L'allaitement maternel est un processus naturel et bénéfique tant pour la mère que pour l'enfant. Cependant, diverses complications post-partum peuvent entraver son bon déroulement. Parmi celles-ci, la rétention placentaire, une condition où le placenta n'est pas expulsé complètement après l'accouchement, peut avoir des conséquences significatives sur la lactation et la santé de la mère. Cet article explore en profondeur la relation entre la rétention placentaire et l'allaitement, en mettant en lumière les causes, les impacts, les solutions et les conseils pour les mères concernées.
Le Placenta : Un Organe Vital et Son Rôle Clé dans la Lactation
Avant d'aborder l'impact de la rétention placentaire, il est essentiel de comprendre le rôle crucial du placenta pendant la grossesse et après l'accouchement. Le placenta, souvent décrit comme une "usine métabolique", assure les échanges nutritifs et gazeux entre la mère et le fœtus grâce à un système complexe de villosités choriales. Le sang de la mère et celui du bébé ne se mélangent jamais directement, mais les nutriments et l'oxygène sont transférés à travers cette barrière placentaire.
Pendant la grossesse, le placenta agit également comme un "frein" sur la production de lait en inhibant la prolactine, l'hormone responsable de la lactation. Dès que le placenta est expulsé après l'accouchement, le taux de progestérone chute brutalement, ce qui signale au cerveau de libérer la prolactine et de lancer la production de lait. C'est pourquoi la délivrance (l'expulsion du placenta) est un moment critique pour l'allaitement.
Qu'est-ce que la Rétention Placentaire ?
La rétention placentaire se produit lorsque le placenta ne se détache pas et n'est pas expulsé complètement dans les 30 minutes suivant l'accouchement par voie basse. Dans environ 3 % des accouchements, une partie ou la totalité du placenta peut rester dans la cavité utérine. Il existe deux types de rétention placentaire :
- Rétention placentaire complète : Le placenta ne s'est pas du tout décollé et n'est pas sorti.
- Rétention placentaire partielle : Une partie du placenta manque, ce qui indique qu'elle ne s'est pas décollée de l'utérus.
Il est crucial pour la sage-femme ou le médecin de contrôler le "délivre" en examinant attentivement le placenta pour s'assurer qu'il est entier et que les membranes sont complètes.
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Causes de la Rétention Placentaire
Bien que la rétention placentaire puisse survenir de manière aléatoire, certaines situations spécifiques peuvent augmenter le risque :
- Placenta accreta : Le placenta envahit le muscle de l'utérus, souvent associé à des cicatrices de césariennes antérieures ou à plusieurs aspirations endo-utérines.
- Fibromes utérins : Ces tumeurs non cancéreuses peuvent interférer avec la contraction utérine et empêcher le décollement du placenta.
Impact de la Rétention Placentaire sur l'Allaitement
La rétention placentaire peut avoir plusieurs impacts négatifs sur l'allaitement maternel :
- Inhibition de la lactation : La présence de fragments placentaires dans l'utérus peut maintenir un niveau élevé de progestérone, inhibant ainsi la libération de prolactine et retardant ou réduisant la production de lait. Le cerveau reçoit le signal que la "grossesse n'est pas totalement terminée".
- Insuffisance lactée : Une production de lait insuffisante peut entraîner une prise de poids insuffisante chez le bébé et une complémentation avec du lait artificiel.
- Saignements abondants (hémorragie post-partum) : La rétention placentaire peut empêcher l'utérus de se contracter correctement, ce qui peut entraîner des saignements excessifs et potentiellement dangereux. Normalement, après un accouchement, le placenta se décolle et l’utérus, qui est un muscle, va continuer à se contracter. Or, en se contractant, il va obstruer les vaisseaux qui étaient sous le placenta et empêcher les saignements.
- Retard de la montée de lait : Le bébé peut rester au colostrum plus longtemps que prévu.
Prise en Charge et Traitement de la Rétention Placentaire
Face à une rétention placentaire, une intervention médicale est nécessaire pour éviter les complications. La prise en charge standard consiste en une révision manuelle de la cavité utérine, réalisée sous anesthésie. Cette procédure permet de retirer les fragments placentaires restants et de favoriser la contraction utérine.
Dans certains cas, un traitement médicamenteux avec du Cytotec peut être tenté pour expulser les fragments placentaires, mais son efficacité peut varier. Si le traitement médicamenteux échoue, une hystéroscopie peut être nécessaire pour retirer les fragments placentaires sous contrôle visuel.
Relance de la Lactation Après Traitement
Une fois le fragment retiré, le frein hormonal est levé. Après le traitement de la rétention placentaire, il est essentiel de relancer la lactation pour assurer un allaitement réussi. Voici quelques mesures à prendre :
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- Stimulation fréquente des seins : Mettre le bébé au sein fréquemment (8 à 18 fois par 24 heures) ou utiliser un tire-lait pour stimuler la production de lait.
- Consultation avec une consultante en lactation (IBCLC) : Une consultante en lactation peut fournir un soutien personnalisé et des conseils sur le positionnement du bébé, la succion, et les techniques pour augmenter la production de lait.
- Dispositif d'aide à la lactation (DAL) : Un DAL peut être utilisé pour compléter l'allaitement au sein avec du lait maternel ou artificiel, tout en stimulant la succion du bébé et la production de lait de la mère.
Conseils pour un Allaitement Réussi Malgré les Difficultés
Même en présence de complications telles que la rétention placentaire, il est possible de poursuivre l'allaitement avec succès. Voici quelques conseils pour les mères concernées :
- Recherchez un soutien professionnel : Les consultantes en lactation, les sages-femmes et les médecins spécialisés en allaitement peuvent fournir une aide précieuse et des conseils personnalisés.
- Adoptez une position d'allaitement confortable : Une bonne position peut faciliter la succion du bébé et réduire les douleurs mammaires. La position semi-allongée, similaire à celle utilisée en salle de naissance, peut être particulièrement efficace.
- Soyez attentive aux signaux de faim de votre bébé : Proposez le sein à votre bébé dès qu'il montre des signes de faim, tels que des mouvements de la bouche, des succions des mains ou une agitation.
- Prenez soin de vos seins : En cas de douleurs ou de crevasses, appliquez votre propre colostrum ou lait sur la zone affectée pour favoriser la cicatrisation.
- N'hésitez pas à utiliser un tire-lait : Un tire-lait peut aider à stimuler la lactation, à soulager l'engorgement et à fournir du lait maternel supplémentaire si nécessaire.
Impact du Post-Partum sur les Débuts de l'Allaitement et Comment s'y Préparer
Le post-partum est une période de transition intense pour la mère, tant sur le plan physique qu'émotionnel. Il est crucial de se préparer à cette période pour favoriser un allaitement réussi :
- Comprendre la dépression post-partum : La dépression post-partum est une condition courante qui peut affecter la capacité de la mère à allaiter. Il est important de reconnaître les signes et symptômes et de rechercher un traitement approprié.
- Se préparer aux saignements post-partum : Les saignements post-partum sont normaux, mais il est important de savoir à quoi s'attendre et de consulter un médecin en cas de saignements excessifs.
- Vivre l'expérience de la maternité en couple : La maternité est une expérience partagée, et il est important que le couple se soutienne mutuellement pendant cette période.
Est-ce que J’ai Assez de Lait ? La Peur du Manque de Lait
Beaucoup de femmes ont une peur viscérale de « manquer de lait ». C’est l’une des principales causes d’arrêt précoce de l’allaitement. Nous constatons que le « manque de lait » ne fait pas peur à toutes les femmes du monde ! Dans les pays où l’allaitement est la norme, les femmes semblent avoir assez de lait. Bizarrement, c’est dans les pays où le lait industriel est largement utilisé et considéré comme un mode d’alimentation normal, que les femmes ont peur de manquer de lait. Les deux ou trois premiers jours, les bébés reçoivent du colostrum en toute petite quantité. Les seins sont souples et on entend peu les bébés déglutir. Les mères s’inquiètent souvent et craignent que leur bébé ait faim. On peut comprendre cette crainte. Dès la maternité, le doute s’installe chez les mères. L’estomac étant relativement extensible, certains nouveau-nés sont capables dès les premiers jours de boire 40 ml de lait infantile sans tenir compte de leur satiété. Comme la montée de lait débute à la maternité, elle dure environ 2 semaines. De nombreuses femmes ressentent une tension mammaire liée aux changements physiologiques en cours et à l’augmentation rapide du volume de lait. La lactation se régule naturellement dans le temps, elle s’adapte au besoin du bébé. Et quand tout va bien, bébé devient de plus en plus efficace au sein. Par conséquent, quand l’allaitement est bien installé, les seins sont souples entre les tétées. Des seins souples ne sont pas un signe de manque de lait.
Les laboratoires de lait proposent des tableaux pour déterminer les quantités de lait avec des nombres de repas qui diminuent et des quantités de lait qui augmentent. Les doses sont calculées précisément. Or un bébé exclusivement allaité tète 8 à 18 fois par 24h, quel que soit son âge. Il peut y avoir un nombre de tétées variable selon les jours et un rythme aléatoire. En général, chaque mère cherche des repères auprès des autres mères et compare son bébé à ceux de son entourage. Dans une société majoritairement nourrie au biberon, le repère est devenu le biberon. De nombreuses femmes s’attendent donc à nourrir au sein sur le même rythme et aux mêmes quantités qu’au biberon. Beaucoup de mères vont d’elles-mêmes ou sur les conseils d’un professionnel de santé chercher à réduire le nombre de tétées, comme le constatent les consultantes en lactation. Parfois avec 6 tétées par 24h, l’allaitement exclusif peut être suffisant mais c’est assez rare. En dessous de 6 tétées, peu d’enfants arrivent à se nourrir suffisamment et leur prise de poids est ralentie. En dessous de 6 tétées, peu de mères arrivent à maintenir une lactation suffisante. La lactation baisse par manque de stimulation. Dans de rares cas, une mère peut réellement manquer de lait. Selon les cas, l’allaitement sera possible grâce au traitement. Parfois c’est irréversible, la mère ne pourra pas produire de lait ou sera contrainte d’allaiter avec des compléments. Aussi toute tentative de « réguler » le bébé en imposant une limite de temps entre deux tétées peut faire ralentir la production de lait et entraîner une insuffisance de lait. Par ailleurs, si le bébé n’est pas bien positionné, s’il ne prend pas bien le sein en bouche, si sa succion n’est pas efficace, si des bouts de seins l’empêchent d’être efficace, si on lui impose de prendre un seul sein par tétée ou si on lui limite le temps des tétée… alors les seins ne seront pas suffisamment drainés. Heureusement, le « manque de lait » est réversible et passager. N’hésitez pas à prendre rendez-vous avec une consultante en lactation pour faire le point complet et précis sur votre allaitement et relancer la lactation. Il existe un annuaire par département ou les consultantes en lactation sont référencées. Quel que soit la cause du manque de lait, il est possible d’allaiter partiellement. Un dispositif d’aide à l’allaitement permet de compléter votre allaitement au sein avec du lait en poudre. Quelle que soit la méthode utilisée pour compléter votre bébé partiellement allaité, il est important de préserver sa succion au sein et de stimuler votre lactation au maximum de ses capacités même si elles sont réduites.
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