péridurale.
- Limitations de la mobilité : La pose d'une péridurale classique empêche la future maman de se lever et de marcher, ce qui peut ralentir l'accouchement.
- Efficacité incomplète ou latéralisée : Même avec une péridurale correctement posée, le soulagement peut être incomplet ou latéralisé (un côté analgésié et l'autre non).
- Complications rares mais graves : Bien que rares, des complications graves peuvent survenir, telles que des convulsions, des difficultés respiratoires, des hématomes, des réactions allergiques, une paralysie transitoire, ou une infection dans l'espace péridural.
- Maux de tête après l'accouchement : Des maux de tête peuvent survenir si l'aiguille utilisée pour injecter le produit perce accidentellement l'espace céphalorachidien. Un traitement spécifique, appelé blood patch, peut être nécessaire.
- Douleurs lombaires : Certaines femmes se plaignent de maux de dos après la naissance, mais cette complication n'est pas forcément due à la péridurale. La grossesse et le travail peuvent également être responsables de ces douleurs.
Il est important de noter que l'évolution du savoir-faire médical a permis une réduction importante des complications dues à la pose de la péridurale.
Effets secondaires pendant l'accouchement
La plupart des effets secondaires causés par la péridurale sont bénins, mineurs et temporaires. Les plus courants sont des fourmillements, des tremblements et des sensations de chaleur au niveau du bas du corps.
- Démangeaisons : Lors de l'accouchement, certaines femmes enceintes ont la peau qui démange. Ces démangeaisons peuvent être causées par les antidouleurs utilisés dans le produit anesthésique. Dans ce cas, un médicament peut être prescrit pour soulager les irritations, ou le produit injecté peut être changé.
- Hypotension artérielle : Lorsque la péridurale est posée, il est normal que la pression artérielle baisse légèrement. Cela peut parfois rendre certaines femmes malades ou entraîner des vertiges. La pression artérielle est donc surveillée de près durant le travail, et des médicaments peuvent être administrés pour maintenir une tension artérielle normale.
- Difficultés à uriner : Lorsque l'on bénéficie de la péridurale, il est possible de ne pas sentir que sa vessie est pleine car le produit anesthésique affecte les nerfs autour. La pose d'une sonde urinaire peut être nécessaire. Le contrôle de la vessie revient à la normale quand l'effet de la péridurale se dissipe.
- Analgésie insuffisante ou incomplète : Il arrive que l'anesthésie soit insuffisante ou incomplète. Dans ce cas, l'anesthésiste peut proposer une nouvelle ponction.
- Lésions nerveuses : Si l'aiguille utilisée pour la péridurale est mal placée, cela peut provoquer une lésion au niveau de la moelle épinière et endommager les nerfs. Les lésions nerveuses peuvent entraîner une perte de sensibilité ou de mouvement au niveau des membres inférieurs. Néanmoins, cela est rare.
- Complications graves : Parmi les complications les plus graves mais également les plus exceptionnelles, on retrouve des convulsions, des difficultés respiratoires, des hématomes, des réactions allergiques et une paralysie transitoire. Une infection peut parfois se manifester dans l'espace péridural, nécessitant des antibiotiques, ou plus rarement une intervention chirurgicale d'urgence.
Effets indésirables après l'accouchement
- Maux de tête : Après l'accouchement, des maux de tête peuvent survenir à cause de la péridurale. Un mal de tête intense peut se présenter si l'aiguille utilisée pour injecter le produit perce de manière accidentelle l'espace céphalorachidien. Dans ce cas, si le mal de tête persiste, un traitement spécifique est nécessaire : le blood patch.
- Maux de dos : Certaines femmes se plaignent aussi régulièrement d'avoir des maux de dos après la naissance. Cependant, cette complication n'est pas forcément due à la péridurale. Les neuf mois de grossesse et le travail peuvent être responsables de ces douleurs. Ce mal de dos peut persister quelques jours mais est sans danger.
La péridurale est-elle dangereuse pour le bébé ?
Un accouchement avec péridurale ne comporte pas plus de risque qu'une naissance sans péridurale pour le bébé. La péridurale agit seulement sur la conduction nerveuse de la maman. Le bébé ne reçoit que des doses infimes non toxiques. La seule condition est que la tension artérielle de la maman reste normale. La tension artérielle est donc surveillée très souvent, et corrigée au besoin par des médicaments.
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Contre-indications à la péridurale
Bien que les contre-indications à l'administration de la péridurale soient rares, elle est déconseillée en cas de :
- Hypovolémie (un déficit du plasma sanguin)
- Infection dermatologique dans le bas du dos
- Trouble de la coagulation du sang
- Décompensation cardiaque
- Certaines maladies neurologiques
- Hypertension intracrânienne
- Scoliose sévère (nécessite des précautions particulières)
Pour détecter ces éventuelles contre-indications, une consultation anesthésique est obligatoire au cours du 8ème mois de grossesse.
Alternatives à la péridurale
Il existe plusieurs alternatives à la péridurale pour gérer la douleur pendant l'accouchement :
- Rachi-anesthésie : Elle insensibilise la moitié inférieure du corps. Son effet est plus rapide que celui de la péridurale, mais les risques d'accidents d'hypotension seraient plus importants. Elle est parfois pratiquée si le médecin souhaite une anesthésie rapide. À la différence de la péridurale, l'anesthésique est alors injecté au contact de la moelle épinière, dans le liquide dans lequel elle baigne.
- Anesthésie locale : Elle consiste en une injection d'analgésique dans les muscles du périnée qui permet d'atténuer la douleur due à une épisiotomie ou à l'emploi des forceps, mais elle ne supprime pas les douleurs des contractions.
- Méthodes non médicamenteuses : Des pratiques moins « médicalisées » se développent également de plus en plus. L'acupuncture, la sophrologie, l'haptonomie ou les massages sont autant de méthodes de préparation à l'accouchement qui aident, en principe, à mieux tolérer la douleur. La relaxation et la respiration profonde sont également des techniques utiles.
La consultation d'anesthésie : un moment clé pour faire un choix éclairé
La consultation d'anesthésie, obligatoire au cours du 8ème mois de grossesse, est un moment privilégié pour poser toutes les questions concernant la péridurale et les autres options de gestion de la douleur. Elle permet au médecin anesthésiste de prendre connaissance des antécédents de la patiente et de vérifier qu'il n'existe pas de contre-indications. C'est l'occasion de discuter des avantages, des inconvénients et des risques potentiels de la péridurale, ainsi que des alternatives disponibles.
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