Le deuil périnatal, une épreuve profondément douloureuse, confronte les parents à la perte d'un enfant pendant la grossesse ou peu après la naissance. Cet article explore les études menées sur ce sujet délicat et offre des conseils pour faciliter le retour au travail après cette épreuve.
Comprendre le Deuil Périnatal
Le deuil périnatal est un vrai deuil, qu’il s’agisse d’un enfant mort-né, décédé in utero ou quelques jours après sa naissance. Il est essentiel de reconnaître la réalité de cette perte et d'éviter de banaliser la douleur des parents. Des phrases telles que « Tu es encore jeune, tu en feras un autre » ou « C’est pas si grave, il était petit » sont à proscrire car elles ne peuvent pas avoir d’écho auprès de la mère. Il est capital de considérer cet enfant disparu, d’en parler, de lui donner une existence.
La Non-Reconnaissance du Deuil: Un Concept Clé
Le concept de "deuil non reconnu" (disenfranchised grief), défini comme tout « deuil découlant d’une perte qui ne peut être ouvertement reconnue, socialement validée ou publiquement affichée », est une contribution majeure à la sociologie du deuil. Ce concept souligne l’ancrage social du deuil et les normes sociales qui le sous-tendent, en mettant en lumière non seulement les prescriptions quant aux comportements et émotions jugés acceptables, mais surtout la nature des relations dignes de donner lieu à un processus de deuil. Autrement dit, les normes sociales en matière de deuil déterminent « qui a le droit d’être en deuil, comment, quand, combien de temps et pour qui ».Ce concept révèle que toutes les morts n’ont pas forcément la même « valeur sociale », en distinguant mort sociale et mort physique. Autrement dit, la mort physique d’un individu qui ne fait pas partie de la collectivité ou du monde social ne représente pas une perte sociale.Ce concept nous permet de comprendre que le chagrin (grief) et le deuil (bereavement) ne vont pas forcément de pair, de sorte qu’une personne peut ressentir du chagrin sans qu’on lui reconnaisse le statut de personne endeuillée et vice versa.
Rituels et Symboles: Des Outils pour Surmonter l'Épreuve
Afin de considérer ce deuil comme un deuil réel, des rituels symboliques aideront à surmonter l’épreuve. Parmi ces rituels, il est important que l’enfant ait un statut à part entière et il est notamment indispensable de lui donner un prénom. Il est également nécessaire d’enterrer l’enfant disparu. Certaines mamans peuvent être tentées par une nouvelle grossesse, très rapidement après le décès de l’enfant disparu. Le risque : que l’enfant à suivre prenne la place de celui-ci. Il ne faut pas que la maman projette ce lourd fardeau sur l’enfant à venir.
L'Impact du Deuil Périnatal: Une Étude Québécoise
Une étude empirique menée auprès de 23 femmes ayant vécu un décès périnatal au Québec (Canada) examine comment se déploie et se module la (non) reconnaissance du deuil périnatal, en fonction de l’espace (médical, familial, social et de travail) et du moment (avant, pendant et après le décès périnatal) dans lequel elle s’inscrit. Cette recherche s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche qualitative sur les modalités synchroniques de la (non) reconnaissance sociale du décès/deuil périnatal et les instances de résistance quotidienne (labeur social) des mères pour susciter la reconnaissance, contrer ou se prémunir contre la non reconnaissance. Des entrevues semi-dirigées ont été menées auprès de 23 femmes ayant vécu un décès périnatal (à partir du deuxième trimestre de grossesse et jusqu’à 28 jours après la naissance) entre 2012 et 2017. Au moment du décès, les femmes étaient âgées entre 18 et 39 ans. Vingt et une étaient en couple, deux étaient célibataires. Les causes du décès périnatal étaient variées : interruption médicale de grossesse (IMG), décès in utero, décès néonatal, fausses couches et mortinaissance. Dix-huit femmes avaient un emploi à temps plein, trois un emploi à temps partiel régulier et deux autres un emploi à temps partiel occasionnel. Parmi ces 23 femmes, trois étaient en arrêt de travail et deux en congé de maternité.
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Espaces de Reconnaissance et de Non-Reconnaissance
Deux axes de médiation sont retenus pour présenter les résultats. Premièrement, l’axe de médiation spatiale qui comprend : l’espace médical, l’espace familial, l’espace social (entourage) et l’espace de travail. Deuxièmement, l’axe de médiation temporelle renvoie aux catégories avant, pendant et après le décès/deuil périnatal. Dans ces différentes catégories temporelles, il s’agit plus de tranche (ou de fenêtre) temporelle que d’instant précis. Ces deux axes de médiation se croisent et pour chaque croisement, des zones de reconnaissance et de non reconnaissance sont recensées.
L'Espace Médical
Dans l’espace médical, le nombre de zones de reconnaissance recensé dépasse de loin les zones de non reconnaissance. Les trois quarts des femmes ont fait état de soins sensibles, humains et respectueux. Les zones de reconnaissance active sont par ailleurs assez homogènes à travers les différentes catégories temporelles. Ainsi, dans l’avant, c’est dans l’accompagnement médical et psychologique avant même la « procédure » que s’est manifestée la reconnaissance de la nature de la perte et du deuil à venir. Pendant, c’est dans les pratiques d’aménagement pour assurer de bonnes conditions d’accouchement que s’est exprimée la reconnaissance du drame que constitue la perte d’un bébé. Après, c’est dans les pratiques d’humanisation et de personnification du bébé, comme le fait de le laver, de l’habiller, de le photographier ou de s’y référer par son prénom que s’est manifestée la reconnaissance du statut de personne du bébé, de l’acte d’enfanter et du lien filial.Avant leur sortie de l’hôpital, toutes les mères, à deux exceptions près, ont reçu une boîte à souvenirs contenant divers objets en lien avec le bébé : ses photos, ses empreintes de pieds et de mains, la couverture dans laquelle il a été enveloppé, son bonnet, etc. Autant d’objets qui attestent de son existence et qui serviront de souvenirs pour les parents dans leur cheminement de deuil.
Parallèlement à ces instances de reconnaissance active, on observe également des instances de reconnaissance passive. Ainsi, il est arrivé que les mères demandent de prolonger leur séjour à l’hôpital, d’accélérer ou de reporter la procédure de l’IMG, de voir la travailleuse sociale ou le prêtre, que l’on respecte leur plan de naissance, etc. Le personnel soignant a répondu favorablement à toutes ces requêtes. Cela dénote une prise en compte du drame que représente le décès périnatal et une volonté de minimiser les désagréments.
À part quelques rares cas, la non reconnaissance dans l’espace médical était surtout passive. Cela se manifestait par le fait de laisser la mère sans soins, avant, pendant ou après l’accouchement, de ne pas se référer au bébé par son prénom, de ne pas juger nécessaire de le voir, d’offrir peu (voire pas du tout) d’informations sur les différentes options, démarches et ressources en lien avec le décès/deuil périnatal, ou encore de prodiguer des soins impersonnels et sans encadrement psychologique.
Quelques rares cas de non reconnaissance active ont été cernés. Cela pouvait par exemple se manifester par la terminologie utilisée par le personnel soignant. Ainsi, lors d’un rendez-vous avant l’IMG, une femme dit avoir été sèchement accueillie par une infirmière qui lui a demandé si elle venait pour son « foeticide ». En utilisant le terme « fœtus », on dénie à l’enfant décédé toute appartenance « humaine » ou statut de personne à part entière ; on le réduit à un état biologique primaire.
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Mais si la reconnaissance est homogène sur le plan temporel, on remarque une hétérogénéité institutionnelle et catégorielle. Ainsi, les IMG semblent être les catégories qui se prêtent le moins aux zones de non reconnaissance, les fausses couches celles qui s’y prêtent le plus.
L'Espace Familial et Social
Ces deux espaces sont traités ensemble car ils présentent de nombreuses similitudes, au niveau des objets et des propriétés de la (non) reconnaissance, ainsi qu’au niveau des fluctuations temporelles. Ainsi, on y observe une tendance plus forte à la reconnaissance dans le court et moyen terme et un affaiblissement, voire parfois une disparition de cette reconnaissance sur le long terme.
Autour du moment du décès, la famille ainsi que les amis proches sont souvent présents, partagent et reconnaissent la tristesse des parents à l’annonce.
Retour au Travail: Une Étape Délicate
Le retour au travail après un deuil périnatal est une étape délicate qui nécessite une approche personnalisée et bienveillante. Chaque personne vit son deuil différemment, et il n'y a pas de délai "normal" pour reprendre le travail.
Conseils pour Préparer le Retour
- Prendre le temps nécessaire: Il est crucial de ne pas précipiter le retour au travail. Accordez-vous le temps dont vous avez besoin pour faire votre deuil et vous rétablir émotionnellement et physiquement.
- Communiquer avec son employeur: Informez votre employeur de votre situation et de vos besoins. Discutez des options possibles, comme un retour progressif, un aménagement des horaires ou des tâches.
- Préparer son entourage professionnel: Anticipez les réactions de vos collègues et préparez-vous à y faire face. Vous pouvez choisir d'en parler ouvertement ou de rester discret, selon votre préférence.
- Se faire accompagner: N'hésitez pas à solliciter l'aide d'un professionnel (psychologue, thérapeute) pour vous accompagner dans cette transition. Faire partie de groupes de paroles, aller sur des forums, peut également aider. La parole et l’entraide peuvent être salvatrices.
- Être indulgent envers soi-même: Le retour au travail peut être difficile et éprouvant. Soyez patient et indulgent envers vous-même. Il est normal de ressentir de la fatigue, de la tristesse ou de l'anxiété.
Témoignages et Expériences
Charlotte, une femme ayant vécu un deuil périnatal, témoigne de son expérience: "Je me souviens de mon premier test de grossesse. On est le 1er mai 2015 et, ce jour-là, c'est comme si j'engageais un dialogue avec ce petit être au creux de moi. Je ne le sens pas encore bouger, je ne le vois pas, mais je le ressens, là, présent, tellement présent." Elle souligne l'importance du soutien de son entourage et de son couple pour surmonter cette épreuve. Elle a également trouvé du réconfort dans l'écriture et l'illustration d'un livre pour raconter son histoire à ses enfants.
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Julie, une autre femme ayant vécu plusieurs deuils périnatals, insiste sur la nécessité d'être présent et à l'écoute des parents endeuillés, en évitant les phrases maladroites. Elle souligne également le problème du "retour à la vie normale" après la perte d'un enfant et l'importance de prendre le temps nécessaire pour se remettre.
L'importance du Soutien Psychologique
Lorsque la souffrance est trop vive, il ne faut pas hésiter à consulter pour une prise en charge médicamenteuse, si besoin, dans un premier temps, et surtout thérapeutique. Quand la souffrance est trop grande, l’entourage doit ainsi pousser la jeune femme à consulter. Pour Yvonne Poncet-Bonissol, la mère peut par exemple se sentir coupable, se questionnant sur ce qu’elle aurait pu mal faire durant sa grossesse. Il est important de ne pas laisser ce genre de sentiments s’installer.
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