L'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) est un droit fondamental en France depuis 1975. Cependant, l'accès à ce droit et le vécu de cette expérience peuvent être complexes et variés. Cet article vise à informer sur les aspects liés à l'IVG, incluant les risques potentiels, les démarches à suivre, le soutien disponible et l'évolution de ce droit en France.

L'IVG en France : Un Droit Acquis

En France, l’IVG est un droit acquis depuis 1975, grâce à la loi Veil. Cette législation est une avancée majeure dans le droit des femmes à disposer de leur corps. L’IVG ou Interruption Volontaire de Grossesse est un acte médical permettant à chaque femme enceinte d’avorter si elle le souhaite.

L’IVG est temporairement autorisée par la loi du 17 janvier 1975 dite loi Veil, reconduite en 1979, puis définitivement légalisée le 1er janvier 1980, et remboursée par la Sécurité sociale à 70 % depuis la loi du 31 décembre 1982 (loi Roudy). Depuis le 31 mars 2013, l’IVG est prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie, et tous les actes nécessaires pour une IVG sont remboursés à 100 % à partir du 1er avril 2016.

Les Différentes Méthodes d'IVG

Il existe deux principales méthodes d'IVG : médicamenteuse et chirurgicale. Le choix de la méthode dépend du terme de la grossesse et des préférences de la femme.

IVG Médicamenteuse

L’IVG médicamenteuse consiste en la prise de deux types de médicaments à différents intervalles. Ces derniers ont pour effet d’interrompre la grossesse et d’expulser l’œuf. Le traitement médicamenteux peut donc être effectué dans un cabinet, un centre de santé, au planning familial ou à domicile. Selon la méthode souhaitée, les délais diffèrent. L’IVG médicamenteuse est autorisée jusqu’à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d’aménorrhée (9 SA).

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La prise du misoprostol s’effectue 36h à 48h après la prise du mifépristone. Le misoprostol est un anti-progestérone qui contient de la prostaglandine synthétisée. L’IVG médicamenteuse à un taux de réussite de 95%. Pour s’assurer de l’arrêt définitif de votre grossesse, vous devez réaliser une visite de contrôle avec votre médecin ou votre sage-femme. Il ou elle pourra s’assurer de l’absence de signes d’échec de d’IVG médicamenteuse.

IVG Chirurgicale

Si toutefois vous avez dépassé le délai légal pour une IVG médicamenteuse, il est toujours possible de réaliser une IVG chirurgicale.

Délais Légaux et Parcours d'Accès à l'IVG

En France, le Parlement a adopté une proposition de loi transpartisane pour allonger la durée légale de l'IVG de 12 à 14 semaines. Cet allongement du délai de l'IVG s’accompagne de la création d'un répertoire des lieux et personnes pratiquants l’IVG, de la possibilité ouverte pour les sages-femmes de réaliser des avortements par aspiration.

Le Parcours d'Accès : Témoignages et Réalités

Outre le manque de personnel, c'est aussi le manque d'informations qui manque encore trop souvent aux femmes. C'est ce qui apparait dans le récit de Julie, qui raconte comment elle a dû batailler pour parvenir à une IVG. La jeune femme s'est aperçue en décembre à Paris qu'elle était enceinte. Elle a alors appelé médecins et sage-femme pour obtenir un rendez-vous.

"On me disait qu'il n'y avait pas de rendez-vous avant un mois, un mois et demi. J'avais entamé les démarches très tôt, de peur de devoir passer par une IVG, par aspiration, voire par curetage. L'essentiel pour moi, c'est que je souffre le moins possible physiquement, parce que déjà, psychologiquement, c'est compliqué. Finalement, j'ai regardé sur Internet, il n'y avait pas grand chose comme information. Il y avait beaucoup d’informations sur les IVG par curetage mais très peu sur les IVG médicamenteuses. Finalement, une amie m'a conseillé d'appeler le planning familial. J'ai appelé une première fois, on ne m'a jamais répondu. J'ai appelé 11 fois… J'ai réussi à les avoir le lendemain. On m'a dit que le Xe arrondissement de Paris ne pratiquait pas d'IVG, donc il fallait que je trouve un rendez-vous ailleurs… J'ai appelé dans un autre arrondissement. Finalement, j'ai eu un rendez-vous au cours duquel on a daté ma grossesse. J'étais potentiellement entre 6 et 7 semaines, ce qui était plus que ce que je pensais. Il n'y avait pas de place avant la semaine suivante donc finalement, j'ai pris rendez-vous pour la semaine suivante pour le faire. C'est là où on prend le premier comprimé et où on a on fait une échographie pour mesurer la taille de l'œuf. J'étais à pratiquement 8 semaines. Une course contre la montreSi je m'étais dit j'ai le temps, j'attends qu'on me réponde, vu les délais, j'aurais dû forcément passer par le curetage. Je pense que j'ai été rapide dans ma démarche, mais dans tous les cas, ça m'aurait dépassé. Parce qu'au final, on ne peut pas anticiper combien de temps vont prendre toutes ses démarches. C'est un peu une course contre la montre, même pour quelqu'un comme moi qui est au courant de sa grossesse très tôt. En plus, on est à Paris. C'est censé être une ville hyper dynamique où l'accès aux soins est quand même énorme et au final, j'ai quand même galéré ! Au planning familial, une prise en charge incroyableJe pense que c'est une bonne chose qu'on fasse passer le délai de 12 à 14 semaines. Cela permettra déjà d'avoir quand même deux semaines supplémentaires pour pouvoir accéder aux soins et d'envisager les choses un peu plus sereinement. Pendant ce parcours, je n'ai pas eu véritablement l'impression que l'on mettait des bâtons dans les roues mais j'avais l'impression qu'en fait, les gens ne mesuraient pas l'urgence que je pouvais ressentir, que ce soit psychologique ou physique. Et j'ai vraiment eu l'impression que ce n'était pas quelque chose d'acquis comme droit à part au planning ou vraiment, c'était une prise en charge incroyable. Ils ont vraiment été présents. Mais sinon, partout ailleurs, je n'ai vraiment pas l'impression que c'était quelque chose de normal. Franchement, c'est ça qui m'a miné psychologiquement parce que j'avais l'impression que ce n'était pas facile alors ça devrait l'être."

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Accès à l'IVG pour les Mineures

Si vous êtes mineure ou avez effectué un entretien psychosocial, c’est à ce moment que vous confirmez votre choix d’IVG. Si vos parents vous accompagnent, dans ce cas, leur consentement est requis. Toutefois, si vous souhaitez avorter en toute discrétion, cela est aussi possible. Elle peut se dérouler dans un cabinet, un centre de santé, à l’hôpital ou au planning familial.

Risques et Complications Possibles

Bien que l'IVG soit généralement une procédure sûre, il est important d'être informé des risques et complications possibles.

Risque d'Échec

Rare, l'échec d'une interruption volontaire de grossesse (IVG) est tout de même possible, principalement lorsqu'il s'agit d'un avortement médicamenteux. Selon les derniers chiffres de la Drees publié en 2019, 232 200 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été enregistrées en France cette année-là. Le taux de recours est à son niveau le plus élevé depuis 1990 et atteint 15,6 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans en métropole.

Le risque d'échec d'une interruption volontaire de grossesse médicamenteuse est faible : de 2 à 5 %, selon les chiffres communiqués par le ministère de la Santé. Le risque d'échec d'une IVG par aspiration est très faible, d'après le guide de l'interruption volontaire de grossesse du ministère de la Santé mais il n'y a pas de chiffres données.

Certains antécédents médicaux, gynécologiques ou obstétricaux peuvent augmenter le risque d'échec d'un avortement médicamenteux. La multi-gestité (nombre de grossesse confirmée) est un facteur de risque significatif d'échec.

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En cas de poursuite de l'évolution de la grossesse après une IVG médicamenteuse, "la femme peut avoir les seins douloureux, des nausées, de la fièvre, des douleurs, des frissons, des vomissements persistants, une absence de règles depuis l'intervention", détaille le Dr Elizabeth Paganelli, secrétaire générale du syndicat des gynécologues médicaux et des gynécologues obstétriciens. "Une grossesse arrêtée non expulsée ou une rétention trophoblastique" sont également des signes d'échec. Si le sac gestationnel persiste, le praticien propose une IVG chirurgicale par aspiration.

Effets Secondaires et Complications

L’un des effets secondaires principaux lors d’un IVG médicamenteux est la douleur ressentie. Une enquête réalisée en 2016 par l’Inserm et le centre IVG Clotilde Vautier a permis de mesurer les symptômes ressentis durant un IVG médicamenteux. Dès la prise du 1er comprimé et particulièrement après le 2ème comprimé, des saignements surviennent. Dans 60% des cas, ce dernier est expulsé 4h après la prise du 2ème comprimé. Dans 40% des cas, entre 24h et 72h après. D’autres effets secondaires peuvent survenir en fonction des femmes. Les complications suite à une IVG médicamenteuse sont rares.

Conséquences Psychologiques

Certains témoignages de femmes indiquent ressentir une certaine culpabilité, de la tristesse ou de la colère à la suite de leur avortement. Vivre un avortement peut être éprouvant, sans compter les effets secondaires liés à la prise des médicaments.

Parmi les idées reçues qui circulent autour de l’IVG, on retrouve fréquemment l’existence d’un syndrome post avortement. Pourtant, de nombreuses études scientifiques fiables ont montré que l’IVG n’est pas à l’origine de troubles psychologiques spécifiques. Le vécu d’une IVG est personnel et varie d’une femme à l’autre. C’est souvent le contexte de sa réalisation et l’accompagnement autour de l’IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Par ailleurs, les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d’une IVG.

Suivi Médical et Contraception après une IVG

Après l’IVG les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie sans aucune avance de frais que vous soyez majeure ou mineure.

Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si vous ne souhaitez pas de grossesse il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).

Quelle Contraception Choisir ?

Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG.

La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG. Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse. Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée : le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ; le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse. Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.

Remboursement de la Contraception

Sont remboursables par l'Assurance maladie : certaines pilules contraceptives ; les implants contraceptifs hormonaux ; les progestatifs injectables ; les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets ; les diaphragmes ; certaines marques de préservatifs externes (masculins).

Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Concernant les préservatifs externes, ils sont pris en charge à 100% pour tous et toutes jusqu'à 26 ans, sans ordonnance. Le parcours de contraception pour toutes les personnes mineures est protégé par le secret.

Pour les femmes de plus de 26 ans, ces contraceptifs sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles.

Les centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d’éducation familiale) délivrent à titre gratuit des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale.

Statistiques et Tendances Actuelles

En 2021, 223 300 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été enregistrées en France, soit un volume stable par rapport à 2020. En 2020 on comptait 11 000 IVG de moins que l’année précédente du fait de la situation sanitaire, avec une baisse très concentrée sur les conceptions lors de la période du confinement de mars à mai 2020.

C’est parmi les femmes âgées de 20 à 29 ans que les IVG restent les plus fréquentes : le taux de recours s’élève à 24,8 ‰ parmi les jeunes femmes âgées de 20-24 ans et atteint 27,2 ‰ pour celles âgées de 25-29 ans. Les taux de recours varient du simple au triple selon les régions. En France métropolitaine, ils varient de 11,3 IVG pour 1 000 femmes en Pays de la Loire à 21,8 IVG pour 1 000 femmes en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Très marquée à partir de mai 2020, la baisse du nombre des IVG réalisées dans les établissements de santé s’est poursuivie (146 700 en 2021, contre 154 200 en 2020 et 171 000 en 2019), tandis que les IVG hors établissements continuent leur progression (76 600 en 2021 contre 62 100 en 2019). Parmi les IVG médicamenteuses, qui représentent les deux tiers des IVG dans les établissements de santé, 76 % sont réalisées à moins de huit semaines d’aménorrhée (SA).

IVG et Santé Mentale : Une Étude Américaine

Une étude américaine s'est penchée sur le lien entre les restrictions à l’avortement et les risques de suicide chez les femmes. Les chercheurs se sont concentrés sur la période de 1974 à 2016, lorsque 21 États américains ont promulgué au moins une loi restrictive sur l’avortement, notamment en rendant obligatoire les centres d’avortement ou en exigeant qu’ils soient situés à proximité des hôpitaux locaux. À cette époque, le taux de suicide annuel moyen des femmes en âge de procréer était supérieur de 5,81 % à celui des années précédentes, lorsque la loi n’avait pas encore été promulguée.

Pour s’assurer qu’il y avait un lien entre les restrictions à l’avortement et le suicide, les chercheur.e.s ont effectué la même analyse sur toutes les femmes âgées de 45 à 64 ans au cours de la même période. D’après les chercheur.e.s à l’origine de l’étude, les résultats sont significatifs pour plusieurs raisons, notamment parce que le suicide est actuellement la deuxième et la troisième cause de décès chez les personnes en âge de procréer âgées de 20 à 24 ans et de 25 à 34 ans, respectivement.

Les auteur.ice.s notent que cette étude est limitée par sa conception et ses observations et sa dépendance à l’égard des données au niveau de l’État, et parce qu’elle évalue les restrictions à l’avortement plutôt que les taux d’avortement réels. De plus, les résultats n’ont pas été analysés par race/ethnicité (les statistiques ethniques étant légales aux États-Unis). Par conséquent, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer si l’accès est associé au risque de suicide chez ces femmes. D’autre part, les auteur.e.s reconnaissent que ces données observationnelles des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains ne permettent pas d’établir une relation causale entre les deux paramètres. Cependant, aucune association de ce type n’a été trouvée entre la mortalité par accident de la route et les taux de suicide chez les femmes du même âge.

Au-delà du contexte étasunien, cette étude démontrent une fois de plus qu’il est urgent que les décideurs et décideuses politiques mènent les luttes contre les restrictions de l’accès à l’IVG et les campagnes de désinformation anti-choix.

Témoignages et Parcours Personnels

Alors que le droit à l'avortement est remis en question aux Etats-Unis et malmené dans plusieurs autres pays comme la Hongrie ou même l'Italie, des témoignages de femmes ayant fait ce choix, pour des raisons diverses, suite à des parcours de vie différents, sont importants.

Juliette, une Franc-Comtoise approchant de la quarantaine, a avorté deux fois par le passé. Ses deux avortements, l'un sous anesthésie générale et l'autre sous anesthésie locale, ont été "particulièrement difficiles" pour cette femme qui a "toujours rêvé de devenir maman". "Je considère un fœtus comme une vie, et j'ai ôté deux vies. Mon coeur restera marqué à vie par ce que j'ai fait et la manière dont ça s'est passé" explique-t-elle, sans vouloir parler pour autant de regret. Son premier avortement, en 2016, se produit à la suite d'un "oubli de pilule". "C'était un moment très fort, très difficile. Je ne faisais que pleurer" se souvient-elle. L'homme duquel elle est enceinte est alors catégorique. Son deuxième avortement se produit en 2020. Elle tombe enceinte alors qu'elle prend la pilule. "Le plus dur dans les deux cas a été de prendre la décision. Quand je regarde mon bébé qui dort contre moi, c'est parfois difficile de penser à eux/elles", précise Juliette, devenue maman fin 2021. "Il me semble important de sauvegarder le droit à l'avortement, mais il faut aussi sensibiliser les jeunes sur l'importance de la vie.

Patricia*, aujourd'hui âgée de 52 ans, a avorté à 19 ans à Besançon. Elle nous confie des souvenirs extrêmement douloureux remontant à 1989. "Le gynécologue qui m'a avortée était un bourreau. J'ai beaucoup pleuré pendant l'avortement, tellement c'était douloureux.

Clémentine*, 41 ans, aujourd'hui mère de deux enfants de 7 et 13 ans, a vécu un avortement traumatisant une première fois en 2002 à Vesoul, en anesthésie locale, après avoir oublié sa pilule. "C'était le cabinet des horreurs. C'est ce que j'ai pu connaître de pire, se remémore-t-elle. J'avais l'impression qu'ils essayaient de me faire payer ma décision. Ils m'ont dit qu'il y avait un grand risque que je ne puisse plus jamais avoir d'enfant. L'anesthésie locale, ça a été horrible. J'ai eu une douleur indescriptible. Au total, Clémentine avorte 5 fois en 10 ans, et utilise de nombreuses pilules du lendemain. La dernière fois qu'elle tombe enceinte et qu'elle avorte, en 2017, elle porte pourtant un anneau vaginal. Les deux fois d'avant, elle est sous pilule. "On m'a finalement dit que j'étais hyperfertile. On m'a expliqué que je pouvais produire plusieurs ovules ou ovuler plusieurs fois pendant un seul cycle", précise-t-elle.

Nath, 55 ans, a avorté en 2013 à Montbéliard, après être tombée enceinte contre sa volonté. Elle a alors déjà 3 enfants. Ces trois grossesses avaient été "boostées" en raison de sa difficulté à tomber enceinte à l'époque. "Je ne supportais plus mon stérilet et mon gynécologue m'avait préconisé de l'enlever et de ne rien prendre car il n'y avait aucun risque que je tombe enceinte. Un jour, j'ai eu des nausées et je suis allée au laboratoire. On m'a annoncé que j'étais enceinte. Quelle surprise…", nous explique la Franc-Comtoise. "Il m'était impossible de le garder", dit-elle, précisant que cela a été très difficile psychologiquement, d'autant qu'il s'agissait de sa première grossesse naturelle.

Salomé*, a avorté à 27 ans. Pour elle, cela a sonné "comme une évidence". Elle n'en a parlé à personne. "Je sortais avec un jeune homme depuis 2 mois et demi quand j'ai commencé à avoir des soupçons sur une éventuelle grossesse. Il a mis fin à notre relation 2 jours avant que je ne découvre que j'étais enceinte…", nous raconte-t-elle. C'est à son domicile qu'elle a avorté, de manière médicamenteuse. "J'ai beaucoup pleuré avant et après, parce que j'avais honte, à 27 ans, d'être tombée enceinte sans être capable d'être mère", poursuit la Franc-Comtoise. Les discours qu'elle a essuyés de la part des soignants qu'elle a rencontrés n'ont pas facilité les choses. Elle se souvient de cette infirmière qui lui a clairement dit qu'elle "devrait avoir honte de vouloir avorter" ou de ce médecin qui lui "a gentiment fait comprendre que c'était irresponsable de ne pas se protéger et d'avorter ensuite".

Hélène*, qui a avorté dans de bonnes conditions, "sans aucun jugement" alors qu'elle avait 17 ans, en 1986 à Vesoul, partage la crainte que le droit à l'avortement recule dans certains pays.

Aurélie*, qui a avorté à 20 ans, en accord avec son compagnon de l'époque qui la soutient dans cette démarche, témoigne : "Je ne le souhaite à personne, mais n'éprouve aucun regret et si c'était à refaire, je le referais. Cet avortement a sauvé ma vie".

Ces témoignages soulignent la diversité des expériences et des raisons qui conduisent les femmes à choisir l'IVG. Ils rappellent également l'importance d'un accès à des soins de qualité et d'un accompagnement respectueux et sans jugement.

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