Le retour du printemps marque une période cruciale pour la biodiversité, notamment pour les oiseaux qui entament leur période de reproduction et de nidification. En Gironde, comme ailleurs, il est essentiel de prendre en compte ce cycle naturel pour éviter de perturber, voire de détruire, les habitats de nombreuses espèces. Cet article explore les enjeux liés au risque de nidification, les recommandations et réglementations en vigueur, ainsi que les actions mises en œuvre pour protéger la faune sauvage pendant cette période sensible.

Pourquoi Protéger les Périodes de Nidification ?

L'Office français de la biodiversité (OFB) déconseille fortement de tailler les haies et les buissons après le 15 mars (et ce jusqu'au mois d'août). Dès la mi-mars, les oiseaux entament la période de reproduction et de nidification. Or, tailler les haies pendant cette période aurait pour conséquence de détruire les nids, voire d'exposer les oiseaux et les oisillons aux prédateurs. Les haies sont "les championnes de la biodiversité en milieu agricole". Si elles hébergent des oiseaux, elles accueillent d'autres espèces végétales et animales. "Quand elles sont bien gérées, elles peuvent accueillir jusqu’à 35 espèces de mammifères, 80 espèces d’oiseaux, 8 espèces de chauves-souris, 15 espèces de reptiles-amphibiens ou 100 espèces d’insectes. D’où l’importance d’avoir des haies hautes, larges et reliées entre elles". Les haies servent également de lieux de reproduction pour le hérisson qui met va dans les branchages.

L'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) alerte sur le fait que 32 % des espèces d’oiseaux nicheurs sont menacées d’extinction en France. La population des oiseaux a décliné de 25 % en 40 ans sur le continent européen, voire de près de 60 % pour les espèces des milieux agricoles, indique le CNRS. Outre les oiseaux, les haies abritent un grand nombre de mammifères (hérisson, écureuil, chauves-souris…), amphibiens (grenouilles, tritons, crapauds…) ou encore insectes (Grand Capricorne, Rosalie des Alpes…). C’est donc tout un écosystème qu’il est nécessaire de protéger durant cette partie de l’année.

Recommandations et Réglementations

La taille des haies est fortement déconseillée à partir du 15 mars pour les particuliers et du 16 mars pour les agriculteurs. Certaines communes peuvent interdire, sous peine d'amende, ces travaux pour les particuliers.

Le site du service public rappelle que les travaux sur les haies, tout comme l'élagage des arbres, sont formellement interdits pour les agriculteurs entre le 16 mars et le 15 août. "Les contrevenants sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 150.000 € d’amende pour atteinte à la conservation d’espèces animales non domestiques et pour destruction de leur habitat, sans préjudice d’éventuelles retenues au titre de la conditionnalité sur les aides de la Politique Agricole Commune". Pour les particuliers, aucune loi n'interdit précisément le taillage des haies. L'OFB et la Ligue de protection des oiseaux le déconseillent fortement et les départements peuvent empêcher ces travaux durant la période de reproduction et de nidification en vertu de l'article R411-15 du Code de l’environnement. Ce dernier dispose que "peuvent être fixées par arrêté pris dans les conditions prévues au III les mesures tendant à favoriser la protection ou la conservation des biotopes tels que… 1° Mares, marécages, marais, haies, bosquets, landes, dunes, pelouses, récifs coralliens, mangroves, ou toutes autres formations naturelles, peu exploitées par l'homme". Après le 16 mars et jusqu'au 15 août, il est vivement recommandé - dans certains cas, obligatoire - de ne pas tailler ses haies, ni d'élaguer ses arbres.

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La Politique Agricole Commune (PAC) interdit strictement aux agriculteurs bénéficiaires des primes de tailler les haies de leurs parcelles entre le 16 mars et le 15 août. Cette interdiction porte aussi sur les bosquets, arbres isolés et alignement d’arbres de l’exploitation.

En cas de manquement, ces derniers s’exposent à des sanctions pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et 150 000 euros d’amende, mais aussi à la réduction voire la suppression de leurs aides financières. La police de l’environnement (les agents de la DDT et de l’Office Français de la Biodiversité) est chargée de réaliser des contrôles sur les exploitations concernées pour vérifier le respect de la loi.

Les agriculteurs non concernés par la PAC, eux, ne sont pas soumis à cette réglementation. Les entreprises de taille de haies et d’élagage, les collectivités et les particuliers non plus ne sont soumis à aucune interdiction stricte, mais vivement incités à respecter la biodiversité en décalant la taille de leurs haies. Sur son site, l‘Office français de la biodiversité recommande donc à tous de ne pas tailler les haies ni d’élaguer les arbres du 15 mars au 31 juillet.

Dérogations et Adaptations Locales

Plusieurs départements sont concernés par une dérogation autorisant à tailler ses haies au delà du 15 mars. Les nombreux épisodes pluvieux de l’hiver ont rendu impossible l’entretien des haies avant le 15 mars dans de nombreuses régions, les agriculteurs ne pouvant pas accéder à leurs parcelles. Cette interdiction de taille et/ou de coupe des arbres et des haies entre le 16 mars et le 15 août (BCAE 8), figure parmi les critères entrant dans le champ de la conditionnalité des aides de la politique agricole commune (Pac).

Marc Fesneau, ministre de l’agriculture a donc décidé le 15 mars de « mobiliser une procédure pour reconnaître la force majeure dans les territoires touchés par les intempéries inédites ».Le ministère précise : « L’agriculteur ne sera pas tenu de justifier individuellement auprès de la direction départementale territoriale (DDT) que sa situation est dérogatoire. Désormais, pour ces territoires touchés par les épisodes pluvieux, une cartographie sera arrêtée par la DDT, et communiquée localement. Dans cette zone définie, la force majeure s’appliquera de fait, et l’agriculteur n’aura pas besoin de demander une dérogation individuelle pour cas de force majeure. Il pourra effectuer jusqu’au 15 avril dans les parcelles de la zone définie (en évitant la destruction de nids d’espèces protégées), des opérations d’entretien et de coupe des haies, arbres et bosquets. »

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Comment Protéger la Biodiversité Lors de l'Entretien des Haies ?

Outre le respect du calendrier conseillé, certaines pratiques permettent d’entretenir vos haies sans mettre en péril la biodiversité. En premier lieu, avant de commencer vos travaux de taille, vérifiez minutieusement la présence de nids ou de jeunes oiseaux dans les haies. Si certains sont encore présents, reportez la taille jusqu’à la fin de la saison de reproduction. Par ailleurs, privilégiez une taille douce et progressive, en évitant de couper radicalement toutes les branches d’un coup. N’hésitez pas non plus à laisser des parties de haie non taillées, surtout dans les zones les plus abritées, afin d’assurer des refuges pour les animaux qui y résident. Tentez également de ne pas couper trop bas, afin de préserver la couverture végétale au sol et d’offrir un abri pour les petits mammifères et les insectes.

L'Exemple des Busards : Une Espèce Particulièrement Vulnérable

La surveillance des busards (busard cendré, busard Saint-Martin et busard des roseaux) est particulièrement complexe. En effet, alors que la plupart des rapaces nichent en hauteur (arbres, falaises), les busards ont pour spécificité de nicher au sol. Et sans construire d’aire. Ce qui veut dire qu’ils nichent chaque année à un endroit différent, qu’il faut à chaque fois rechercher ! De plus, la disparition de leurs milieux d’origine (prairies herbeuses et marécageuses) conduit ces rapaces à nicher dans les champs de céréales (et autres). La moisson, devient alors tout le problème des busards. Leur seul secours : la collaboration entre les agriculteurs responsables et les ornithologiques souvent bénévoles.

L’action des protecteurs de busards consiste à repérer les couples dans les cultures, à en informer les agriculteurs et, avec leur accord, à localiser les nids à l’intérieur des champs pour mettre en place une mesure de protection adaptée en fonction des besoins. La survie des populations « céréalières » de busards dépend entièrement des actions de surveillance. En 2010, 477 personnes se sont mobilisées pendant 9 897 jours, veillant à ce que l’envol de 1 815 busards cendrés, 699 busards Saint-Martin et 44 busards des roseaux se déroule bien. Globalement, en France, ce sont 450 à 900 couples de busards cendrés qui sont suivis chaque année. Le tiers des envols pour une moyenne de deux poussins par an et par couple est dû aux actions de protection conjointe agriculteurs/ornithologues.

Méthodes de Sauvegarde des Nichées de Busards

À l’heure actuelle, différentes méthodes de protection et/ou de sauvegarde de nichées sont mises en œuvre par les surveillants « busards » :

  • La cage : Formé d’un cadre carré grillagé d’environ 1m² sur lequel sont agrafés 4 m de grillage de 1m20 (maximum) de hauteur, ce système permet de déplacer facilement un nid selon les besoins de l’agriculteur. Lors de sa pose (qui se fait avec l’accord du propriétaire du terrain), le nid est posé sur le fond grillagé et les côtés du grillage sont relevés progressivement afin que la femelle accepte le dispositif. Lors de la moisson, il suffit alors de déplacer la cage pour permettre la coupe de la culture.
  • Le carré non moissonné : Deux méthodes existent à l’heure actuelle : la méthode du carré simple et celle du carré grillagé. La méthode du carré simple ne nécessite que 4 piquets et de la cordelette ou du ruban de chantier, que le surveillant disposera en carré autour du nid. Les piquets jalonnent alors un espace de 10 à 25m² qui restera non moissonné. La méthode du carré grillagé est sensiblement identique à la première, sauf qu’un grillage est tendu autour des piquets pour limiter la prédation, quasiment systématique lorsqu’il ne reste plus que quelques m² en herbe au milieu d’une grande zone dénudée.
  • Le déplacement du nid : Cette méthode qui consiste à déplacer progressivement un nid d’une culture prête à être moissonnée vers une autre culture plus tardive, est un travail qui demande beaucoup de précautions et qui présente des risques. A l’aide d’un carton compartimenté (pour éviter que les jeunes se blessent dans la panique), la nichée est déplacée progressivement sur de faibles distances. L’accord du ou des propriétaires des parcelles est obligatoire.
  • Les cannisses : Cette technique, qui peut être réalisée à n’importe quelle période de reproduction, permet d’apporter de l’ombre aux poussins en cas de fortes chaleurs et de limiter la prédation, en installant des cannisses de 1m de haut tout autour du nid. Fixer la végétation naturelle autour de la protection permet aussi d’obtenir ce résultat.
  • Prélèvement et transport vers un centre de soins : L’élevage en centres de soins est parfois la seule possibilité pour sauvegarder des œufs ou des jeunes poussins. La technique de prélèvement d’une nichée, au stade de poussins ou d’œufs n’est cependant pas anodine. D’une part, les risques d’échec liés au transport des œufs sont élevés. D’autre part, pour le couple auquel sont retirés les œufs, cette opération est vécue comme un échec. Les conséquences ne sont pas encore très bien connues, mais il est probable que cela influe sur la fidélité au site. Enfin, le risque d’imprégnation rend nécessaire le respect de règles précises. Cette technique sera donc retenue en dernier recours, lorsque les protections sur site ou les déplacements sont impossibles.

L'Opération "Attention, on marche sur des œufs !"

Le Conservatoire du littoral, l’Office français de la biodiversité, l’Office national des forêts, la LPO, Rivages de France, en partenariat avec de nombreuses associations et gestionnaires de sites, appellent à la vigilance sur les plages ! L’opération « Attention, on marche sur des œufs ! » vise à sensibiliser les usagers du littoral au respect de la faune sauvage qui partage ces espaces souvent touristiques et très fréquentés.

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Certains oiseaux de mer, tels les gravelots, les sternes ou les huitriers, construisent des nids très simples directement sur le sable, en déplaçant quelques galets ou coquillages. Leurs œufs se confondent ainsi avec l’environnement. Mais si ce camouflage les met à l’abri des prédateurs, il augmente les risques de piétinement des promeneurs ou de leurs chiens, inconscients que chacun de leur pas est susceptible de ruiner les chances de reproduction d’espèces protégées. Depuis peu, les « fat-bikes » électriques permettent aux cyclistes d’atteindre des zones jusque-là inaccessibles, diminuant encore les espaces de quiétude propices à la nidification. Le dérangement affecte également la ponte des tortues marines sur les plages méditerranéennes et en Outre-mer.

Les partenaires de l’opération « Attention, on marche sur des œufs ! » se mobilisent à plusieurs niveaux :

  • Cartographie des zones à enjeux sur l’ensemble du littoral par la LPO,
  • Suivi et action de protection des nids jusqu’à l’envol des poussins, par le CDL, les Parcs Marins, la LPO et bien d’autres associations locales et les mairies
  • Information et sensibilisation des usagers (promeneurs, sportifs, professionnels du tourisme, collectivités, etc.)
  • Surveillance (par des bénévoles et des agents des parcs) et police (OFB).

La destruction ou la perturbation intentionnelle d’espèces protégées, ainsi que le ramassage ou la destruction d’œufs sont des délits, passibles de trois ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende.

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