Introduction
Cet article explore les aspects du « clause linkage » en français parlé, en s'inspirant des travaux du Groupe Aixois de Recherche en Syntaxe et des propositions d'annotation macrosyntaxique élaborées dans le cadre du projet Rhapsodie. L'objectif est d'analyser les constructions introduites par des conjonctions de subordination dans les données orales non planifiées, en mettant en évidence la complexité et la variété de leur fonctionnement grammatical.
L'Importance des Données Orales Non Planifiées
Les données orales non planifiées, comme les conversations, constituent une base d'observation précieuse pour l'analyse des constructions introduites par des conjonctions de subordination. En effet, leur fonctionnement grammatical se révèle à la fois plus varié et plus complexe que ce que laissent prévoir les grammaires de référence, qui s'appuient principalement sur les phrases canoniques de l'écrit. L'usage des séquences conjonctionnelles dans la langue parlée informelle pose un double problème descriptif : celui de leur statut syntaxique et celui de leur mode d'insertion dans la trame discursive.
La Notion de Subordination : Une Définition Contrôlée
Il est d'usage de désigner sous le terme de subordonnée toute séquence à verbe tensé introduite par un élément conjonctionnel tel que Quand, Si, Parce que, Puisque, ou quelques autres morphèmes relateurs. Cependant, pour recourir à la notion de subordination de manière contrôlée, il est souhaitable de ne considérer comme subordonnées que les séquences qui entretiennent une véritable relation de dépendance syntaxique vis-à-vis du verbe recteur de la construction, en évitant de considérer comme des critères décisifs la seule nature conjonctionnelle de l'élément introducteur.
Certaines approches proposent d’analyser comme faits de rection toutes les relations d’implication dissymétrique existant entre deux éléments au sein d’un énoncé, en exploitant les effets d’agrammaticalité provoqués par la suppression de l’un d’eux. « À la suite de Hjelmslev, nous faisons l’hypothèse que les divers rapports grammaticaux qui forment la structure interne d’une clause peuvent être ramenés à une seule et unique relation de base : l’implication entre occurrences, ou rection. Elle se définit ainsi : Le segment A régit le segment B si l’occurrence de B implique, au sens logique du terme, celle de A ( = on ne peut pas avoir B sans A).
Toute la difficulté revient à distinguer clairement entre les relations d’implication qui sont commandées par la syntaxe des catégories (et qui, par exemple, pourraient être décrites à partir des contraintes imposées par le verbe recteur) et celles qui semblent relever d’un autre niveau d’organisation linguistique ; au plan méthodologique, l’impossibilité de supprimer l’un des éléments d’un énoncé est certes de nature à prouver son caractère « nécessaire », mais ne permet guère, en lui-même, de faire la part entre ce qui relève des nécessités grammaticales et ce qui relève des nécessités discursives.
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Dépendance Syntaxique vs. Rattachement Discursif
Il est essentiel de distinguer entre les faits de dépendance syntaxique et les faits de rattachement discursif qui se manifestent à travers certaines relations d'implication non rectionnelles. On ne verra aucune relation de subordination lorsque les constructions à introducteur conjonctionnel (Si-constructions, Quand-Constructions, etc.) s’intègrent à l’énoncé selon un procédé de « combinaison », de « regroupement » ou encore de « rattachement » non rectionnel, bref selon un procédé de nature parataxique.
Dans le cadre « aixois », ces deux niveaux d’organisation (celui des dépendances syntaxiques et celui des regroupements non rectionnels) ont été théorisés à travers la distinction entre le domaine de la microsyntaxe (qui rend compte des faits de dépendance syntaxique), et le domaine de la macrosyntaxe, qui étudie principalement les phénomènes de regroupements non rectionnels entre plusieurs constructions.
Pour éviter toute confusion terminologique, nous utiliserons désormais le terme de séquences (ou constructions) conjonctionnelles en distinguant celles qui sont régies par un verbe et celles qui sont non régies. L’étiquette de subordination ne sera en revanche plus guère employée en tant que telle, en raison des ambigüités auxquelles elle donne lieu.
Critères d'Identification d'une Construction Conjonctionnelle Régie par un Verbe
Plusieurs critères permettent d'attester qu'une construction conjonctionnelle est régie par un verbe.
Substitution paradigmatique : La séquence conjonctionnelle peut être remplacée par d'autres éléments de même fonction syntaxique, tels qu'un groupe nominal ou un adverbe.
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- Exemple : "le métier de fleuriste était pas drôle parce que il fallait avoir les mains dans l’eau" peut être reformulé en "le métier de fleuriste était pas drôle pourquoi / pour cette raison".
Mobilité : La séquence conjonctionnelle peut être déplacée à l'intérieur de la phrase sans en altérer le sens fondamental.
Insertion dans des dispositifs de la rection : Les séquences conjonctionnelles sous la dépendance syntaxique d’un verbe recteur ont en outre la possibilité d’être engagées dans certains dispositifs de la rection tels que le clivage, le pseudo-clivage, le Si-dispositif, etc.
- Exemple : "c’est parce que il fallait avoir les mains dans l’eau que le métier de fleuriste était pas drôle".
Ces indices visent tous à établir que les séquences régies par un constructeur verbal sont dotées de propriétés d’insertion paradigmatique. Si l’on tient à conserver le terme traditionnel, on pourra dire que dans les exemples [5-7], il y a entre la séquence conjonctionnelle et le verbe recteur une relation assez classique de subordination. Mais, comme on le voit, ce qui rend cette analyse envisageable, ce n’est pas seulement la nature conjonctionnelle de l’élément introducteur (c’est-à-dire sa syntaxe « interne »), mais aussi et surtout, les relations que le verbe recteur entretient avec l’ensemble de la séquence conjonctionnelle, qui relèvent de sa syntaxe « externe ».
Macrosyntaxe : Un Niveau d'Organisation Supérieur
La macrosyntaxe est un niveau d’organisation qui se superpose au module microsyntaxique et qui permet de rendre compte de certains regroupements (ou dégroupements) d’unités que l’on ne pourrait pas décrire à partir des seules propriétés rectionnelles des catégories grammaticales.
Les unités minimales de macrosyntaxe sont :
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- Le Noyau : est l’unité minimale de macrosyntaxe (Blanche-Benveniste et al. 1990). En syntaxe interne, il se caractérise par le fait qu’il est porteur d’une modalité d’énoncé interprétable en terme d’acte de langage (tel que l’assertion, la question, l’exclamation) ; au plan intonatif, il donne lieu à un choix de contours terminaux qui s’organisent comme un paradigme de formes associées à différentes valeurs illocutoires.
- Les séquences périphériques (pré-Noyau et post-Noyau) ne portent aucune valeur d’acte illocutoire. Elles ne sont associées à aucun paradigme de schémas prosodiques terminaux (ce qui « neutralise » en quelque sorte leur possibilité d’être interprétés comme des actes de langage), et de ce fait n’ont pas l’autonomie communicative des éléments Noyaux. Elles sont respectivement placées avant et après le Noyau. Le pré-Noyau est le plus souvent doté d’un contour intonatif de type continuatif.
Annotation Macrosyntaxique : Le Projet Rhapsodie
Dans le cadre du projet Rhapsodie, une annotation a été proposée, conduisant à définir 5 types fondamentaux de configurations, repérées sur la base des propriétés micro- et macro-syntaxiques des séquences conjonctionnelles.
Les Cinq Types Fondamentaux de Configurations
- Subordonnées classiques : Au plan microsyntaxique, elles sont régies par le verbe constructeur : on le vérifie en appliquant les tests visant à démontrer leur insertion paradigmatique. Au plan macrosyntaxique, ces séquences apparaissent à droite du verbe recteur, et à l’intérieur de la même unité macrosyntaxique que celui-ci, sans manifester de phénomène de segmentation ou de détachement d’aucune sorte. De telles subordonnées constituent les cas les plus simples à décrire et à annoter, dans la mesure où il y a un recouvrement complet entre les plans micro et macro.
- Exemple : "//il est parti plus tôt que prévu parce qu’il avait un rendez-vous //".
- Séquences conjonctionnelles antéposées : Ce mode d’antéposition de la séquence conjonctionnelle est bien attesté dans les productions orales de type conversationnel.
- Exemple : "L1 : // vous allez aller chercher des champignons ?".
- Séquences conjonctionnelles en post-Noyau : Les séquences conjonctionnelles régies placées en fin de construction verbale peuvent enfin prendre une valeur de post-Noyau si elles donnent lieu à une suite de syllabes non accentuées.
- Compléments différés : la séquence conjonctionnelle reste sous la dépendance syntaxique d’un verbe recteur, mais elle est détachée de sa base et prend la forme d’un énoncé macrosyntaxique autonome, donnant l’impression que la construction syntaxique a été réalisée comme une suite de deux énoncés successifs. Ces exemples correspondent aux cas parfois décrits comme des compléments différés, ou comme des épexégèses - pour reprendre le terme utilisé par Bally (1932) -, qui se définissent comme l’adjonction d’un élément à un énoncé qui est déjà complet par lui-même.
- Exemple : "Le roi : //+ Parce que je n’ai rien d’autre à faire.//".
- Ces éléments différés sont bien sous la dépendance du verbe constructeur apparaissant dans le premier segment.
- Séquences conjonctionnelles non régies : De nombreuses occurrences de parce que produites à l’oral doivent être analysées comme non régies. le fait que la chaussée soit mouillée n’est évidemment pas présenté comme relié de manière causale au fait qu’il ait pu pleuvoir, mais est donné comme un indice à partir duquel une inférence peut être construite.
Schémas Pédagogiques et Apprentissage en Ligne
Témoins et acteurs d’une société où l’information et la connaissance sont massivement accessibles en ligne, nous sommes confrontés à la grande volatilité de cette information digitale parfois désordonnée, et éphémère (Smyrnaios, 2005). D’où le besoin d’en trier l’essentiel et de hiérarchiser selon un schéma d’ordre.
Dans le domaine de l’éducation, les MOOC constituent en ce sens un exemple de répertoire d’information et de connaissances massives et ouvertes. En 2016, plus de 35 millions de personnes se sont inscrites à un ou plusieurs MOOC, délivrés par plus de 500 universités (Cobos, Wilde et Zaluska, 2017). Des études (Guo, Kim et Rubin, 2015) montrent que l’attention est perdue au-delà des 6 premières minutes d’une séquence vidéo pédagogique en ligne. La nécessité de la formalisation des contenus informationnels pose la question de la représentation graphique et textuelle des savoirs en ligne. Ces derniers prennent notamment la forme de schémas et sémantiques graphiques (illustration, dessins, visuels, etc.). Le faible taux de persistance chez les inscrits aux MOOC, les phénomènes de pérégrinations, navigations, passages éphémères (Cisel, 2016) témoignent d'une forte volatilité de la consultation des contenus.
Un schéma est une manière de représenter graphiquement les connaissances et les informations. Dans une perspective éducative, le schéma aurait ainsi pour fonction de réifier, ou fixer, des objectifs d'apprentissage ou opérationnels selon un ordre graphique. Ce dernier est un système sémiotique (Goody, 1979) : il ne fait pas qu’informer, il a une existence autonome, parce qu’il stabilise un système de relations entre signifiants et signifiés, au-delà de la compréhension qu’en a chaque individu. Un schéma ne reproduit pas les objets, mais un système de fonctionnement, de raisonnement ou de pratiques à suivre (Cuny et Boyé, 1981). Autrement dit, il symbolise des idées ou des concepts, il représente sous forme de signifiant un objet existant (il le substitue sous forme graphique), et met en exergue les types de liens entre les deux catégories de représentation (pensée représentée sous forme graphique et objet signifié).
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