Après une période prolongée de combats et face à des tensions accrues sur plusieurs fronts, l'armée israélienne (Tsahal) se trouve confrontée à des défis significatifs en matière d'effectifs. Cette situation a conduit à des initiatives de recrutement ciblées, ainsi qu'à une remise en question des exemptions de service militaire et à une augmentation de l'objection de conscience.

Pénurie d'effectifs et Recrutement International

L'armée israélienne, engagée sur plusieurs fronts, notamment dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Syrie, fait face à une grave pénurie d'effectifs. Pour pallier ce manque, Tsahal cherche à recruter des jeunes issus des communautés juives de la diaspora, en particulier des États-Unis et de France, où résident les deux plus importantes populations juives hors d'Israël. Les responsables militaires estiment que plus de 10 000 jeunes pourraient être mobilisables, avec un objectif initial d'incorporer 600 à 700 recrues par an.

Un programme existant, appelé Mahal, permet déjà à des volontaires étrangers d'effectuer un service militaire écourté de dix-huit mois. En comparaison, les Israéliens servent trente-deux mois pour les hommes et vingt-quatre mois pour les femmes. Une fois leur service terminé, ces volontaires peuvent choisir de retourner dans leur pays d'origine ou de s'installer en Israël.

Le Mossad, le service de renseignements israélien, participe également à cet effort en proposant des offres d'emploi sur son site internet, ciblant les Israéliens et les juifs de l'étranger susceptibles de s'installer en Israël. Les profils recherchés incluent des experts en cybersécurité, des analystes et des spécialistes des langues étrangères.

L'état-major israélien estime qu'il manque entre 10 000 et 12 000 hommes. La guerre multifronts use les troupes, et le moral des réservistes montre des signes de faiblesse. De plus en plus de réservistes, contraints de quitter leur famille, leur emploi ou leurs études, rechignent à reprendre l'uniforme. Dans certaines unités, près de la moitié des effectifs se font porter pâle. Depuis le début de la guerre le 7 octobre 2023, près de 900 réservistes ont été tués et 15 000 blessés ou souffrent de syndromes post-traumatiques.

Lire aussi: Héritage culturel dans Berceuse pour un soldat

Remise en Question de l'Exemption des Ultraorthodoxes

Un autre facteur de tension est l'exemption de service militaire dont bénéficient les jeunes juifs ultraorthodoxes, qui représentent 12 % de la population israélienne. Ce privilège, accordé au nom de la religion, est de plus en plus contesté par la majorité laïque. Cependant, Benyamin Netanyahou, dont la coalition gouvernementale dépend de partis ultraorthodoxes, hésite à mettre fin à ce traitement de faveur.

La Cour suprême d'Israël a récemment statué que les étudiants ultraorthodoxes ne devraient plus être exemptés du service militaire. Cette décision pourrait plonger la coalition gouvernementale dans la tourmente, car elle dépend du soutien des partis religieux ultraorthodoxes. La Cour suprême a souligné que, « au plus fort d’une guerre difficile, le fardeau des inégalités est plus prononcé que jamais ». Elle a ajouté que l’exécutif n’avait pas l’autorité pour ordonner de ne pas appliquer la loi sur le service militaire aux étudiants de yeshiva (écoles religieuses) en l’absence d’un cadre légal adéquat.

L'Objection de Conscience et le Mouvement des Refuzniks

Le service militaire est obligatoire en Israël, mais un nombre croissant d'Israéliens refusent de servir, un phénomène qui s'est amplifié depuis le 7 octobre 2023. Ces objecteurs de conscience, appelés "refuzniks", sont motivés par des convictions politiques et morales, notamment l'opposition à l'occupation des territoires palestiniens et au traitement des Palestiniens.

Itamar Greenberg, un jeune Israélien issu d'une famille ultraorthodoxe, a été emprisonné à plusieurs reprises pour avoir refusé de s'enrôler dans l'armée. Il explique qu'il ne voulait pas cautionner la colonisation de la Palestine et le génocide à Gaza. Pour Itamar, le service militaire ne signifie pas simplement se faire une place dans la société israélienne, mais participer activement à un système de violence, de domination et d’oppression.

Le mouvement des refuzniks, bien que minoritaire, prend de l'ampleur. Depuis début 2025, 20 % des 400 000 réservistes n'auraient pas répondu à leur convocation, un phénomène sans précédent en Israël. Ces "refus gris" invoquent des raisons psychologiques ou religieuses pour se faire réformer, mais ils ne prennent pas la parole publiquement, contrairement aux refuzniks.

Lire aussi: Conflit Israélo-Palestinien : Représentations Caricaturales

Conditions sur le Terrain et Témoignages de Soldats

Les conditions sur le terrain à Gaza sont extrêmement difficiles, comme en témoignent les récits de soldats réservistes publiés par le quotidien israélien Haaretz. Ces témoignages décrivent des distributions d'aide humanitaire limitées et dangereuses, des tirs à balles réelles sur des civils affamés et une déshumanisation croissante des Palestiniens.

Un soldat a déclaré à Haaretz : « C’est un champ de bataille. Là où j’étais posté, entre une et cinq personnes étaient tuées chaque jour. Elles sont traitées comme des forces hostiles : pas de mesures de contrôle des foules, pas de gaz lacrymogènes ; juste des tirs à balles réelles avec tout ce qu’il est possible d’imaginer : mitrailleuses lourdes, lance-grenades, mortiers. Notre moyen de communication, c’est la fusillade. »

Un autre réserviste a témoigné que « Gaza n’intéresse plus personne. C’est devenu un endroit avec ses propres règles. La perte de vies humaines ne signifie rien. Ce n’est même pas un ”incident malheureux”, comme on disait autrefois ».

Convention Franco-Israélienne de 1959

La convention bilatérale franco-israélienne de 1959 suscite également des interrogations. Cet accord prévoit que de jeunes Français puissent être mobilisés par Israël, ce qui représente trente-six mois de service pour les garçons et vingt et un mois pour les filles. Cette question pose des problèmes en termes d'appartenance nationale et d'obligations militaires.

La convention vise à éviter aux binationaux d'avoir à satisfaire aux obligations de service militaire des deux États. Cependant, elle prévoit la possibilité pour un double national d'être mobilisé par l'un ou l'autre État dans certaines situations spécifiques, notamment s'il établit sa résidence permanente ou séjourne d'une façon habituelle pendant deux années au moins sur le territoire de l'un des deux États contractants, ou en cas de mobilisation partielle ou totale dans un seul des deux États.

Lire aussi: Exploration musicale de Doudou Aaron

tags: #soldat #israelien #conditions #de #service

Articles populaires: