L'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes est un sujet de société qui a suscité de nombreux débats en France. Les sondages d'opinion, notamment ceux réalisés par l'Ifop pour le magazine Têtu et l'Association des familles homoparentales (ADFH), témoignent d'une évolution des mentalités sur cette question, ainsi que sur la gestation pour autrui (GPA).
Un désir de parentalité partagé par les personnes LGBT
Une étude de l'Ifop révèle que 52 % des personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) vivant en France et en âge de procréer souhaitent avoir des enfants au cours de leur vie. Ce désir de parentalité est particulièrement fort chez les lesbiennes, avec près de deux femmes sur trois (62 %) exprimant ce souhait. De plus, 35 % des personnes LGBT interrogées envisagent de fonder une famille dans les trois années à venir.
Ces résultats mettent à mal les idées reçues selon lesquelles les homosexuels, en particulier les hommes gays, ne se projettent pas dans une perspective de construction familiale. Pour Alexandre Urwicz, président de l'ADFH, ils illustrent "une vague libératrice, assez nouvelle, qui permet aux LGBT de se penser à la fois LGBT et parent".
La PMA et la GPA : des solutions envisagées
Pour les couples de même sexe, la PMA et la GPA apparaissent comme des solutions privilégiées pour fonder une famille. Une étude révèle que 44% des hommes gays se disent favorables à la PMA, tandis que ce chiffre s'élève à 73% chez les femmes lesbiennes. L'adoption, quant à elle, est moins prisée, avec seulement 19% des femmes lesbiennes y optant.
Cependant, le recours à la PMA et à la GPA à l'étranger, où ces pratiques sont légales, peut engendrer des inégalités. En effet, comme le souligne François Kraus, directeur des études politique-actualité à Franceinfo, cela "pénalise les catégories les moins aisées", en raison des coûts financiers importants que cela implique.
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Évolution de l'opinion publique sur la GPA
En un peu moins d'une décennie, l'adhésion des Français à la légalisation de la GPA a considérablement progressé. Une étude de l'Ifop montre que 75 % des personnes interrogées se déclarent favorables à la légalisation de cette technique de procréation pour les couples hétérosexuels, contre 66 % en juin 2021. Pour les couples homosexuels, ce sont 59 % des sondés qui approuvent cette mesure, contre 53 % en juin 2021.
Cette évolution de l'opinion publique pourrait être liée à la banalisation de la PMA, ouverte à toutes les femmes depuis juin 2021. De plus, l'image des femmes qui accepteraient d'être mères porteuses s'améliore, avec 77 % des personnes interrogées ayant une bonne opinion d'elles.
Toutefois, la question de la rémunération des mères porteuses divise davantage la société. D'après l'étude de l'Ifop, 52 % des personnes sondées sont pour une simple indemnisation des frais liés à la grossesse, tandis que 48 % sont favorables à une rémunération.
Les médias et le débat sur la PMA
L'AJL (Association des Journalistes LGBT) a mené une veille sur les matinales des radios françaises lors des débats parlementaires sur la loi bioéthique, qui comprenait un volet sur la PMA. L'association salue l'évolution du traitement médiatique des droits LGBT par rapport à 2013, lors de l'ouverture du mariage à tous. Cependant, elle note que les interviews de personnes concernées restent rares et qu'un certain nombre de journalistes recherchent une polarisation du débat.
L'AJL souligne également que les médias donnent toujours très peu la parole aux personnes concernées, les hommes non concernés étant majoritairement interrogés. De plus, le débat binaire est souvent privilégié, et la GPA, bien qu'exclue du projet de loi, est surreprésentée dans les discussions.
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Le vote LGBT et les enjeux politiques
Une analyse des sondages révèle que les personnes LGBT votent majoritairement à gauche, mais que le Rassemblement National (RN) attire une part non négligeable de cet électorat, en particulier chez les hommes gays et bisexuels. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène, tels que l'abandon des combats gays et bisexuels au sein du milieu LGBT, le déni des problématiques gays, et le sentiment d'isolement et de solitude.
De plus, l'homophobie, largement répandue par l'éducation religieuse, et l'absence de représentation gay dans le monde sportif peuvent contribuer à ce vote contestataire. La question de la GPA, interdite aux couples d'hommes, est également un enjeu important pour ces électeurs.
Pour endiguer le vote RN chez les gays, il est essentiel, selon certains, de les faire revenir, de les séduire à nouveau et de défendre leurs intérêts. Cela passe par une meilleure prise en compte de leurs problématiques spécifiques, une lutte contre l'homophobie et une ouverture de la société à la parentalité pour les couples d'hommes.
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