Le conflit israélo-palestinien, en raison de sa complexité et de sa portée mondiale, a toujours été un sujet privilégié pour les médias. Cet article propose une analyse des représentations de ce conflit dans les médias, en se concentrant sur les images d’actualité et les caricatures, et en examinant comment ces représentations façonnent la perception du conflit par le public.
L'Importance des Médias dans le Conflit Israélo-Palestinien
L’association entre le conflit israélo-arabe et les médias est une relation de longue date. Les acteurs du conflit ont rapidement compris l’importance de l’attention médiatique étrangère pour leurs causes respectives. Le conflit continue de générer une quantité considérable d’images, qui ne faiblit pas avec le temps. Ces images, en particulier les images d’actualité, sont cruciales car elles bénéficient d’une large exposition et servent souvent de source d’inspiration pour les artistes, les cinéastes et les producteurs d’autres formes d’images.
Les Trois Catégories d'Images : Victimes, Bourreaux et Combattants
L’analyse des représentations du conflit israélo-palestinien peut être effectuée à travers une interaction entre trois catégories d’images que l’on retrouve des deux côtés : les victimes, les bourreaux et les combattants.
La Domination de l'Image de la Victime
Dans tout conflit, l’image de la victime domine aujourd’hui les médias. Son ascension a été un processus complexe, que l’on peut faire remonter à la mise en avant du témoin revenu des camps de concentration à partir du procès Eichmann. Une concurrence des victimes s’est enclenchée dans l’espace public, autour des années quatre-vingt.
Les victimes palestiniennes des expulsions et de l’occupation sont apparues progressivement, alors que les objectifs avaient peu filmé ou photographié les camps de réfugiés de l’après 1948. Le tournant a été la guerre du Liban de 1982. L’expulsion des Palestiniens de Beyrouth à l’été, et surtout les massacres des camps de Sabra et Chatila par les phalanges chrétiennes sous le parrainage de l’armée israélienne, sont montrés à la télévision, provoquant une vague d’empathie.
Lire aussi: Pour en savoir plus sur l'éthique embryonnaire
Sur la longue durée, la couverture de l’occupation, les offensives israéliennes dans les territoires, livrent leur lot d’images, qui sont devenues si familières qu’on pourrait les analyser selon des genres bien répertoriés. Ainsi, on voit souvent le soldat surarmé face au civil au checkpoint (le photographe attendra souvent, pour accentuer le contraste, une femme, un enfant ou un vieillard, plutôt qu’un homme adulte). Les funérailles des victimes de bombardements ou d’assassinats ciblés sont bien sûr un autre aspect de cet univers victimaire.
La victime israélienne apparaît moins. Parmi les raisons, une donnée médiatique plus que politique : il est plus facile de filmer une occupation que les attentats suicide, qui sont la première source de victimes israéliennes. Ils sont largement couverts par les médias, mais les images s’arrêtent généralement à la vue d’un bus calciné, des ambulances qui évacuent les blessés.
L'Attaquant-Suicide : Victime ou Bourreau ?
L’attentat fait apparaître un autre type d’image, fortement ambivalente, celle de l’attaquant-suicide (du « suicide-bomber ») que la presse française a appelé kamikaze. Le débat commence avec la nomination : faut-il dire terroriste, et dans quelles circonstances? Mais comment traiter de cet acteur sans susciter de controverses? Le reportage dans la famille du kamikaze, l’interview de la mère, tout ce qui peut paraître reporter la pitié sur lui et inviter à comprendre les causes du geste, a plus d’une fois suscité les indignations des pro-israéliens, qui préféreraient s’en tenir à sa caractérisation comme terroriste fanatique, celle-là même que montrent les vidéos que les kamikazes filment avant leur acte.
La Présence du Bourreau
Dans le hors-champ de la victime, il y a toujours un bourreau, et à la compassion peut facilement se joindre la dénonciation. C’est pour cela aussi que les images de Mohammed al Dura sont si puissantes. Filmées en zoom, de près, elles donnent à croire que le tireur voit ce que voit le cameraman et s’acharne sur un enfant. De façon plus concrète, on voit parfois le bourreau « dans le champ », lorsque des soldats brutalisent des civils, sont surpris en train de les passer à tabac (y compris à coups de pierre, lors du fameux reportage de CBS en février 1988).
L'Image du Combattant
Avant l’ascension des victimes, les médias ont valorisé l’image du combattant. Le soldat, et singulièrement la soldate israélienne de l’armée du nouvel État, ont été abondamment filmés et photographiés en victorieux, non en bourreaux. Les Palestiniens, comme souvent, ont réagi en miroir, et invité les médias à filmer leurs propres combattants, à partir des années soixante-dix. Cependant, l’image du combattant est beaucoup moins « commerciale » que celle de la victime, car elle ne peut entraîner d’identification que chez les partisans convaincus, alors que la victime touche de façon plus immédiate, et plus universelle - y compris et surtout chez ceux qui n’ont pas au départ d’opinion.
Lire aussi: "Balance de la Justice": Décryptage
L'Art Palestinien comme Forme de Résistance et d'Expression Identitaire
L'art palestinien, en particulier celui produit dans les camps de réfugiés comme Beddawi, au Liban, offre une perspective unique sur le conflit. Les peintures des artistes de Beddawi rendent visibles, en même temps qu’elles les engendrent et renforcent, les histoires et les croyances d’un camp de réfugiés qui existe depuis plus de cinquante ans. Ces peintures ne constituent pas seulement un résultat, elles participent aussi à la création d’un imaginaire collectif.
Symboles de l'Identité Palestinienne
Les artistes palestiniens utilisent une variété de symboles pour exprimer leur identité et leur résistance. Les oiseaux, notamment le « sunûnû », représentent les porteurs des rêves des Palestiniens. Le sunûnû unit quand il vole d’un lieu à l’autre de la diaspora palestinienne. Ces oiseaux sont en rapport avec les arbres, en particulier les oliviers, qui représentent la terre natale. Le cheval est un symbole de force et de pouvoir très présent dans l’œuvre des artistes de Beddawi. Il est devenu récurrent dans leur iconologie avec l’avènement de ce qu’ils appellent « la révolution palestinienne », en 1965. Les mosquées Al-Aqsâ et Qubbat al-Sakhrah, situées à Jérusalem, sont des éléments constitutifs de l’identité palestinienne, dépassant ainsi leur signification strictement religieuse.
Représentation de la Souffrance et de la Résistance
Les peintures des artistes de Beddawi rendent visibles, en même temps qu’elles les engendrent et renforcent, les histoires et les croyances d’un camp de réfugiés qui existe depuis plus de cinquante ans. Ces peintures ne constituent pas seulement un résultat, elles participent aussi à la création d’un imaginaire collectif, en un processus où il serait simpliste de chercher le début et la fin, l’avant et l’après, la cause et la conséquence. Les cactus, appelés en arabe subbayr, sont devenus les symboles de al-sumûd, une lutte journalière exprimant la résistance, la patience et l’endurance. Les jeunes porteurs de pierres au regard fier sont les héros des tableaux de Burhân, rappelant la résistance palestinienne. Le martyr, ou shahîd, est présent dans plusieurs des créations des artistes du camp, occupant une place centrale dans l’imaginaire palestinien.
Le Camp de Beddawi : Une "Petite Palestine"
Le camp de Beddawi est désigné par ses propres habitants comme l’un des camps de réfugiés les moins difficiles à vivre au Liban. Nizâr, artiste de Beddawi, parle du camp comme de sa « Petite Palestine » : « Le camp de Beddawi ou n’importe quel autre camp palestinien, pour moi, c’est l’endroit où je me trouve. Les personnes, la vie en général, les toits de zinc, tout me rappelle que je suis Palestinien, et ainsi donc que je dois revenir. Je pense que les habitants de Beddawi sont d’accord avec moi. On aime le camp, parce qu’ici c’est l’endroit qui nous rappelle notre village et la Palestine. »
Handala : Un Symbole de la Résistance Palestinienne
Créé en 1969 par le dessinateur de presse palestinien Naji Al-Ali, le personnage de Handala est devenu un symbole emblématique de la résistance palestinienne. Handala est un jeune garçon de 10 ans aux mains serrées et aux cheveux hérissés qui tourne le dos aux spectateurs parce qu’il se sent trahi. Il incarne les souffrances et les espérances de son créateur, Naji Al-Ali, et, à travers lui, celles du peuple palestinien. Handala n’acceptera de se retourner que lorsque son peuple aura un État.
Lire aussi: Procréation Médicalement Assistée
Naji Al-Ali, né vers 1937, a été témoin de la destruction de son village, Al-Shajara, en 1948. Cette expérience a profondément marqué sa vie et son œuvre. Handala est né à l’âge de 10 ans, l’âge où Naji a été contraint à l’exil. Handala représente l’innocence et la détermination de la Palestine combattante, le flambeau de la résistance, une résistance non-violente, faisant écho aux souffrances des Palestiniens, faisant appel aux émotions de l’ensemble des spectateurs.
La Caricature de Presse : Un Outil d'Information et de Critique
La caricature de presse joue un rôle important dans la couverture médiatique du conflit israélo-palestinien. Elle permet aux artistes d’exprimer leurs opinions et de critiquer les actions des différentes parties prenantes. Une étude comparative des caricatures de presse dans Le Monde, The Jerusalem Post et Al-Fajr révèle les différentes perspectives sur le conflit. Le Monde est souvent plus consensuel, tandis que la presse israélienne critique à la fois les Palestiniens et son propre gouvernement. La presse palestinienne, quant à elle, pousse la satire très loin sur des sujets comme la politique israélienne et la vision des Etats-Unis.
tags: #caricature #conflit #israélo-palestinien #analyse
