L’univers des santons de Provence est riche en symboles, traditions et personnages attachants qui peuplent nos crèches au moment de Noël. Parmi eux, le Ravi, qui est sans doute l'un des plus aimés et des plus reconnaissables. Personnage emblématique, il symbolise l’innocence et la joie simple de la scène de la Nativité. Ce santon, avec ses bras levés vers le ciel et son sourire béat, incarne l’émerveillement et la gratitude, nous rappelant l’importance de s'émerveiller devant les petites choses de la vie.
L'origine et la signification du Ravi
Le Ravi est un personnage incontournable de la crèche provençale. Son nom, tiré du verbe provençal "raviar" qui signifie "être en extase" ou "s’émerveiller", traduit parfaitement son rôle dans la crèche. Le santon du Ravi est représenté avec les bras levés et un sourire éclatant, exprimant toute l’admiration et l’émotion qu’il ressent en découvrant la naissance de l’enfant Jésus. Il est l’un des rares santons à ne quasiment rien tenir dans ses mains, contrairement au boulanger avec son pain ou à la poissonnière avec son panier rempli de poissons. Ce détail le distingue des autres personnages et symbolise une pureté d’âme : le Ravi ne possède presque rien, si ce n'est un cœur pur et une capacité unique à s’émerveiller.
L'histoire du Ravi remonte au XVIIIe siècle, époque où les santons ont commencé à être fabriqués à Marseille et dans les villages environnants. Le santon Le Ravi était l'un des premiers santons à être créés, et il a immédiatement conquis le cœur des Provençaux.
Le Ravi dans la crèche provençale
La crèche provençale, au-delà de la Nativité, représente un village miniature avec ses artisans, ses bergers et ses animaux. Chaque personnage a sa place et raconte une histoire, créant une scène vivante et animée. Le Ravi y occupe une position particulière. Souvent situé à proximité de l’étable ou en périphérie, il est celui qui manifeste le plus d’émotion. Le personnage du Ravi rappelle également que, dans la tradition chrétienne, les humbles et les simples d’esprit sont les premiers à reconnaître la grandeur du message divin. Il est celui qui, malgré son apparente naïveté, comprend l’essence du miracle de Noël.
Le Ravi : un symbole culturel
Dans la culture provençale, le Ravi incarne plus qu'un simple personnage de crèche : il symbolise l’optimisme, la bienveillance et la capacité à s’émerveiller. En effet, le Ravi est souvent perçu comme le "simple d’esprit", celui qui est parfois en marge de la société par son innocence et son émerveillement continuel. Sa présence dans la crèche inspire une certaine tendresse. Le Ravi nous montre qu’il est essentiel de savoir apprécier les moments précieux et de rester ouvert à l’émerveillement. Positivement Ra-vi ! Une présence joyeuse qui lui vaut d'être avant chaque Noël, placé parmi les premiers dans la crèche familiale. Certains pensent même qu'il porte bonheur. Tout le monde s'accorde à voir en lui un gentil fada, désigné comme le premier des idiots du village, avec son sourire à la Paul Préboist éternellement dessiné sous son bonnet trop enfoncé.
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Au-delà de sa représentation dans les crèches de Noël, le Ravi est devenu un symbole de l'innocence et de la joie de vivre. Le Ravi est également devenu un personnage de la vie quotidienne provençale. Il est représenté dans les fêtes et les cérémonies, les marchés et les foires.
L'évolution de la perception du Ravi
Au tout début du XVIIIe siècle, le Marseillais Jean-Louis Lagnel, "figuriste" de son état, réinvente l'art du santon. Depuis la Révolution qui a temporairement fermé les églises à partir de 1794, le marché des crèches domestiques est en plein boum. Les enfants ne sont plus seuls à reproduire la scène de la nativité en miniature. Toute la famille s'y attelle. Lagnel est le premier à leur proposer des santouns en argile (petits saints en Provençal). Au premier cercle sacré (Marie et Joseph, Jésus et les rois mages), il ajoute des dizaines de personnages contemporains à son siècle, villageois, paysans et artisans. Dans ce petit monde de Lagnel, apparaissent à la fenêtre un Ravi… et une Ravie, tous deux bras tendus vers le ciel. Pour l'historien Régis Bertrand, auteur de Crèches et santons de Provence, "cela correspond à une gestuelle ancienne dont le sens et même la pratique ont presque disparu. Ou plutôt s'est métamorphosée : car j'ai noté une certaine tendance à la reprendre en écartant les bras dans le cas d'embrassements pour poser les mains sur les épaules de la personne que l'on embrasse. Or ces embrassements publics, extra-familiaux, se sont considérablement développés en trente ans".
Sur le site internet de l'Évêché de Marseille, Pierre Gérard, prêtre de Marseille, confirme : "Le ravi, on le connaît très mal. Souvent on croit qu'il passait son temps les bras en l'air et que c'était l'idiot du village… Pas du tout !"
En 1841, l'écrivain Joseph Désanat évoque "l'illustre Ravi, grandiose et superbe, les bras dressés au ciel, type des étonnés". Lachamp voit alors en lui un santon qui "résume en sa personne l'admiration pieuse de tous les autres santons et qui, gênés par les comestibles qu'ils apportent, ne sauraient comme lui tendre les bras vers le ciel".
Les pastorales, immense succès populaire dès le XIXe siècle, vont lui faire perdre des points de QI. Dans la Pastorale Maurel, Régis Bertrand "pense qu'il a été contaminé à la fois par Roustido, le notable qui apparaît à sa fenêtre en bonnet et chemise de nuit, tout surpris qu'on le réveille et qui à l'annonce de la "grande nouvelle" lève les bras au ciel dans beaucoup de mises en scène et par Jiget, le valet de ferme un peu stupide, qui se trouve avoir un costume assez proche, en particulier un bonnet". À la fin du XIXe siècle, Mistral enfonce définitivement le clou dans Lou tresor dau Felibrige : "Sèmblo lou ravi de la crecho : il est tout ébahi".
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L'image est restée : dans sa pastorale de 1986, Yvan Audouard parle de lui comme d'un habitant… de Bethléem qui "restait à sa fenêtre, les bras en l'air, en regardant les gens, le ciel, les bêtes, les fleurs, et en disant : 'Que le monde est joli ! C'est pas possible qu'il soit aussi joli !'".
La tradition des santons en Provence
S’il est une tradition chère au cœur des provençaux d’origine ou d’adoption, c’est bien celle des santons de Provence. Chaque année, dès la mi-novembre, les marchés aux santons s’installent dans nos villes pour le plus grand bonheur des petits et des grands. La préparation de Noël est ainsi lancée. En fait, c’est un miracle … un miracle qui se renouvèle chaque année, au mois de décembre! Le petit peuple d’argile qui a dormi pendant une année dans une boite, enveloppé dans du coton ou du papier de soie, s’anime dans la crèche provençale. Écoutez, dehors le mistral souffle, il nous rend un peu fada, il fait froid … mais grâce à lui le ciel est bleu et les étoiles brillent. Une plus particulièrement, c’est l’étoile du berger. Quelque chose est en train de se préparer, quelque chose qui nous relie à l’enfance, à notre besoin d’émerveillement, notre désir de Beauté et de Bonté. Le soir de Noël, les petits personnages en argile s’animent et nous parlent de ce peuple de Provence et d’un espoir, celui de retrouver l’innocence.
Pour rencontrer la tradition, il faut remonter à la Révolution française de 1789. En 1793, la décision est prise de fermer les Églises afin de lutter contre un clergé instruit et donc influent qui refuse de se plier aux idées révolutionnaires. Cette tradition de la représentation animée de la Nativité vient de loin, elle remonte au 13ème siècle. En 1223, celui qui allait devenir Saint-François d’Assise, patron des animaux, des santonniers et fondateur de l’ordre des franciscains, représente au château de Greccio en Italie une crèche vivante. Puis, ce seront des petits personnages en cire, en bois, en plâtre ou en mie de pain, vêtus d’étoffes qui feront leur apparition uniquement dans les Églises. Celles-ci avaient seules, le privilège de pouvoir réaliser une crèche au moment de Noël.
Les Églises fermées, il n’y eu plus de représentation de la nativité au moment de Noël. Puisqu’il n’est plus possible de célébrer la nativité dans les Églises, on se met alors à fabriquer des petits personnages à l’effigie des Saints : Joseph, Marie et l’Enfant Jésus. Comme les personnages sont tout petits, on les appelle « Santoun » « petit saint ». Chaque famille qui en possède risque gros : quiconque est pris la main dans … la crèche .. encourait, parait-il, la peine capitale. En 1798, Monsieur Lagnel, demeurant à Marseille, à l’occasion d’une visite à Aubagne, découvre que la boue qui colle à ses chaussures est un matériau très malléable. Il a alors l’idée de confectionner une petite crèche et de la vendre. « Alors Yahvé modela l’homme avec la glaise du sol. Il souffla dans ses narines une haleine de vie. Début 1800, les crèches s’exposent à nouveau dans les églises. Monsieur Lagnel a l’idée de représenter les gens qui vivent autour de lui : le rémouleur, le boulanger, le pêcheur… la crèche provençale venait de naitre. Le véritable santon de Provence est en argile. « Tout artiste joue avec le miracle » …. Tout d’abord le santonnier « rêve » son santon, le réalise et le moule. La figurine va sécher et passer au four. Enfin, il est peint en série selon une technique particulière. Les santons de grande taille, qui peuvent atteindre 20 centimètres, sont habillés. Le santonnier concentre l’attention sur l’expression du visage, la délicatesse des mains, les cheveux et la barbe. Ils sont confiés à des couturières de grand talent qui vont les habiller en respectant la tradition des costumes du 19ème siècle. Des accessoiristes vont ensuite réaliser les accessoires illustrant la vie matérielle d’autrefois. Tout ceci pour que, pendant le mois de décembre, le petit peuple d’argile s’anime dans la crèche provençale et se mette en marche à l’appel de l’ange Boufareau « Boufaréo » et des Bergers afin d’accueillir le « petit Jésus». Tout ce petit monde s’en vient pour offrir ce qu’il a de meilleur au « drôlet » au « pitchoun ».
On retrouve ces figurines, le moment venu, sur les marchés en Provence, comme Aubagne, Aix en Provence, Marseille et bien d’autres encore maintenant. Dans les familles, c’est en décembre que les petits personnages qui ont passé leur année bien protégé dans du papier de soie ou dans du coton, s’installent à nouveau dans la crèche de chaque maison. Selon la tradition, ils y resteront jusqu’au deux février, jour de la Chandeleur. C’est ainsi que chacun peut donner libre court à son imagination pour représenter un village provençal du 19ème siècle, avec ses fermiers, son marché de Provence, et ses notables. Tout ceci est codifié. C’est ainsi que s’expriment et perdurent les traditions et l’histoire populaire de la Provence.
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Les personnages incontournables de la crèche provençale
Avec les pastorales, représentation de la crèche vivante. Ces pastorales se jouent toujours chaque année en Provence. Parmi elles, la Pastorale Maurel, la plus célèbre, est jouée en provençal. Elle a été créée en 1844. Aix en Provence annonce que sa Pastorale Maurel est jouée « en langue aixoise ». A Allauch, elle se joue toujours à guichet fermé et il faut réserver bien à l’avance. Les représentations ont lieu au mois de janvier donc après Noël. Le verre de l’amitié est toujours offert à la fin du spectacle. S’y ajoutent les pièces jouées dans les villages et écrites par un habitant. Elles sont jouées par les villageois eux-mêmes, dès le début décembre. Les personnages créés à l’époque peuplent toujours la crèche. A ces santons traditionnels, vont s’ajouter, au fil des ans, des santons à l’effigie de célébrités, preuve qu’il s’agit bien d’un art vivant.
Tout d’abord, bien sûr, il y a « la Sainte Famille ». Marie et Joseph sont représentés à genoux, de part et d’autre de l’Enfant Jésus. C’est le pitchoun, le pichot, le nichoum. Il est couché sur un lit de paille. Marie (La Santo Vierge) a souvent les mains jointes. C’est la Bonne Mère vers qui monte tous les louanges. Les Rois mages sont déjà de la fête, car on n’attend pas le jour de l’Épiphanie. Ce sont Melchior, Gaspard et Balthazar. Ce sont des Princes avec de beaux et riches habits qui viennent de très loin, pour apporter chacun leur offrande (or, encens et myrrhe) au petit Jésus. Gaspard apporte l’encens réservé au Dieu. Il est noir de peau, les mains jointes, il symbolise la prière mais aussi l’Afrique et la jeunesse. Balthazar offre l’or réservé au roi. Habillé comme un chef de guerre, la peau ambré, il symbolise la royauté, la race sémite et l’âge mûr. Melchior offre la myrrhe réservée aux hommes mortels. Les Anges ont l’honneur d’annoncer la naissance de Jésus. L’ange Boufaréau,« Boufaréo », est le plus célèbre d’entre eux. Il a les joues bien gonflé car il souffle dans sa trompette pour annoncer l’heureux évènement et guider le petit peuple des santons vers l’étable. Traditionnellement, on le suspend au-dessus de l’étable. « Moi je suis l’ange Boufaréo. Ils m’ont appelé comme ça à cause des grosses joues que j’ai fini par attraper à force de jouer de la trompette chaque fois que le bon Dieu est content. Et cette nuit-là, jamais il n’avait été aussi content de sa vie le bon Dieu. Il allait être Papa d’un moment à l’autre. Et moi, j’avais jamais soufflé aussi fort dans mon instrument.
Les Bergers sont décrits dans la Bible. Mais ici, ce sont des bergers de Provence, jeunes et vieux. Guidés par le son de la trompette de l’ange Boufaréau, ils arrivent les premiers et prennent place auprès de l’Enfant. Ils sont savants des choses de la nature, connaissent les plantes et peuvent lire dans les étoiles. Ils sont le symbole de la sagesse et des anciens. On les trouve, soit debout, soit à genoux. Il est dit que « le long des pentes » de cette terre de Provence, on rencontre Nicolas, l’agneau autour du cou, Christol qui porte son mouton aux pattes liées, Gervais qui offre des fromages de brebis et la pastresse qui apporte des colombes en signe d’immense Paix. Le berger qui tient son chapeau, c’est le « coup de Mistral », une création en 1952 de Monsieur Paul Fouque.
Le Ravi est un berger aux mains vides. « Lou Ravi », c’est le gentil, l’innocent qui offre son ravissement. Il est « brave » comme on dit ici. C’est un personnage naïf et simple, qui est tellement touché par cet évènement heureux qu’il se réjouit en levant les bras. On disait, à l’époque que c’était l’idiot du village, le « fada » ! « Si j’avais quelque chose, je vous le donnerais, mais je préfère n’avoir rien du tout, car si vous m’acceptez sans rien, c’est que vous m’aimez …. Le Vieux et la Vieille « Grasset et Grasseto » sont assis ensemble sur un banc ou bien debout, « rivés par l’argile et la tendresse « . Leurs visages sont burinés et craquelés comme le sol de la Provence. L’aveugle et son fils qui le soutient. Le père est devenu aveugle à la suite de la perte de son fils ainé. Les musiciens : avec le Tambourinaire c’est toute la Provence qui « aime tant la musique qu’elle danserait sur l’eau » Il joue du tambourin et du galoubet. Le Meunier « lou mounié » mis à l’honneur par Alphonse Daudet (Maitre Cornille), il représente l’activité économique principale du village. Il porte son sac de farine. Le boulanger mis à l’honneur par Pagnol est figuré parfois sous les traits de Raimu. Le Vannier « lou banastounie » offre un grand panier d’osier car, ce petit qui arrive dans un total dénuement aura bien besoin d’un berceau. La fileuse « la filarello » est une petite vieille humble et effacée. Le porteur d’eau « portaïre de aiguo » - « li bourralié » ce personnage dont le métier est essentiel au village. Marie en aura bien besoin pour laver les langes du petit. En Provence on dit « si ce samedi-là il ne fait pas soleil, c’est que Marie fait la lessive ». Le Porteur d’eau rappelle que l’eau est rare en Provence. Les Pêcheurs nombreux en Provence près de la méditerranée sont des personnages bibliques. Souvenons-nous que certains apôtres étaient pêcheurs. Ils sont représentés avec leur attirail : leur filet et une corbeille de poissons. Le Curé est bien avenant avec sa bedaine et sa tête chauve. C’est un personnage important qui administre la paroisse du village et qui a la confiance de tous. Le Boumian et la Boumiane, ce sont les bohémiens, les nomades qui auraient été obligés de se cacher à la Sainte Baume. Lui est guérisseur, elle lit les lignes de la main, dit la bonne aventure. Attention, elle peut jeter des sorts. Lou Pistachier est un valet de ferme, coureur de jupon, abusant de la dive bouteille, beau parleur, fainéant et poltron. Il est parfois marié à Honorine, la poissonnière . C’est lui qui amène à l’enfant Jésus des paniers rempli de victuaille. Le maire est bien sûr représenté avec ses beaux habits et son écharpe tricolore. L’Arlésienne et son gardian à cheval est un hommage à la Camargue. Roustide est un personnage aisé et vêtu de beaux habits. C’est le père de Mireille. C’est un homme au coeur dur, réputé pour être méchant. Monsieur Jourdan et la Margarido sur son âne sont eux des personnages de la Pastorale Maurel.
« Avez-vous entendu dire quelque fois que les bêtes de l’étable parlaient entre elles la nuit de Noël ? En ce temps-là, elles savent le latin et le provençal. Alors le coq chantait « un enfant nous est né » et les autres demandaient : où c’était arrivé ? Attention, certains ont le droit de venir à la crèche et d’autres pas. Tout d’abord, il y a l’âne et le bœuf. Ce sont eux qui dans l’étable vont réchauffer le petit Jésus de leur souffle. Et puis, comme le créateur de la Nativité, Saint François d’Assise était le patron des animaux, on trouve dans la crèche provençale: l’âne qui porte la farine du meunier, la chèvre qui accompagne la bohémienne, les pigeons blancs, le cygne, la marmotte … le Boumian montre son ours, un seul chameau pour les rois mages, le cheval qui porte en croupe la jeune arlésienne et le chien avec le chasseur.
La légende remonte à Saint François d’Assises. Le soir d’une représentation d’une crèche vivante à Greccio, le Saint homme avait confié au chat le soin de veiller sur le petit bébé prêté par des paysans. Le chat promis ….. mais le diable prit la forme d’un oiseau. Il excita le chat qui abandonna le bébé pour poursuivre l’oiseau. François retrouva le bébé abandonné en pleurs. Pour en revenir à nos santonniers, il est de tradition que, pour inaugurer un nouveau four, ils y mettent à cuire un chat en argile jusqu’à ce qu’il éclate. Le mauvais sort est ainsi conjuré.
C’est maintenant la belle nuit de Noël, les santons sont en place depuis déjà un mois et ils attendent avec impatience le grand soir, celui où le petit Jésus va les rejoindre, cet article s’achève.
Le Ravi : plus qu'un simple "idiot du village"
Je vous propose de poursuivre la présentation des incontournables de la crèche provençale, avec le santon nommé « le Ravi » qui aurait une origine autre que provençale ou française, et que l’on retrouverait également dans les crèches autrichiennes. Jean Louis Lagnel né en 1764 et mort en 1822 se serait inspiré (selon Michel Vincent) des peintures de ce personnage Outre-Rhin pour créer le Ravi et le laisser ainsi à la postérité.
Au-delà de l’aspect folklorique de ce personnage représenté comme un être niais, « idiot du village » ou plus simplement faible d’esprit, voyons comment dépasser ce premier degré de jugement pour tenter d’interpréter sa place et sa symbolique réelle dans la crèche. Par cette posture de bras tendus vers l’avant, il manifeste avec ardeur sa joie d’apprendre la naissance de l’Enfant Jésus. Lui, peut-être encore plus que tout autre, espère des jours meilleurs. En effet, la situation des faibles d’esprit n’étaient pas toujours enviables même si globalement, ils étaient en quelque sorte gérés par la famille ou le village en général, l’expression « idiot du village » prend ici tout son sens. Si certains étaient protégés par des proches aimants, bien d’autres furent soumis à rude épreuve (cf les relations d’Ugolin avec son oncle dans Manon des sources). Le Ravi s’est frayé un chemin dans la crèche et s’est imposé malgré son absence dans la pastorale Maurel car elle n’est pas malgré tout, l’alpha et l’oméga de ce qu’il faut faire même si bien entendu sa référence fait largement école encore à ce jour.
Le Ravi s’il est représenté les bras en avant pour saluer la naissance de l’Enfant Jésus pourrait également être représenté d’une autre façon, l’essentiel est qu’il soit présent dans la crèche en tant que tel c’est-à-dire un faible d’esprit. Pourquoi ? Parce que la crèche représente ou plus exactement devrait symboliser l’ensemble du microcosme social de l’époque et que c’est à partir de cette composition de base, que la crèche prend sens. Elle va permettre alors, de mettre en lumière la capacité de l’Humanité à s’amender de ses fautes et de ses turpitudes en devenant grâce à la naissance du Christ, une communauté unie, porteuse de valeurs relatives à la solidarité, l’entr’aide, le renouveau, le respect des différences.
Voici un santon que j'apprécie tout particulièrement pour la beauté de sa réalisation et son visage angélique. La gestuelle des bras est différente, plus proche d'une attitude rendant gloire à Dieu. Le respect de ce fil conducteur permet ainsi la mise en scène d'une crèche composée d’une large pluralité d’Hommes avec leurs qualités, leurs défauts et leurs différences (diverses saynètes peuvent ainsi faire sens si on fait en sorte qu’elles soient en relation avec ce précepte). Cette communauté d’individus s’unit dans un élan d’amour, de générosité et d’acceptation de l’autre en tant qu’alter égo. Ainsi, tous sont touchés par la grâce et remplis de la volonté divine d’être les artisans de jours meilleurs pour tous. Le Ravi, tout comme le Brigand, l'Aveugle et l'enfant… Un autre santon que j'apprécie beaucoup, exécuté par Evelyne Ricord.
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