L'arrivée d'un bébé est une période de changements importants pour une femme, tant sur le plan physique qu'émotionnel. Après l'accouchement, le corps continue de s'adapter et de se rétablir, notamment en se débarrassant du sang et des tissus supplémentaires qui ont soutenu la croissance du bébé dans l'utérus. Ce processus naturel, bien que souvent peu discuté, est essentiel pour la récupération post-partum. Parmi les complications potentielles de cette période, l'hémorragie post-partum (HPP) et la rétention placentaire sont des préoccupations majeures. Cet article vise à fournir une information complète sur ces sujets, allant de la compréhension des lochies (les pertes post-partum normales) à la gestion et à la prévention de l'HPP et de la rétention placentaire.
Les Lochies : Pertes Post-Partum Normales
Après l'accouchement, le corps de la femme se débarrasse du sang, du mucus, des globules blancs, des restes de placenta et des morceaux de muqueuse utérine qui étaient nécessaires pendant la grossesse. Ces écoulements sont appelés lochies et peuvent durer jusqu'à six semaines après la naissance.
Évolution des Lochies
- Immédiatement après l'accouchement: Les lochies sont principalement composées de sang rouge vif ou foncé, avec une odeur similaire à celle du sang menstruel. Des caillots de la taille d'un raisin à celle d'un pruneau, voire plus gros, peuvent être présents.
- 4 à 7 jours après l'accouchement: Le sang devient plus rosâtre ou brunâtre, et les caillots peuvent diminuer en taille ou disparaître complètement.
- Fin de la première semaine: Les écoulements deviennent plus blancs ou jaunes.
Il est important de noter que les femmes ayant accouché par césarienne peuvent avoir moins de lochies, car l'utérus peut être nettoyé manuellement pendant l'opération pour éliminer le placenta, les caillots sanguins et les membranes.
Conseils pour Gérer les Lochies
- Changer fréquemment les serviettes hygiéniques pour éviter les infections.
- Éviter les tampons jusqu'à ce qu'un professionnel de la santé autorise leur utilisation en toute sécurité.
- Utiliser des serviettes hygiéniques de maternité ou des serviettes extra absorbantes pendant les premiers jours.
- Opter pour des sous-vêtements de maternité jetables ou réutilisables pour maintenir les serviettes hygiéniques en place.
- Choisir des sous-vêtements en coton stretch pour un confort optimal.
- Se laver les mains avant et après chaque changement de serviette.
- Utiliser un vapo pour asperger la vulve d'eau fraîche et réduire la sensation de brûlure lors de la miction.
- Appliquer du froid (poche de glace enveloppée dans une serviette) sur la vulve pour réduire l'inflammation et apaiser la douleur.
Quand Consulter un Médecin ?
Il est essentiel de consulter un médecin si :
- Les saignements imbibent une serviette hygiénique épaisse en moins d'une heure.
- Les saignements intenses ne diminuent pas quelques jours après l'accouchement.
- De très gros caillots ou un grand nombre de caillots sont présents.
- Des signes d'infection apparaissent, tels que des écoulements malodorants, une forte fièvre ou des frissons, ou une peau moite.
- Le sang reste rouge vif et épais après la première semaine.
- Une sensibilité est ressentie sur un ou les deux côtés du ventre.
- Des sensations de vertige ou de faiblesse se manifestent.
- Le rythme cardiaque est rapide et irrégulier.
Hémorragie Post-Partum (HPP) : Une Complication Grave
L'hémorragie post-partum (HPP) est définie comme une perte de sang de plus de 500 ml après l'accouchement par voie basse ou de plus de 1000 ml après une césarienne, survenant dans les 24 heures suivant la naissance ou, dans certains cas, jusqu'à six semaines après. Elle représente une complication obstétricale majeure et une cause importante de mortalité maternelle dans le monde. Bien que les décès liés à l'HPP aient diminué en France grâce à des protocoles de prévention et de gestion plus rigoureux, le taux d'HPP nécessitant des transfusions sanguines a augmenté ces dernières décennies, en raison de facteurs de risque croissants tels que l'âge maternel avancé, l'obésité et l'augmentation des césariennes.
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Causes de l'HPP : Le Modèle des « Quatre T »
Les causes de l'HPP sont regroupées sous le modèle mnémotechnique des « Quatre T » :
- Tonus (Atonie utérine) : C'est la cause la plus fréquente d'HPP (environ 70 % des cas). L'atonie utérine se produit lorsque l'utérus ne se contracte pas efficacement après la délivrance, laissant les vaisseaux sanguins du site placentaire ouverts et entraînant une perte de sang massive. Plusieurs facteurs peuvent favoriser cette complication, notamment une distension excessive de l'utérus (grossesse multiple, hydramnios, macrosomie fœtale), un travail prolongé, un accouchement rapide, l'utilisation d'ocytocine pour induire ou accélérer le travail, des antécédents d'HPP, une multiparité, ou certaines conditions médicales (anémie, troubles de la coagulation).
- Trauma (Traumatismes obstétricaux) : Les traumatismes obstétricaux surviennent dans environ 20 % des cas d'HPP et peuvent inclure des déchirures du périnée, du vagin ou du col de l'utérus. Ces lésions sont souvent associées aux accouchements difficiles, notamment ceux nécessitant l'utilisation d'instruments comme les forceps ou les spatules, ou à une épisiotomie.
- Tissu (Rétention placentaire) : La rétention placentaire est responsable d'environ 10 % des cas d'HPP. Elle se produit lorsque des fragments de placenta restent dans l'utérus, empêchant celui-ci de se contracter efficacement. Le risque de rétention placentaire est accru chez les patientes ayant des antécédents de césarienne, de curetage, ou de placenta praevia.
- Thrombine (Troubles de la coagulation) : Les troubles de la coagulation sont rares mais graves, et peuvent aggraver considérablement une hémorragie. Des conditions pathologiques comme le HELLP syndrome, la prééclampsie sévère, l'embolie amniotique, la coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), ou des troubles de la coagulation héréditaires peuvent compliquer la gestion de l'HPP.
Facteurs de Risque de l'HPP
L'identification des facteurs de risque est essentielle pour anticiper et prévenir l'HPP. Ces facteurs incluent :
- Antécédents d'HPP.
- Grossesse multiple.
- Multipariété (plus de 4 accouchements).
- Travail prolongé ou induit.
- Macrosomie fœtale.
- Hydramnios.
- Placenta praevia ou accreta.
- Troubles de la coagulation.
- Obésité.
- Âge maternel avancé.
- Césarienne.
- Utilisation de forceps ou de ventouse.
- Infection intra-amniotique (chorioamniotite).
Prise en Charge de l'HPP
La rapidité et l'efficacité de la prise en charge de l'HPP sont déterminantes pour l'issue pour la patiente. La prise en charge comprend généralement les étapes suivantes :
- Diagnostic rapide et quantification précise de la perte sanguine : L'estimation visuelle est souvent imprécise, il est donc recommandé d'utiliser des sacs de recueil gradués pour une évaluation objective des pertes sanguines.
- Massage utérin : Un massage vigoureux du fond utérin est effectué pour stimuler les contractions utérines.
- Médicaments utérotoniques : Des médicaments tels que l'ocytocine (en première intention), le misoprostol, l'ergométrine ou le sulprostone sont administrés pour aider l'utérus à se contracter. Le Sulprostone est LE médicament utérotonique à utiliser en cas d’échec des premières mesures thérapeutiques (par oxytocine). L’efficacité est à évaluer après 20 minutes. En cas d’échec, envisager les étapes ultérieures.
- Remplissage vasculaire et transfusion sanguine : Une perfusion intraveineuse de cristalloïdes (par exemple, solution saline) est administrée pour maintenir la volémie, et une transfusion sanguine peut être nécessaire en cas de perte sanguine importante.
- Examen du placenta et de la filière génitale : Le placenta est examiné attentivement pour vérifier qu'il est complet et qu'il ne manque aucun fragment. La filière génitale est également examinée pour identifier et réparer d'éventuelles déchirures ou lacérations.
- Tamponnement utérin : C’est une méthode mécanique permettant de contrôler une HPP causée par l'atonie utérine persistante. Le dispositif le plus utilisé est le ballon de Bakri, qui est inséré dans l'utérus et gonflé avec jusqu'à 500 ml de solution saline pour exercer une pression uniforme sur les parois de l’utérus. Cette technique est efficace dans environ 85 % des cas, ce qui en fait une intervention de première intention avant de recourir à des mesures chirurgicales. Le tamponnement utérin permet non seulement de réduire la perte de sang, mais il offre également un répit pour évaluer si d'autres interventions seront nécessaires.
- Embolisation des artères utérines : Elle est envisageable en cas de stabilité hémodynamique mais doit être disponible rapidement, soit dans le centre lui-même, soit après transport inter-hospitalier par le SAMU vers un centre de référence.
- Sutures de compression utérine : Les sutures de compression, comme la technique de B-Lynch, peuvent être utilisées pour comprimer l’utérus et arrêter le saignement. Cette intervention consiste à enrouler des sutures autour de l’utérus de manière à comprimer les vaisseaux sanguins qui saignent.
- Hystérectomie : Dans les cas les plus graves, où les autres mesures ont échoué, une hystérectomie (ablation de l'utérus) peut être nécessaire pour arrêter l'hémorragie.
Complications de l'HPP
L'hémorragie du post-partum peut entraîner de nombreuses complications graves, tant immédiates qu'à long terme, notamment :
- Choc hypovolémique : Une perte de sang importante peut entraîner une diminution dangereuse du volume sanguin, provoquant un choc hypovolémique qui peut endommager les organes vitaux.
- Anémie sévère : Une perte de sang importante peut entraîner une anémie sévère, nécessitant une transfusion sanguine et pouvant provoquer une fatigue persistante et une diminution de la qualité de vie.
- Syndrome de Sheehan : Dans les cas graves d'HPP, une hypoperfusion de l'hypophyse peut entraîner un syndrome de Sheehan, une insuffisance hypophysaire qui peut affecter la lactation, la menstruation et d'autres fonctions hormonales.
- Trouble de stress post-traumatique (TSPT) : Vivre une HPP est une expérience traumatisante, et de nombreuses femmes rapportent des symptômes de trouble de stress post-traumatique (TSPT). La peur de mourir et les interventions médicales invasives peuvent laisser des séquelles émotionnelles importantes, nécessitant un suivi psychologique.
- Décès maternel : Dans les cas les plus graves, l'HPP peut entraîner le décès maternel.
Prévention de l'HPP
La prévention de l'HPP repose sur plusieurs stratégies clés :
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- Évaluation prénatale des facteurs de risque : Une évaluation prénatale rigoureuse permet d'identifier les femmes à risque élevé d'HPP. Cela inclut celles ayant des antécédents d'hémorragie, des grossesses multiples, ou des troubles de la coagulation connus.
- Gestion active du travail : La gestion active du travail est une stratégie clé pour prévenir l'HPP. Elle se complète par l'administration prophylactique d’oxytocine (délivrance dirigée) : 5 ou 10 UI administrées lors du dégagement de la première épaule par voie intraveineuse lente (injection IVL sur une minute ou en perfusion de 5 minutes pour limiter les effets cardiovasculaires chez une patiente avec des antécédents cardiovasculaires).
- Délivrance dirigée : La délivrance dirigée, qui consiste à administrer un médicament utérotonique (généralement de l'ocytocine) immédiatement après la naissance du bébé, est une pratique courante pour réduire le risque d'atonie utérine et d'HPP.
- Clampage tardif du cordon ombilical : Le clampage tardif du cordon ombilical (attendre au moins 30 à 60 secondes après la naissance avant de clamper le cordon) permet d'augmenter le volume sanguin du nouveau-né et de réduire le risque d'anémie infantile.
- Surveillance attentive en post-partum immédiat : Une surveillance attentive de la mère dans les heures qui suivent l'accouchement est essentielle pour détecter rapidement tout signe d'HPP et intervenir rapidement.
- Accès à des soins obstétricaux de qualité : L'accès à des soins obstétricaux de qualité, dispensés par des professionnels de santé qualifiés et dans un environnement équipé, est essentiel pour prévenir et gérer efficacement l'HPP.
Formation Continue des Professionnels de Santé
L'OMS souligne également l'importance de la formation continue pour les professionnels de santé. Des simulations régulières et des protocoles de gestion des hémorragies doivent être intégrés dans la pratique clinique pour garantir que les équipes soient prêtes à intervenir efficacement. Les simulations d'urgence sont un outil essentiel pour préparer les équipes. Ces exercices, réalisés dans un environnement réaliste, permettent de répéter les gestes techniques, de renforcer la communication, et d'améliorer la gestion de la crise. La standardisation des protocoles de gestion des hémorragies est un autre aspect important de la formation. Ces protocoles décrivent chaque étape de la prise en charge, de la reconnaissance précoce des signes à l’utilisation des interventions chirurgicales si nécessaire. Les aides-cognitives sont des résumés opérationnels faciles à appliquer qui peuvent être affichés en posters sur les murs, disponibles en version papier plastifiée sur le chariot “HPP” ou exister en version numériques (cf. AC de la SFAR). Les programmes de formation, lorsqu'ils sont bien conçus et mis en œuvre, ont un impact tangible sur la qualité des soins. Dans les hôpitaux ayant investi dans ces programmes, le taux de mortalité maternelle a considérablement diminué.
Rétention Placentaire : Une Cause d'HPP
La rétention placentaire se produit lorsque le placenta ne est pas expulsé complètement dans les 30 minutes suivant la naissance du bébé. Elle peut être complète (le placenta entier reste dans l'utérus) ou partielle (des fragments de placenta restent dans l'utérus). La rétention placentaire est une cause importante d'HPP et peut entraîner d'autres complications si elle n'est pas traitée rapidement.
Causes de la Rétention Placentaire
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la rétention placentaire, notamment :
- Atonie utérine : Un utérus qui ne se contracte pas efficacement peut ne pas être en mesure d'expulser le placenta.
- Adhérence anormale du placenta : Dans certains cas, le placenta peut adhérer anormalement à la paroi utérine (placenta accreta, increta ou percreta), ce qui rend son expulsion difficile voire impossible.
- Antécédents de césarienne ou de chirurgie utérine : Les cicatrices utérines peuvent interférer avec la séparation du placenta de la paroi utérine.
- Placenta praevia : Un placenta qui recouvre partiellement ou totalement le col de l'utérus peut être plus difficile à expulser.
- Travail prématuré : Un accouchement avant terme peut augmenter le risque de rétention placentaire.
Diagnostic de la Rétention Placentaire
Le diagnostic de la rétention placentaire est généralement posé si le placenta n'est pas expulsé dans les 30 minutes suivant la naissance du bébé. L'examen du placenta après son expulsion est également essentiel pour vérifier qu'il est complet et qu'il ne manque aucun fragment. Si des fragments de placenta sont suspectés, une échographie peut être réalisée pour confirmer le diagnostic.
Traitement de la Rétention Placentaire
Le traitement de la rétention placentaire vise à retirer le placenta ou les fragments de placenta restants de l'utérus et à prévenir l'HPP. Les options de traitement comprennent :
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- Délivrance artificielle : Si le placenta ne se décolle pas spontanément, le médecin peut effectuer une délivrance artificielle, qui consiste à insérer sa main dans l'utérus pour décoller manuellement le placenta de la paroi utérine et l'extraire.
- Révision utérine : La révision utérine est une procédure qui consiste à explorer la cavité utérine sous anesthésie pour retirer les fragments de placenta restants.
- Médicaments utérotoniques : Des médicaments tels que l'ocytocine peuvent être administrés pour aider l'utérus à se contracter et à expulser les fragments de placenta restants.
- Embolisation des artères utérines : L'embolisation des artères utérines est une procédure mini-invasive qui consiste à bloquer les vaisseaux sanguins qui alimentent l'utérus, ce qui peut aider à réduire les saignements et à faciliter l'expulsion des fragments de placenta restants.
- Curetage : Dans certains cas, un curetage (grattage de la paroi utérine) peut être nécessaire pour retirer les fragments de placenta restants.
- Hystérectomie : Dans les cas les plus graves, où les autres mesures ont échoué à contrôler l'hémorragie, une hystérectomie (ablation de l'utérus) peut être nécessaire.
Prévention de la Rétention Placentaire
Bien qu'il ne soit pas toujours possible de prévenir la rétention placentaire, certaines mesures peuvent être prises pour réduire le risque :
- Gestion active du travail : La gestion active du travail, qui comprend l'administration d'ocytocine après la naissance du bébé, peut aider à prévenir l'atonie utérine et à faciliter l'expulsion du placenta.
- Éviter les interventions inutiles : Éviter les interventions médicales inutiles pendant le travail et l'accouchement peut réduire le risque de complications, y compris la rétention placentaire.
- Surveillance attentive : Une surveillance attentive de la mère pendant le travail et l'accouchement peut aider à détecter rapidement tout signe de rétention placentaire et à intervenir rapidement.
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