L'histoire des institutions religieuses est malheureusement parsemée de scandales, de silences complices et de secrets bien gardés. L'éclatement de l'affaire « Bétharram » au début de l'année 2025 a entraîné un déferlement de témoignages d'anciens élèves victimes de violences de tous ordres par des personnels encadrants de leur établissement. Cet article se penche sur ces réalités sombres, en explorant les mécanismes qui permettent à ces abus de se produire et de perdurer, ainsi que les conséquences dévastatrices pour les victimes.

L'Affaire Bétharram: Un Cas Révélateur

Le scandale des violences systémiques perpétrées de façon plus ou moins continue pendant au moins un demi-siècle au sein de l’établissement scolaire Notre-Dame de Bétharram, a constitué le point de départ de la demande d’attribution à la commission des pouvoirs d’enquête, ainsi que des travaux des rapporteurs. Derrière cette façade, des élèves, et plus particulièrement les plus jeunes et donc plus vulnérables d’entre eux, des écoliers de niveau CM1 et CM2 et des collégiens, ont pourtant été victimes pendant des décennies d’un véritable déchaînement de violences. Ce type de violences visant spécifiquement les enfants était encore considéré comme un outil éducatif efficace et parfaitement admis en droit comme dans la plupart des familles, au moins jusque dans les années 1970-1980.

Les témoins relatent en premier lieu des violences physiques caractérisées par leur arbitraire, leur gravité et leur systématicité, accompagnées de violences psychologiques intensifiées par l’atmosphère diffuse de silence et de crainte qui régnait dans l’établissement : coups de pied, passages à tabac, coups à la tête occasionnant percements tympaniques et pertes d’audition définitives, humiliations et traitements dégradants, par exemple par l’isolement des élèves des heures entières à genoux, notamment sur le désormais fameux « perron », dehors, en plein hiver et en petite tenue, parfois jusqu’au sang sur une règle carrée, souvent sans que le moindre fait générateur soit identifié par la victime ou les témoins. Des témoignages rapportent également des traitements assimilables à de la torture, tels que des piqûres sous-cutanées à l’eau ou à l’alcool, des coups de batte, des orties frottées contre des parties dénudées du corps ou encore des cheveux et ongles arrachés. De très nombreux élèves ont également subi des violences sexuelles dans l’établissement, qui n’étaient pas davantage tolérées en principe à l’époque des faits qu’à l’époque actuelle, et qui ne relevaient pas non plus de dérives individuelles d’un prédateur isolé.

Les violences sexuelles, souvent ritualisées, impliquant parfois la complicité de plusieurs adultes, se caractérisaient en outre par leur cumul fréquent avec des violences socio-économiques, puisqu’elles visaient tout particulièrement les enfants issus de milieux modestes ou dont les structures familiales étaient fragilisées ou plus éloignées géographiquement. Alain Esquerre résume ainsi que « les notables du coin, ou ceux qui donnent régulièrement des chèques à la congrégation, on ne viole pas leurs gosses ». En atteste l’histoire de la première victime à s’être manifestée, Jean-Marie Delbos, orphelin recueilli par sa grand-mère très modeste, qui témoigne d’une discrimination permanente, dans les années 1950, au détriment des élèves issus des familles les plus démunies, les « pauvres diables » selon son expression, cibles de prédilection des violences sexuelles perpétrées durant cette décennie. Ce schéma de prédation des élèves fragilisés se retrouve plus tard, dans les années 1970 à 1990, notamment sous l’égide de Pierre Silviet-Carricart, ancien directeur de l’établissement cité dans plus de vingt plaintes pour agressions physiques, sexuelles et viols sur des collégiens de l’établissement.

Comme l’a indiqué devant la commission Christian Mirande, juge d’instruction chargé de la première affaire concernant ce religieux, « le jour du décès du père de l’enfant l’institution a prévenu Pierre Carricart que l’enfant devait se rendre à Bordeaux pour les obsèques. Pierre Carricart, chargé de s’occuper de l’enfant, est venu le réveiller et l’a conduit dans sa salle de bain privée où il l’a déshabillé. Au total, au jour de la publication du présent rapport, on dénombre environ 250 plaintes couvrant une période allant de 1957 à 2004, qui viseraient au moins vingt-six auteurs présumés. Dans une enquête publiée par la cellule investigation de Radio France le 22 mars 2025, le témoignage d’un ancien professeur ayant exercé pendant dix-huit ans dans l’établissement résume ainsi la situation : un « climat de violence généralisé, de système de pression, d’emprise que certains avaient sur les élèves, notamment certains surveillants.

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Le Silence: Un Allié des Abus

Une interrogation émerge fatalement à la lumière de ce constat : comment de telles violences, qui n’auraient pu être ouvertement admises par quiconque, y compris « à l’époque », ont-elles pu se perpétuer pendant des décennies sans qu’il y soit mis un terme ? Le silence, dont Alain Esquerre a fait le titre de son livre, revient comme l’hypothèse explicative la plus commune. Le dépôt massif de plaintes en 2024 et plus encore en 2025 a conduit de nombreux commentateurs et parties prenantes, à commencer par Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, à évoquer une salvatrice « libération de la parole ». C’est sur cet aspect que le premier ministre François Bayrou, apprenant en avril 2025 que sa fille avait été victime de ces violences, a souhaité concentrer la réflexion, comme l’indiquait sa réaction lors d’une conférence de presse du 23 avril 2025 : « En tant que père de famille, ça me poignarde le cœur. Pourquoi les victimes eux-mêmes n’en disent rien ?

Les premières paroles de victimes qui ont pu être identifiées sont portées à la connaissance de la direction de l’établissement dès 1961, par le directeur de conscience de l’élève Jean‑Marie Delbos, auquel celui-ci s’était confié, ainsi que d’autres de ses camarades. Ses paroles n’avaient pas été incomprises, mais sciemment étouffées par des prêtres de la congrégation du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram, sous la tutelle de laquelle était placé l’établissement. Ces prêtres avaient été jusqu’à placer l’enfant dans un hôpital psychiatrique avant de menacer sa grand-mère de saisir ses biens si l’affaire venait à s’ébruiter. Au milieu des années 1980, Alain Esquerre témoigne pour sa part s’être confié au directeur de l’établissement, qui n’était autre que le père Carricart, à la suite d’une double claque puissante sur les oreilles, infligée par son instituteur au prétexte qu’il se serait retourné pour demander un stylo à son voisin. Alors élève de CM2, il était encore en pleurs à la fin de la journée quand il avait croisé le directeur, qu’il considérait alors comme l’adulte le plus aimable de l’établissement.

À la fin des années 1980, une mère aurait fortement dénoncé auprès de la direction de l’établissement une agression sexuelle commise sur son fils Christophe, qui s’en était ouvert à elle, par le surveillant général Damien S., mieux connu sous son surnom de « Cheval ». À titre de sanction, Damien S. fut alors déplacé à l’institution Saint-Dominique de Neuilly‑sur-Seine, et termina sa carrière en 2018 comme adjoint au chef de l’établissement Léon XIII de Châteauroux. Cet homme est aujourd’hui mis en cause par 74 victimes, dont 55 pour violences volontaires, 18 pour agressions sexuelles et une pour viol. À partir du milieu des années 1990, alors que les droits des enfants progressent nettement en France et dans le monde, les alertes s’enchaînent.

Le 24 juin 1993, un élève, dont les différentes pièces recueillies par les rapporteurs indiquent que le père était d’ailleurs un membre important de l’association des parents d’élèves de l’établissement, est victime d’un percement tympanique occasionné par un coup porté par un surveillant de dortoir, Serge L. Le rapport du médecin concluait à une « perte auditive de 15 décibels » et à une « incapacité totale de huit jours », qui a conduit le juge des référés du tribunal de grande instance de Pau à ordonner le 19 octobre 1993, le versement par l’établissement d’une provision de dommages et intérêts à hauteur de 10 000 francs à la victime. En 1995, selon Alain Esquerre, une plainte est déposée au commissariat de Biarritz par la mère de David, un ancien élève qui a fini par lui révéler les viols qu’il aurait subis de la part de Patrick M., alors surveillant. Cette plainte aurait été classée sans suite à l’issue d’une confrontation, parole contre parole, entre la victime et le mis en cause. La même année, le jeune Marc Lacoste-Seris informe son père, Jean-François, des violences qu’il a subies. Celui-ci adresse une lettre aux parents de l’établissement, leur demandant de signer une pétition pour que cessent les violences physiques et les traitements humiliants : son fils a eu le tympan percé en février 1995 par une « gifle » ayant occasionné la perte définitive de 40 % de ses capacités auditives, avant d’être, en décembre de la même année, isolé dehors durant la nuit en sous-vêtements puis frappé et finalement admis à l’hôpital en hypothermie après avoir réussi à joindre son père.

Ce dernier dépose plainte à l’encontre du cadre surveillant Marie-Paul D., faute de réaction appropriée de l’établissement, et décide d’alerter les médias, une première. Au moins une autre plainte pour violences avait été déposée le 3 avril 1996 à la brigade de gendarmerie de Nay, à l’encontre cette fois du directeur de l’établissement et d’un certain Thomas T., sans doute un élève-surveillant, selon un document retrouvé à l’établissement Le Beau Rameau - ex-Bétharram - par les rapporteurs au cours de leur contrôle sur pièces et sur place du 18 mars 2025. À cette même époque, la professeure de mathématiques et lanceuse d’alerte (voir c. Toujours en avril 1996, la presse dévoile d’autres faits, ce qui prouve que des élèves ont parlé des violences qu’ils subissaient. Le retentissement médiatique est tel que des caméras de télévision et des journalistes de la presse écrite - y compris nationale - cernent l’établissement pendant plusieurs jours. Jean-François Lacoste-Seris, accompagné d’anciens élèves eux aussi décidés à s’exprimer, dont Alain Esquerre, tente de créer une association de défense des victimes et distribue des tracts de sensibilisation à destination des parents et des élèves devant l’établissement.

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En octobre de la même année, des documents retrouvés par les rapporteurs à Bétharram indiquent qu’un surveillant a causé un autre percement tympanique à un élève, Jonathan, dont les parents, informés par leur fils, avaient un temps envisagé de porter plainte. En 1998, à la suite du témoignage d’un ancien élève pour des faits de viol, Pierre Silviet-Carricart, l’ancien prêtre directeur qui reste alors une personnalité majeure de la congrégation - et par conséquent une figure tutélaire pour l’établissement -, est mis en examen et placé en détention provisoire, ce qui provoque une nouvelle effervescence médiatique d’ampleur nationale. Le témoignage d’un élève dans le cadre de la même affaire, confirmé par d’autres élèves, mettait également en cause Damien S. Vers la fin des années 1990, toujours selon le livre d’Alain Esquerre précité, le petit Anthony, 8 ans, raconte à sa grand-mère ce que lui a fait subir, à plusieurs reprises, un religieux lui demandant de ne rien révéler à personne. En 2003, c’est Adrien H., ancien élève, qui, d’abord victime de violences physiques et d’humiliations de la part « d’élèves à la solde des surveillants, qui en faisaient leurs hommes de main », affirme subir des viols de la part d’élèves plus âgés dans les toilettes de l’établissement ainsi que des agressions sexuelles de la part de prêtres encadrants.

En 2005, un ancien élève, qui avait donc là aussi pris la parole, aurait déposé une plainte pour des faits de viol et d’agression sexuelle mettant en cause un laïc membre du personnel de l’établissement, cette plainte étant une fois encore classée sans suite. Enfin, entre 2011 et 2013, un autre ancien élève aurait dénoncé des faits de viol et d’agression sexuelle commis par un autre membre de l’établissement, la plainte étant là aussi classée sans suite pour « infraction insuffisamment caractérisée ». La longue liste ci-dessus des élèves qui se sont exprimés il y a 20, 30, 40 voire plus de 60 ans sans jamais obtenir réparation en dit long, non sur le silence des victimes, mais sur la chape de plomb imposée par ceux qui étaient pourtant responsables de leur protection et de leur sécurité.

La Responsabilité des Adultes et des Institutions

Cette question de la responsabilité des adultes se pose de façon particulièrement sensible ou douloureuse s’agissant également des parents. En effet, pour parler de violences que l’on a subies, deux conditions sont nécessaires : il faut en premier lieu savoir que l’on est victime de violences, et donc savoir ce qu’est une violence et que toute forme de violence est interdite par la loi ; en second lieu, il faut savoir ou, à tout le moins, croire que la parole sera écoutée et prise au sérieux. « Nombreuses sont les victimes qui se sont heurtées à cette question, qui exprime l’incompréhension, peut-être même l’indifférence, de la personne qui la pose. En réalité, la question est mal posée car ce n’est pas à la victime d’y répondre. C’est aux tiers, aux proches, aux professionnels, aux institutions.

Cette écoute, le directeur de Notre-Dame de Bétharram ayant succédé à Pierre Carricart, le religieux Vincent Landel, l’avait lui-même promue et en avait exposé la nécessité aux lecteurs de La Croix en avril 1996, dans un courrier des lecteurs intitulé « Les violences à l’école », où il écrivait notamment : « Pour relever le défi lancé à l’école, il ne nous faut pas plus de policiers, de magistrats, de personnes qui légifèrent… Il faut seulement plus d’adultes qui, dans le quotidien de ces jeunes, acceptent de prendre le temps de poser sur eux un regard qui aime, qui respecte, qui accompagne en tant qu’éducateur chrétien ; n’est-ce pas suivre la pédagogie du Christ ? Au faîte de son prestige au milieu des années 1990, l’établissement, qui s’ouvrait alors tout juste à la mixité, accueillait plus de 600 élèves, dont environ 400 internes. Bien qu’isolé géographiquement, il bénéficiait d’une notoriété bien établie, son bassin de recrutement s’étendant jusqu’aux villes de Toulouse et surtout de Bordeaux, pourtant située à près de 250 kilomètres. En première analyse, on pourrait imaginer qu’une telle notoriété et un tel nombre d’élèves auraient dû constituer un facteur de protection pour les enfants, tant on sait combien les violences peuvent d’ordinaire prospérer dans le secret des huis clos. Ainsi, comme la presse l’…

Facteurs Favorisant les Abus

Plusieurs facteurs peuvent expliquer la prévalence des abus dans les institutions religieuses :

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  • Le pouvoir et l'autorité: Les figures religieuses détiennent souvent un pouvoir considérable sur leurs disciples, ce qui peut créer un environnement propice à l'abus.
  • Le secret et le silence: La culture du secret et du silence, souvent encouragée au sein des institutions religieuses, peut empêcher les victimes de dénoncer les abus et protéger les auteurs.
  • La formation inadéquate: Une formation inadéquate du personnel religieux en matière de protection de l'enfance et de prévention des abus peut contribuer à l'ignorance et à la négligence.
  • Le manque de supervision: Un manque de supervision et de responsabilisation des figures religieuses peut permettre aux abus de se produire en toute impunité.

Conséquences pour les Victimes

Les conséquences des abus dans les institutions religieuses peuvent être dévastatrices pour les victimes, tant sur le plan physique que psychologique. Elles peuvent inclure :

  • Traumatismes psychologiques: Les victimes peuvent souffrir de troubles anxieux, de dépression, de troubles de stress post-traumatique (TSPT) et d'autres problèmes de santé mentale.
  • Problèmes de confiance: Les victimes peuvent avoir du mal à faire confiance aux autres, en particulier aux figures d'autorité.
  • Difficultés relationnelles: Les victimes peuvent éprouver des difficultés à établir et à maintenir des relations saines.
  • Problèmes de santé physique: Les victimes peuvent souffrir de problèmes de santé physique liés aux abus, tels que des douleurs chroniques, des troubles digestifs et des problèmes sexuels.
  • Crise de foi: Les victimes peuvent perdre leur foi ou éprouver une crise spirituelle en raison des abus.

Prévention et Action

Il est essentiel de mettre en place des mesures de prévention et d'action pour lutter contre les abus dans les institutions religieuses. Ces mesures peuvent inclure :

  • La sensibilisation et l'éducation: Il est important de sensibiliser le public et le personnel religieux aux problèmes d'abus et de fournir une éducation sur la prévention et la détection des abus.
  • La mise en place de politiques et de procédures claires: Les institutions religieuses doivent mettre en place des politiques et des procédures claires pour signaler et traiter les allégations d'abus.
  • La formation du personnel religieux: Le personnel religieux doit recevoir une formation adéquate en matière de protection de l'enfance et de prévention des abus.
  • La supervision et la responsabilisation: Les figures religieuses doivent être soumises à une supervision et une responsabilisation adéquates.
  • Le soutien aux victimes: Il est essentiel de fournir un soutien aux victimes d'abus, notamment des services de conseil, une assistance juridique et un soutien financier.
  • La transparence et la responsabilité: Les institutions religieuses doivent être transparentes et responsables de leurs actions en matière d'abus.

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