L'histoire de Roland Cazaux, surnommé « Le Chat », est celle d'une terrifiante dualité. D'un côté, un homme apparemment ordinaire, marié, père de deux enfants, et contremaître respecté. De l'autre, un violeur en série qui a semé la terreur pendant près de deux décennies dans la région bordelaise et les Landes.
Un homme insoupçonnable
Originaire de Saint-Geours-de-Maremne, dans les Landes, Roland Cazaux présentait le visage d'un homme accompli. Décrit comme grand, bel homme sportif à l'allure de surfeur, il était marié et père de deux enfants, incarnant un modèle de père exemplaire. Sur le plan professionnel, il était un employé modèle, travaillant comme contremaître au sein des chantiers d'Aquitaine. Rien ne laissait présager la sombre réalité qui se cachait derrière cette façade.
La traque du Chat : 17 ans d'enquête
Entre 1985 et 2002, Roland Cazaux a commis 36 viols ou tentatives de viols, principalement à Arcachon et dans les Landes. Son surnom, « Le Chat », lui venait de sa capacité à se déplacer silencieusement et avec agilité, escaladant les murs et épiant ses victimes dans l'obscurité avant de passer à l'acte. Il aura fallu dix-sept ans aux forces de l'ordre pour mettre fin à ses agissements.
Mode opératoire d'un violeur en série
Le mode opératoire de Cazaux était toujours le même. Au volant de sa camionnette de fonction, il sillonnait les quartiers qu'il avait choisis, repérant ses futures victimes : des femmes seules, plutôt aisées, souvent avec des enfants. Ce voyeurisme était un véritable "challenge" pour lui. Après avoir longuement épié ses « proies », il s'introduisait dans leur maison en pleine nuit, souvent le week-end, entre 2 et 4 heures du matin, et les attaquait dans leur sommeil. Il leur ligotait les poignets avec une cordelette avant de les violer. À plusieurs reprises, il a dérobé de l'argent ou divers objets.
L'une des premières victimes du Chat habitait Ramonville-Saint-Agne, près de Toulouse. Roland Cazaux l'a surprise chez elle, dans son sommeil, une nuit de novembre 1985. Il lui a lié les poignets avant d'abuser d'elle. Deux ans plus tard, à Arcachon, une nuit de juillet 1987, une jeune femme en pleurs accompagnée de son enfant se réfugie chez des voisins. Un homme s’est introduit chez elle, lui a ligoté les mains avec une cordelette, puis l’a violée. Terrorisée, elle est parvenue à s’enfuir par la fenêtre avec son enfant. Elle n’a pas vu le visage de son agresseur, disparu dans l’obscurité, le compteur EDF avait été coupé. Dans la région, elle est la première victime d’une longue série de viols perpétrés par Roland Cazaux. Le Chat est alors âgé de 29 ans.
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Trois jours après, la police arrête un suspect qui sera écroué. Mais après purgé dix mois de prison, il est disculpé et remis en liberté. À Arcachon, quatre nouveaux viols sont commis en quelques mois. Toujours selon le même mode opératoire. Les enquêteurs reprennent une à une toutes les dépositions des victimes. Ils n'ont qu'un seul indice matériel : les quatre échantillons d'ADN retrouvés sur les lieux des viols sont identiques. Mais à l’époque, il n’existe pas encore de fichier. En 1991, une femme est violée chez elle. Elle n’a pas vu son agresseur. Puis, trois années passent. Aucun viol n’est signalé. On apprendra, lors du procès, que durant cette période Roland Cazaux est tombé amoureux. Il a rencontré sa future femme, et commencé une vie de famille : un enfant naît, puis un deuxième.
Mais les viols reprennent en 1994. Le 13 septembre 1996, à 2 heures du matin, dans un appartement du Moulleau, quartier huppé d’Arcachon, une femme, seule avec son fils de 3 ans, est attaquée dans son sommeil chez elle par le Chat, alors que son mari est absent. L’électricité a été coupée. « J'ai crié et il s’est immédiatement enfui », témoigne la victime. Autour d’Arcachon, malgré la surveillance de la police, neuf femmes ont été déjà attaquées dans des conditions similaires. Pour la PJ, saisie depuis 1995, c’est bien un voleur en série qui sévit sur le Bassin.
Au fil des mois, le violeur continue de défier la police. En juin 1998, un article paru dans « Sud Ouest » évoque les agressions de trois des victimes. Pendant un an, le Chat ne fait plus parler de lui. Il réapparaît en avril 1999, là où il avait échoué, au domicile d’une de ses "proies", qui n'habite plus cet appartement. Les policiers et le juge d'instruction font appel à un psychologue profileur, Pierre Leclair. Pour lui, « ce violeur ne fonctionne pas comme les autres ». Il s'agit de « quelqu'un d'intelligent, socialement bien adapté. Un Monsieur Tout-le-Monde ». Dans les Landes, Jean-Philippe Cheradame arrive à la brigade des recherches de la gendarmerie de Dax et reprend en main des dossiers de viols non élucidés. Tous semblent porter la marque du Chat. L'enquêteur ne va plus lâcher prise. Fin 1999, Paul Falguera, chef de la brigade criminelle de la police judiciaire de Bordeaux, entre en contact avec le gendarme. Après 2000, Roland Cazaux ne commettra plus de viols, uniquement des tentatives. Il se faufile toujours dans les maisons, à leur insu de ses victimes endormies, mais sans passer à l’acte, comme il l’avouera durant le procès. En janvier 2001, la gendarmerie des Landes met en place une cellule spéciale nommée Viol 40, composée de gendarmes de la section de recherches de Pau et des compagnies de Dax et de Mont-de-Marsan, et entame une étroite collaboration avec les enquêteurs du service régional de police judiciaire (SRPJ) de Bordeaux. Dix gendarmes, dont plusieurs réservistes, se mettent sur la trace du violeur. Débute alors un travail de fourmi. Porte-à-porte, élaboration de scénarios grâce au concours d'un programme informatique… Des centaines de témoignages sont recueillis. En 2001, le Chat commet sept tentatives de viols à Hossegor, où une femme gendarme prendra même un appartement, afin de servir d'appât.
Arrestation et condamnation
Il faudra attendre 2002 pour que le Chat ait un nom et que Roland Cazaux soit enfin identifié, et interpellé, à son domicile de Saint-Geours-de-Maremne, le 20 février. Deux témoignages ont conduit au signalement du véhicule du violeur en série, peu de temps après la publication d'un article dans « Sud-Ouest ». Le frère d'une précédente victime du Chat - il a été condamné pour agressions sexuelles en 1983 - voit des similitudes avec ce qu'il lit dans les journaux. Quelques temps plus tard, le rapprochement est fait grâce à un couple d'Hossegor qui signale les agissements suspects d'un individu qui stationne régulièrement son fourgon dans le quartier. Il s’agit du véhicule d’entreprise de Roland Cazaux. "Toujours vêtu de sombre, il s'introduisait dans des maisons et appartements en passant par une fenêtre ouverte, en escaladant balcons et façades ou tout simplement en poussant une porte mal fermée. L'homme agissait le plus souvent en pleine nuit mais est également passé à l'acte en début de soirée, du côté du Pyla. Il s'assurait tout simplement de ne pas être repéré en choisissant un lieu situé dans un secteur boisé ou retiré. Une fois à l'intérieur de l'habitation, il cherchait en règle générale à couper le courant pour agir dans l'obscurité", écrit notre journaliste Jean-Michel Desplos dans Sud Ouest, le 24 février 2002.
Confondu par son ADN, en garde à vue, l’homme passe bientôt aux aveux et reconnaît 36 viols et tentatives de viol. Le 16 décembre 2005, au terme de trois semaines d'un procès éprouvant, et après avoir entendu le témoignage d’une trentaine de victimes, dont certaines avaient choisi de déposer dans le cadre d’un huis clos partiel, la cour d'assises de la Gironde le condamne à quatorze ans de réclusion criminelle, dont dix ans incompressibles. Roland Cazaux a 47 ans.
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