Introduction

La réanimation néonatale, bien que vitale pour les nouveau-nés présentant des complications à la naissance, peut engendrer des retentissements psychologiques significatifs tant pour l'enfant que pour ses parents. Cet article explore les différents aspects de ces impacts et souligne l'importance d'un accompagnement psychologique adapté. Les enfants sont de plus en plus atteints de maladies chroniques et, par conséquent, les impacts physiques mais aussi psychologiques de ces affections font l’objet d’un travail et d’un accompagnement bien plus soutenus qu’auparavant.

La Réanimation Néonatale : Un Contexte Stressant

La réanimation néonatale est souvent une expérience stressante et anxiogène pour les parents. La prématurité, les pathologies médicales aiguës ou chroniques, les polytraumatismes et les polyhandicaps sont autant de situations qui peuvent nécessiter une hospitalisation prolongée et des soins intensifs. L'urgence de la situation, le risque vital encouru par l'enfant et l'environnement médicalisé peuvent générer un sentiment d'impuissance et d'angoisse chez les parents. En particulier, l'encéphalopathie néonatale et le transfert du bébé en réanimation néonatale pour sa prise en charge par une hypothermie thérapeutique sont des situations de survenue brutale (le plus souvent sur une grossesse sans aucun problème et à terme) et à fort potentiel traumatique pour les parents.

Hypothermie Thérapeutique : Un Exemple de Procédure Anxiogène

Dans certaines circonstances, le manque d’oxygène à la naissance (appelé anoxie périnatale) peut nécessiter des soins urgents pour votre bébé. Pour protéger son cerveau, il faut baisser la température de son corps : on appelle cela mettre le nouveau-né en hypothermie. Cette procédure, bien que bénéfique pour l'enfant, peut être une source d'inquiétude supplémentaire pour les parents.

Impact Psychologique sur les Parents

L'hospitalisation d'un nouveau-né en réanimation peut avoir des conséquences psychologiques importantes sur les parents :

  • Stress et anxiété : L'incertitude quant à l'avenir de l'enfant, la complexité des soins et la séparation peuvent engendrer un stress important.
  • Sentiment de culpabilité : Les parents peuvent se sentir responsables de la situation, en particulier en cas de complications survenues pendant la grossesse ou l'accouchement.
  • Dépression post-partum : Le stress et l'anxiété liés à l'hospitalisation peuvent augmenter le risque de dépression post-partum chez la mère.
  • Difficultés relationnelles : Le couple peut être mis à rude épreuve par la situation, avec des difficultés de communication et une répartition inégale des tâches.
  • Trouble de stress post-traumatique (TSPT) : Dans certains cas, l'expérience de la réanimation néonatale peut être vécue comme un événement traumatique, pouvant entraîner un TSPT chez les parents. Cet événement traumatique peut aussi parfois avoir des retentissements psychologiques à long terme pour la famille.

Impact Psychologique sur l'Enfant

Bien que le nouveau-né ne puisse pas exprimer verbalement ses émotions, il est important de considérer l'impact psychologique de la réanimation sur son développement :

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  • Stress précoce : Les procédures médicales invasives, la séparation d'avec les parents et l'environnement stressant peuvent perturber le développement du système nerveux du nourrisson.
  • Difficultés d'attachement : La séparation précoce d'avec la mère peut entraver la formation d'un lien d'attachement sécurisant.
  • Troubles du comportement : Des études ont montré que les enfants ayant été hospitalisés en réanimation néonatale peuvent présenter un risque accru de troubles du comportement tels que l'anxiété, la dépression et les troubles de l'attention.
  • Retard de développement : Dans certains cas, l'hospitalisation peut entraîner un retard de développement moteur, cognitif ou langagier.

Rôle du Psychologue en Réanimation Néonatale

Le psychologue joue un rôle essentiel dans l'accompagnement des familles et des équipes soignantes en réanimation néonatale. Il intervient à différents niveaux :

Auprès des Patientes et de leurs Familles :

  • Évaluation du retentissement psychologique : Le psychologue évalue l'impact psychologique des pathologies et des conditions d'hospitalisation (urgence, risque vital, hospitalisation prolongée) sur le comportement parental.
  • Accompagnement : Il accompagne les familles, au cours de l'hospitalisation, quelle que soit la pathologie à l'origine de l'hospitalisation (prématurité, pathologie médicale aigue ou chronique, polytraumatisme, polyhandicap…).
  • Soutien à la parentalité : Il accompagne les parents dans la création ou le maintien du lien avec leur enfant et soutient la parentalité dans les situations d'hospitalisations à la naissance du bébé.
  • Préparation au retour à domicile : Le psychologue prépare les familles au retour à domicile après des hospitalisations prolongées ou complexes.
  • Suivi post-hospitalisation : Il assure, quand nécessaire, un suivi post hospitalisation (suivi de deuils…).

Auprès des Équipes de Soins :

  • Aide à l'évaluation : Le psychologue aide l'équipe médicale et paramédicale dans l'évaluation de l'impact psychique de l'hospitalisation sur les familles et, dans les situations complexes, identifie les leviers facilitant l'alliance thérapeutique.
  • Participation aux réunions : Il participe aux réunions de service et autres temps institutionnels en lien avec la pratique du psychologue en réanimation pédiatrique et médecine néonatale.
  • Organisation de temps de parole : Le psychologue participe et organise des temps de paroles avec les équipes.

Auprès des Multiples Acteurs de la Prise en Charge :

  • Lien avec les équipes hospitalières : Le psychologue assure le lien avec les différents équipes hospitalières intervenant auprès du patients (USSP, ESPPA, REVA, Mater, DAN, équipe mobile de psychiatrie…).
  • Lien avec les structures d'aval et d'amont : Il fait les liens nécessaires avec d’autres structures hospitalières d’aval ou d’amont, comme l'Equipe du CPDPN, l'Unité de Soins en Psychopathologie Périnatale, la Pédiatrie hospitalière au CHU et en dehors du CHU et la pédiatrie libérale, le CMI de Romagnat ou les Réseaux d’aval (REVA…).

L’articulation des deux psychologues en poste nécessite (de par la particularité de la prise en charge) : Un travail commun et une grande flexibilité doit être envisagé pour permettre la continuité des soins (Parfois pour un même patient ou une même famille). Il serait important d’avoir également une cohérence et un soutien sur les projets développés au sein du service afin de promouvoir une unité dans le travail.

Suivi du Développement de l'Enfant Après la Réanimation

Un suivi régulier du développement de l'enfant est essentiel après une hospitalisation en réanimation néonatale. Ce suivi comprend :

  • Suivi médical : Un pédiatre hospitalier référent en néonatologie suit l'enfant à 3 mois, 6 mois, 1 an après la sortie de l'hôpital, puis tous les ans jusqu’aux 7-8 ans de l’enfant. Le pédiatre de néonatologie réalise un examen neurologique et apprécie la croissance de votre jeune enfant (périmètre crânien, poids, taille) ainsi que la qualité de l’alimentation, de l’oralité, du sommeil et du transit.
  • Dépistage de la surdité : Votre enfant à la naissance a eu un dépistage néonatal de la surdité par des méthodes objectives : oto-émissions provoquées (OEP) et potentiels évoqués auditifs automatisés (PEAa), les résultats sont notés dans son carnet de santé. Le dépistage à la naissance ne peut repérer que les surdités importantes. Il reste à repérer les surdités plus légères et surtout les surdités qui n’apparaissent que plus tard au cours de la vie de l’enfant.
  • Surveillance de la vue : La vue de votre enfant se développe grâce à un long processus, c’est pourquoi il est préférable de s’assurer régulièrement de son bon développement. Chez le tout-petit, les troubles visuels sont souvent diagnostiqués tardivement. Pourtant, il faut être vigilant : près d’un enfant sur 10 est touché par des troubles de la vision en France. Le plus important, c’est donc de repérer le plus rapidement possible les premiers signes d’une anomalie visuelle chez un jeune enfant. En effet, s’ils sont pris en charge avant quatre ans, ces troubles de la vision sont bien plus facilement résorbables.
  • Évaluations standardisées : Des évaluations standardisées sont proposées à différents âges pour évaluer les capacités intellectuelles, sensori-motrices, langagières et mnésiques de l'enfant. - Pourquoi une 2nde évaluation standardisée au cours de la grande section de maternelle ? Entre 5 et 6 ans, une échelle psychométrique évaluant les capacités intellectuelles de votre enfant sera proposée ainsi que des épreuves complémentaires évaluant les domaines sensori-moteur et praxique, langagier, et mnésique. - Pourquoi une 3ème évaluation standardisée au cours du Ce1 ? Entre 7 et 8 ans, votre enfant aura développé un certain nombre de compétences scolaires et dans les apprentissages.
  • Suivi psychologique : Un suivi psychologique peut être proposé aux parents et à l'enfant pour identifier et traiter d'éventuelles difficultés psychologiques.

Propositions de Rencontres avec un Psychologue

L’équipe de néonatologie est également présente pour vous rassurer sur le bon développement de votre enfant et minimiser vos inquiétudes quant à son devenir lorsqu’aucune difficulté n’est retrouvée.

  • Un an après la sortie de l'hôpital : Nous proposons aux familles de rencontrer à nouveau un psychologue du Service un an après la sortie de l’hôpital (le même jour que les rendez-vous médicaux de l’enfant). Cet entretien permet de revenir sur le vécu de l’hospitalisation par les parents mais aussi de l’année qui a suivi et de détecter d’éventuelles difficultés psychologiques et/ou résidus traumatiques.
  • Vers 2 ans : - Pourquoi une 1ère rencontre vers 2 ans ? A cet âge, l’enfant est plus à l’aise sur le plan moteur (marche initiée) ; il commence également à être à l’aise dans les échanges verbaux (apparition des mots amorcée) ; enfin, les phases de crainte face à l’étranger et d’intolérance à la frustration sont naturellement limitées car la rencontre est réalisée en présence des parents.

En fonction des résultats à ces évaluations, le binôme pédiatre - neuropsychologue vous orientera vers des bilans complémentaires et des prises en charge si nécessaire (lien vers fiche quels aménagements rééducatifs et pédagogiques proposés) ainsi que vers des consultations spécialisées (neuro-pédiatrie, pédopsychiatrie, génétique).

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