La fécondation in vitro (FIV) est une technique d'aide médicale à la procréation (AMP) qui offre une solution pour de nombreux couples confrontés à des problèmes d'infertilité. Elle consiste à recréer en laboratoire les différentes étapes de la fécondation naturelle, en maximisant les chances de succès grâce au recueil de plusieurs ovocytes et à l'optimisation de la sélection des spermatozoïdes et des embryons. Une question fréquemment posée par les patientes concerne le nombre d'embryons à transférer : faut-il opter pour un seul embryon ou augmenter les chances en transférant deux ? Cet article explore les chances de succès d'une FIV avec le transfert de deux embryons au jour J3 (troisième jour de développement embryonnaire), en tenant compte des avantages, des inconvénients et des facteurs à considérer.
Qu'est-ce que la FIV ?
La FIV est un processus complexe qui se déroule en plusieurs étapes clés :
- Stimulation ovarienne : La patiente reçoit des injections quotidiennes d'hormones pour stimuler les ovaires et favoriser le développement de plusieurs follicules, ces petits sacs qui contiennent les ovules. Il existe différents protocoles de stimulation (protocole long, protocole court avec agoniste ou antagoniste), adaptés au profil hormonal, à la réserve ovarienne et à la réponse de la patiente lors de cycles antérieurs.
- Ponction ovocytaire : Les ovocytes sont prélevés au bloc opératoire, sous anesthésie (générale, locale ou hypnose selon les centres), grâce à un kit de ponction guidé par échographie. Les ovocytes sont ensuite acheminés au laboratoire dans une mallette thermostatée à 37°C.
- Recueil de sperme : Le conjoint effectue un recueil de sperme par masturbation au laboratoire, le matin même de la ponction ovocytaire, après 2 à 5 jours d'abstinence.
- Fécondation in vitro : La fécondation en laboratoire peut se faire de trois manières :
- FIV classique : Les spermatozoïdes, préalablement traités et sélectionnés, sont mis en contact avec les ovocytes dans un milieu de culture spécifique.
- FIV ICSI (Injection Intra-Cytoplasmique de Spermatozoïdes) : Un seul spermatozoïde, sélectionné sous microscope, est injecté directement dans l'ovocyte.
- FIV IMSI (Injection Magnifiée de Spermatozoïdes) : Comme pour l'ICSI, un spermatozoïde morphologiquement sélectionné est injecté dans l'ovocyte, mais l'observation des spermatozoïdes se fait avec un microscope spécial qui permet un grossissement jusqu'à 10000 fois.
- Culture embryonnaire : Les embryons sont maintenus en culture pour leur développement. Au jour J+1, l'obtention d'ovocytes fécondés (zygotes) atteste la fécondation pour 60 à 70% des ovocytes. Les embryons sont ensuite suivis pendant 2 à 5 jours. Les embryons de 2 jours ont 4 cellules. Environ 60% des embryons se bloquent avant le stade blastocyste (5 jours).
- Transfert embryonnaire : Le transfert a lieu 2 à 5 jours après la ponction. On peut transférer des embryons au stade J2, J3, J5 ou J6, des embryons frais ou congelés, par un ou par deux. Dans le cas où plusieurs embryons évolutifs ont été obtenus, le biologiste congèlera ceux qui n’ont pas été transférés. En cas d'échec, des transferts embryonnaires ultérieurs pourront être pratiqués sans avoir à refaire un cycle complet de traitement ni de ponction d'ovocytes.
- Soutien de la phase lutéale : Après le transfert, un traitement hormonal (progestérone) est administré pour favoriser l'implantation embryonnaire et le maintien de la grossesse.
Transfert d'un ou de deux embryons au jour J3 : quels enjeux ?
La décision de transférer un ou deux embryons au jour J3 est un sujet de débat et dépend de plusieurs facteurs, notamment l'âge de la patiente, la qualité des embryons, les antécédents de FIV et les préférences du couple.
Arguments en faveur du transfert d'un seul embryon (SET - Single Embryo Transfer) :
- Réduction du risque de grossesse multiple : La pratique habituelle consiste à transférer un seul embryon pour réduire la possibilité d’une grossesse multiple, qui est toujours une grossesse à risque. Avoir une grossesse gémellaire après le transfert d’un embryon oscille entre 1 et 2 %, alors que le taux de grossesse multiple en transférant 2 embryons d’une patiente jeune peut osciller entre 25 et 30 %.
- Amélioration des chances d'implantation : Des études suggèrent que l’implantation de deux embryons peut réduire de plus d’un quart la possibilité d’être enceinte. Dans ces cas-là, le corps a tendance à se centrer sur l’embryon de moindre qualité et à rejeter la grossesse.
- Possibilité de transferts ultérieurs : La congélation des embryons restants permet d'augmenter la probabilité d’être enceinte avec le nombre de transferts plus qu’avec le nombre d’embryons. Un transfert d’embryons est l’étape finale d’une fécondation in vitro (FIV). Le fait de congeler des embryons peut donc être une option beaucoup plus envisageable que de placer 2 embryons dans l’utérus lors d’un seul transfert.
- Réduction du stress et de la "fatigue" de la patiente : Bien qu'il n'y ait aucun avantage à transférer plus d’un embryon, sauf pour réduire ce que l’on appelle « la fatigue de la patiente » (qui devrait se soumettre à un autre transfert si le premier échouait).
Arguments en faveur du transfert de deux embryons :
- Augmentation des chances de grossesse : Le transfert de deux embryons de très bonne qualité peut fortement augmenter les probabilités de grossesse multiple, mais peu les probabilités de grossesse.
- Situations spécifiques : Dans des situations très concrètes, on choisit deux embryons tout en étant conscients des risques qu’ils courent, surtout dans les cas où il y a eu des échecs préalables.
- Âge de la patiente : La décision de transférer 1 ou 2 embryons à 40 ans peut dépendre de bien d’autres facteurs que celui des taux de réussite. Dans ces cas-là, avoir recours à des traitements comme la fécondation in vitro peut aider à augmenter ces probabilités.
Facteurs à considérer :
- Âge de la patiente : Pour une femme de moins de 35 ans, avec prélèvement de ses propres ovules, le taux de réussite de la FIV est de 55 % environ. Pour une femme de plus de 40 ans, le taux baisse à 27 % avec ses ovules, mais ce taux augmente lorsque l’on a recours aux ovules d’une donneuse. La probabilité de positif lors du transfert d’1 embryon peut tourner autour de 60 %, même si l’intervalle dépendra de l’âge de la patiente. Si l’on tient compte de la probabilité cumulée de grossesse, celle-ci tournerait autour de 85 %, pouvant atteindre 98 % après trois tentatives de transferts disponibles ou cycles consécutifs.
- Qualité des embryons : La qualité des ovocytes de donneuses influence grandement les taux de réussite de la FIV. Les donneuses sont généralement âgées de 18 à 35 ans, l’âge d’admissibilité variant selon les pays. Les meilleurs ovocytes que les cliniques reçoivent sont ceux provenant de donneuses qui ont déjà eu au moins un bébé. On pense que ces ovocytes ont un plus grand potentiel.
- Antécédents de FIV : Les patientes ayant déjà subi plusieurs cycles de FIV infructueux peuvent envisager le transfert de deux embryons, après discussion approfondie avec leur médecin.
- Préférences du couple : La décision finale doit être prise en concertation avec le couple, en tenant compte de leurs valeurs, de leurs attentes et de leur tolérance au risque de grossesse multiple.
Culture prolongée et transfert au stade blastocyste (J5)
La culture embryonnaire est un processus de sélection. Si en raison du faible nombre d’embryons de bonne qualité la sélection est terminée, nous pourrons réaliser le transfert à des phases précoces, comme le 2ème ou 3ème jour. Une autre situation à laquelle nous pouvons faire face est une cohorte embryonnaire de bonne qualité le 3ème jour, avec plus de 3 embryons d’excellente qualité. Si à ce moment-là nous réalisons le transfert, la sélection pourrait se faire par hasard et déboucher sur le choix d’embryons étant destinés à se bloquer ou à ne pas évoluer.
Aux 2ème et 3ème jours, l’embryon subit ses premières divisions ; à ces moments, le potentiel de l’embryon dépend de la qualité de l’ovocyte puisqu’il est tôt pour que les processus d’expression génétique commencent. À partir du 3ème jour, l’embryon a sa propre identité, et a ainsi la possibilité de continuer jusqu’à la phase de blastocyste ou de souffrir un blocage dans son développement.
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Maintenir les embryons en culture plus longtemps pourrait entraîner leur blocage du fait de ne pas se trouver dans l’utérus? Il s’agit-là d’une grande crainte, et cela dépend en grande mesure du laboratoire de Fécondation In Vitro (FIV). La combinaison des milieux de culture utilisés et les conditions dans lesquelles est réalisé la culture offre un taux élevé de formation de blastocystes, qui oscille autour de 60 % voire même plus, tel que dans le don d’ovocytes, parvenant à 70 %. En maintenant la culture jusqu’au 5ème jour, on obtient les embryons qui possèdent réellement la capacité de développement, en évitant les transferts futiles, le 3ème jour, d’embryons qui sont destinés à se bloquer. Une autre des craintes possibles est la survie des blastocystes à la cryoconservation.
Facteurs influençant le succès de la FIV
La réussite d’une fécondation in vitro résulte de nombreux paramètres, dont l’âge des partenaires et l’indication de fécondité de chacun (qualité de l’ovocyte et du sperme…). Le taux de réussite de la FIV en France est évalué tous les ans par l’Agence de Biomédecine. Selon les statistiques de l’Agence de Biomédecine, le taux moyen de réussite d’une FIV est de 25,16% par ponction en 2020. Ce taux de réussite de la FIV de 25,16% par cycle se renouvelle à chaque tentative, mais ne s’additionne pas. Au final, le taux cumulé de grossesse après 4 tentatives est d’environ 60%.
Plusieurs facteurs peuvent influencer le succès de la FIV, notamment :
- La qualité des ovocytes et des spermatozoïdes : Des anomalies chromosomiques (25 à 30% des ovocytes et 10% des spermatozoïdes), la maturité des ovocytes et le pouvoir fécondant du sperme sont des éléments déterminants.
- Le taux de fécondation : Environ 60% seulement des ovocytes sont fécondés.
- Le développement embryonnaire : La présence d'anomalies chromosomiques, l'immaturité ovocytaire et les échecs de nidation peuvent compromettre le développement embryonnaire.
- La qualité de l'utérus : L'analyse échographique (épaisseur et aspect de l'endomètre, vascularisation au doppler) ne permet qu'une approche approximative. L'aptitude à la nidation dépend de différents facteurs, tels que l'âge de la femme, la cause de l'infertilité, la durée de l'infertilité et la présence de grossesses antérieures.
- L'expérience de l'équipe médicale et les techniques utilisées : L’expérience de l’équipe d’embryologistes et le niveau du laboratoire sont des facteurs cruciaux qui influencent le succès. Il existe de nombreuses techniques de FIV qui peuvent être utilisées dans différents scénarios en fonction des antécédents médicaux de la patiente et des indications médicales. Les traitements de fertilité disponibles comprennent l’ICSI, l’AH (assisted hatching), la culture au stade de blastocystes et le transfert d’embryons au jour 5, le DPI (dépistage génétique préimplantatoire) et ainsi de suite. Il existe également des techniques recommandées pour l’infertilité masculine telles que MACS, IMSI, PICSI.
Don d'ovocytes et FIV
Dans le cas d’un traitement de fertilité avec des ovocytes de donneuse, l’âge de la femme n’est pas très important. Le taux de réussite de la FIV avec cycle frais d’ovocytes de donneuse est en moyenne de 65.9 % ; tandis que le taux de réussite des naissances vivantes est inférieur d’environ 10 points (55.6 %). De nombreuses cliniques rapportent des taux de réussite « cumulatifs » du don d’ovocytes de 90% après 3 cycles. Cependant, tout dépend de la situation individuelle de la patiente - diagnostic, antécédents d’infertilité et antécédents de traitement.
Les indications pour les ovules de donneuses comprennent par exemple un âge reproductif avancé, une réserve ovarienne diminuée, une mauvaise qualité des ovocytes ou des embryons lors de tentatives de FIV antérieures et la possibilité de transmettre un défaut génétique important. En pratique, l'indication la plus fréquente est la baisse de la fécondité liée à l'âge. Et comme les donneuses d'ovules sont généralement des femmes dans la vingtaine, les taux de réussite des dons d'ovules pendant la grossesse sont élevés. De plus, de nos jours, les progrès technologiques ont fourni aux cliniques la possibilité d'améliorer les résultats du traitement de FIV d'ovules de donneuses. Les incubateurs time-lapse assurent un suivi embryonnaire continu, de meilleures conditions de culture et de meilleures observations et évaluations embryonnaires. L'utilisation d'équipements accélérés offre la meilleure opportunité de sélectionner les embryons de la plus haute qualité, ce qui, à son tour, augmente les chances de succès.
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